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L’ornithologie comme voie spirituelle

Soleil dans la brume bellovaque. Celle-ci se dissipe sur le chemin du bois, à mi-pente de la colline funéraire où l’on prie la Dame du Tilleul depuis plus longtemps qu’on y lit des livres. Battements de cœur et le sentier s’ouvre enfin parmi les hêtres, au milieu du tapis violacé où la jacinthe était annoncée par la pervenche. Je les salue comme un vieil ami – elles connaissent ce que je suis depuis plus de mille ans. Le maître est là, presque humain, avec un reflet sur le visage que celui qui sait voir seul verra, sans savoir quoi. Les autres sont là aussi, il leur rappelle que le silence des hommes a ici son royaume comme en tout ce qui est sacré : l’amour, le rêve, et la mort. Des murmures s’accrochent encore à nos pas tandis que nous avançons pour fuir la grand’route (loués soient les chemins de traverse qui nous sauvent du contre-sens).

Première station. Le mauvais œil du maître leur cloue le bec comme un cercueil. Chante, muse, ce qui est : chante-le comme miroir de ce qui fut et de ce qui sera. Chante ce qui est permanent, chante ce qui est éphémère ; chante, dans ce qui est permanent, ce qui change à chaque instant pour permettre cette permanence ; chante, dans ce qui est éphémère, ce qui toujours perdure pour permettre ce changement. Chante l’instant qui passe et l’éternel retour des formes.

450px-morninglight_28807131512629Chante, car de tout ce que disent les hommes, ce qui a le plus de valeur a d’abord été entendu. Mais pour qu’ils entendent, il faut déjà qu’ils écoutent ! Notre époque de raisonneurs aime surtout parler, plus que toute autre chose… Parfois elle pense, souvent c’est pire. Mais écouter ? Qui écoute encore de nos jours ? Qui sait écouter pour comprendre avec les oreilles ? On écoute les bons élèves d’autres élèves. La source, elle, semble être passée de mode. Le vrai rythme pourtant est celui des astres et du souffle, l’harmonie profonde est celle qui unit les contraires : elle les lie par la grande loi où l’aveugle sent le hasard, le borgne, le dieu, et le voyant, le cosmos. Nul mot ne se pose dessus ; sous ce poème, les feuilles sont encore vertes, et l’arbre vit.

Parfois le doigt du maître guide l’oeil vers sa proie, le plus souvent c’est le regard lui-même qui mène le regard. Cette autorité instinctive, loin des idoles rouillées qui demandent qu’on les couvre d’argent, cache sous l’écorce une âme d’or. Seulement de temps à autres un nom franchit la barrière de ses lèvres. Et le son devient chose.

Le chant, lui, n’est pas transcriptible. Seul un patient travail permet de le graver en soi ; aucun calepin ne s’interpose pour protéger de ce poinçonnage. Le savoir offert gracieusement à celui qui veut s’immerger dans les bois, cette « donnée » à portée de celui qui voudra se prendre au jeu, perce notre crâne et orne de ses entrelacs le revers du cuir chevelu. Comme un tatouage initiatique, l’information est surtout transformation. Puis la marche continue, de station en station, des bois aux champs en passant par les restes du vieux bocage, d’une époque où le mot « limite » avait un sens. S’y succèdent, comme en transe, ceux qu’on voit et entend, ceux qu’on voit passer sans les entendre, ceux qu’on entend chanter sans jamais les apercevoir, et ceux qu’on entend ni ne voit mais qui pourtant sont bien là. Surtout eux, d’ailleurs : les Esprits du sol, Ancêtres de pierre dont les os sont la craie blanche et le sombre silex de ce pays, eux qui vivent dans ce terroir et voient leurs vivants congénères y porter la mort, ayant relégué la vie à l’arrière-plan.

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D’autres que moi ont déjà décrété le recours aux forêts, car l’avenir naîtra de ceux qui trouveront pour sanctuaire la source de la plus longue mémoire, celle qui ne se tarit pas. Je rappellerai seulement que pour être invulnérable, il faudra aussi désoublier la langue des oiseaux. Reforgeons l’épée spirituelle, terrassons le dragon vautré sur son trésor. Alors nous comprendrons que ce que proclament sans cesse nos cousins à plumes, sous mille formes qui toujours reviennent, tient en deux mots : l’amour, et le je-suis-ici.

 

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Dendrolâtrie : le culte des arbres

Il est très courant das les religions traditionnelles de vénérer des arbres, soit directement, soit comme réceptacle de la présence d’une divinité (on le voit encore aujourd’hui dans le chamanisme mongol, shintoïsme, hindouïsme, animisme africain, etc). La chose est aussi encore bien vivante en Europe, avec le sapin de Noël et la couronne de houx, mais aussi avec des arbres intégrés dans les cultes chrétiens, comme les chênes pouilleux, les arbres à clous (souvent des chênes ou des tilleuls), ou les chênes de la vierge.

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Arbre à clous, Herchies, Belgique

 

On pense parfois que ce culte des arbres, en Europe, aurait été uniquement d’origine celtique ou germanique. Ce texte de l’auteur romain Pline l’Ancien nous prouve le contraire :

« Les arbres ont été les temples des divinités ; et encore aujourd’hui les campagnes, conservant dans leur simplicité les rites anciens, consacrent le plus bel arbre à un dieu. Et, dans le fait, les images resplendissantes d’or et d’ivoire ne nous inspirent pas plus d’adoration que les bois sacrés et leur profond silence. Chaque espèce d’arbre demeure toujours dédiée à une même divinité, le chêne à Jupiter, le laurier à Apollon, l’olivier à Minerve, le myrte à Vénus, le peuplier à Hercule. Bien plus, les Sylvains, les Faunes, des déesses, des divinités spéciales sont, dans nos croyances, chargées du soin des forêts, comme d’autres divinités président au ciel. » (Pline l’Ancien, Histoire Naturelle 12, 3-5)

Rappellons qu’en l’an 743, le concile de Leptines interdit encore, dans son Indiculus superstitionum et paganiarum, « les sacrifices dans les bois qu’on nomme nemeton » (point VI).

Dans la tradition germano-scandinave, on associe le frêne à Odin ; le sureau, le genévrier et le lin à sa compagne ; le chêne à Thor ; le sorbier et les céréales à son épouse Sif ; la camomille sauvage à Balder ; les pommiers à Idunn. Les bouleaux et les ifs, symbolisés par les runes b (Berkana) et ï (Eïwaz), ont également tendance à être la demeure d’un esprit, de même que les prunelliers ou les aubépines, représentés par la rune th (Thurisaz).

