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Quand le gouvernement irlandais paye des païens pour mettre en musique un mythe

A Chonaire est une composition musicale en gaélique irlandais moderne, qui raconte les événements décrits dans le texte mythologie du Togail Bruidne Dá Derga (Destruction de la Résidence de Dá Derga), c’est-à-dire la mort du Haut-Roi d’Irlande Conaire Mór.

Collaboration entre la musicienne Muireann Nic Amhlaoibh et l’archéologue et folkloriste Billy Mag Fhloinn, tous deux acteurs du projet Pagan Rave qui mêle activités artistiques et néopaganisme irlandais, le projet a été financé par le gouvernement irlandais et par le conseil des Gaeltacht (zones autonomes où le gaélique irlandais est couramment parlé comme langue maternelle).

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En avel a-benn (Par vent contraire) [Denez PRIGENT]

EN AVEL A-BENN

En avel a-benn ni ‘ziwano,
Ni a gresko, ni a zesko.
En avel a-benn ni a c’hlazo,
Ni a vrousto, ni a vleunio.
En avel a-benn ni ‘weñvo,
Ni ‘zisec’ho ha ni ‘gollo.
En avel a-benn ni ‘ouelo,
N’eus forzh ni ‘gendalc’ho atav !


En avel a-benn ni ‘goshaio,
Ni ‘galedo, ‘n em zifenno.
En avel a-benn ni a frouezho,
C’hoazh hag adarre, diarzav.
En avel a-benn ni ‘hado,
Ni ‘eosto ha ni ‘drec’ho.
En avel a-benn ni ‘gano,
Ha tu an avel ni ‘cheñcho !

(Denez Prigent)

PAR VENT CONTRAIRE

Par vent contraire nous germerons,
Nous croîtrons, nous apprendrons.
Par vent contraire, nous verdirons,
Nous bourgeonnerons, nous fleurirons.
Par vent contraire, nous nous fanerons,
Nous nous dessécherons et nous perdrons.
Par vent contraire nous pleurerons :
Peu importe, nous persévérerons toujours !


Par vent contraire nous vieillirons,
Nous durcirons, nous nous défendrons.
Par vent contraire, nous fructifierons,
Encore et toujours, sans relâche.
Par vent contraire nous sèmerons,
Nous moissonnerons et nous vaincrons.
Par vent contraire nous chanterons,
Et le sens du vent, nous le changerons !

(Denez Prigent)

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Le paganisme celtique du Barzhaz Breizh (I : les serments)

Le Barzhaz Breizh (« bardit de Bretagne ») est un recueil de chants bretons collectés au XIXe siècle par le marquis Théodore Hersart de la Villemarqué (Kervarker, en breton). L’authenticité de ces chants a longtemps été mise en doute, polémique entretenue par le fait que le marquis, vexé, avait refusé de montrer ses carnets de collectage. La thèse doctorale de Donatien Laurent, spécialiste de la littérature orale bretonne ayant eu accès aux fameux carnets grâce à l’arrière-petit-fils de Théodore, a tranché la question. Ce sont des chants authentiques, qui semblent simplement avoir été compilés et corrigés en assemblant plusieurs versions incomplètes.

Outre leurs qualités poétiques et musicales (louées par Georges Sand et par le mouvement culturel breton), on y trouve de nombreux exemples de ce qui semble être des survivances du paganisme celtique des Bretons de l’Antiquité : hymnes rituels, voeux, serments sacrés, prophéties, fragments de mythes, recommandations de bon comportement avec les génies locaux, etc.

Le Barzhaz Breizh, édition Coop Breizh.

Chacune de ces catégories fera l’objet d’un article à part. Commençons aujourd’hui avec les serments. Pour rappel, la parole donnée est un des fondements indispensables des religions et des sociétés celtiques païennes (comme c’est le cas, plus largement, dans l’ensemble du monde indo-européen païen). Le serment est ce qui fonde toute relation harmonieuse entre les personnes et entre les communautés. Le parjure se diminue donc lui-même, en détruisant son honneur et sa parole, c’est-à-dire la force sacrée qui l’habite… Mais, pire encore, en créant le doute par rapport à la valeur des serments, il fragilise aussi la société et l’ordre cosmique tout entier, en les faisant retourner vers chaos primordial, avant que celui-ci ne soit organisé par les dieux des Celtes. Tout serment a donc une valeur sacrée dans la religion celtique.

Venons-en à présent aux chants du Barzhaz Breizh qui contiennent de tels serments. Ils sont au nombre de deux : « le tribut de Nominoé » (Drouk-kinnig Nevenoe) et « le Faucon » (ar Falc’hun).

