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Gérer une maison hantée selon Athénodore de Tarse

Athénodore de Tarse (aussi nommé Athénodore le Cananite) était un philosophe grec païen de l’école stoïcienne qui a vécu au Ier siècle de l’ère chrétienne. Il est entres autres connu pour avoir enseigné la philosophie à Octavien (fils adoptif de Jules César, qui devint le premier empereur romain). Il lui avait appris à réciter l’alphabet en entier avant toute réaction de colère, pour se laisser le temps de voir si c’était vraiment une bonne idée de s’énerver ou s’il valait mieux garder son calme. On raconte aussi que, Octavien ayant l’habitude de faire venir secrètement de jeunes femmes dans ses appartements, Athénodore se fit passer pour l’une d’elles et lui expliqua que n’importe qui de mal intentionné pouvait en profiter pour s’introduire chez lui.

Alors qu’Athénodore rassemblait peu à peu des économies pour envisager d’acheter une maison, il en trouva une à vendre qui était très en-dessous des prix habituels et qui était donc dans ses moyens. La raison était simple : elle était hantée, c’est pourquoi le propriétaire voulait s’en débarrasser… mais personne n’en voulait ! Athénodore l’acheta sans hésiter et y emménagea. Y avant amené ses quelques affaires dans la journée (il ne possédait pas grand-chose), il passa la soirée à réfléchir et à écrire, faisant son oeuvre de philosophe. C’est alors que le fantôme apparut, agitant lourdement des chaînes et poussant de grands cris en s’approchant de lui (en tout cas, c’est ce que nous dit Pline le Jeune dans ses Lettres, XXVII, « de Pline à Sura »).

Que fit Athénodore ? Sans lever le nez de son travail, il dit simplement au fantôme qu’il l’avait entendu, mais qu’il était présentement occupé à son devoir de philosophe. Cependant, dès qu’il aurait fini, il lui accorderait bien entendu toute son attention à ce fantôme qui semblait en grande détresse. Et le fantôme… attendit.

Une fois l’heure de travail terminée, Athénodore se leva et s’approcha du fantôme, qui tourna les talons et se dirigea vers la sortie de la maison. L’apparition finit par s’arrêter dehors à un endroit donné, ne bougea plus, et finit par disparaître. Notre philosophe lui souhaita bonne nuit, marqua l’endroit avec un bâton, et alla se mettre tranquillement au lit.

Le lendemain matin, Athénodore retourna à l’endroit marqué par le bâton, et, ne voyant rien de spécial, emprunta une pelle à un ami et creusa. Il trouva à cet endroit un squelette enchaîné, qui avait été caché là. Puisant dans ses économies (il lui restait un peu d’argent, grâce au bas prix de la maison hantée), il fit organiser une cérémonie funéraire simple et sobre mais correcte, lors de laquelle les rites traditionnels furent accomplis et permirent au malheureux de gagner l’autre monde. Plus aucun phénomène étrange ne se produisit dans cette maison.

On raconte aussi que, pour sa grande sagesse, ayant participé au renversement d’un gouvernement corrompu, Athénodore de Tarse fut honoré dans sa ville natale par ses concitoyens reconnaissants, lors d’un rite annuel qui dura jusqu’à l’interdiction du paganisme dans l’empire romain.

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Un Etat indien protège ses religions indigènes

Dans l’Etat indien de l’Arunachal Pradesh (extrême nord-est du pays), environ un quart de la population pratique encore des religions tribales plus anciennes que l’hindouïsme et le bouddhisme, et plus de 80% de la population parle des langues indigènes datant d’avant l’arrivée des peuples indo-européens en Inde.

La proportion de chrétiens dans cet Etat est passée de moins de 1% en 1971 à 4% en 1981, 10% en 1991, 18% en 2001, et 30% en 2011. Les chiffres de 2021 ne sont pas encore connus. Les missionnaires utilisent souvent comme arguments des dons d’importantes sommes d’argent en échange de la conversion, ce qui est très attirant dans les régions tribales, où une grande partie de la population pratique une agriculture vivrière et n’a pas de revenu financier. Ces organisations peuvent facilement se permettre ces « cadeaux » car elles sont généreusement financés par des dons venant de pays étrangers beaucoup plus riches, comme les Etats-Unis d’Amérique.