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Arbre sacré, source de Madron, Cornouaille britannique

Chez les Gaulois, on associe le chêne à Taranis (Maxime de Tyr, Dissertations, VIII, 8 : « Les Celtes rendent un culte à Zeus, mais l’image de Zeus, chez les Celtes, est un grand chêne »). C’est sans doute pour cette raison, et pour le caractère sacré du gui de chêne, que leur abattage était interdit sans autorisation d’un druide ; et pour cette raison aussi que le mot français chêne vient d’un des trois mots gaulois le désignant (cassanos, deruos, tannos) et non du latin quercus. Les autres arbres ont des liens moins nets avec une divinité, mais le pommier (immortalité, cf. Avallon = Ynys Afallach en gallois, l’île des pommes), le noisetier (sagesse), le hêtre (inscriptions « Deo Fago », au dieu hêtre, en Gaule Aquitaine), sont également sacrés. Dans l’alphabet oghamique irlandais, cinq signes ont clairement un nom d’arbre : le chêne, le sorbier, l’aulne, le noisetier et le bouleau. Chez les Gallois, Yspaddaden Penkawr, l’équivalent du Balor gaélique, le chef des Géants, a un  nom qui signifie très exactement « Aubépine, Chef-des-Géants ». Enfin, en Bretagne, les buissons d’ajoncs servent de refuge aux âmes des morts, il faut donc éviter de les déranger pendant la nuit (particulièrement le 31 octobre et le 30 avril, quand le voile entre les mondes est le plus fin).

Quant aux Baltes, le chêne y est aussi associé au dieu du tonnerre, Perkûnas. Dans les Balkans, le bouleau est associé au personnage de Baba Marta, le grand-mère du printemps.

Dans tous les cas, les manières de procéder au culte des arbres sont assez simples : ne pas les abattre, ne les tailler que si besoin ou pour collecter un peu de bois à usage rituel conformément aux traditions, déposer des offrandes (rubans autour des branches sans trop les serrer, dépôt de fleurs ou de biscuits, libations). La prière n’a guère besoin d’être longue, il suffit par exemple de le toucher de la main droite en disant « Salut à toi, arbre sacré ! Je te remercie pour tes bienfaits ».

Notez aussi que, si vous vivez en appartement, il est souvent possible d’avoir des versions bonsaï de ces arbres ; bien que le débat reste ouvert pour savoir si c’est bien respectueux ou conforme aux traditions européennes, le Chat Poron en est assez partisan comme solution alternative.

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L’importance du contexte dans la résurgence de la spiritualité germanique (par Bil Lizie)

Traduction de la partie 4.1 de l’essai « Germanic spirituality » de Bil Linzie, un des théoriciens et premiers pratiquants du reconstructionnisme germano-scandinave aux Etats-Unis. Vous pouvez trouver un résumé de cet essai de 50 pages, et un lien pour le télécharger en entier dans sa version originale en anglais, ici et la traduction de l’introduction .

Quand on pense à l’Asatru, en général, on pense aux oracles runiques, aux blots, aux costumes traditionnels (généralement de l’ère viking) avec épées et bijoux d’ambre, au seidr, à des rites dans des langues étrangères et anciennes. En réalité, ce qu’on en sait par les sources qui nous sont parvenues est beaucoup plus subtil et moins mystique que l’idée qu’on s’en fait. La plupart des nouveaux arrivants, mais aussi de la plupart des anciens, veulent que l’Asatru soit une religion à part entière. C’est sans doute vrai, mais l’Asatru a sans doute plus à voir avec la subtilité du taoïsme ou du zen qu’avec la pompe de l’Eglise catholique ou la théâtralité de la Wicca.

Ces dernières décennies, l’approche de la spiritualité germanique s’est surtout faite via des aspects accessoires : les runes, les blots, et maintenant le seidr. Si certaines religions modernes fonctionnent très bien ainsi, la plupart des religions traditionnelles marchent autrement. Les Amérindiens en ont fait la cruelle expérience. Ainsi, depuis les années 60, de plus en plus de gens se sont intéressés à leurs spiritualités. Beaucoup d’Américains blancs, ayant séparé leur spiritualité de leur culture et ayant au passage bien souvent perdu les deux, furent fascinés par les cérémonies amérindiennes et commencèrent à les imiter : loges de sudation, cérémonie du calumet, danse du soleil, cérémonie du peyotl, … Au début, beaucoup d’Amérindiens en furent très contents : des gens s’intéressaient enfin à leur mode de vie. Très rapidement, il devint évident que ce n’était pas leur « mode de vie » qui les intéressait. C’était le charme et le glamour des plumes dans les cheveux, des herbes et des calumets achetés par correspondance plutôt que ramassés ou faits soi-même. Ce n’était pas leur mode de vie, avec tout ce qu’il comprend de difficile et de douloureux, c’était le fait de porter des noms cools comme Loup Solaire ou Arbre-Dragon. Changer réellement son mode de vie, c’était trop dur et pas assez gratifiant socialement. Alors, les sages des Amérindiens ont commencé à refuser cela, car leurs cérémonies étaient des expressions de leur culture et que les Blancs continuaient à considérer cette même culture comme un vieux machin inutile et barbare.

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Honorer les lieux sacrés dans la tradition germano-scandinave

Lieux sacrés

CERTAINS TYPES D’ENDROITS SONT SACRÉS DANS NOTRE TRADITION. Il n’était pas question pour nos ancêtres d’y passer sans s’acquitter d’une offrande à l’entité qui possédait l’endroit, souvent considéré comme n’appartenant que partiellement à Midgard, le monde des Humains.

L’EAU DOUCE, INDISPENSABLE À LA VIE, ÉTAIT DOTÉE DE POUVOIRS MAGIQUES, VOIRE D’UNE VOLONTÉ PROPRE.

SOURCES : Elles avaient pour la plupart des vertus curatives contre un mal spécifique. De ces cultes locaux subsiste la tradition de jeter une pièce dans les fontaines pour obtenir bonne fortune : si une source se trouve près de chez vous, ou si vous avez un puits sur vos terres, saluez l’esprit qui l’habite quand vous allez y puiser. Pour recevoir sa bénédiction, jetez-y une pièce, prenez un peu d’eau dans votre paume droite, et aspergez-vous en le front ou la partie du corps ayant besoin d’être soulagée. Vous pouvez offrir une représentation de l’organe à guérir pour appuyer votre demande par un ex-voto.