Drouk-kinnig Nevenoe, chanté par Yann-Fañch Kemener avec l’accent du pays vannetais

Premier extrait : Le tribut de Nominoé (II, §21-22). « Je le jure par la tête de ce sanglier, et par la flèche qui l’a percé ; avant que je lave le sang de ma main droite, j’aurai lavé la plaie du pays ! » (Me hen toue penn ar gouez-mañ, / Hag ar saezh a flemmaz anezhañ, / Kent ma gwalc’hin gwad va dorn dehoù, / Am bo gwalc’het gouli ar vro !)

=> Ce chant a pour contexte la Bretagne du IXe siècle. Les chefs bretons avaient accepté de verser à l’empereur franc Charlemagne un tribut annuel en pièces d’or, en échange du maintien de leur indépendance. Sous le règne de son descendant Charles le Chauve, un noble breton nommé Nominoé (Nevenoe) est chargé d’empêcher les raids de guerriers bretons contre les territoires francs, et de veiller au bon paiement du tribut annuel. Il acquiert donc un certain pouvoir en Bretagne, prenant le titre de comte des Bretons. Une année, Karo, le fils d’un ozac’h meur (chef de clan) des Monts d’Arrée, va porter le tribut dans la ville de Rennes, mais le poids d’or n’y est pas, et l’intendant franc lui coupe la tête pour « faire le poids ». Le vieux père de Karo est fou de douleur, et se présente dans la demeure de Nominoé, réclamant vengeance pour ce crime. Nominoé rentre à ce moment de la chasse, une tête de sanglier à la main, et prononce ces mots. Ayant tenu « ce serment terrible et sanglant » et « lavé la plaie du pays » en menant une guerre victorieuse pour chasser les Francs, il deviendra le premier roi de toute la Bretagne armoricaine, et sera surnommé Tad ar Vro, le Père de la Patrie.

D’une certaine manière, c’est le fait d’avoir démontré la valeur de sa parole qui lui a permis, en prouvant et en augmentant la force sacrée qui l’habitait, de devenir le pilier d’un nouvel ordre social dont il a garanti et incarné l’harmonie et la robustesse… comme le faisaient les rois celtes païens de l’Antiquité. De la même manière, ceux qui veulent aujourd’hui faire renaître les traditions celtiques devront s’appuyer sur la valeur sacrée du serment pour structurer leurs communautés, car sans communautés les rites ancestraux n’ont ni sens ni valeur. Tout particulièrement, il est vital que des meneurs engagent leur personne et leur force sacrée en proclamant publiquement leur volonté d’accomplir des faits dignes de louange, et surtout en réalisant concrètement ces projets. C’est de cette manière qu’ils pourront être de véritables « piliers de la communauté », et faire rayonner pleinement le potentiel de notre religion celtique, qui est de relier à la fois les humains aux dieux et les humains entre eux.

Nominoé prête serment. Illustration de John Tenniel pour Ballads of Britanny (1865).

Deuxième extrait : Le faucon (v. 23-24 et 33-36). « Je ne payerai pas, je le jure par les charbons rouges de ce feu, par saint Cado et par saint Jean ! […] – Avant le jour ils auront querelle et bataille ! Nous le jurons par la mer et la tonnerre ! Nous le jurons par la lune et les étoiles ! Nous le jurons par le Ciel et la Terre ! » (Na rin ket m’hen toue ruz-glaou-tan, / Sant Kadoù kerkoulz ha Sant Yann ! […] – Kent an deiz kavfont trouz ha kann, / Nini hen toue mor ha taran ! / Nini hen toue stered ha loar ! / Nini hen toue neñv ha douar !)

=> Ce chant a pour contexte la Bretagne du XIe siècle. L’intendant du royaume, un Normand nommé par Edwige de Normandie (veuve du duc Geoffroi Ier de Bretagne et soeur du duc Richard de Normandie), a levé des taxes injustes et contraires à la coutume, affamant le peuple breton pour s’enrichir. Les paysans, outrés par cet affront à la tradition et bien décidés à ne pas laisser leurs familles mourir de faim, se soulèvent avec une violence telle qu’un édit ducal encadrera sévèrement les modalités de fixation et de collecte des taxes. Ces libertés concrètes du peuple breton seront âprement défendues par la suite, jusque dans les termes négociés par la duchesse Anne de Bretagne au moment de l’union du duché de Bretagne et du royaume de France. Le non-respect de ces clauses par Louis XIV provoqua la première révolte des Bonnets Rouges en 1675. Lorsque le régime républicain refusa de les reconnaître, les considérant comme des « privilèges », le peuple breton prit à nouveau les armes, lors de la longue guérilla de la Chouannerie (1791-1805, avec des actions ponctuelles jusqu’en 1813, et de nouvelles insurrections en 1815 et 1832). C’est aussi le non-respect de ce principe qui sera la cause de la deuxième révolte des Bonnets Rouges en 2013-2014, aboutissant au retrait de la taxe nationale sur les véhicules de transport de marchandises, dite « éco-taxe », qui avait été imposée sans consultation du peuple breton.