Depuis 2017, le Parti Populaire Indien (Bharatiya Janata Party, ou BJP), également au pouvoir au niveau fédéral de la République d’Inde, a créé un Département des Religions Indigènes et des Affaires Culturelles. Il a aussi rendu illégales les activités des missionnaires extérieurs à l’Etat, ainsi que le fait d’inciter des populations tribales à se convertir à une autre religion. Le Département participe au financement de la construction et de l’entretien des lieux de culte indigènes, subventionne la formation des prêtres des religions indigènes, et aide les peuples tribaux qui veulent développer une écriture adaptée à leur langue pour éviter le risque d’une interruption de transmission orale.

Le nouveau bureau du Département des Religions Indigènes et des Affaires Culturelles

Pema Khandu, le premier ministre du gouvernement local, a déclaré : « La culture et les religions indigènes constituent notre identité et notre fierté en tant d’Etat. Notre culture, dont les religions indigènes font partie intégrante, sont comme nos racines. Si nos racines ne sont pas fortes, nous ne nous deviendrons pas une société forte et saine« . Il a aussi ajouté que « nos langues des connexions avec nos cultures. Si la langue disparait, l’héritage culturel disparait aussi ».

Il a organisé et inauguré cette année le premier « Groupe de travail sur les prêtrises indigènes », un rassemblement de 15 jours ouvert à tous les prêtres des religions indigènes, qui est entièrement pris en charge par le Département des Religions Indigènes. Le but est de leur permettre de dialoguer ensemble, de s’entraider, de partager leurs expériences pour préserver, renforcer et développer leurs religions indigènes, d’être mieux informés sur les aides des pouvoirs publics dont ils peuvent bénéficier, et de pouvoir formuler d’éventuelles nouvelles demandes au gouvernement.

Des prêtres tribaux célèbrent un rite lors de la réunion du Groupe de Travail sur les Prêtrises Indigènes (2021)

Source : https://swarajyamag.com/politics/how-arunachal-pradesh-is-safeguarding-its-indigenous-cultures-from-christian-missionaries-and-conversion

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Si on faisait le point sur Yggdrasill et les Neuf Mondes de la tradition scandinave ?

Entres autres à cause des comics américains, il règne une certaine confusion sur la nature et le nom des Neuf Mondes portés par Yggdrasill, l’arbre cosmique de la tradition scandinave. La manière dont ces neuf mondes sont reliés est aussi un grand sujet de débat, débat qui comme nous les verrons est loin d’être clôt. Le but ici est d’examiner précisément ce que nout dit la tradition scandinave, en donnant à chaque fois l’équivalent linguistique dans les autres branches de la tradition germano-scandinave (en particulier pour les Alamans, les Francs, et les Angles ; ainsi que dans les langues modernes : du vieux francique sont issus à la fois le néerlandais et les mots français d’origine germanique, comme par exemple Louis vient de Hlodwig, ou maréchal de marhskalk)

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L’ornithologie comme voie spirituelle

Soleil dans la brume bellovaque. Celle-ci se dissipe sur le chemin du bois, à mi-pente de la colline funéraire où l’on prie la Dame du Tilleul depuis plus longtemps qu’on y lit des livres. Battements de cœur et le sentier s’ouvre enfin parmi les hêtres, au milieu du tapis violacé où la jacinthe était annoncée par la pervenche. Je les salue comme un vieil ami – elles connaissent ce que je suis depuis plus de mille ans. Le maître est là, presque humain, avec un reflet sur le visage que celui qui sait voir seul verra, sans savoir quoi. Les autres sont là aussi, il leur rappelle que le silence des hommes a ici son royaume comme en tout ce qui est sacré : l’amour, le rêve, et la mort. Des murmures s’accrochent encore à nos pas tandis que nous avançons pour fuir la grand’route (loués soient les chemins de traverse qui nous sauvent du contre-sens).

Première station. Le mauvais œil du maître leur cloue le bec comme un cercueil. Chante, muse, ce qui est : chante-le comme miroir de ce qui fut et de ce qui sera. Chante ce qui est permanent, chante ce qui est éphémère ; chante, dans ce qui est permanent, ce qui change à chaque instant pour permettre cette permanence ; chante, dans ce qui est éphémère, ce qui toujours perdure pour permettre ce changement. Chante l’instant qui passe et l’éternel retour des formes.