"Malvhina Well - 2007 Well Dressing - geograph.org.uk - 423192" by Bob Embleton. Licensed under CC BY-SA 2.0 via Wikimedia Commons - https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Malvhina_Well_-_2007_Well_Dressing_-_geograph.org.uk_-_423192.jpg#/media/File:Malvhina_Well_-_2007_Well_Dressing_-_geograph.org.uk_-_423192.jpg

« Malvhina Well – 2007 Well Dressing – geograph.org.uk – 423192 » by Bob Embleton. Licensed under CC BY-SA 2.0 via Wikimedia Commons

COURS D’EAU : Ils étaient vus comme des divinités locales, auquel on offrait des chefs d’œuvres d’artisanat ou des prises de guerre. Quand vous longez ou franchissez un fleuve, une rivière ou un ruisseau, saluez-le par son nom. Si c’est un cours d’eau que vous traversez souvent, vous pouvez demander son assistance pour votre vie professionnelle ou scolaire : en cas de réussite, brisez rituellement un objet fabriqué par un artisan local ou vous-même, et jetez-le dedans en remerciement.

LACS, ÉTANGS ET MARAIS : Ce sont des passages vers les mondes inférieurs. Ils sont souvent liés à des entités féminines (la halle de Frigg, épouse d’Odin, se nomme Fensalir, la maison des marais). Saluez les esprits qui les habitent si vous les longez, les traversez, ou avant de vous y baigner. Vous pouvez également demander leur assistance en échange d’une offrande.

LES SOMMETS ET POINTS CULMINANTS DE CHAQUE RÉGION, PROCHES DU CIEL, POSSÈDENT ÉGALEMENT UNE AURA PARTICULIÈRE : C’EST SOUVENT LÀ QUE SE TROUVAIT UN VÉ, UN SANCTUAIRE DÉLIMITÉ PAR UNE ENCEINTE SACRÉE.

COLLINES : Au sommet d’une colline, si l’endroit n’est pas déjà traditionnellement consacré à une divinité particulière, saluez celle de votre choix en regardant le ciel. Si possible, laissez une offrande.

Temple-musée construit en 1869 au Donon (Alsace) pour abriter les vestiges archéologiques du sanctuaire antique

Temple-musée construit en 1869 au Donon (Alsace) pour abriter les vestiges archéologiques du sanctuaire antique

PIC MONTAGNEUX : En le voyant à l’horizon, saluez l’entité qui y règne. Il peut parfois s’agir d’une divinité plutôt que d’un esprit : on sait par exemple que les Vosges sont le domaine du dieu Vosegus ; tandis que Skadi est considérée par certains comme la maîtresse des massifs de Scandinavie, par d’autres comme la déesse des montagnes de manière générale. Si escaladez une montagne, prenez de quoi faire une offrande. Les habitués savent que leurs colères peuvent être aussi promptes que terribles.

ÎLES : Elles sont, à leur manière, des points culminants, sans quoi elles seraient immergées. En tant que morceaux de terre au milieu d’une mer ou d’un cours d’eau, elles symbolisent ces parcelles des autres mondes qui se trouvent dans Midgard. Beaucoup d’entre elles sont des vés (par exemple l’île danoise de Seeland, mais plus près de chez nous l’île de la Cité au milieu de la Seine ou l’île de Sein au large de la Bretagne). Saluez « la divinité qui possède l’endroit » (même si vous ne savez pas laquelle) avant d’y poser le pied. Particulièrement pour celles encore sauvages, prévoyez également une offrande.

LE CULTE DES ARBRES OCCUPE UNE PLACE IMPORTANTE DANS NOTRE TRADITION.

Ces pratiques sont encore vivantes aujourd’hui par le biais des arbres à vœux. Rien d’étonnant quand on sait que le premier couple humain, Ask et Embla, proviennent de deux essences d’arbres.

Certains végétaux sont dédiés à une divinité en particulier. Le frêne à Odin ; le sureau, le genévrier et le lin à sa compagne ; le chêne à Thor ; le sorbier et les céréales à son épouse Sif ; la camomille sauvage à Balder ; les pommiers à Idunn. Les bouleaux et les ifs, symbolisés par les runes b (Berkana) et ï (Eïwaz), ont également tendance à être la demeure d’un esprit, de même que les prunelliers ou les aubépines, représentés par la rune th (Thurisaz).

Si un des arbres mentionnés ci-dessus se trouve dans votre jardin ou à proximité de votre demeure, vous pouvez vous rendre régulièrement à son pied pour y déposer des offrandes, et nouer un ruban dans ses branches ou autour de son tronc.

"Arbre votif de La Mazaurie, Cussac, Haute-Vienne, France" by Le grand Cricri - Own work. Licensed under GFDL via Wikimedia Commons

« Arbre votif de La Mazaurie, Cussac, Haute-Vienne, France » by Le grand Cricri – Own work. Licensed under GFDL via Wikimedia Commons

De plus, de manière générale les forêts appartiennent au dieu Vidar, et sont des lieux sauvages très prisés par les Elfes. Les clairières, surtout celles où poussent les champignons (les « ronds de fée » du folklore), sont souvent leur domaine. Saluez-les en entrant dans une clairière, ou en passant la lisière d’une forêt. Laissez-leur une offrande si vous mangez ou buvez chez eux ; mais ramassez tous vos emballages plastiques, cannettes, capsules de bière et bouteille de verre.

HORS DU TRIPTYQUE « EAUX/SOMMETS/FORÊTS », CERTAINS LIEUX SONT ÉGALEMENT EN CONTACT AVEC DES ENTITÉS LEUR CONFÉRANT UNE DIMENSION SACRÉE. ILS ONT EN COMMUN D’ËTRE DES FRONTIERES ENTRE LES MONDES.

CARREFOURS ET CIMETIÈRES : Saluez Odin, dieu des voyages et seigneur des Draugar, les morts sans repos. Saluez également vos ancêtres si vous passez près d’un cimetière où ils reposent. N’hésitez pas à partager symboliquement un repas avec eux, ni à faire des libations sur leur tombe.

GROTTES : Les lieux souterrains, de manière générale, sont des passages vers les mondes du dessous, qui ont longtemps servi de lieux rituels, d’abris ou de sépultures. Ils sont souvent le domaine de Nains. Si possible, faites en entrant une offrande d’une pièce ou une libation (pas d’aliments, si vous souhaitez épargner l’odeur de putréfaction aux prochains passants).

MÉGALITHES : Érigés il y a des milliers d’années, ils sont encore aujourd’hui entourés de légendes concernant le « peuple caché » des Elfes et des Nains, qu’il s’agisse de menhirs, de dolmens ou de cairns. En vous y rendant, saluez l’esprit qui y réside, et Freyr qui règne sur le monde auquel il mène. Vous pouvez également demander son assistance en échange d’une offrande : leur domaine de prédilection reste de trouver un partenaire ou d’avoir un enfant, mais on dit qu’ils peuvent aussi guérir des maladies ou procurer des richesses. Notez que certaines formations rocheuses ou « grosses pierres » d’origines naturelles peuvent également avoir ces propriétés. Renseignez-vous sur le folklore local !