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« Ar Bonedoù Ruz », une pièce écrite par Goulc’han Kervella pour le théâtre Ar Vro Bagan

Pour revenir au serment en question : il concerne donc des paysans luttant pour leurs coutumes ancestrales et la survie de leurs familles. La victoire est à portée de main, mais seulement si tous s’unissent pour prendre les armes, et si personne ne fait défaut en rentrant chez lui face aux hommes d’armes envoyés pour les mater. En prêtant serment, ils s’engagent donc à ne pas trahir leurs compagnons de lutte, et créent une confiance mutuelle basée sur un lien sacré qui les rend invincibles. Les éléments (la mer et le tonnerre, la lune et les étoiles, le ciel et la terre) sont invoqués de manière poétique et saisissante, comme dans un serment païen de l’ancien temps, par exemple dans ce serment irlandais, ou dans le serment des jeunes éphèbes athéniens qui s’engageaient à défendre la terre de leurs pères, les armes à la main (condition indispensable de la citoyenneté, donc de la démocratie).

Sont invoqués aussi dans ce serment : Saint Cado, Saint Jean, et les braises du feu autour duquel les paysans sont assemblés dans la nuit. Saint Cado (vieux-breton Catuog, qui signifie « le combatif ») est le saint patron des lutteurs ; d’ailleurs son pardon, sa fête annuelle, célébrée à Gouenac’h aux alentours de l’équinoxe d’automne, comporte un tournoi de lutte traditionnelle bretonne (gouren). Quant à Saint Jean, il est fêté au moment du solstice d’été par un grand feu de joie (tantad, littéralement « feu-père »), apparenté au feu sacré irlandais de Bealtaine ou à un autre rite spécifique au solstice d’été. Le serment, prononcé sur ce feu sacré rassembleur, place donc ceux qui le prêtent en lien intime à la fois avec les forces cosmiques (mer et tonnerre, lune et étoiles, ciel et terre) et avec leurs camarades de lutte. Jusqu’à ce que la tradition soit rétablie dans son bon droit, jusqu’à ce que l’ordre social redevienne aussi harmonieux que l’ordre naturel dans lequel il doit se placer.

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Tournoi de la Saint Cadou (2013), rituel de la prestation de serment. Photographie : Eric Legret.

Pour conclure, rappelons-nous que, puisque le temps des serments sacrés et héroïque n’a pas cessé à la christianisation mais a perduré pendant tout le Moyen-Âge, il peut donc perdurer aussi ici et maintenant – à condition que nous prenions notre destinée en main, pour aligner nos actes à nos paroles, et nos paroles à nos pensées. Bretons, Celtes, Européens : le temps des serments n’appartient pas au passé ! Il appartient à ce que la tradition a de plus sacré, à ce qui ne passe jamaispour peu que nous ayons le courage d’être des hommes et des femmes dignes de nom.

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Kroaz Du (étendard médiéval de la nation bretonne) pavoisé aux abords d’un tantad (feu de la Saint Jean).
Crédit photo : Kadmael ar Bleiz.

(pour comparaison, des exemples de serments en vieil irlandais : https://www.sengoidelc.com/category/oaths/)

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Différencier « clairières néodruidiques » et « clans celtiques »

« Une clairière néodruidique est une institution moderne (datant de la fin du XVIIIe siècle) qui vise à procurer des initiations néodruidiques et à se retrouver entre personnes ayant reçues lesdites initiations, selon un mode de fonctionnement similaire à la franc-maçonnerie.

Un clan celtique est un groupe de personnes, liées par une fraternité de sang ou par une fraternité jurée, qui pratiquent au quotidien les traditions celtiques, en particulier en matière de rites et d’éthique. Cela se fait sur le modèle des institutions tribales celtiques, qui remontent à l’Antiquité et ont continué après la fin de l’institution druidique et par-delà la christianisation. C’est la forme qui est préférée par la majorité des païens celtiques reconstructionnistes aujourd’hui dans le monde, sauf peut-être chez les francophones.

Ceux qui optent pour une forme clanique considèrent en général que le titre de « druide » ne peut se porter qu’après vingt années de pratique et d’étude intensives des savoirs druidiques (lesquels sont pour la plupart à reconstituer), cette période devant mener à un apprentissage exhaustif, et ce uniquement par voie orale. Conclusion évidente : 99%, si ce n’est 99,99%, si ce n’est la totalité, des gens qui se donnent un tel titre ne remplissent pas ce critère.