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Chante, car de tout ce que disent les hommes, ce qui a le plus de valeur a d’abord été entendu. Mais pour qu’ils entendent, il faut déjà qu’ils écoutent ! Notre époque de raisonneurs aime surtout parler, plus que toute autre chose… Parfois elle pense, souvent c’est pire. Mais écouter ? Qui écoute encore de nos jours ? Qui sait écouter pour comprendre avec les oreilles ? On écoute les bons élèves d’autres élèves. La source, elle, semble être passée de mode. Le vrai rythme pourtant est celui des astres et du souffle, l’harmonie profonde est celle qui unit les contraires : elle les lie par la grande loi où l’aveugle sent le hasard, le borgne, le dieu, et le voyant, le cosmos. Nul mot ne se pose dessus ; sous ce poème, les feuilles sont encore vertes, et l’arbre vit.

Parfois le doigt du maître guide l’oeil vers sa proie, le plus souvent c’est le regard lui-même qui mène le regard. Cette autorité instinctive, loin des idoles rouillées qui demandent qu’on les couvre d’argent, cache sous l’écorce une âme d’or. Seulement de temps à autres un nom franchit la barrière de ses lèvres. Et le son devient chose.

Le chant, lui, n’est pas transcriptible. Seul un patient travail permet de le graver en soi ; aucun calepin ne s’interpose pour protéger de ce poinçonnage. Le savoir offert gracieusement à celui qui veut s’immerger dans les bois, cette « donnée » à portée de celui qui voudra se prendre au jeu, perce notre crâne et orne de ses entrelacs le revers du cuir chevelu. Comme un tatouage initiatique, l’information est surtout transformation. Puis la marche continue, de station en station, des bois aux champs en passant par les restes du vieux bocage, d’une époque où le mot « limite » avait un sens. S’y succèdent, comme en transe, ceux qu’on voit et entend, ceux qu’on voit passer sans les entendre, ceux qu’on entend chanter sans jamais les apercevoir, et ceux qu’on entend ni ne voit mais qui pourtant sont bien là. Surtout eux, d’ailleurs : les Esprits du sol, Ancêtres de pierre dont les os sont la craie blanche et le sombre silex de ce pays, eux qui vivent dans ce terroir et voient leurs vivants congénères y porter la mort, ayant relégué la vie à l’arrière-plan.

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D’autres que moi ont déjà décrété le recours aux forêts, car l’avenir naîtra de ceux qui trouveront pour sanctuaire la source de la plus longue mémoire, celle qui ne se tarit pas. Je rappellerai seulement que pour être invulnérable, il faudra aussi désoublier la langue des oiseaux. Reforgeons l’épée spirituelle, terrassons le dragon vautré sur son trésor. Alors nous comprendrons que ce que proclament sans cesse nos cousins à plumes, sous mille formes qui toujours reviennent, tient en deux mots : l’amour, et le je-suis-ici.

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Dendrolâtrie : le culte des arbres

Il est très courant das les religions traditionnelles de vénérer des arbres, soit directement, soit comme réceptacle de la présence d’une divinité (on le voit encore aujourd’hui dans le chamanisme mongol, shintoïsme, hindouïsme, animisme africain, etc). La chose est aussi encore bien vivante en Europe, avec le sapin de Noël et la couronne de houx, mais aussi avec des arbres intégrés dans les cultes chrétiens, comme les chênes pouilleux, les arbres à clous (souvent des chênes ou des tilleuls), ou les chênes de la vierge.

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Arbre à clous, Herchies, Belgique

On pense parfois que ce culte des arbres, en Europe, aurait été uniquement d’origine celtique ou germanique. Ce texte de l’auteur romain Pline l’Ancien nous prouve le contraire :

« Les arbres ont été les temples des divinités ; et encore aujourd’hui les campagnes, conservant dans leur simplicité les rites anciens, consacrent le plus bel arbre à un dieu. Et, dans le fait, les images resplendissantes d’or et d’ivoire ne nous inspirent pas plus d’adoration que les bois sacrés et leur profond silence. Chaque espèce d’arbre demeure toujours dédiée à une même divinité, le chêne à Jupiter, le laurier à Apollon, l’olivier à Minerve, le myrte à Vénus, le peuplier à Hercule. Bien plus, les Sylvains, les Faunes, des déesses, des divinités spéciales sont, dans nos croyances, chargées du soin des forêts, comme d’autres divinités président au ciel. » (Pline l’Ancien, Histoire Naturelle 12, 3-5)

Rappellons qu’en l’an 743, le concile de Leptines interdit encore, dans son Indiculus superstitionum et paganiarum, « les sacrifices dans les bois qu’on nomme nemeton » (point VI).

