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Les vraies sources de la tradition celtique

Comme les anciens druides avaient pour coutume de ne pas mettre leur enseignement par écrit, beaucoup pensent que nous ne savons rien de la tradition celtique, tandis que d’autres inventent diverses fariboles qu’ils font passer pour authentiques, au nom d’une prétendue lignée secrète qui aurait traversé les âges (les filiations « néodruidiques », par exemple, ne renvoient qu’à la franc-maçonnerie anglaise et/ou aux travaux du faussaire Edward Williams dit « Iolo Morganwg », fondateur du Gorsedd du Pays de Galles). La méthode qui nous permet de démêler le vrai du faux et de retrouver la source de notre longue mémoire se nomme le reconstructionnisme celtique. Il ne s’agit pas de reconstitution historique, qui vise à reproduire à l’identique les apparences de l’ancien temps, mais d’une démarche qui nous permet de connaître notre héritage authentique afin de pouvoir en adapter l’expression matérielle aux contraintes de notre époque, sans altérer son message. Nous avons pour cela quatre type de sources : l’archéologie, la littérature, les survivances, et enfin les comparaisons.

L’archéologie a fait de nombreux progrès dans les dernières décennies, grâce à l’utilisation des analyses chimiques et génétiques, du satellite, des fouilles préventives systématiques avant chaque grand chantier. Nous savons maintenant que les Celtes de l’Âge du Fer, avant la conquête romaine, construisaient bien des sanctuaires, par exemple à Corent ou à Gournay-sur-Aronde, et ne se contentaient pas de pratiquer leurs cérémonies religieuses auprès des menhirs et des dolmens, érigés par des peuples bien plus anciens que l’arrivée de la culture celtique sur ces terres.

2464396Nous savons aussi qu’ils avaient parfois des statuettes en pierre des Divinités, et sûrement d’autres en bois qui n’ont pas survécu. Certains objets métalliques, comme le chaudron de Gundestrup, nous livrent aussi des représentations de mythes mettant en scène le panthéon celtique de l’Antiquité. Les rites pratiqués dans les sanctuaires ont laissé des traces, et la manière dont ces lieux étaient aménagés nous donnent aussi de précieux indices sur les rites qui s’y déroulaient. Enfin, de nombreux découvertes de l’époque gallo-romaine présentent des particularités fortes, qui parfois se relient directement à des périodes plus anciennes, et souvent ne trouvent aucun autre équivalent dans le monde romain. On est donc parfois bien en présence d’éléments purement celtiques, conservés grâce à l’usage massif de la pierre et des statues en lieu et place de matériaux périssables, et identifiables grâce à l’usage courant de dédicaces écrites. Le pilier des Nautes, retrouvé dans les fondations de la cathédrale Notre-Dame de Paris, et représentant plusieurs Divinités gauloises, en est le meilleur exemple. pilier-nautesQuelques tablettes rédigées en gaulois, ainsi que des noms de personnes ou de lieux inclus dans des textes latins, nous permettent également d’avoir une bonne idée de ce qu’était la langue gauloise, et de savoir qu’une personne se définissait avant tout par sa filiation (X fils ou fille de Y). On a même retrouvé le calendrier de Coligny, rédigé en gaulois, plaçant les fêtes religieuses selon un calendrier complexe basé sur le rythme du soleil, de la lune, des planètes et des constellations.

 

Naturellement, ces éléments archéologiques restent trop peu nombreux, et le problème est surtout de savoir comment les interpréter. Nous disposons pour cela, encore une fois malgré le tabou sur l’écriture de l’enseignement druidique, de textes d’auteurs grecs et latins décrivant leurs voisins, ainsi que de cycles mythologiques irlandais et gallois, mis par écrit peu de temps après leur christianisation, et peu altérés. Les textes grecs et latins, un temps accusés d’être totalement mensongers, nous apportent de précieux éléments, même si certains sont à prendre avec un peu de recul, par exemple lorsqu’ils parlent des sacrifices humains, alors que l’archéologie nous apprend qu’il s’agissait d’une mesure exceptionnelle, généralement de nature judiciaire, chose répandue dans toutes les sociétés de cette époque. On apprend en tout cas que les druides forment une classe d’érudits étudiant pendant vingt ans des domaines aussi divers que la théologie, la philosophie, l’astronomie, les mathématiques, le droit, et la médecine. Ils sont assistés par deux autres classes : la première est celle des vates, des devins qui prédisent l’avenir, exercent la médecine par les plantes, et procèdent aux rites. La deuxième est celle des bardes, qui apprennent la musique, le chant, la poésie, et les mythes et les épopées du passé. Tous ces savants conseillent et sont assistés par des « chevaliers », une classe dirigeante et combattante. Les textes irlandais et gallois, eux, confirment l’existence d’une classe druidique basée sur le savoir, travaillant en partenariat avec des nobles combattants dont le roi est issu. Ces textes nous transmettent aussi de nombreux mythes, mettant en scène des figures divines qui se recoupent parfois avec les dieux gaulois que l’archéologie ou les textes latins nous décrivent. Ce panthéon riche et complexe varie en fonction du lieu et des époques, chaque Divinité féminine ou masculine revêtant plusieurs noms et plusieurs aspects. Tous les textes, en tout cas, confirment la doctrine druidique qui nous préconise qu’il faut « honorer les dieux, ne rien faire de mal, et cultiver le courage », ainsi que celle de la transmigration des âmes jusqu’à l’accomplissement de sa destinée. cucc81-chulainn-erinsaga-fullDe grands héros comme l’Irlandais Cù Chulainn atteignent ainsi la gloire éternelle par leur courage sans faille, et sont accueillis au pays de l’éternelle jeunesse, où ils dégustent les pommes d’or en compagnie de nos Divinités. Ce cycle de vie et de mort est rythmé par des rites dont les principaux sont ceux des saisons, correspondant aux quatre grandes fêtes de cycles mythologiques irlandais : Samhain (31 octobre), Imbolc (1er février), Bealtaine (1er mai), et Lughnasad (1er août). Ces fêtes correspondent à des annotations sur le calendrier de Coligny, qui les place dans un cycle luni-solaire qui fait qu’elles sont mobiles sur un intervale de quelques semaines selon l’année en cours.