Pour ce qui nous concerne, après dix années de lectures universitaires, de pratique régulière des rites, et d’échanges avec les néodruides francophones les plus pointus comme avec les reconstructionnistes gaéliques les plus sérieux, nous estimons que nous serions seulement tout juste en mesure de commencer à essayer de reconstituer le fameux corpus, qui serait à apprendre entièrement par coeur par le candidat au rang de druide.

Autant dire que ce n’est pas pour tout de suite, et possiblement pas pour notre génération – mais comme les structures claniques ont par essence une vocation transgénérationnelle, ce n’est pas un si gros problème. Notre génération pose les bases d’une communauté fonctionnelle, solidaire, et vivante. La génération suivante structurera cette communauté et verra en émerger des meneurs talentueux, dévoués et bien formés. La génération qui viendra encore après celle-ci aura le terrain prêt pour une éclosion complète et naturelle d’une institution druidique qui sera à la fois issue des plus anciennes et plus authentiques traditions, apte à exercer pleinement ses responsabilités dans les défis inouïs de son époque, et dédiée à bâtir un avenir pour les générations futures des siècles à venir. »

(communication du clan Beltan concernant le très intéressant projet « Paroles de druides« )

 

 

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L’espace sacré dans la tradition celtique

Contribution du clan Beltan au projet « Paroles de druides », thème n°2.

Entre-temps est paru la brillante synthèse de Matthieu Poux (le chercheur français le plus en pointe en archéologie religieuse celtique) : Définition et fonction de l’espace consacré en Gaule indépendante.

I) Préliminaires

L’espace sacré est un des principaux éléments du rite, qui est la rencontre d’un moment, d’un lieu, d’une assemblée, et d’une liturgie. Le lieu a ceci de particulier que, contrairement aux autres éléments, il subsiste entre les rites, et doit être maintenu en état.

Les lieux sacrés sont donc d’abord ceux que la tradition nous prescrit de respecter et de protéger : sanctuaires antiques (Indiculus Superstitionum Et Paganiarum, IV ; J.-L. BRUNAUX, Les religions gauloises), sources et fontaines (ISEP, XI ; J. LACROIX, Le celtique dēvo- et les eaux sacrées), pierres levées (ISEP, VII), bois et arbres sacrés (ISEP, VI ; MAXIME DE TYR, Dissertations, VIII, 8 ; E. ASTIER, La sacralisation de l’espace par le centre dans l’idéologie celtique), sépultures des ancêtres (ISEP, I & XXV)… Pour la survivance de la sacralité de ces lieux, on peut consulter les ouvrages de Dominique Camus, comme Tombes guérisseuses, arbres à souhaits et lieux sacrés en Bretagne ; on trouvera aussi, dans de nombreux cas, des indices concernant la christianisation de lieux de culte celtique sous le vocable d’un saint catholique auquel sera dédié la chapelle, église, ou cathédrale (P. WALTER, Saint-Corentin et l’anguille de la fontaine ; D. GRICOURT & D. HOLLARD, Les saints jumeaux héritiers des dioscures celtiques : Lugle et Luglien et autres frères apparentés ; P. LAJOYE, Raven et Rasiphe : des jumeaux mythologiques ?). A ces lieux sacrés traditionnels, il faut ajouter l’autel domestique et, de manière élargie, la demeure et son terrain (ISEP, XVII & XXIII & XXVIII), ainsi que, le cas échéant, le sanctuaire dans lequel un groupe contemporain célèbre ses rites.

On notera que les religions abrahamiques n’ont en général pas d’espace sacré à la base. Le judaïsme en a un seul, le Temple de Jérusalem, dont la destruction a donné une place un peu plus importante aux lieux de rassemblement et d’enseignement, les synagogues. De même, l’islam n’en a qu’un, la Mecque, reprise directe de ce sanctuaire païen arabe ; les mosquées sont essentiellement des lieux de rassemblement et des « collecteurs » qui canalisent les prières vers la Mecque, dont la direction est toujours indiquée par un minbar. Quant au christianisme, il n’a à l’origine pas d’espace sacré, et ne développera que plus tard le recueillement sur les sépultures des martyrs, puis la transformation de sanctuaires païens en cathédrales, églises et chapelles. Les formes de christianisme et d’Islam qui recherchent un retour à leur pureté originelle (protestantisme évangélique, Témoins de Jéhovah, Frères Musulmans, salafisme) sont d’ailleurs fermement opposées aux espaces sacrés, hérités des religions païennes.