Dans la tradition germano-scandinave, on associe le frêne à Odin ; le sureau, le genévrier et le lin à sa compagne ; le chêne à Thor ; le sorbier et les céréales à son épouse Sif ; la camomille sauvage à Balder ; les pommiers à Idunn. Les bouleaux et les ifs, symbolisés par les runes b (Berkana) et ï (Eïwaz), ont également tendance à être la demeure d’un esprit, de même que les prunelliers ou les aubépines, représentés par la rune th (Thurisaz).

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Arbre sacré, source de Madron, Cornouaille britannique

Chez les Gaulois, on associe le chêne à Taranis (Maxime de Tyr, Dissertations, VIII, 8 : « Les Celtes rendent un culte à Zeus, mais l’image de Zeus, chez les Celtes, est un grand chêne »). C’est sans doute pour cette raison, et pour le caractère sacré du gui de chêne, que leur abattage était interdit sans autorisation d’un druide ; et pour cette raison aussi que le mot français chêne vient d’un des trois mots gaulois le désignant (cassanos, deruos, tannos) et non du latin quercus. Les autres arbres ont des liens moins nets avec une divinité, mais le pommier (immortalité, cf. Avallon = Ynys Afallach en gallois, l’île des pommes), le noisetier (sagesse), le hêtre (inscriptions « Deo Fago », au dieu hêtre, en Gaule Aquitaine), sont également sacrés. Dans l’alphabet oghamique irlandais, cinq signes ont clairement un nom d’arbre : le chêne, le sorbier, l’aulne, le noisetier et le bouleau. Chez les Gallois, Yspaddaden Penkawr, l’équivalent du Balor gaélique, le chef des Géants, a un  nom qui signifie très exactement « Aubépine, Chef-des-Géants ». Enfin, en Bretagne, les buissons d’ajoncs servent de refuge aux âmes des morts, il faut donc éviter de les déranger pendant la nuit (particulièrement le 31 octobre et le 30 avril, quand le voile entre les mondes est le plus fin).

Quant aux Baltes, le chêne y est aussi associé au dieu du tonnerre, Perkûnas. Dans les Balkans, le bouleau est associé au personnage de Baba Marta, le grand-mère du printemps.

Dans tous les cas, les manières de procéder au culte des arbres sont assez simples : ne pas les abattre, ne les tailler que si besoin ou pour collecter un peu de bois à usage rituel conformément aux traditions, déposer des offrandes (rubans autour des branches sans trop les serrer, dépôt de fleurs ou de biscuits, libations). La prière n’a guère besoin d’être longue, il suffit par exemple de le toucher de la main droite en disant « Salut à toi, arbre sacré ! Je te remercie pour tes bienfaits ».

Notez aussi que, si vous vivez en appartement, il est souvent possible d’avoir des versions bonsaï de ces arbres ; bien que le débat reste ouvert pour savoir si c’est bien respectueux ou conforme aux traditions européennes, le Chat Poron en est assez partisan comme solution alternative.

Chez les Celtes, l’idée d’un Arbre-Monde était probablement bien ancrée aussi. Cette croyance semble avoir perduré dans des textes bretons en latin jusque dans le Haut Moyen-âge… Dans un passage de la vie de saint Judicael on peut lire : « il vit dans un rêve la montagne le plus élevée située au milieu de son pays de Bretagne, c’est-à-dire en son point central [ombilic], sur laquelle se trouve un sentier difficile d’accès. Et là, au sommet de la montagne, il était assis lui-même dans une chaire d’ivoire. Et devant ses yeux se dressait un poteau d’une taille prodigieuse en forme de colonne ronde, implanté dans la terre par des racines, fixé au ciel par ses branches, dont le fût s’étirait tout droit de la terre jusqu’au ciel. » (‘Orbituaire de Saint-Méen’, BNF ms 9889 ; Fol. 121r / cité par Bernard Merdrignac, ‘D’une Bretagne à l’autre – Les migrations bretonnes entre histoire et légendes’, éd. Presses Universitaire de Rennes, coll. « Histoire », 2012 ; page 236 : « vidit in sompnis montem excelsissimum esse constitutum in medio sue regionis Britannie, id est in umbilico, per quem ambulandi callis difficilis inveniebatur. Et ibi, in cacumine montis ipsius in cathedram eburneam seipsum consedentem. Et in conspectu ejus erat stans postis mire magnitudinis in modum columpne rotunde, radicatus radicibus in terra, firmatis ramis in celo, cujus hastile rectum a terra pertigebat celo tenus. »).