Ces sources directes sont parfois incomplètes, mais nous pouvons heureusement aussi compter sur de nombreuses survivances. Celles-ci prennent deux formes principales : d’une part des récits populaires, comme le mythe arthurien, les contes, voire même des récits de la vie de certains saints ; et d’autre part des coutumes restées bien vivantes malgré la romanisation et la christianisation, de la France à l’Irlande. Les récits populaires doivent souvent être décodés, mais fournissent des éléments précieux. Le cas du cycle arthurien est le plus connu : il comprend plusieurs œuvres, écrites du XIe au XVIe siècle, dont la plupart du XIIe au XIIIe, en plein Moyen-Âge chrétien. La chevalerie médiévale est pourtant un réceptacle des valeurs celtiques d’héroïsme, de courtoisie, et prend comme un acquis la présence de puissances mystérieuses dans la Nature, qui peuvent aussi bien être favorables que défavorables aux hommes. On y trouvera donc la trace de certains héros ou même Divinités d’antan, comme le Roi-Pêcheur, qui ressemble fort aux dieux Nuada des Irlandais et au dieu Nudd des Gallois. Il est d’ailleurs le gardien du Graal, qui n’est autre que le chaudron de renaissance où sont plongées les âmes des trépassés, et dont elles ressortent pour s’incarner plus tard dans un autre corps. 4757713783_b2f16faf58_bLes contes reprennent souvent des éléments de l’imaginaire celtique, parfois de manière assez explicite comme dans certains chants du Barzhaz Breizh, collectés en Bretagne au début du XIXe siècle. Quant aux vies de saints, beaucoup ont été rédigées bien après la mort du personnage, et y incluent des éléments empruntés à la mythologie celtique. C’est d’autant plus flagrant quand on sait que l’authenticité de beaucoup de saints antiques est douteuse, ceux-ci ayant promus à ce grade sans l’accord de l’Église romaine. Il arrive donc parfois qu’il s’agisse seulement de Divinités ou de hérosch_ne_de_la_vierge_4_viroflay_yvelines. Cela nous amène aux coutumes : de nombreuses processions, sources sacrées, arbres à vœux, ont été intégrés à la religion chrétienne, parfois avec l’ajout d’un nom de saint ou d’une « Notre Dame »  comme unique retouche. Des pratiques rituelles liées aux menhirs et aux dolmens ont parfois même continuité jusqu’au XIXe siècle, voire jusqu’à aujourd’hui, avec la mention explicite de Génies de la nature, sous la forme de korrigans, de fées, etc, accomplissant des vœux. Les fêtes elles-mêmes, décrites dans les textes irlandais, ont survécu à divers degrés dans le monde celtique actuel et dans une moindre mesure dans certains terroirs francophones, nous apportant ainsi de précieuses coutumes concrètes et enracinées. Enfin, dans les pays où la langue celtique s’est préservée, comme en Irlande, nous disposons de codes de loi coutumière (par exemple le code de Brehon) mis très tôt par écrit, qui nous renseignent sur les coutumes et les valeurs des anciens. En particulier, l’être humain n’est jamais conçu comme un individu qui s’auto-définirait selon ses envies, mais comme une personne qui se définit par le réseau de relations dans lequel elle s’établit. Le premier et le plus important de ces liens est celui de la filiation : l’unité de base de la société est le foyer, lui-même inclus dans un clan (fine en vieil irlandais) regroupement tous les descendants d’un même aïeul. Ces clans sont fédérés au sein de tribus, qui peuvent désigner un roi pour arbitrer leurs différends et les représenter devant les Divinités. La profession joue aussi un rôle important : artisans, hospitaliers, combattants, poètes, médecins, occupent une place à part, devenant dans la société humaine le reflet de leur Divinité patronne dans le panthéon. Une autre source intéressante est la Carmina Gadelica, un recueil d’hymnes et de formules magiques collectés en Écosse gaélique entre 1860 et 1909 et donc plus ou moins christianisés. Cependant, l’esprit celtique transparaît souvent, et ils peuvent donc être ré-adaptés à notre religion. Enfin, même en France, plusieurs éléments sont directement d’héritage celtique : notre gastronomie, notre goût pour les calembours, la galanterie, les jeux de balle tels que le copie_de_insigne_a_lauriers_jaunes_01_xy_ws31795709football ou le rubgy (héritiers de la soule et cousins du hurling irlandais), l’escrime, l’équitation et le tir à l’arc, la savate française et la lutte bretonne (gouren), la chanson française, la musique bretonne et toutes nos danses traditionnelles, etc. Ce sont autant d’héritages qui nous relient à nos Divinités et à nos Ancêtres. De même, les vieilles traditions de chasse, de pêche, d’artisanat, de paysannerie et jardinage, d’herboristerie, de couture, de boulangerie, de tenue de maison et d’hospitalité, transmis de génération en génération, jouent ce rôle pour ceux qui les pratiquent.

Pour finir, afin d’être sûrs de ne pas faire fausse route ou de passer à côté d’éléments qui n’auraient été conservés ni par l’archéologie, ni par les textes, ni par les survivances, il convient de raisonner par comparaison avec d’autres religions proches et mieux préservées. Nous avons que la langue celtique fait partie de la famille des langues indo-européennes, fortement apparentées. Or, les différentes mythologies et religions indo-européennes que nous connaissons montrent également une structure similaire. Cette théorie, nommée « trifonctionnalité » par le chercheur Georges Dumézil, nous permet à la fois d’avoir un cadre général pour mieux comprendre la vision du monde celtique, et aussi d’éclairer certaines zones d’ombre. Par exemple, nous savons que la vision de la société se baisait sur trois grandes classes : la première, celle des savants, des magiciens et des poètes, correspond bien aux druides et à leurs assistantes vates et bardes. La deuxième, celle des guerriers et des dirigeants, correspond à l’aristocratie gauloise dont nous parlent les textes latins sous le nom de « chevaliers », ainsi qu’aux héros des épopées irlandaises et galloises. Elle donnera d’ailleurs la chevalerie européenne une fois christianisée. La troisième est celles des producteurs : paysans et éleveurs, artisans, commerçants. Chaque classe dispose de coutumes propres et de Divinités patronnes, la société divine reflétant la société humaine. On trouve aussi une autre triade, celle de la pensée, de la parole et de l’action, qui se retrouve par exemple dans la devise des Fianna d’Irlande : « par la force de nos membres, par la pureté de nos cœurs, que nos actes suivent nos paroles ». Cette triade se retrouve aussi dans la répartition des rôles entre Sunplusofficiants dans les rites de l’Inde antique. Grâce à l’ancienneté de ses textes (3500 ans environ pour le Rig Veda, un recueil d’hymnes sacrés) et à la pratique ininterrompue de cette tradition jusqu’à aujourd’hui, l’Inde constitue aussi une source d’une importance primordiale. On  trouve même au Pakistan la tribu des Kalash, qui ont une mythologie et un mode de vie restés très proches des plus anciens textes védiques, et dont les pratiques religieuses sont donc une source inestimable. Pour autant, il n’est pas question de tout reprendre en bloc : nous disposons déjà des éléments celtiques décrits précédemment, qui ne sont pas remis en question. Pour combler les zones d’ombre, nous pouvons nous baser sur une méthode simple, celle du comparatisme : si un élément se trouve en Inde et dans d’autres traditions indo-européennes sur lesquelles nous avons des sources (par exemple la Grèce antique, la Scandinavie, Rome, ou les pays baltes qui furent convertis très tardivement), et alors il est très probable qu’il en ait été de même chez les Celtes, si cela ne contredit pas d’autres éléments dont nous sommes certains. Par exemple, nous avons ainsi une idée du style des hymnes chantés aux Divinités lors des rites, par1506490_1681592518795833_4475357171819027077_n comparaison entre les hymnes védiques indiens et les hymnes homériques grecs. Nous pouvons même avoir une bonne idée du principal rite d’offrande aux Divinités, en comparant la procédure indienne avec les sources gréco-romaines, et les indices trouvés en Scandinavie, d’autant plus que rien de tout cela ne contredit les fouilles archéologiques effectuées dans les sanctuaires. Il est aussi possible de reconstituer le banquet en l’honneur des Ancêtres, faisant là-encore écho à la fois à des découvertes archéologiques, à des coutumes survivant dans divers pays celtiques, au symbel scandinave et au symposion grec. Même le culte domestique, aux Génies de la demeure, aux âmes des Ancêtres et aux Divinités familiales, très bien décrit chez les Romains, se retrouve en Inde, en Scandinavie, et trouve un écho dans des coutumes celtiques ayant survécu par-delà les siècles.