Au contraire, les religions traditionnelles ont un rapport à l’espace qui ancre localement le sacré. Chaque espace sacré possède une sacralité qui lui est propre, et n’est pas qu’un portail vers un Sacré unique, et encore moins un simple lieu conventionnel de rassemblement des fidèles. Le lieu fait partie intégrante du rite en modulant l’expression de la liturgie ; et, inversement, le rite va entraîner une modification du lieu, en l’aménageant de manière à ce que la liturgie puisse s’y dérouler, en y laissant des offrandes votives, et enfin en chargeant le lieu de puissance sacrée. C’est la raison pour laquelle un endroit récemment consacré est moins puissant qu’un sanctuaire antique dans lequel des rites ont été régulièrement célèbrés pendant des siècles, voire des millénaires, et c’est aussi la raison pour laquelle célébrer ses rites en un lieu donné leur confère davantage de force que de changer de lieu à chaque fois.

[Puisque nous parlons « d’espace sacré », il peut être important de faire une courte digression concernant le « sacré » celtique. Il s’agit en réalité de deux concepts différents, bien que reliés. Comme souvent, seul l’irlandais a conservé les deux termes : noíb (gaulois noibos, gallois nwyf, breton *noav) et síd (gaulois *sedos ou *sedon, gallois hedd conservé dans le sens de « paix, repos », breton *hez conservé sous la forme du forme du verbe désuet hezañ = « cesser, être en paix, demeurer »).

Le noibos vient d’une racine signifiant aussi « brillant, éclatant », et son descendant gallois nwyf a le sens de « vigueur, passion ». En irlandais, il a gardé le sens de « sacré », et a été utilisé pour traduire le terme chrétien de « saint ». C’est l’équivalent du grec ancien hieros ou du germanique *hailaz : une force vitale qui circule entre les lieux de ce monde et avec les autres mondes, entre les humains et avec les dieux, ancêtres et génies. Chaque endroit a donc plus ou moins de sacralité noibos selon les moments et selon les rites qui s’y déroulent.

Le sedos, au contraire, est presque littéralement une « demeure », si ce n’est un « lieu de repos ». C’est un lieu qui est séparé de l’activité humaine et profane : il est dédié à une divinité, et devient sa propriété exclusive à tous points de vue, à tel point qu’il ne fait même plus partie du monde des mortels. C’est l’équivalent du grec ancien hagios ou du germanique *wihaz. Un endroit donné n’est pas plus ou moins sedos : il l’est complètement ou ne l’est pas. Selon les moments, toutefois, le ou les habitants du sedos peuvent permettre à certains humains d’y pénétrer, ou au contraire l’interdire strictement.]

II) Les différents espaces sacrés

Chaque endroit possède son génie (boudig en breton), qui est d’une nature différente en fonction du lieu : génie des bois, des pierres, des eaux. Certains génies sont portés à poser des problèmes aux humains même bien intentionnés, ce sont les duses (gaulois dusios, breton duz ou diminutif duzig). Les génies aquatiques, généralement féminins, sont présents dans tous les plans d’eaux, mais celles des sources sont les plus honorées, en particulier lors de la fête de lustration hivernale nommée Imbolc en Irlande. Quant aux génies des pierres levées, les « nains » (gaulois *corros, breton korr ou diminutif korrigan) ils habitent les sites mégalithiques : contrairement à une idée courante , ces « espaces sacrés » ne sont pas les principaux lieu de culte celtique. On peut y faire des offrandes pour la fertilité de la terre et des gens, mais uniquement en-dehors des grandes fêtes calendaires, en particulier des plus importantes, où les frontières qui séparent notre monde de l’autre monde s’estompent (celles que les Irlandais nomment Samhain et Beltaine, respectivement Kala-Goañv et Kala-Hañv en breton).

Les rites calendaires dédiés aux dieux célestes ont lieu dans un sanctuaire (gaulois nemeton, breton neved) qui est le principal espace sacré de la religion celtique. Les plans de ces nemeta sont à présent connus par les fouilles archéologiques (J.-L. BRUNAUX, Les religions gauloises). Comme leur construction, même à petite échelle, nécessitent un certain investissement en temps, en argent, et la propriété du foncier, les rites peuvent également se célébrer autour du foyer domestique. Il s’agit de l’espace sacré des rites quotidiens, qui est seulement second en importance derrière le sanctuaire collectif. Un petit autel suffit à disposer d’une bougie, d’un encensoir, d’un bol d’eau pour les purifications, d’un bol à offrandes, et le cas échéant de symboles des entités honorées : génie du foyer, ancêtres, et divinité(s) tutélaire(s) de la famille.

Nemeton Berularias

Le Nemeton Berularias, desservi jusqu’en 2017 par Matolitus de la Celtiacon Certocredaron Credima.