Il est intéressant de noter qu’un texte 
irlandais, la Veillée de Fingen, conservant d’importants 
motifs cosmogoniques, signale, parmi les «merveilles» 
apparues suite à la naissance du futur haut roi Conn, d’abord 
le surgissement d’un fleuve, la Boyne, du puits de Nechtan - 
nous y reviendrons -, puis un arbre, évidemment l’arbre du 
monde, aux abondants fruits et ayant survécu au déluge, 
puis l’apparition de Fintan, homme immortel et protéiforme, 
suivi des talismans des dieux, et enfin, avant de s’intéresser 
plus spécifiquement aux hommes, cinq routes, qui partagent 
l’Irlande et arrivent à Tara, centre sacré de l’île. Or l’Irlande 
était anciennement divisée en cinq parties, une centrale et 
quatre périphériques, à chaque orient.
(Patrice Lajoye, L'arbre du monde - la cosmologie celte)
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L’importance du contexte dans la résurgence de la spiritualité germanique (par Bil Lizie)

Traduction de la partie 4.1 de l’essai « Germanic spirituality » de Bil Linzie, un des théoriciens et premiers pratiquants du reconstructionnisme germano-scandinave aux Etats-Unis. Vous pouvez trouver un résumé de cet essai de 50 pages, et un lien pour le télécharger en entier dans sa version originale en anglais, ici et la traduction de l’introduction .

Quand on pense à l’Asatru, en général, on pense aux oracles runiques, aux blots, aux costumes traditionnels (généralement de l’ère viking) avec épées et bijoux d’ambre, au seidr, à des rites dans des langues étrangères et anciennes. En réalité, ce qu’on en sait par les sources qui nous sont parvenues est beaucoup plus subtil et moins mystique que l’idée qu’on s’en fait. La plupart des nouveaux arrivants, mais aussi de la plupart des anciens, veulent que l’Asatru soit une religion à part entière. C’est sans doute vrai, mais l’Asatru a sans doute plus à voir avec la subtilité du taoïsme ou du zen qu’avec la pompe de l’Eglise catholique ou la théâtralité de la Wicca.

Ces dernières décennies, l’approche de la spiritualité germanique s’est surtout faite via des aspects accessoires : les runes, les blots, et maintenant le seidr. Si certaines religions modernes fonctionnent très bien ainsi, la plupart des religions traditionnelles marchent autrement. Les Amérindiens en ont fait la cruelle expérience. Ainsi, depuis les années 60, de plus en plus de gens se sont intéressés à leurs spiritualités. Beaucoup d’Américains blancs, ayant séparé leur spiritualité de leur culture et ayant au passage bien souvent perdu les deux, furent fascinés par les cérémonies amérindiennes et commencèrent à les imiter : loges de sudation, cérémonie du calumet, danse du soleil, cérémonie du peyotl, … Au début, beaucoup d’Amérindiens en furent très contents : des gens s’intéressaient enfin à leur mode de vie. Très rapidement, il devint évident que ce n’était pas leur « mode de vie » qui les intéressait. C’était le charme et le glamour des plumes dans les cheveux, des herbes et des calumets achetés par correspondance plutôt que ramassés ou faits soi-même. Ce n’était pas leur mode de vie, avec tout ce qu’il comprend de difficile et de douloureux, c’était le fait de porter des noms cools comme Loup Solaire ou Arbre-Dragon. Changer réellement son mode de vie, c’était trop dur et pas assez gratifiant socialement. Alors, les sages des Amérindiens ont commencé à refuser cela, car leurs cérémonies étaient des expressions de leur culture et que les Blancs continuaient à considérer cette même culture comme un vieux machin inutile et barbare.

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Honorer les lieux sacrés dans la tradition germano-scandinave

Lieux sacrés

CERTAINS TYPES D’ENDROITS SONT SACRÉS DANS NOTRE TRADITION. Il n’était pas question pour nos ancêtres d’y passer sans s’acquitter d’une offrande à l’entité qui possédait l’endroit, souvent considéré comme n’appartenant que partiellement à Midgard, le monde des Humains.

L’EAU DOUCE, INDISPENSABLE À LA VIE, ÉTAIT DOTÉE DE POUVOIRS MAGIQUES, VOIRE D’UNE VOLONTÉ PROPRE.