C’est par ce travail minutieux, et en respectant cet ordre d’importance donnée aux sources, qu’il est possible d’affirmer que nous connaissons et pratiquons une religion celtique contemporaine. Pas en reproduisant à l’identique tout cela, mais en refusant les fariboles et les inventions présentées comme authentiques. On ne peut adapter que ce qu’on connaît. Les modes bouddhisto-amérindiennes, la Wicca de contrebande amalgamée au New Age, l’occultisme judéo-chrétien introduit par le biais d’un « néo-druidisme » né dans les cercles de la franc-maçonnerie anglaise, ne font pas partie de la tradition celtique. Au contraire, l’archéologie, la littérature, les survivances et la comparaison avec le reste du monde indo-européen nous fournissent largement de quoi construire une religion vivante, fidèle à la vision du monde traditionnelle, et adaptée à notre contexte.

Matolitus

A l’heure actuelle, en France, le groupe appliquant cette méthode avec le plus de rigueur est la Celtiacon Certocredaron Credima, qui dispose de trois sanctuaires : en Bretagne, en Île-de-France, et en Provence. Vous pouvez les contacter pour plus d’informations ou pour participer à leurs rites.

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La prophétie de Pádraig Mac Piarais

Et maintenant je parle, empli par mes visions,
Je parle à mon peuple, et je parle au nom de mon peuple aux
Maîtres de mon peuples :
Je dis à mon peuple qu’il est béni,
Qu’il est auguste malgré ses chaînes.
Qu’il est plus grand que ceux qui le tiennent
Et plus fort et plus pur,
Qu’il a cependant besoin de courage, et d’appeler le nom de son dieu,
Dieu qui ne pardonne pas, ce cher dieu qui aime le peuple
Pour lequel il est mort nu, endurant la honte.
Et je dis aux maîtres de mon peuple : attention,
Attention à ce qui vient, attention au peuple debout,
Qui saura prendre ce que vous ne donneriez pas.
Pensiez-vous qu’on peut conquérir le peuple, ou que la loi est plus forte que la vie,
Et que le désir des hommes d’être libres ?
Nous verrons cela avec vous, vous qui avez saccagé et oppressé,
Vous qui avez persécuté et corrompu.
Tyrans… hypocrites… menteurs !

– The Rebel (Patrick Pearse, 1879-1916)

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Parick Pearse, de père anglais et de mère irlandaise, est né et mort dans la ville de Dublin. Entre temps, poussé par ses livres qui lui parlaient des héros du passé, tels que Cúchulainn à la gloire immortelle, il était allé apprendre le gaélique chez sa grande-tante du comté de Meath. Convaincu que l’âme irlandaise pouvait et devait renaître, il s’engage dans l’éducation, fondant une école où la jeunesse apprend sa langue, son Histoire, et les hauts faits de ses Ancêtres, païens comme chrétiens. Profondément mystique, il considère les traditions et la liberté de son peuple comme un héritage spirituel d’une valeur absolue. Quant son école menace de faire faillite car les frais d’inscriptions sont trop bas, il refuse de les relever au-dessus des moyens de peuple et part aux Etats-Unis rencontrer des Irlandais émigrés ayant accumulé des fonds. Les flammes dans ses yeux et le scintillement de ses mots les convainquent de faire des dons suffisants pour remettre les comptes à flots et le projet continue. Il sera entres autres l’inspirateur des écoles Diwan et Dihun, qui participent encore aujourd’hui à la transmission de la langue bretonne.

La grande guerre civile européenne de 1914 sert de prétexte à la suspension d’un projet de loi d’autonomie, voté par les réformistes. Des milices favorables à la domination anglaise se forment, surtout en Irlande du Nord (centre de peuplement des colons britanniques). Pearse rejoint l’Irish Republican Brotherhood, une société secrète ayant pour but d’organiser un soulèvement général. Ils font jonction avec l’Irish Citizen Army, groupe d’autodéfense des syndicalistes irlandais refusant d’aller mourir contre les prolétaires allemands. Ensemble, ils préparent une révolution socialiste à l’échelle nationale en faveur d’une Irlande « pas seulement libre mais gaélique aussi, pas seulement gaélique mais libre aussi ». C’est la naissance de l’Irish Republican Army (IRA).

Foggy dew

En 1916, un accord est négocié avec l’Empire Allemand pour obtenir des armes. Le soulèvement général est prévu pour le lundi de Pâques. Malheureusement, la cargaison est intercepté par la marine anglaise ; mais Pearse maintient le cap coûte que coûte. Il sera le président d’une éphémère république de six jours, assiégée dans Dublin par l’armée anglaise. Au dernier moment, pour éviter le massacre général, il donne l’ordre de capituler. Seize meneurs sont condamnés à mort, dont lui-même. Fusillé à l’âge de 36 ans, il écrit de touchants adieux à sa mère, lui demandant de garder le souvenir de son courage et de rester fière de ses actes. Un an plus tôt, sur la tombe d’un camarade, il avait dit : « Nos ennemis sont forts, sages, et rusés ; mais, aussi forts, sages et rusés qu’ils soient, ils ne peuvent empêcher le divin miracle qui fait germer, dans les coeurs des jeunes gens, les graines semées par les jeunes gens d’une génération précédente ». Dès 1919, son sacrifice permettra d’éveiller les Irlandais, qui se lancent dans une guérilla active menée par l’IRA. En deux ans, ils décrochent un traité permettant d’établir un Etat irlandais effectif. La République d’Irlande naît en 1922, seulement six années après cette république de six jours, qualifiée de folie par les hommes de son temps. La chanson The Foggy Dew fut composée en son honneur.