Dolmen de Troldkirken (les mégalithes étaient présents sur toute la façade atlantique, et leur culte a perduré jusqu'après la christianisation)

Dolmen de Troldkirken (les mégalithes étaient présents sur toute la façade atlantique, et leur culte a perduré bien après la christianisation)

AYEZ TOUJOURS AU MOINS UN SAC POUBELLE DANS VOTRE SAC OU VOTRE POCHE, POUR LAISSER TOUS LES LIEUX PRÉ-CITÉS PLUS PROPRES QUE VOUS LES AVEZ TROUVÉS, NE SERAIT-CE QUE D’UN PEU. Les considérer comme sacrés ou saluer des entités est vide de sens si vous vous comportez comme un touriste irrespectueux.

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Phénomènes naturels dans la tradition germano-scandinave

Note : ceci est un extrait du fascicule du clan Ostara « Jour après nuit : vivre au quotidien dans la tradition germano-scandinave », prochainement disponible

Phénomènes naturels

LA SACRALITÉ DES FORCES DE LA NATURE EST UN ASPECT IMPORTANT DE LA VIE SPIRITUELLE POUR L’IMMENSE MAJORITÉ DES PAÏENS EUROPÉENS, même si voir notre religion comme simple vénération des phénomènes météorologiques peut sembler réducteur à certains d’entre nous. Quoi qu’il en soit, apprendre à regarder le monde qui nous entoure d’un œil à la fois neuf et ancien, être sensible au temps qui passe comme au temps qu’il fait, est un moyen de se reconnecter aux énergies primordiales qui constituent les Neuf Mondes. Toutefois, il ne suffit pas de décréter ce qui est divin et ce qui ne l’est pas pour réellement changer nos schémas mentaux : c’est un travail de long terme, qui se bâtit au quotidien par nos pensées, nos paroles et nos actes.

CHAQUE FOIS QUE VOUS ÊTES CONFRONTÉS À UN PHÉNOMÈNE NATUREL, PRENEZ DONC UN INSTANT POUR SALUER LA DIVINITÉ QUI Y EST ASSOCIÉE.

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ARC-EN-CIEL : Salut à toi, Heimdall, gardien de Bifröst, l’arc-en-ciel qui sert de pont entre Midgard, monde des humains, et Asgard, monde de nos dieux !

TONNERRE : Salut à toi, Thor, porteur de Mjöllnir, le marteau qui repousse les Géants, consacre, et fertilise la Terre généreuse par la pluie !

CIEL ÉTOILÉ : Salut à toi, Frigg, maîtresse d’Asgard, grande tisseuse qui sait le destin de tous !

RAFALES DE VENT : Salut à toi, Odin, hurleur, toi qui mène la Chasse sauvage en chevauchant Sleipnir, ton destrier à huit pattes !

CHUTE DE NEIGE : Salut à toi, Skadhi, déesse skieuse, maîtresse de l’Hiver !

ÉCLAIRCIE : Salut à toi, Sunna, conductrice du char solaire !

LUNE : Salut à toi, Mani, conducteur du char lunaire !

PETIT À PETIT, CELA PERMETTRA D’ENTAMER UNE VRAIE RÉFLEXION SUR VOTRE RAPPORT À VOTRE ENVIRONNEMENT, et sur un confort quotidien que nos ancêtres auraient considéré comme luxueux : nous craignons rarement pour notre vie lors des tempêtes, des sécheresses, ou des chutes de neige abondantes.

AU MINIMUM, VOUS POUVEZ CHOISIR DE SALUER LE PHÉNOMÈNE LIÉ À LA DIVINITÉ DONT VOUS VOUS SENTEZ LE PLUS PROCHE. C’est à la fois un bon début, et un premier pas simple à effectuer si ces pratiques ne vous semblent pas naturelles, ou que vous oubliez trop souvent à votre goût. Ensuite, une fois l’habitude prise, vous verrez que votre regard approfondi vous permettra de voir la sacralité dans chaque phénomène.

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« Maypole song from Summerisle », un chant pour l’Arbre de Mai

Dans les bois j’ai vu un arbre
C’était un très bel arbre :

{Ce bel arbre avait un tronc
Et sur ce tronc, y’avait une branche,
Sur cette branche, y’avait un nid,
Et dans ce nid, y’avait un oeuf,
Dans cet oeuf, un oisilon,
Qui perdit une petite plume
De la plume, on fit un lit…

Sur ce lit, y’avait une fille,
Sur cette fille, y’avait un gars,
De ce gars, une semence,
De la semence, un p’tit garçon,
Le garçon devint un homme,
Pour cet homme, on fit une tombe,

Par-dessus la tombe, un arbre…

C’est l’été ! c’est l’été ! c’est l’été ! c’est l’été ! c’est l’été !

(bis repetita)}

L’Arbre de Mai (film : The Wicker Man)

Et, quand même,les paroles originales :

In the woods there grew a tree
A fine, fine tree was he

On that tree there was a limb
And on that limb there was a branch
On that branch there was a nest
And in that nest there was an egg
In that egg there was a bird
And from that bird a feather came
Of that feather was a bed

On that bed there was a girl
And on that girl there was a man
From that man there was a seed
And from that seed there was a boy
From that boy there was a man
And for that man there was a grave
From that grave there grew a tree

In Sumerisle, Sumerisle, Sumerisle, Sumerisle, Sumerisle

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A quoi ça sert de continuer.

Adapté de l'original par Abstruse Goose (CC BY-NC 3.0 US)

Adapté de l’original par Abstruse Goose (CC BY-NC 3.0 US)

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Honorer les animaux dans la tradition germano-scandinave

Note : ceci est un extrait d’un fascicule en cours de rédaction sur une manière de pratiquer au quotidien la tradition germano-scandinave. L’impératif est utilisé par soucis de concision.

Les dieux et déesses de la tradition germano-scandinave sont liés à divers animaux, que ce soit considéré sous un aspect purement symbolique ou plus « idolâtre ». Quand vous les croisez ou les mangez, prenez le temps de saluer la divinité en question.

Saluez aussi la Terre généreuse, source de toute vie, à chaque repas qu’elle vous offre.

Odin

Corbeaux : Hugin et Munin (« pensée » et « mémoire »), les deux corbeaux d’Odin, prennent leur envol chaque matin pour revenir au soir, porteurs de nouvelles. Loin d’être considérés comme maléfiques, ces oiseaux étaient tenus en haute estime par nos ancêtres, et toutes les recherches récentes confirment l’intelligence surprenante de ces oiseaux, capable de communiquer des informations complexes à leurs pairs (telles que « les humains habillés en rouge sont mal intentionnés »).