SOURCES : Elles avaient pour la plupart des vertus curatives contre un mal spécifique. De ces cultes locaux subsiste la tradition de jeter une pièce dans les fontaines pour obtenir bonne fortune : si une source se trouve près de chez vous, ou si vous avez un puits sur vos terres, saluez l’esprit qui l’habite quand vous allez y puiser. Pour recevoir sa bénédiction, jetez-y une pièce, prenez un peu d’eau dans votre paume droite, et aspergez-vous en le front ou la partie du corps ayant besoin d’être soulagée. Vous pouvez offrir une représentation de l’organe à guérir pour appuyer votre demande par un ex-voto.

"Malvhina Well - 2007 Well Dressing - geograph.org.uk - 423192" by Bob Embleton. Licensed under CC BY-SA 2.0 via Wikimedia Commons - https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Malvhina_Well_-_2007_Well_Dressing_-_geograph.org.uk_-_423192.jpg#/media/File:Malvhina_Well_-_2007_Well_Dressing_-_geograph.org.uk_-_423192.jpg

« Malvhina Well – 2007 Well Dressing – geograph.org.uk – 423192 » by Bob Embleton. Licensed under CC BY-SA 2.0 via Wikimedia Commons

COURS D’EAU : Ils étaient vus comme des divinités locales, auquel on offrait des chefs d’œuvres d’artisanat ou des prises de guerre. Quand vous longez ou franchissez un fleuve, une rivière ou un ruisseau, saluez-le par son nom. Si c’est un cours d’eau que vous traversez souvent, vous pouvez demander son assistance pour votre vie professionnelle ou scolaire : en cas de réussite, brisez rituellement un objet fabriqué par un artisan local ou vous-même, et jetez-le dedans en remerciement.

LACS, ÉTANGS ET MARAIS : Ce sont des passages vers les mondes inférieurs. Ils sont souvent liés à des entités féminines (la halle de Frigg, épouse d’Odin, se nomme Fensalir, la maison des marais). Saluez les esprits qui les habitent si vous les longez, les traversez, ou avant de vous y baigner. Vous pouvez également demander leur assistance en échange d’une offrande.

LES SOMMETS ET POINTS CULMINANTS DE CHAQUE RÉGION, PROCHES DU CIEL, POSSÈDENT ÉGALEMENT UNE AURA PARTICULIÈRE : C’EST SOUVENT LÀ QUE SE TROUVAIT UN VÉ, UN SANCTUAIRE DÉLIMITÉ PAR UNE ENCEINTE SACRÉE.

COLLINES : Au sommet d’une colline, si l’endroit n’est pas déjà traditionnellement consacré à une divinité particulière, saluez celle de votre choix en regardant le ciel. Si possible, laissez une offrande.

Temple-musée construit en 1869 au Donon (Alsace) pour abriter les vestiges archéologiques du sanctuaire antique

Temple-musée construit en 1869 au Donon (Alsace) pour abriter les vestiges archéologiques du sanctuaire antique

PIC MONTAGNEUX : En le voyant à l’horizon, saluez l’entité qui y règne. Il peut parfois s’agir d’une divinité plutôt que d’un esprit : on sait par exemple que les Vosges sont le domaine du dieu Vosegus ; tandis que Skadi est considérée par certains comme la maîtresse des massifs de Scandinavie, par d’autres comme la déesse des montagnes de manière générale. Si escaladez une montagne, prenez de quoi faire une offrande. Les habitués savent que leurs colères peuvent être aussi promptes que terribles.

ÎLES : Elles sont, à leur manière, des points culminants, sans quoi elles seraient immergées. En tant que morceaux de terre au milieu d’une mer ou d’un cours d’eau, elles symbolisent ces parcelles des autres mondes qui se trouvent dans Midgard. Beaucoup d’entre elles sont des vés (par exemple l’île danoise de Seeland, mais plus près de chez nous l’île de la Cité au milieu de la Seine ou l’île de Sein au large de la Bretagne). Saluez « la divinité qui possède l’endroit » (même si vous ne savez pas laquelle) avant d’y poser le pied. Particulièrement pour celles encore sauvages, prévoyez également une offrande.

LE CULTE DES ARBRES OCCUPE UNE PLACE IMPORTANTE DANS NOTRE TRADITION.

Ces pratiques sont encore vivantes aujourd’hui par le biais des arbres à vœux. Rien d’étonnant quand on sait que le premier couple humain, Ask et Embla, proviennent de deux essences d’arbres.