Gloire à toi, Pádraig mac Piarais, pour ta folie bénie, toi qui goûtes à présent les pommes d’or du Tír na nÓg, terre de l’éternelle jeunesse, aux côtés de Cúchulainn et de tous les héros et dieux des Celtes.

Yec’hed mat, Padrig, e Tir ar re Yaouank !

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La mode du celto-négationnisme

Il est devenu fréquent la paganosphère de lire des articles expliquant que les Celtes n’existent pas, que le peuple Gaulois n’a jamais existé, et que ceux qui prétendent le contraire cherchent forcément à justifier des politiques de haine raciale. Souvent (mais pas toujours, heureusement), sous prétexte de tirer des choses au clair, l’auteur embrouille, volontairement ou non, encore un peu plus l’affaire. Et la plupart du temps, hélas, les esprits sont très échaudés par le sujet, annihilant toute possibilité de débat serein. Récemment, j’ai assisté à un échange houleux, et fait remarquer que je désapprouvais le contenu d’un article, mais que cela n’enlevait rien à l’estime que j’avais pour son auteur et son blog (qui est, je n’en démords pas, un des meilleurs blogs francophones pour ce qui touche au paganisme celtique). Première réaction du premier passant : invitation à détailler mes arguments sur-le-champ, pour avoir eu l’outrecuidance de signaler que je n’étais pas du même avis. Alors que, précisémment, je mettais en avant la courtoisie avant toute chose, quelque désaccords qu’il puisse y avoir. Preuve s’il en faut que le sujet est particulièrement miné.

Or, sur Un Tiers Chemin, la règle est d’éviter le syndrome de la barricade à deux côtés. Le Chat Poron tente donc une analyse posée de l’affaire.

1. Celtes, Gaulois : c’est quoi ?

Les Celtes (Keltoi) sont, pour les auteurs gréco-romains de l’Antiquité, des peuples parlant une famille de langues indo-européennes dites celtiques. Archéologiquement, on a plus tard défini les cultures de Hallstatt, puis de La Tène, comme « celtiques », car rattachées à des populations probablement celtophones. On observe, parmi ces populations celtophones, un certain nombre de traits culturels et d’institutions communes : une classe intellectuelle et sacerdotale, dite des « druides », régissant le culte d’un certain nombre de divinités se retrouvant sur une plage de temps et d’espace étendue ; et une aristocratie guerrière, résidant dans des lieux fortifiés dits oppida par les auteurs latins. Enfin, une classe sociale d’artisans produisait pour ces classes des objets ouvragés où on retrouve de fortes ressemblances stylistiques (motifs géométriques, entrelacs, triskèles, rouelles, etc).

Parmi  ces Celtes, certains sont nommés Gaulois (Galli) par les Romains. Ils semblent avoir occupé des territoires compris entre le nord de l’Italie et la pointe armoricaine. Les quelques inscriptions retrouvées, la toponymie, l’anthroponymie, montrent la présence d’une aire linguistique commune, au moins dans la Gallia celtica. La Gaule belgique (plus étendue que la Belgique actuelle) et surtout la Gaule aquitaine, semblent avoir eu des différences linguistiques et identitaires importantes. César nous parle également d’une réunion des druides gaulois en un lieu donné, ce qui constitue une institution commune (il n’est pas précisé Aquitains et les Belges y participent : sans doute pas pour les premiers, peut-être pour les seconds).

peuples_gaulois

Ier siècle av. J-C. Les peuples armoricains, avant les migrations bretonnes ultérieures, pourraient n’avoir été qu’une ligue de peuples de la Gaule celtique, mais en fort contact avec les Bretons.

2. Qu’est-ce qu’un peuple ?

Parce que, oui, finalement c’est toute la question. Si je prends le dictionnaire de l’Académie française et le Littré en ligne, j’ai :

A. Ensemble des humains vivant en société sur un territoire déterminé et qui, ayant parfois une communauté d’origine, présentent une homogénéité relative de civilisation et sont liés par un certain nombre de coutumes et d’institutions communes.

B. Partie de la nation soumise à une autorité ayant le pouvoir politique.

Le sens A étant dominant dans les pays non-latins, le sens B dans les pays ayant été les plus influencés culturellement par l’impérialisme romain. Si on est dans un contexte celtique, le sens A semble donc bien plus logique à prendre en compte.

3. Ni les Celtes, ni les Gaulois, n’ont jamais eu d’unité politique ?

Certes. Ceci étant, je n’ai toujours pas compris pourquoi le sujet était systématiquement remis sur la table, alors qu’il n’avait pas de rapport avec la question principale (comme on a pu le voir plus haut), et surtout que je n’ai jamais entendu personne me soutenir le contraire.

Quoi qu’il en soit, la fameuse « incapacité des Gaulois à former des structures politiques larges et stables » (c’est-à-dire que leur notion de peuple est le sens A) a pour revers de la médaille que la communauté politique de référence était bien le peuple, et donc… un conglomérat de lignées sur une base ethnique. On ne devenait pas plus Arverne ou Vénète qu’un teckel devient un caniche. De la même manière d’ailleurs que les cités grecques farouchement indépendantes qui, ne formant qu’occasionnellement des ligues, associaient la citoyenneté à l’origine ethnique (le plus souvent « pure » des deux côtés). Qu’elles soient démocrates ou non, et peut-être plus encore quand elles l’étaient, car cela ouvrait la possibilité d’influer sur le gouvernement de la cité, et devait donc être encore plus précautionneusement surveillé.

Bref, l’absence de méta-structure politique commune ne signe pas l’absence d’un peuple, comme nous le montrent très bien le peuple grec ou le peuple touareg. Définir un peuple par une structure politique étant, on le rappelle, une caractéristique de certains nationalismes européens modernes qui n’ont pas que des bonnes choses au compteur.

4. Les langues celtiques insulaires et continentales forment deux branches séparées ?

Difficile à dire. Bien qu’on puisse observer des convergences grammaticales dans les langues celtiques des Îles Britanniques,  les traces épigraphiques de vieux britonnique et de gaulois sont quasiment identiques (cf. inscription de Bath, par exemple). Des textes antiques signalent aussi une intercompréhension entre les Britons aux Gaulois : la chose n’est pas étonnante, car l’archéologie montre aussi, du néolithique à la période romaine en passant par l’âge du bronze, d’intenses échanges et des similitudes culturelles en de la Manche. A l’époque de la conquête romaine, les Atrébates avaient des terres à la fois sur le continent et en Bretagne. On trouve aussi des « Vénètes »  (Uenetis / Gwynedd) des deux côtés, mais la chose est plus controversée puisque c’est aussi le cas à Venise, en Gaule cisalpine.