Il faut également évoquer un troisième type de sanctuaire, qui n’est ni celui des druides (première fonction indo-européenne), le nemeton, ni celui des gens du commun (troisième fonction indo-européenne), le foyer. C’est celui des nobles et guerriers (deuxième fonction indo-européenne), désignés par César (Commentaires sur la guerre des Gaules) sous le nom de « chevaliers » (equites). De grands enclos ont été retrouvés dans divers endroits en Gaule, avec pour seules traces archéologiques des restes très conséquents de nourriture festive (amphores contenant des boissons alcoolisées, ossements d’animaux abattus pour leur viande) ou d’ustensiles alimentaires, déposés au même moment, en quantités très importantes, et souvent triés par types. Cela fait écho à plusieurs textes classiques (Posidonius d’Apamée à propos du prince Luern, Phylarque à propos d’un certain chef celte nommé Ariamnès) et irlandais (par exemple le Festin de Bricmiu) décrivant explicitement de grands festins à but autant socio-politique que sacré, donnés par des chefs importants (M. POUX, Espaces votifs – espaces festifs. Banquets et rites de libation en contexte de sanctuaires et d’enclos). Il s’agit là de la confirmation qu’il a existé chez les Celtes des lieux dédiés à un rite aristocratique, celui du banquet rituel (gaulois ulidos, breton perunvan *glez / breton vannetais gloé / vieux breton gluet, gallois gwledd, vieil irlandais fled), rite qui était commun avec le reste de l’Europe (vieux norrois sumbl, grec ancien symposion).

III) Les différentes échelles

Pour finir, il faut également prendre en compte le fait que « l’espace sacré » se conçoit également, d’un point de vue celtique, à un niveau plus large, celui de la géographie. Le territoire de chaque peuple est délimité par une frontière qui est analogue aux limites qui caractérisent l’espace sacré du sanctuaire ou du domaine familial (V. RAYDON & C. STERCKX, Saint Goëznou et la fourche du Dagda), et cette frontière est parsemée de lieux de la forme *icuoranda ou *egoranda (P.-Y. LAMBERT, Dictionnaire de la langue gauloise ; J. LACROIX, Les noms d’origine gauloise). Au milieu, en tout cas géopolitique, de ce territoire se trouve un sanctuaire lié au rites de royauté, par exemple Tara en Irlande (E. ASTIER, La sacralisation de l’espace par le centre dans l’idéologie celtique), à partir duquel plusieurs secteurs sont découpés, reliés par ce centre sacré. Ces secteurs sont originellement au nombre de quatre, chacun orienté vers un point cardinal ; l’ancienneté de cette division en quatre est renforcée par le fait qu’elle n’est pas attestée qu’en Irlande, mais aussi dans plusieurs textes indo-iraniens (G. DUMEZIL, Mythe et Épopée vol. 2). Aujourd’hui encore en Bretagne, le grand pèlerinage circulaire du Tro Breizh continue à faire vivre cette ancienne coutume de la circumambulation, transposée du sanctuaire (parcours de circumambulation attestés dans de nombreux fanum gallo-romains, équivalents aux espaces dédiés à cette pratique en Inde, où elle est nommée pradakshina) au pays dans ses anciennes frontières (B. RIO, Les Sept Saints). On notera également, comme intermédiaire au niveau local, la procession circulaire de 12km de la Grande Troménie de Lokorn / Locronan, qui fait tous les 7 ans le tour du bois de Neved (gaulois nemeton).

IV) Les espaces sacrés du clan Beltan

Nous nous réunissons fréquemment dans un bois dédié par sa propriétaire aux cultes païens. Nous y avons aménagé une clairière, au centre de laquelle un trou a été creusé à Samonios et consacré comme le centre de notre monde, avant qu’un grand tronc n’y soit érigé. C’est ici que nous faisons nos offrandes aux génies de la forêt quand nous arrivons. Autour du feu où nous nos asseyons pour festoyer, se trouve un poteau qui est arrosé d’une libation en l’honneur des divinités de notre clan. Nous plaçons également une part de viande dans le feu, pour nos ancêtres qui sont invités à partager ce banquet avec nous.

Non loin de là, dans ce même bois, se trouve un santuaire-sedos, consacré par un aspirant druide de la Celtiacon Certocredaron Credima. Il est dédié à Cernunnos, qui est vraisemblablement à l’origine du nom du village situé à proximité du bois, sous une forme latinisée et christianisée. Nous n’y pénétrons que pour l’honorer spécifiquement, et nous retirons ensuite dans notre clairière pour les libations et le repas.

Lors de la fête d’Imbolc / Kala-C’hwevrer, nous avons aussi pour coutume d’aller faire une offrande à Sequana.