Certains végétaux sont dédiés à une divinité en particulier. Le frêne à Odin ; le sureau, le genévrier et le lin à sa compagne ; le chêne à Thor ; le sorbier et les céréales à son épouse Sif ; la camomille sauvage à Balder ; les pommiers à Idunn. Les bouleaux et les ifs, symbolisés par les runes b (Berkana) et ï (Eïwaz), ont également tendance à être la demeure d’un esprit, de même que les prunelliers ou les aubépines, représentés par la rune th (Thurisaz).

Si un des arbres mentionnés ci-dessus se trouve dans votre jardin ou à proximité de votre demeure, vous pouvez vous rendre régulièrement à son pied pour y déposer des offrandes, et nouer un ruban dans ses branches ou autour de son tronc.

"Arbre votif de La Mazaurie, Cussac, Haute-Vienne, France" by Le grand Cricri - Own work. Licensed under GFDL via Wikimedia Commons

« Arbre votif de La Mazaurie, Cussac, Haute-Vienne, France » by Le grand Cricri – Own work. Licensed under GFDL via Wikimedia Commons

De plus, de manière générale les forêts appartiennent au dieu Vidar, et sont des lieux sauvages très prisés par les Elfes. Les clairières, surtout celles où poussent les champignons (les « ronds de fée » du folklore), sont souvent leur domaine. Saluez-les en entrant dans une clairière, ou en passant la lisière d’une forêt. Laissez-leur une offrande si vous mangez ou buvez chez eux ; mais ramassez tous vos emballages plastiques, cannettes, capsules de bière et bouteille de verre.

HORS DU TRIPTYQUE « EAUX/SOMMETS/FORÊTS », CERTAINS LIEUX SONT ÉGALEMENT EN CONTACT AVEC DES ENTITÉS LEUR CONFÉRANT UNE DIMENSION SACRÉE. ILS ONT EN COMMUN D’ËTRE DES FRONTIERES ENTRE LES MONDES.

CARREFOURS ET CIMETIÈRES : Saluez Odin, dieu des voyages et seigneur des Draugar, les morts sans repos. Saluez également vos ancêtres si vous passez près d’un cimetière où ils reposent. N’hésitez pas à partager symboliquement un repas avec eux, ni à faire des libations sur leur tombe.

GROTTES : Les lieux souterrains, de manière générale, sont des passages vers les mondes du dessous, qui ont longtemps servi de lieux rituels, d’abris ou de sépultures. Ils sont souvent le domaine de Nains. Si possible, faites en entrant une offrande d’une pièce ou une libation (pas d’aliments, si vous souhaitez épargner l’odeur de putréfaction aux prochains passants).

MÉGALITHES : Érigés il y a des milliers d’années, ils sont encore aujourd’hui entourés de légendes concernant le « peuple caché » des Elfes et des Nains, qu’il s’agisse de menhirs, de dolmens ou de cairns. En vous y rendant, saluez l’esprit qui y réside, et Freyr qui règne sur le monde auquel il mène. Vous pouvez également demander son assistance en échange d’une offrande : leur domaine de prédilection reste de trouver un partenaire ou d’avoir un enfant, mais on dit qu’ils peuvent aussi guérir des maladies ou procurer des richesses. Notez que certaines formations rocheuses ou « grosses pierres » d’origines naturelles peuvent également avoir ces propriétés. Renseignez-vous sur le folklore local !

Dolmen de Troldkirken (les mégalithes étaient présents sur toute la façade atlantique, et leur culte a perduré jusqu'après la christianisation)

Dolmen de Troldkirken (les mégalithes étaient présents sur toute la façade atlantique, et leur culte a perduré bien après la christianisation)

AYEZ TOUJOURS AU MOINS UN SAC POUBELLE DANS VOTRE SAC OU VOTRE POCHE, POUR LAISSER TOUS LES LIEUX PRÉ-CITÉS PLUS PROPRES QUE VOUS LES AVEZ TROUVÉS, NE SERAIT-CE QUE D’UN PEU. Les considérer comme sacrés ou saluer des entités est vide de sens si vous vous comportez comme un touriste irrespectueux.