Saluez Odin quand vous croisez un corbeau ou une corneille.

Odin sur son trône, illustration tirée du manuel de mythologie d'Alexander Murray publié en 1865

Odin sur son trône, illustration tirée du manuel de mythologie d’Alexander Murray publié en 1865

Canidés : Odin a deux loups, Geki et Freki, auxquels il donne sa part de nourriture au festin de la Valhalla, se contentant de voire du vin. S’il est plutôt rare de croiser des loups, nos chiens domestiques se trouvent appartenir à la même espèce, Canis lupus.

Saluez Odin quand vous croisez un chien.

Thor

Caprins : Le chariot de Thor est tiré par deux boucs, Tanngrisnir (le montreur de dents) et Tanngjostr (le grinceur de dents). Ceux-ci peuvent être mangés, puis revenir à la vie une fois sanctifiés par son marteau, à condition que leurs os soient intacts. Un paysan chez qui il est invité à dîner ébrèche d’ailleurs avec son couteau le tibia d’un d’entre eux, qui boîte une fois ressuscité. Le jeune garçon devient alors le valet de Thor, en compensation.

On peut voir cela comme un symbole des troupeaux de moutons, qui permettent de nourrir année après année un clan possédant des terres inaptes à être cultivées mais assez arrosées par la pluie (que cause Mjöllnir, le marteau de Thor) pour servir de pâturage. Cependant, si ces terres sont « grattées jusqu’à l’os » par de trop grands troupeaux, elles s’appauvrissent et le clan perd son autonomie alimentaire, devenant le « valet » de ceux chez qui il doit se fournir à manger ou émigrer.

Saluez Thor au moment de manger de l’agneau, ou du fromage de chèvre, rendant hommage à l’animal qui vous fournit votre nourriture.

Freyr

Porcs : Freyr chevauche le sanglier Gullinbursti. Les cochons sont des animaux fouisseurs, entretenant un lien naturel avec la terre dont Freyr est gardien de la fertilité.

Saluez-le au moment de manger du porc, y compris en charcuterie, ou du sanglier. Saluez aussi Freyja, dont un des noms en vieux norrois est Syn, la Truie (capable d’allaiter des portées de dix petits).

Sanglier

Cervidés : Après avoir donné son épée pour séduire la Géante Gerdr, Freyr a pour seule arme des bois de cerf, qui lui serviront d’arme contre le Géant Surtr au Ragnarök.

Saluez Freyr au moment de manger du chevreuil ou du cerf, ou si vous les croisez dans la nature.

Freyja

Félins : Le char de Freyja est tiré par deux « chats » scandinaves, qui s’apparentaient davantage à des lynx. Bien plus que de paresseux animaux d’apparat ou des substituts affectifs, les félins avaient pour nos ancêtres un rôle vital, en chassant les rongeurs qui apportaient diverses maladies et emportaient les réserves de vivres dans un échange peu avantageux.

Saluez donc Freyja quand vous croisez un chat.

Freyja dans son char tiré par ses chats, par Nils Blommér (1852).

Freyja dans son char tiré par ses chats, par Nils Blommér (1852).

Rapaces : On dit que Freyja possède le pouvoir de se transformer en faucon, secret qu’elle peut enseigner à ceux qu’elle en juge dignes. Loin d’être uniquement des fins chasseurs, ces rapaces sont aussi fréquemment charognards, et en tant que tels servent de messagers aux divinités qui se partagent les morts au combat, Freyja étant celle qui choisit en premier.

Saluez-la quand vous croisez un faucon, un aigle, un hibou ou une chouette.

Heimdall

Ovins : Heimdall est associé au bélier. Un de ses noms, Gullintanni (Dents d’Or) pourrait aussi être lié au fait que les dents des béliers jaunissent avec l’âge.

Saluez-le quand vous mangez du mouton, ou que vous mangez du fromage de brebis.

Njordh

Produits de la mer : Njordh, seigneur de Noatun (« l’enclos des navires »), est le maître de la fertilité des mers, qui nourrissait souvent les populations côtières.

Saluez Njordh en entendant les mouettes, et au moment de manger ou pêcher du poisson, des crustacés, ou des coquillages. Pour les poissons d’eau douce, saluez plutôt l’esprit de la rivière.

Ostara

Lagomorphes : Bien que les associations traditionnelles du lièvre et du printemps puissent être plus récentes que l’Antiquité, c’est aujourd’hui une idée bien ancrée.

Saluez donc Ostara, déesse de l’aube et du printemps, au moment du manger du lapin ou du lièvre, ou lorsque vous en croisez un.

Sunna

Palmipèdes et volailles : Les associations entre l’astre solaire et les canards sont peu nombreuses chez les Germains, mais plus courantes chez d’autres peuples indo-européens. Le coq, quant à lui, et connu pour acclamer bruyamment le petit matin.

Saluez Sunna, déesse solaire, au moment de manger de la volaille, du canard (y compris son foie gras), ou des œufs. Faites-le également en croisant des cygnes, des canards colvert ou des poules d’eau.

Audhumla

Bovins : Les vaches ou les bœufs ne sont associés à aucune divinité particulière, Ase ou Vane. Cependant, ce sont des animaux tenus en haute estime par les peuples indo-européens, et dans notre tradition la vache cosmique Audhumla est le premier être vivant, qui nourrit Buri, grand-père d’Odin.

Saluez-donc Audhumla, la nourricière, le principe premier de la Vie, au moment de manger du bœuf, du veau, ou de consommer des produits laitiers, ainsi que lorsque vous croisez des vaches.

Audhumla léchant Buri (manuscrit islandais du XVIIIe siècle)

Audhumla léchant Buri (manuscrit islandais du XVIIIe siècle)

Tous les Ases et les Vanes

Équidés : La plupart des Ases ont un destrier comme monture ; et Freyr, le plus puissant des Vanes, est lié au culte de l’étalon comme symbole de fertilité. Nourrir un cheval était très coûteux, et il servait non seulement aux voyages (physiques comme chamaniques), mais aussi et surtout au combat. Le seul poème runique conservé sur la rune e (Ehwaz), le poème anglo-saxon, en parle comme étant le principal signe de la noblesse. C’était l’animal dont le sacrifice revêtait la plus haute valeur sacrée, d’où le tabou contre la consommation de viande de cheval mis en place par les missionnaires chrétiens.

Saluez de manière générale toute l’assemblée divine des Ases et des Vanes au moment de manger du cheval, ou lorsque vous en croisez un.

Tiré de « Jour après Nuit – vivre au quotidien dans la tradition germano-scandinave », un fascicule du clan Ostara à paraître cette année. Vous pouvez retrouver ici le fascicule Les Douze Nuits de Yule concernant les festivités du solstice d’hiver.