Du coup, la « ligne de fracture » des langues celtiques serait plutôt entre l’Irlande et le reste. Une partie du peuplement irlandais semblant s’être fait depuis la péninsule ibérique, on retrouve sans surprise quelques similitudes entre les fragments celtibères et les langues gaéliques (maintient du kw proto-indo-européen en q, là où il devient généralement p ailleurs). Vous me direz que, peu importe où on met la ligne, tout ça reste divisé et prouve l’absence d’unité. Certes, mais d’une part il me semble important de ne pas colporter des vérités partielles sur un sujet déjà mal compris ; d’autre part, il n’en reste pas moins que nos deux sous-groupes de langues celtiques sont nettement plus apparentés entre eux qu’avec n’importe quelles autres langues.

5. En tout cas, ces histoires de peuple celtique, peuple gaulois, c’est raciste !

« Peuple gaulois », mythe ou réalité ? Penchons-nous un peu sur l’Histoire de cette idée. Sa première trace remonte au Ier siècle avant notre ère, sous la plume d’un certain Caius Iulius Caesar, dangereux crypto-néonazi bien connu des services de police : « Galli se omnes ab Dite Patre prognatos praediquant, idque ab druidibus proditum dicunt ». Les Gaulois se disent tous descendants de Dis Pater [divinité romaine associée à Pluton], d’après une tradition qu’ils disent tenir des druides. Bon, déjà, c’est un peu gênant : si je décide de suivre ce qu’on connaît de l’enseignement druidique, bingo, j’adhère à la notion de peuple celtique défini sur une base de parenté génétique. Mais comme on est dans un débat scientifique sérieux, creusons un peu l’affaire et voyons ce qu’en dit la génétique des  populations. Comme le chromosome Y se transmet de père en fils de manière inchangée, sauf mutations de manière exceptionnelle, il est assez facile de voir si ces druides atteints de peste brune avant l’heure nous racontent des bobards à propos d’un père des Gaulois.

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Fréquence de l’haplogroupe Y R1b

 

Et là, on est pas loin de la catastrophe. Rendez-vous compte : la majorité des habitants actuels des territoires correspondant aux trois provinces de la Gaule romaine descendent d’un ancêtre paternel commun (et c’est même visible après les quelques installation romaines et germaniques, et même la fameuse implantation des Sarrasins en Languedoc dont on ne voit pas trace, soit qu’ils n’aient pas été si nombreux, soit qu’ils aient subi un sort tragique contraire à la morale chrétienne). Pire encore, il y a tout de même un certain recoupement avec la carte des populations dites de « culture celtique » (surtout si on prend en compte le fait que les Scandinaves étaient friands des esclaves celtes, en particulier en Islande).

Langues celtiques

Jaune = Halstatt/La Tène, vert clair = extension maximale des langues celtiques, vert foncé = zones celtophones contemporaines

Du coup, il serait facile de se laisser aller à s’exclamer, comme quelqu’un me l’a déjà dit, que la réalité est fasciste. En gros, le celto-négationnisme pousse des gens dont l’identité est niée à se radicaliser (barricade à deux côtés, encore) et en fait donc des proies faciles pour les discours incitant  à la haine. Ce qui, je crois, est l’inverse de ce qui était espéré. Et qui, en tout cas, va fermement à l’encontre de ma conviction, qui fait aussi office de ligne éditoriale pour Un Tiers Chemin, que tous les peuples indigènes sont objectivement alliés face à la mondialisation libérale, qui menace leur patrimoine écologique, leur identité ethnique, et leur héritage culturel. Je ne hais pas les peuples différents du mien. Je combats fermement l’idéologie du Même qui veut détruire ce qui fait nos différences et la richesse de l’Humanité au pluriel, sous prétexte d’apporter une paix qui n’existe pas plus que les armes de destruction massive en Irak.

Ceci étant dit, il est un point qu’il faut aborder : la question basque. Nos chers amis ne parlent point de langue celtique, et il semble que ça ait été le cas d’une partie de l’lbérie et de la Gaule Aquitaine (la Gascogne étant une Vasconie de même origine linguistique que le Pays Basque). La question linguistique étant déjà traitée, un coup d’oeil à notre amie la génétique des pops :

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Sauvés, nos chers amis Basques et autres irrédentistes aquitains semblent bien former un pôle à part au niveau des liens de parenté, quoique proche des Gaulois.

Et quand à ces pourcentages en Turquie qui ne se confondent pas parfaitement avec la zone d’implantation galate ?

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Sous-groupe à part, semble t-il.

Bref, bisous à tous mes cousins et cousines descendants du Dis Pater (an Ankoù, Tad an Anken comme on dit chez moi). Et bisous aussi à tous nos sympathiques colocataires qui aiment notre patrimoine écologique commun et veulent le préserver avec nous. Evitez juste de faire irruption dans les réunions de famille en beuglant qu’on est pas apparentés, ce sera plus poli.

(dans un prochain épisode, toujours sous le coup de la sommation de se justifier, le Chat Poron vous expliquera pourquoi la majorité de vos ancêtres est forcément païenne, à part peut-être si vous appartenez à une lignée juive très préoccupée de pureté raciale, mais du coup l’agitation des goyim de la paganosophère vous passe sûrement bien au-dessus du chapeau, petit chanceux)

 

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Dendrolâtrie : le culte des arbres

Il est très courant das les religions traditionnelles de vénérer des arbres, soit directement, soit comme réceptacle de la présence d’une divinité (on le voit encore aujourd’hui dans le chamanisme mongol, shintoïsme, hindouïsme, animisme africain, etc). La chose est aussi encore bien vivante en Europe, avec le sapin de Noël et la couronne de houx, mais aussi avec des arbres intégrés dans les cultes chrétiens, comme les chênes pouilleux, les arbres à clous (souvent des chênes ou des tilleuls), ou les chênes de la vierge.

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Arbre à clous, Herchies, Belgique

 

On pense parfois que ce culte des arbres, en Europe, aurait été uniquement d’origine celtique ou germanique. Ce texte de l’auteur romain Pline l’Ancien nous prouve le contraire :

« Les arbres ont été les temples des divinités ; et encore aujourd’hui les campagnes, conservant dans leur simplicité les rites anciens, consacrent le plus bel arbre à un dieu. Et, dans le fait, les images resplendissantes d’or et d’ivoire ne nous inspirent pas plus d’adoration que les bois sacrés et leur profond silence. Chaque espèce d’arbre demeure toujours dédiée à une même divinité, le chêne à Jupiter, le laurier à Apollon, l’olivier à Minerve, le myrte à Vénus, le peuplier à Hercule. Bien plus, les Sylvains, les Faunes, des déesses, des divinités spéciales sont, dans nos croyances, chargées du soin des forêts, comme d’autres divinités président au ciel. » (Pline l’Ancien, Histoire Naturelle 12, 3-5)

Rappellons qu’en l’an 743, le concile de Leptines interdit encore, dans son Indiculus superstitionum et paganiarum, « les sacrifices dans les bois qu’on nomme nemeton » (point VI).