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Phénomènes naturels dans la tradition germano-scandinave

Note : ceci est un extrait du fascicule du clan Ostara « Jour après nuit : vivre au quotidien dans la tradition germano-scandinave », prochainement disponible

Phénomènes naturels

LA SACRALITÉ DES FORCES DE LA NATURE EST UN ASPECT IMPORTANT DE LA VIE SPIRITUELLE POUR L’IMMENSE MAJORITÉ DES PAÏENS EUROPÉENS, même si voir notre religion comme simple vénération des phénomènes météorologiques peut sembler réducteur à certains d’entre nous. Quoi qu’il en soit, apprendre à regarder le monde qui nous entoure d’un œil à la fois neuf et ancien, être sensible au temps qui passe comme au temps qu’il fait, est un moyen de se reconnecter aux énergies primordiales qui constituent les Neuf Mondes. Toutefois, il ne suffit pas de décréter ce qui est divin et ce qui ne l’est pas pour réellement changer nos schémas mentaux : c’est un travail de long terme, qui se bâtit au quotidien par nos pensées, nos paroles et nos actes.

CHAQUE FOIS QUE VOUS ÊTES CONFRONTÉS À UN PHÉNOMÈNE NATUREL, PRENEZ DONC UN INSTANT POUR SALUER LA DIVINITÉ QUI Y EST ASSOCIÉE.

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ARC-EN-CIEL : Salut à toi, Heimdall, gardien de Bifröst, l’arc-en-ciel qui sert de pont entre Midgard, monde des humains, et Asgard, monde de nos dieux !

TONNERRE : Salut à toi, Thor, porteur de Mjöllnir, le marteau qui repousse les Géants, consacre, et fertilise la Terre généreuse par la pluie !

CIEL ÉTOILÉ : Salut à toi, Frigg, maîtresse d’Asgard, grande tisseuse qui sait le destin de tous !

RAFALES DE VENT : Salut à toi, Odin, hurleur, toi qui mène la Chasse sauvage en chevauchant Sleipnir, ton destrier à huit pattes !

CHUTE DE NEIGE : Salut à toi, Skadhi, déesse skieuse, maîtresse de l’Hiver !

ÉCLAIRCIE : Salut à toi, Sunna, conductrice du char solaire !

LUNE : Salut à toi, Mani, conducteur du char lunaire !

PETIT À PETIT, CELA PERMETTRA D’ENTAMER UNE VRAIE RÉFLEXION SUR VOTRE RAPPORT À VOTRE ENVIRONNEMENT, et sur un confort quotidien que nos ancêtres auraient considéré comme luxueux : nous craignons rarement pour notre vie lors des tempêtes, des sécheresses, ou des chutes de neige abondantes.

AU MINIMUM, VOUS POUVEZ CHOISIR DE SALUER LE PHÉNOMÈNE LIÉ À LA DIVINITÉ DONT VOUS VOUS SENTEZ LE PLUS PROCHE. C’est à la fois un bon début, et un premier pas simple à effectuer si ces pratiques ne vous semblent pas naturelles, ou que vous oubliez trop souvent à votre goût. Ensuite, une fois l’habitude prise, vous verrez que votre regard approfondi vous permettra de voir la sacralité dans chaque phénomène.

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« Maypole song from Summerisle », un chant pour l’Arbre de Mai

Dans les bois j’ai vu un arbre
C’était un très bel arbre :

{Ce bel arbre avait un tronc
Et sur ce tronc, y’avait une branche,
Sur cette branche, y’avait un nid,
Et dans ce nid, y’avait un oeuf,
Dans cet oeuf, un oisilon,
Qui perdit une petite plume
De la plume, on fit un lit…

Sur ce lit, y’avait une fille,
Sur cette fille, y’avait un gars,
De ce gars, une semence,
De la semence, un p’tit garçon,
Le garçon devint un homme,
Pour cet homme, on fit une tombe,

Par-dessus la tombe, un arbre…

C’est l’été ! c’est l’été ! c’est l’été ! c’est l’été ! c’est l’été !

(bis repetita)}

L’Arbre de Mai (film : The Wicker Man)

Et, quand même,les paroles originales :

In the woods there grew a tree
A fine, fine tree was he

On that tree there was a limb
And on that limb there was a branch
On that branch there was a nest
And in that nest there was an egg
In that egg there was a bird
And from that bird a feather came
Of that feather was a bed

On that bed there was a girl
And on that girl there was a man
From that man there was a seed
And from that seed there was a boy
From that boy there was a man
And for that man there was a grave
From that grave there grew a tree

In Sumerisle, Sumerisle, Sumerisle, Sumerisle, Sumerisle

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A quoi ça sert de continuer.

Adapté de l'original par Abstruse Goose (CC BY-NC 3.0 US)

Adapté de l’original par Abstruse Goose (CC BY-NC 3.0 US)

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