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A bout de souffle ?

Dans la plupart des langues indo-européennes, le simple fait d’inspirer est une activité spirituelle. Eh oui, en latin, spiritus signifie « souffle », avant même d’être utilisé pour conceptualiser une part de nous qui serait d’essence différente de la matière. C’est une conception qu’on retrouve chez les Hindous (prâna), les Grecs (pneûma), les Germains (önd, souffle-esprit offert par Odin au premier couple humain), … Naturellement, cela met un peu à mal nos conceptions modernes de la « spiritualité ». Il ne s’agit aucunement de se replier sur soi ou dans la contemplation d’une céleste transcendance, mais bien d’effectuer un acte d’hygiène aussi indispensable que bien manger et bien dormir, ou avoir un minimum d’activité physique (voire simplement se tenir plus ou moins droit). Oui, parce que ce n’est pas parce que la respiration est souvent en « mode automatique » que nous respirons naturellement de manière optimale en toute situation.

Bien respirer, en plus de faciliter l’oxygénation d’un cerveau qui peut en avoir besoin, permet surtout de relâcher des tensions omniprésentes. Malgré le fait qu’on courre au quotidien bien moins de danger que nos Ancêtres, force est de constater que le niveau de stress causé par notre mode de vie est bien supérieur. L’urbanisation croissante, l’isolement social au milieu d’une foule anxiogène et impersonnelle, la désynchronisation de nos cycles biologiques par rapport à ceux des astres, sont autant d’éléments néfastes qu’il nous revient de contrebalancer activement. D’autant plus que ce n’est pas seulement notre « bien-être » subjectif qui est en jeu, mais bien la régulation de notre équilibre physiologique (par exemple en diminuant la concentration sanguine de cortisol, hormone liée au stress). Cela joue sur nos capacités de vision à long terme, sur nos décisions et notre attitude qui en retour influent sur notre entourage, et même sur les maladies cardiovasculaires, les problèmes de dos, la digestion, et sans doute d’autres éléments qu’il reste à découvrir.

En bref, bien respirer, c’est abolir ce qui est bien souvent un facteur limitant au plein développement de notre potentiel physique et intellectuel. C’est en tant que telle que la spiritualité fait sens, s’enracinant à la fois dans une antique vision du monde et dans les défis que nous avons à relever au quotidien. Car la « volonté de puissance » (máttr ok megin à l’époque viking), c’est façonner son masque (personna en latin) pour jouer le mieux possible son rôle dans le cycle de la vie, en adéquation avec l’ordre cosmique. Celui-ci est d’ailleurs nommé Ṛta dans les Védas, de la même racine que notre « rite ».

Mais ne vous inquiétez pas, je commence à m’essouffler donc j’arrête ici les grands discours et pour passer à l’aspect pratique. Naturellement, ce qui suit est très sommaire et donc demandera de la pratique de votre part pour l’adapter, sans oublier que ce n’est qu’une technique parmi d’autres qui peuvent mieux vous convenir. Aussi, dans le Râja Yoga, le prânâyâma (« maîtrise du souffle ») ne s’enseigne qu’une fois acquis les trois étapes précédentes (ascétisme, vertus et postures), donc même si le savoir-faire développé par les yogis indiens peut être intéressant, le sortir de son contexte le dénature forcément dans une certaine mesure.

Le travail du souffle, comme celui de la concentration, peut se faire de nombreuses manières : assis dans diverses postures (de la chaise au lotus en passant par le tailleur), allongé, en marchant, et ainsi de suite. Je vous conseille de commencer assis sur une chaise, si vous pouvez en trouver une assez haute pour que votre bassin soit légèrement surélevé par-rapport à vos genoux :

    • bien avancés de manière à ce que les fesses soient au bord de la chaise (ou, si vous pouvez, assis au fond de la chaise mais avec un support sous les pieds arrières qui les relève de quelques centimètres)

    • en faisant reposer le poids du corps sur les os des deux fesses, bien redressé

    • les épaules ouvertes (mains sur les genoux ou les cuisses selon votre morphologie)

    • la tête relevée pour étirer la nuque, bien en arrière, menton légèrement vers la poitrine

Dans un premier temps, gardez les yeux fermés. Si ça ne vous convient pas, essayez de fixer la flamme d’une bougie, une statuette, ou autre chose (même un joli paysage sur un écran d’ordinateur pour un premier essai, mais bon…).

Le but va être d’allonger au maximum le souffle, pour en augmenter l’amplitude et abaisser votre fréquence cardiaque (c’est donc contraire au zazen japonais de l’école Sôto qui consiste à « juste s’asseoir », et que certains jugent plus efficace, mais parfois la simplicité est plus difficile d’accès). Pour cela, inspirez par le nez, le plus profondément et le plus lentement possible, en gonflant bien l’abdomen. N’hésitez pas à vraiment forcer le mouvement dans le bas ventre d’une manière qui vous paraîtra ridiculement artificielle au début. Pareil, lors de l’expiration, expulsez par le nez un maximum d’air des poumons, en insistant jusqu’au bout. Vous découvrirez rapidement que quand on croît être arrivé au bout, on peut encore pousser un dernier souffle en exhalant par la bouche.

Une fois que vous avez bien le truc pour gonfler à bloc le bas du ventre, vous pourrez aller plus loin dans l’inspiration en gonflant aussi le thorax, puis même en montant jusqu’aux clavicules. Lors de l’expiration, videz d’abord uniquement le thorax avant d’expirer l’air par les abdominaux. Faites toujours cela le plus lentement et le plus profondément possible, en vous concentrant sur vos sensations. Vous remarquerez que cela demande tellement d’attention que la petite voix dans votre tête et les pensées parasites tendent à s’espacer puis à se suspendre, faute de mémoire vive disponible.

La petite astuce qui aide bien pour ralentir au maximum la fréquence respiratoire est de laisser un tout petit instant d’apnée poumons pleins et poumons vides. Attention, à partir de la demi-seconde (à la louche), cela a tendance au contraire à vous précipiter lors de la reprise de la respiration et à produire l’effet inverse. Focaliser son attention sur le contact de l’air avec les muqueuses respiratoires aide aussi à mener le processus plus loin.

Bien sûr, j’en entends au fond qui me demandent : et on fait ça combien de temps ? Pour commencer, cinq à dix minutes suffisent. L’important étant de pratiquer très régulièrement (genre, tous les soirs juste avant d’aller se coucher, ça fait un bon break et diminue le temps d’endormissement). Ensuite, monter jusqu’à vingt-trente minutes est un bon objectif, mais laissez les choses venir. La clé, c’est la régularité quitte à viser bas, et de se laisser l’occasion de faire des « pics » les jours où ils se produisent. Vous pouvez vous minuter, en ce qui me concerne quand c’est avant d’aller au lit j’utilise la méthode des bâillements : au bout du troisième bâillement, fin de la séance.