Dans la tradition germano-scandinave, on associe le frêne à Odin ; le sureau, le genévrier et le lin à sa compagne ; le chêne à Thor ; le sorbier et les céréales à son épouse Sif ; la camomille sauvage à Balder ; les pommiers à Idunn. Les bouleaux et les ifs, symbolisés par les runes b (Berkana) et ï (Eïwaz), ont également tendance à être la demeure d’un esprit, de même que les prunelliers ou les aubépines, représentés par la rune th (Thurisaz).

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Arbre sacré, source de Madron, Cornouaille britannique

Chez les Gaulois, on associe le chêne à Taranis (Maxime de Tyr, Dissertations, VIII, 8 : « Les Celtes rendent un culte à Zeus, mais l’image de Zeus, chez les Celtes, est un grand chêne »). C’est sans doute pour cette raison, et pour le caractère sacré du gui de chêne, que leur abattage était interdit sans autorisation d’un druide ; et pour cette raison aussi que le mot français chêne vient d’un des trois mots gaulois le désignant (cassanos, deruos, tannos) et non du latin quercus. Les autres arbres ont des liens moins nets avec une divinité, mais le pommier (immortalité, cf. Avallon = Ynys Afallach en gallois, l’île des pommes), le noisetier (sagesse), le hêtre (inscriptions « Deo Fago », au dieu hêtre, en Gaule Aquitaine), sont également sacrés. Dans l’alphabet oghamique irlandais, cinq signes ont clairement un nom d’arbre : le chêne, le sorbier, l’aulne, le noisetier et le bouleau. Chez les Gallois, Yspaddaden Penkawr, l’équivalent du Balor gaélique, le chef des Géants, a un  nom qui signifie très exactement « Aubépine, Chef-des-Géants ». Enfin, en Bretagne, les buissons d’ajoncs servent de refuge aux âmes des morts, il faut donc éviter de les déranger pendant la nuit (particulièrement le 31 octobre et le 30 avril, quand le voile entre les mondes est le plus fin).

Quant aux Baltes, le chêne y est aussi associé au dieu du tonnerre, Perkûnas. Dans les Balkans, le bouleau est associé au personnage de Baba Marta, le grand-mère du printemps.

Dans tous les cas, les manières de procéder au culte des arbres sont assez simples : ne pas les abattre, ne les tailler que si besoin ou pour collecter un peu de bois à usage rituel conformément aux traditions, déposer des offrandes (rubans autour des branches sans trop les serrer, dépôt de fleurs ou de biscuits, libations). La prière n’a guère besoin d’être longue, il suffit par exemple de le toucher de la main droite en disant « Salut à toi, arbre sacré ! Je te remercie pour tes bienfaits ».

Notez aussi que, si vous vivez en appartement, il est souvent possible d’avoir des versions bonsaï de ces arbres ; bien que le débat reste ouvert pour savoir si c’est bien respectueux ou conforme aux traditions européennes, le Chat Poron en est assez partisan comme solution alternative.

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Identitaires et universalistes : un point de vue traditionnel

« Universaliste » ou « identitaire«  ? La question inquisitrice semble devenue incontournable dans le néopaganisme américain, et se répandre en Europe – sans même qu’on prennne le temps de savoir si tout le monde est d’accord sur la définition de ces mots, et y compris dans un cadre se voulant apolitique. Voici donc le point de vue de Robert L. Schreiwer, responsable de l’Urglaawe (« antique croyance », communauté païenne tribaliste, basée sur l’héritage des Deitsch, les Germano-américains de Pennsylvanie). Il est également cadre de l’association américaine The Troth (principale association Asatru du pays ne se revendiquant pas comme identitaire) et rédacteur à Wild Hunt (site d’information païen fortement engagé contre les discriminations raciales).

 

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Robert L. Schreiwer, responsable religieux Deitsch

C’est un débat que j’essaye fermement d’empêcher de contaminer l’Urglaawe. Partout où il passe, la division s’ensuit, et les extrêmes mènent la danse. Nous avons notre propre coutume et notre propre chemin, issu de la réalité engendrée par les premiers migrants allemands qui passèrent d’un continent à l’autre et commencèrent à interagir, échanger, et parfois se métisser avec des tribus indigènes, et aussi avec des colons gallois. Nous définissons nos communautés sur la base de valeurs partagées, de l’amitié, et du frith [NdT : terme intraduisible dans les langues latines, mais qui correspond à l’harmonie sociale conformément à la tradition]. Notre point de vue est celui de la culture germano-américaine, mais il n’est pas besoin d’être un Germano-américain pour prendre part à la communauté de l’Uglaawe. Nous ne  sommes, également, pas « universalistes », parce qu’il y a beaucoup de gens (de toutes les origines ethniques) qui ne sont pas prêts à se séparer du point de vue monothéiste.

La sagesse semble être, pour éviter des conflits internes qui ne font qu’encourager à la radicalisation de chaque camp, écraser le débat (syndrome de la « barricade à deux côtés »), et mener à des exclusions à tout va, de suivre ce tiers chemin.

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Autel Deitsch à Frau Holle, avec un Irminsûl (source : The Troth)

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Pour ne pas perdre la tête, le retour aux sources

Contribution de la page facebook « L’Art occidental » : https://www.facebook.com/LArt-occidental-969668349746851/?fref=ts. Vous souhaitez vous aussi partager vos traditions et faire rejaillir notre plus longue mémoire ? N’hésitez pas à envoyer vos contributions par commentaire, mail à chatporon@hotmail.com, ou pigeon voyageur !

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Sire Gauvain et le Chevalier vert est un roman chevaleresque de la fin du XIVe. Anonyme, il raconte l’histoire d’un chevalier du roi Arthur, Gauvain, portant pour écu le pentacle magique. Au détour d’un chemin, il rencontre un étrange chevalier à l’armure verte, qui lui propose un défi. Gauvain peut, s’il le veut, lui porter un coup de hache à condition qu’un an plus tard, si le chevalier vert a survécu, il lui rende le même coup. Gauvain accepte et décapite le chevalier vert d’un seul coup. Mais ce dernier se relève, ramasse sa tête et lui rappelle sa promesse. Commence alors pour le chevalier de la Table Ronde une errance semée d’aventures qui le conduira à se laisser frapper au cou par le chevalier vert, comme il l’avait juré un an plus tôt.

Cette histoire rappelle le code moral qui était celui des chevaliers, notamment leur courage et leur parole, mais les met également en garde contre leur absence de prudence et leur arrogance. Elle est surtout inspirée d’un thème de la mythologie celtique, qu’on retrouve par exemple dans le Festin de Briciu en Irlande, où un géant propose ce type de pacte à trois guerriers qui se disputent la part du héros à un festin. Alors que les deux autres se défilent, Cuchulainn insiste pour respecter sa promesse, même devant le refus du géant. Celui-ci l’épargne en le frappant de l’autre côté de la hache, et le consacre comme le plus grand héros d’Irlande, le faisant ainsi accéder à l’immortalité par le biais de la gloire éternelle.