Ces éléments ont seulement valeur d’exemple, étant donné qu’ils reflètent à la fois notre évolution vers des pratiques plus authentiques, et le changement progressif du centre de gravité géographique du clan, initialement à Lutèce et à présent de plus en plus à l’ouest.

V) Conclusion

Pour résumer cet exposé quelque peu tortueux :

* Le lieu est un des éléments indispensables du rite

* Notre premier devoir vis-à-vis d’un espace sacré est son respect et sa préservation

* Tout espace est plus ou moins sacré dans le sens du noibos (énergie sacrée), mais certains espaces sont sedos (dédiés à une entité et n’appartenant pas au monde des humains)

* Les rites quotidiens se pratiquent auprès de l’autel domestique, et les rites ponctuels près d’un lieu sacré (source, arbre sacré, pierres levées, sépulture, …)

* Le rite aristocratique / guerrier du banquet se pratique normalement dans des enclos spécifiques

* Les grands rites annuels ont normalement lieu dans un nemeton permanent, aménagé et consacré

* Les espaces sacrés sont organisés autour d’un centre, de portions (canoniquement 4, orientées aux points cardinaux), et de limites bien définies. Ils s’emboîtent les uns dans les autres : domaine familial, ville ou village, terroir, nation

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Pourquoi notre terre s’appelle Breizh

« Que veux-tu savoir, mon enfant, avant d’aller dormir ?

– Tadig, pourquoi est-ce que notre pays s’appelle Breizh ?

– Il y a très longtemps, sur la vaste terre de Ledav, entourée par l’eau salée du Meurvor, la grande mer, vivaient de nombreux humains. Ils étaient nommés selon la langue qu’ils parlaient. Au nord, dans les terres froides, les Germaned. Au sud, dans les terres chaudes, les Romaned. A l’ouest, près des rives du Meurvor, les Kelted. Trois frères étaient leurs rois : Gall, Gouezel, et Bruzh. Gall était l’aîné, il possédait tant de terres et de richesses que le pays des Kelted prit son nom, et fut nommé Bro C’hall. Ses deux frères, Gouezel et Bruzh, décidèrent donc de partir chacun à la recherche de nouvelles terres. Bruzh prit la mer avec ses hommes et ses trois fils : Loagren, Kember, et Albanaezh.

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Au Kalan Hañv, le premier jour de l’été, ils arrivèrent en vue d’Enez Wenn, l’île blanche, qui porte ce nom à cause de ses falaises blanches battues par les flots. Sur Enez Wenn vivaient les Tud Don, le peuple de la déesse Don, venu des quatre îles au nord du monde, et maîtrisant la magie druidique. Les Tud Don firent d’abord bon accueil à Bruzh, mais lorsqu’ils comprirent qu’il voulait gouverner l’île, ils le tuèrent. Devant la fureur de ses hommes, pour éviter une guerre meurtrière, ils proposèrent un pacte à ses trois fils : chacun aurait une part de la surface de l’île, tandis que les Tud Don se retireraient dans les sezioù, des mondes à part où le temps s’écoule autrement. Ils sont situés au-delà de la mer, sous les lacs, et aux endroits où se dressent des pierres magiques.

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(C) Simon Wakefield

Enez Wenn fut donc renommée Breizh, en l’honneur de Bruzh, et ses habitants devinrent les Breizhiz. Loagren reçut le royaume de Loagre, le plus vaste ; Kember reçut le royaume des collines de Kembre à l’ouest ; et Albanaezh reçut le royaume d’Alba au nord. Un fidèle ami de Bruzh, Kerene, reçut en récompense le pays de Kernev, au sud-ouest du royaume de Loagre. Toutefois, les humains dûrent s’engager à ne pas perturber les sezioù, et à se rappeler tout au long de l’année du pacte qui venait d’être conclu. Pour cela, les Tud Don emmenèrent certains humains sur la petite île d’Enez Mon, non loin des côtes de Kembre, et leur enseignèrent l’art magique du druidisme, pour qu’ils apprennent à célébrer les sperednozioù, les grandes fêtes sacrées. Elles sont au nombre de quatre : Kalan Goañv, qui marque le début de l’hiver ; Kalan C’hwevrer, qui marque le milieu de l’hiver ; Kalan Hañv, qui marque le début de l’été ; et Kalan Eost, qui marque le milieu de l’été. Cet art du druidisme, les Breizhiz le partagèrent avec les sujets de Gall restés sur le continent, et avec ceux de Gouezel. Grâce à cela, Gouezel prit la mer avec ses hommes, et arriva avec ses navires sur Enez C’hlas, l’île verte. Il en prit possession, la nomma Iwerzhon, et fit célébrer par ses druides les quatre sperednozioù, qui prirent là-bas le nom de Samhain, Imbolc, Beltaine, et Lughnasad.