Notez bien entendu que le plein gonflement des poumons et l’expiration profonde peut s’utiliser n’importe où et même le plus souvent possible dans la vie de tous les jours. En particulier dans les situations anxiogènes et/ou dans les transports en commun, salles d’attente, … où on a « rien à faire » (maintenant, si).

http://pratiquer-la-meditation.com/comment-mediter-comment-bien-sasseoir-sur-une-chaise-pour-mediter/

http://france.wildmind.org/posture/chaise

http://fr.wikihow.com/méditer

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Réflexions sur le Corps

Toutes les traditions européennes, et bien d’autres au-delà, accordent au corps un rôle fondamental. Pour commencer, il est notre véhicule dans le cycle de la Vie, indispensable au cheminement de notre être dans son ensemble. En tant que tel, il est le principal facteur qui détermine nos capacités d’action, donc la concrétisation de nos choix éthiques, car une bonne intention non-réalisée est littéralement irréelle, nulle et non-avenue. Il est donc un élément à part entière de notre identité. De plus, le corps symbolise parfaitement les liens qui nous unissent à notre lignée : nous l’héritons de nos Ancêtres, mais c’est notre responsabilité de le préserver et de le développer.

Guède

Dans les pratiques dites « magiques », le plan physique revêt une grande importance. Par le biais des Esprits, on peut se métamorphoser ou transformer autrui, projeter son double sous une forme animale pour voyager dans des endroits bien matériels, provoquer ou guérir des maladies… On retrouve ici le fameux « l’esprit domine la matière » dont les courants new-age sont friands. Cependant, on observe que les états de transe permettant ces opérations sont induits par une modification des processus physiologiques : jeûne ou privation de sommeil, danses et sauts, modulation de la respiration, substances psychoactives, vibrations des tambours ou des chants. Ces techniques, pour être maîtrisées, nécessitent donc d’avoir une bonne condition physique, sans laquelle la sensibilité spirituelle est au mieux inutile, au pire dangereuse.

Il est intéressant de constater que les philosophies hindoues, héritières d’une tradition païenne ininterrompue, considèrent aussi que le corps et l’esprit sont profondément intriqués, que les sens et même la pensée sont des phénomènes physiques. Le bouddhisme, qui a passé les doctrines hindoues au crible de la réflexion logique et de l’expérimentation par la méditation, a conservé et même renforcé cette vision des choses… Or, c’est également ce que nous apprennent les recherches menées en neurobiologie depuis plus de deux siècles, et qui se sont accélérées depuis que des scanners plus perfectionnés sont disponibles : notre cerveau et nos nerfs fonctionnent par des influx électro-chimiques, réagissant à notre environnement selon les structures établies par nos gènes et notre mode de vie. Nos émotions peuvent affecter notre santé de manière psychosomatique, mais à l’inverse les influences externes auxquelles on s’expose influencent profondément le fonctionnement de notre cerveau (y compris par le système nerveux entérique qui relie intestin et cerveau, et qui est très sensible aux variations de flore intestinale).

Système nerveux entérique

L’alimentation et le sommeil devraient donc être des priorités pour tout païen conscient. Les habitudes sous-jacentes à la société post-industrielle sont extrêmement néfastes pour notre santé physique comme mentale. Sans même parler de la foule d’additifs, les produits de l’industrie agro-alimentaire sont généralement trop caloriques, trop sucrés, trop salés, trop riches en matières grasses délétères ; mais pauvre en vitamines, en minéraux, en fibres et en acides gras essentiels. Les produits animaux, en particulier, tendent à concentrer les toxines à cause de leur position dans la chaîne alimentaire, et sont beaucoup trop présents dans notre alimentation (55% de l’apport calorique français, sachant que la fourchette conseillée par l’OMS est entre 15% et 30%).

Ainsi, dès que j’invite des frères et soeurs de clan chez moi ou même quand nous allons camper près de notre clairière, nous tenons à préparer nous-même le repas à partir d’aliments bruts, ce qui revient d’ailleurs bien moins cher. Nous favorisons les céréales complètes et les protéines végétales (légumineuses type pois et lentilles, oléagineux type noix et noisettes) en-dehors des grandes fêtes où nous pouvons nous permettre d’avoir de la viande de qualité correcte. Pour rappel, de plus en plus de viandes importées, y compris d’origine européenne, ne sont pas soumis à nos normes sanitaires : traitements antibiotiques sans contrôle vétérinaire, fourrage aux OGM sans obligation d’étiquetage, etc.

Quant au sommeil, une foule d’étude lie les cycles irréguliers et la fatigue chronique à des risques accrus de diabète, de maladies cardiovasculaires, de cancers et de maladies psychiatriques comme la dépression clinique, ainsi qu’au déclin de la mémoire et des capacités cognitives. Les lumières blanches ou bleues, type écrans d’ordinateurs ou de téléphones, participent au dérèglement de l’horloge biologique quand elles sont utilisées juste avant le coucher. Autant que possible, je dîne tôt, en quantités raisonnables, et j’ai une heure limite à partir de laquelle je ne fais rien d’autre que régler les dernières tâches qui ne peuvent attendre le lendemain. Ensuite, je m’accorde une 30 à 60 minutes de lumière tamisée et d’activités plus calmes (douche, lecture, méditation) qui permettent d’être interrompues dès que le pic de fatigue se fait sentir. Ça ne compte pas vraiment comme du temps perdu, puisqu’en général le gain de temps à l’endormissement représente la moitié de cette phase-tampon.

Un minimum d’activité physique est également indispensable à notre santé. Je ne parle pas des sportifs plus ou moins dopés, à l’intellect et aux mœurs plus ou moins discutables ; ni du diktat des magazines de modes qui poussent des foules de personnes culpabilisées dans les salles de musculation. Notre organisme est tout simplement adapté à un mode de vie beaucoup plus actif que le nôtre, beaucoup trop récent pour que les processus évolutifs ne fassent effet. Une heure de sport par semaine, ou trois heures de marche, sont le minimum pour ne pas dégrader notre état ; mais on devrait pousser jusqu’à 6h de sport par semaine ou 18h de marche si l’emploi du temps le permet et qu’il n’y a pas de contraintes médicales. 2×45 minutes de sport et 4h30 de marche constituent un bon objectif, auquel j’arrive à peu près à me tenir depuis que j’ai réglé quelques soucis de dos.