A un moment de son voyage, le chevalier Gauvain s’arrête dans un lieu saint relatif à la décollation qu’il a promis de subir : la source de sainte Winefride. Cette dernière était une noble galloise décapitée en 660 pour avoir refusé les avances de Caradog, qui voulait l’épouser alors qu’elle voulait se faire nonne. Une source jaillit à l’endroit de son supplice, qui est encore un lieu saint de nos jours sous le nom de St Winefride’s Well, à Holywell, dans le Flintshire au Pays de Galles.

Source

A cet endroit est une chapelle, lieu de pèlerinage gallois depuis des temps immémoriaux. Une église y fut construite tôt au Moyen-âge, mais c’est de la fin du XVe s. que date le bâtiment que nous voyons ici. De style gothique, il entoure l’exsurgence de la source sacrée qui, dit-on, est reliée à celle de St Mary’s Well à Cefn Meiriadog, dans le Denbighshire au nord du Pays de Galles.

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Si la chapelle de ce dernier lieu saint est totalement ruinée, celle de St Winefride’s Well évoque une forêt dense protégeant la précieuse source. En effet, les piliers de la chapelle sont traités comme des troncs d’arbres aux branches écotées et les nervures de la voûte, comme les ramifications de leurs cîmes. C’est comme si la nature était devenue art en ce lieu où le paganisme celtique est devenu catholicisme.

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Lettre d’un Gaulois à son frère Indien

Dans une vidéo diffusée sur Youtube, un hindou nommé Rajesh assiste par curiosité au prêche public d’un espèce « d’évangéliste musulman », qui cherche à convaincre les Indiens qui l’écoutent d’abandonner leurs coutumes sacrées. Profitant du fait que les religions révélées soient considérées par le mondialisme comme supérieures aux religions traditionnelles, il pioche quelques versets dans leurs textes sacrés, et les interprète comme une annonce de la venue de son prophète à lui. Rajesh lui rétorque qu’il y a pourtant de nombreuses différences entre sa religion et l’Islam… et le prédicateur lui répond en accusant les sages de la tradition hindoue d’avoir travesti un prétendu « message originel » commun à toute l’Humanité. Que lui, bien sûr, en bon docteur coranique, dit connaître dans sa seule véritable version.

Face à ce triste spectacle, un Gaulois ayant renoué avec sa religion traditionnelle dédie à Rajesh cette lettre ouverte, pour lui expliquer cette arnaque qu’il connaît bien, le piège des Galiléens dans lequel ses ancêtres sont tombés.

Rajesh, mon ami Indien,

Moi aussi récemment, sur une foire d’une petite ville de province de France, un dimanche matin, foire bien animée comme sur cette vidéo, j’ai assisté pour m’amuser au spectacle d’un Docteur en « refourgage de marchandises bas de gamme », un bonimenteur comme il est d’usage de dire. Il faisait habilement l’article de sa marchandise « dernier cri / dernier prophète », et réussissait ainsi à vendre toutes sortes de camelotes que les gens se précipitaient d’acheter, oubliant au passage qu’ils avaient déjà la même chose à la maison – en bien mieux assurément. Ces derniers, à n’en pas douter, apprendront à leurs dépends que ça ne fonctionne pas, d’ici très peu de temps… si ça n’est pas déjà fait d’ailleurs.

C’est ce qui arrive quand on achète de la camelote bas de gamme, produite dans un pays à l’autre bout du monde. Ceux-là qui n’ont dépensé que quelques pièces en ouvrant leur porte monnaie, ils en sont quittes de pas grand-chose. Mais d’autres ouvrent leur cœur et donnent leur âme à des forains de Dieu sans scrupules. Il n’est jamais bon d’aller acheter du matériel censé être très haut de gamme sur un marché, une foire ou une place publique. Rajesh, je loue ton courage de fréquenter ce type de lieux. Mais sache que ton pandit, ton sage traditionnel, lui, ne fait pas la promotion du Brâhman ; et que le prince des ténèbres de la foire qui te fait face, lui, n’a toujours pas compris la différence entre une idole et un avatar. Ou peut-être fait-il semblant de ne pas le savoir. Comme il fait sans doute aussi semblant de ne pas savoir, ce grand savant colporteur, que le Sanatana dharma, la Loi éternelle des Brahmanes, est un monothéisme qui n’est polythéiste qu’en apparence, que l’on pourrait pourquoi pas qualifier d’hénothéisme.

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Rajesh, sache enfin qu’en terme de foi, d’amour, de religion, et même du reste d’ailleurs, ce n’est pas le dernier soi-disant prophète autoproclamé, le dernier qui a parlé et inventé une religion, qui a raison. Les Saptarishi, les sept voyants qui ont entendu les Védas des milliers d’années avant « JC. .» et bien avant l’arrivée du dernier trublion des déserts d’Arabie, n’ont pas cherché à avoir raison… Ils t’ont juste indiqué qu’il y a un son à l’origine de tout, d’où jaillit ensuite la lumière. Celle-là même nécessaire pour commencer à entrevoir une parcelle de la beauté du monde, de la vie.

Rajesh, à toi d’écouter vraiment, et ne pas fermer les yeux même si c’est plus facile. Faciliter les choses, c’est souvent couper, sectionner un sujet plus vaste et plus complexe. Méfie-toi, Rajesh : ceux qui sectionnent et coupent les idées complexes, sont ceux-là même qui sectionnent plus que les mots et les idées. Rajesh, il est plus que légitime que tu sois en recherche et que tu puisses te poser des milliards de questions. Sans doute y a t-il au plus profond de nous autant de question qu’il y a d’étoiles dans le cosmos. Sache que les sages sont là depuis des milliers d’années pour toi, pour moi, pour tous… et seront là bien après toi et moi, pour t’aider à entendre et y voir toujours plus clair. Mais prend garde, mon cher ami Indien, à ceux qui te fournissent La réponse et Une réponse unique, une bonne fois pour toute, à tes interrogations spirituelles. Sache qu’il te faudra, ainsi qu’à moi, plusieurs vies pour aller au-delà de la simple compréhension intelligible de ce seul monde où nous vivons tous les deux.

Mon ami Indien, continue de chercher et ne t’arrête pas devant le premier bonimenteur enturbanné, fut-il prince des clients spirituels dans les foires et les marchés de province de n’importe quels pays.

J’ai oublié de te dire, Rajesh un détail qui a son importance. Une fois achetée la camelote, le bonimenteur ne te la reprend jamais – ou alors c’est au prix de ta vie. « Apostat », c’est écrit en tout petit sur le contrat de son livre sacré des croyants soumis, et ça le prince de foires a malencontreusement oublié de te le dire…. A toi de voir, tant que tu peux encore goûter à la liberté, à la vie, à la possibilité de faire des choix et de pouvoir te poser des questions.

Amitiés,

Ton frère Celte.

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A Brigid la Victorieuse

Brigantia

« Victorieuse Brigid,
Gloire du clan,
Soeur du Roi Céleste,
Noble dame,
Menace des parjures,
Torche rayonnante.
Jusqu’au ciel béni,
Nourrice des Celtes,
Confort des invités,
Étincelle de sagesse,
Fille du Bon Dieu,
Dame fière,
Victorieuse Brigid,
Vie de tous les vivants ! »

Adaptation de « Brigit Búadach » à partir de deux traductions anglaises de l’original en vieil irlandais (Dánta Ban: Poems of Irish Women Early and Modern – A Collection par P. L. Henry, 1992 ; The Field Day Anthology of Irish Writing, vol. 4, par Angele Bourke, 2002).

Notez la parfaite correspondance de cette victorieuse Brigid irlandaise avec la Dea Brigantia Victoria attestée par une inscription du IIe siècle sur le territoire du peuple breton des Brigantes. Cette même Brigid irlandaise est patronne du feu du foyer, des l’inspiration poétique, et du brasier de la forge ; or César précise que chez les Gaulois, « Minerve transmet les rudiments des techniques et des arts » (Commentaire sur la Guerre des Gaules, VI, 17). Le nom de Brigantia se retrouve aussi dans la toponymie continentale, de Bregença au Portugal à Bregenz au bord du lac de Constance, en passant par Briançon dans l’actuel département des Hautes-Alpes.

On est donc bien ici en présence d’une divinité pan-celtique, dont les principales attributions sont : les arts et techniques, le feu sacré du foyer, et la victoire au combat.

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Un charme celtique contre le mauvais oeil

La Carmina Gadelica est un recueil de prières et incantations collectées dans l’Ecosse gaélique par le folkloriste Alexander Carmichael, entre 1860 et 1909. Il est parfois nécessaire de décrypter l’interpretatio christiana pour avoir un aperçu du sortilège païen originel. Ici, ce n’est même pas le cas, tout a juste été traduit au plus près, dans la mesure où les nuances de langue poétique gaélique pouvaient s’exprimer en français moderne. Le titre originel est Eolas a bheum shula, ce qui signifie mot-à-mot « le savoir-par-l’expérience de frapper l’oeil » et que Carmichael traduisit par « Exorcism of the eye« .

 

COMMENT CHASSER LE MAUVAIS OEIL

Je chevauche l’œil,
Comme le canard chevauche le lac,
Comme le cygne chevauche l’eau,
Comme l’étalon chevauche la plaine,
Comme la vache chevauche la prairie,
Comme l’armée des éléments chevauche,
Comme l’armée des éléments chevauche.

La force du vent, je l’ai sur lui,
La force du courroux, je l’ai sur lui,
La force du feu, je l’ai sur lui,
La force du tonnerre, je l’ai sur lui,
La force de l’éclair, je l’ai sur lui,
La force de la tempête, je l’ai sur elle,
La force de la lune, je l’ai sur elle,
La force du soleil, je l’ai sur lui,
La force des étoiles, je l’ai sur elles,
La force du firmament, je l’ai sur lui,
La force des cieux et des mondes,
Je l’ai sur eux-mêmes,
La force des cieux et des mondes,
Je l’ai sur eux-mêmes.

Un tiers de ceci sur les pierres grises,
Un tiers de ceci sur les collines escarpées,
Un tiers de ceci sur les cascades galopantes.

Un tiers de ceci sur les jolis prés,
Un tiers de ceci sur le sel de la grande mer,
Elle est le meilleur contenant pour ceci,
Le sel de la grande mer,
Le meilleur contenant pour ceci.

Au nom de la Triade des Éléments,
Au nom des Trois consacrés,
Au nom de tous les Secrets,
Et de toutes les Puissance assemblées.

 

Ex-voto oculaire

Ex-voto oculaire, trouvé au sanctuaire à la déesse Sequana aux sources de la Seine (Côte-d’Or)

Une vraie tradition celtique, donc, à mille lieues des fariboles néodruidiques telles que les triades du franc-maçon et faussaire Edward Williams (dit « Iolo Morganwg »).

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Conseils de Cuchulainn à son fils adoptif Lugaid

« Ne sois pas excitateur de querelles stupides. Ne sois pas fougueux, vulgaire ou hautain. Ne sois pas peureux, violent, prompt, téméraire. Ne sois pas un de ces ivrognes qui saccagent et qu’on méprise. Prends garde de ne pas te faire comparer à une puce qui gâterait la bière de ceux que tu supervises. Ne fais pas de trop longs séjours sur la frontière des étrangers. Ne fréquente pas des hommes obscurs et sans puissance. Ne laisse pas expirer les délais de la prescription contre une injustice. Que les souvenirs soient consultés pour savoir à quel héritier doit revenir la terre contestée. Exige conscience et équité de la part des conseillers que tu appelleras. Que les enfants soient régulièrement inscrits sur les arbres généalogiques. Que les héritiers deviennent riches, si tel est leur bon droit. Que les détenteurs étrangers aux familles s’en aillent, et cèdent la place à la noble force des successeurs légitimes.

Drapeau du Haut-Roi d'Irlande, dignité promise à Lugaid Riab nDerg s'il suit ces conseils

Drapeau du Haut-Roi d’Irlande, dignité promise à Lugaid Riab nDerg s’il suit ces conseils

Ne réponds pas avec orgueil. Ne parle pas bruyamment. Évite la bouffonnerie. Ne te moque de personne. Ne trompe pas les vieillards qui ne peuvent défendre leur droit. N’aie de prévention contre personne. Ne demande rien qui outrepasse le pouvoir de celui qui t’obéit. Ne renvoie aucun solliciteur sans réponse. N’accorde, ne refuse, ne prête, ne promets rien sans de bonnes raisons. Reçois humblement les enseignements des sages. Souviens-toi qu’une loi ancienne qui a fait ses preuves est meilleure qu’une loi nouvelle. Vénère nos ancêtres. N’aies pas le cœur froid pour tes amis, sois sans pitié pour tes ennemis. Veille qu’en toutes circonstances ton honneur soit sauf. Ne sois pas un conteur qui ne sait pas s’arrêter. Ne persécute personne. N’amasse rien qui ne soit pas utile ; le reste, donne- le. Ne laisse pas une iniquité sans réprimande. Que ta justice ne soit pas corrompue par les passions des hommes. Respecte le bien d’autrui. Ne sois pas querelleur pour ne pas être haï. Ne sois pas paresseux pour ne pas être faible et dédaigné. Ne t’agite pas sans raison, si tu veux être considéré. Consens-tu à suivre ces conseils, mon fils ? »

Extrait de Cuchulainn of Muirthemne, écrit par Lady Augusta Gregory en 1902 en se basant sur des traditions orales irlandaises

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