La grande question étant : quel sport ? La marche est rarement contre-indiquée, ne nécessite pas d’équipement particulier, et peut parfois se placer dans son emploi du temps quotidien à la place de la voiture ou des transports en commun. On peut aussi opter pour le vélo, qui fait gagner du temps de trajet, ou courir pour optimiser le ratio dépense/durée de l’exercice. Attention aux problèmes de dos ou d’articulation pour la course, le but n’est pas de battre un record mais d’optimiser votre santé ! Si vous avez accès à un club ou à un professeur qui prend en compte vos éventuels problèmes, je conseille particulièrement le yoga, qui fait travailler les muscles, les articulations et le souffle tout en préparant aux techniques de méditation. Les pratiques taoïstes comme le tai-qi ou le qi-gong, plus axées sur le mouvement, peuvent également être de très bons choix. Pour ceux qui souhaiteraient rester dans un cadre plus « local » ou moins spirituel, la danse est une excellente option trop souvent négligée. J’y reviendrai dans un autre article, mais un peuple qui ne danse pas est un peuple mort. Il y a des cercles de danse bretonne un peu partout en France et même dans le monde, qui sont toujours parfaitement ouverts aux débutants. Si vous ne vous sentez pas spécialement d’âme celtique, vous pouvez tout de même chercher si il y a un club de danse traditionnelle (ou moins traditionnelle) près de chez vous, de votre terroir ou d’ailleurs.

Enfin, les arts martiaux ou sports de combat sont à la fois des moyens d’optimiser sa santé, de grandir spirituellement et de développer des capacités nécessaires à l’application de son éthique. Boxe, lutte, gouren, canne, escrime, autodéfense, ainsi que ju-jitsu, karaté, kung fu et autres, la liste est longue. Les goûts personnels sont des facteurs déterminants, mais prêtez surtout attention à l’enseignant et à l’état d’esprit des élèves. Sont-ils là pour la compétition, pour suivre une voie vers la sagesse, pour apprendre à se défendre en cas d’agression réelle, pour se défouler ? N’hésitez pas à venir faire une séance d’essai dans différents clubs ou dojos avant de faire votre choix. Une année de remise en forme active avant d’attaquer ce genre d’activités peut aussi être bénéfique, pour éviter de se démotiver après trois mois de galère sans progresser car on est largué physiquement.

Pour finir, je voudrais aborder deux points trop souvent mis de côté. Comme dit plus haut, l’usage de substances psychoactives est tellement répandu dans le temps et dans l’espace que c’est quasiment une part de la nature humaine. Cela peut se faire dans différentes optiques : thérapeutique, spirituelle, sociale, … Toutefois, la consommation purement hédoniste et l’addiction sont des phénomènes assez rares historiquement, qui ont explosé à partir de l’industrialisation et de l’urbanisation. Malgré le fait que les gouvernements aient décidé de ne pas inclure divers médicaments, l’alcool et le tabac parmi les drogues, il faut bien garder à l’esprit qu’ils en font bien partie, et plutôt dans la catégorie « drogues dures ». De plus, les effets néfastes de leur consommation chronique ou abusive sont très loin d’être négligeables.

Si vous êtes actuellement en état d’addiction au tabac, à l’alcool, ou à quoi que ce soit (à part peut-être un traitement médical en cours et non-remplaçable par d’autres approches), vous devriez mettre bien en haut de votre liste de priorités le fait d’arriver à une consommation non-journalière – ou au moins de réduire les doses. Je ne vais pas jouer au moralisateur puisque ce n’est pas « mal » en soi : simplement je considère qu’il est de mon devoir en tant qu’indigène de faire ce que je peux pour convaincre mes frères et sœurs de cesser de s’empoisonner jour après jour, et de libérer leur volonté de ces entraves pour accomplir pleinement leur destin.

Pour finir cette masturbation intellectuelle sur une note plus concrète, deuxième point tendancieux : le sexe et la nudité. Les païens n’ont pas de « péché de luxure ». Le plaisir sexuel est parfaitement normal et favorable au bon développement d’un organisme sain, et se défaire de certaines inhibitions et névroses collectives à ce niveau-là est plutôt une bonne idée. Idem, je suis fondamentalement opposé au « slut-shaming » et à ce mouvement antijupes qui va en s’accélérant dans certaines villes  : disons que mes habitudes sont plutôt plages naturistes de la Baltique et saunas collectifs sans arrières-pensées que cosplay transgenre de Batman. Pour autant, l’hypersexualisation de la femme à des fins publicitaires, le « si t’as pas couché avant x ans t’as raté ta vie, on est plus au Moyen-Âge » (x diminuant visiblement d’un an tous les dix ans), ne m’enchantent pas spécialement. L’éloge de l’infidélité et du divorce au bout de dix ans, sous prétexte d’épanouissement personnel, non plus. En fait, tout ce qui tend à faire du « sex, drugs & rock’n’roll » (donc du culte de l’ego et du plaisir facile) le but suprême et universel de l’existence m’inspire à peu près autant de sympathie que le puritanisme le plus étroit… même en remplaçant rock’n’roll par n’importe quelle chapelle du metal.

Spartiate, Veme siècle avant l'ère commune (?)

Spartiate, Ve siècle avant l’ère commune (?)

Pour le bien-être de chacun et de notre société il me semble qu’il y a un minimum de responsabilités à avoir dans le couple, surtout au niveau des enfants adultérins, des maladies sexuellement transmissibles, etc. Je n’ai rien contre le fait d’avoir plusieurs partenaires sexuels, mais pas sans dialogue et confiance réciproque. Un cadre familial stable, où on peut compter sur des relations inter-partenaires (et, le cas échéant, parents-enfants) assez fiables pour ne pas se poignarder dans le dos ou faire ses valises un beau matin, est tout simplement un rempart indispensable contre l’insécurité matérielle et affective dont se servent les multinationales pour nous manipuler et nous refourguer leurs merdes. Des fringues superflues aux sites de rencontre en passant par la parfumerie et autres cosmétiques, c’est toute une industrie qui se nourrit de notre solitude ou de notre insécurité affective, sans même parler de la prostitution et de la pornographie. Au passage, cette dernière, à haute fréquence, via le lien corps-esprit abordé en début d’article, est bien connue pour provoquer des dérèglements neurochimiques du système de récompense… c’est-à-dire une addiction, avec tout ce qui va avec (troubles de la libido, problèmes relationnels, dépression, etc). Je me sens clairement mieux depuis que je fais confiance à mon imagination en l’absence de ma partenaire.

Bref, prenez soin de vous. Et pas seulement avec du vernis à ongles, ou des rituels de soin trop cools. On vit dans un environnement toxique à tous les niveaux, et notre premier devoir en tant qu’êtres vivants est de faire ce qu’on peut pour ne pas se laisser détruire à petits feux.

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