Les années passèrent, et les siècles passèrent eux aussi. Le peuple des Romaned arriva du sud de Ledav, dirigé par l’ambitieux général Kaesar, et soumit par les armes les différents peuples gouvernés par les enfants de Gall. La cité de Kêr Wened en Arvorig, non loin de Breizh, avait des liens d’amitié avec les habitants de Kembre. Quand Kaesar s’empara de l’Arvorig, des Gwenediz s’enfuirent en Kembre, et y fondèrent le royaume de Gwened. Mais Kaesar se lança ensuite à la conquête de Breizh, et ses légions s’emparèrent du royaume de Loagre, puis de Kerne et de Kembre. De nombreux druides furent massacrés sur l’île sacrée d’Enez Mon.

Rapidement, pour éviter les révoltes incessantes, les Romaned prirent le parti de donner la citoyenneté de leur empire aux chefs des Breizhiz, puis à tous les guerriers qui s’engageraient dans leurs armées, les légions. Ils manquaient en effet d’hommes pour se protéger des habitants du royaume d’Alba au nord, des pirates de l’île d’Iwerzhon à l’ouest, et des Germaned en Lidav, qui menaçaient les frontières du Bro C’hall. Des Breizhiz revinrent sur le continent, en Arvorig, pour la défendre les côtes des pirates qui menaçaient ses côtes. Menés par un chef du nom de Konan Meriadeg, les Breizhiz se rendirent maîtres de la région d’Arvorig et bientôt devinrent si nombreux qu’on nomma cette terre Breizh Vihan, la Petite Bretagne, et l’île de Breizh fut appelée Breizh Veur, la Grande Bretagne.

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Plusieurs royaumes furent fondés en Breizh Vihan. Au nord-ouest, le Bro Leon, ainsi nommé parce que c’est là que se trouvaient les légions, ce pays fut placé sous la protection du Lion du Leon, al Leo Leon. Au nord-est, le Bro Devnon, ainsi nommé parce que ses habitants venaient du royaume de Devnon aux sombres vallées, en Breizh Veur ; plus tard, trois armées s’y affrontèrent, et il fut renommé Treger, pays des trois armées : ce pays fut placé sous la protection du Dragon du Treger, an Drag Bro Dreger. Au sud-est, le Bro Wened, ainsi nommé parce que la cité de Kêr Wened s’y trouvait depuis longtemps : ce pays fut placé sous la protection de l’Hermine Blanche de Gwened, an Gaerell-Wenn Bro Wened. Enfin, au sud-ouest, le Bro Gernev, ainsi nommé parce que ses habitants venaient du royaume de Kernev de l’autre côté de la mer, qui était comme une corne de Breizh Veur : ce pays fut placé sur la protection du Bélier Cornu de Kernev, ar Maout Kornek Kernev. Tels étaient les quatre royaumes de Breizh Vihan, et tels sont les quatre animaux qui les protègent aujourd’hui encore.

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Un jour, des pirates venus du pays des Germaned traversèrent la mer et envahirent Breizh Veur. Ils se nommaient les Saozon. Un dénommé Arzhur devint roi de tous les Breizhiz et mena contre eux de durs combats, armé de l’épée Kaledvoulc’h, la dure entaille, qu’il avait tirée d’un rocher. Mais il fut mortellement blessé par traîtrise, et emmené sur Enez Aval, l’île des pommes, d’où il reviendra un jour sur son cheval rouge, lorsque son peuple en aura le plus besoin. Les Breizhiz se replièrent vers le nord dans le pays du Gwalez Hen, le Vieux Nord, dans l’ouest en Kembre, et dans le sud-ouest en Kernev. Le royaume de Loagre reçut comme nouveau nom celui de Bro Saoz, le pays des Saozon.

En Ledav, les peuples frères des Saozon devenaient de plus en plus nombreux et audacieux. Ils s’emparèrent alors des terres des Romaned, puis de leur ville elle-même. Le roi du peuple des Franked, C’hlodwig, devint maître de tout le Bro C’hall, parce que ses habitants avaient oublié le druidisme quand ils avaient échangé la langue des Kelted pour celle des Romaned. Les Breizhiz ne voulurent pas se soumettre, et gardèrent les terres entre l’endroit où fleuve Kouenon se jette dans la mer au nord, et l’endroit où se jette le fleuve Gwilen au sud. A maint reprises, les rois des Franked tentèrent de conquérir Breizh, profitant des rivalités entre les petits royaumes. Mais un noble du Bro Wened, Nevenoe, finit par unir définitivement les forces des Breizhiz, et s’empara de toute l’Arvorig, avec les villes de Naoned et de Roazhon. Il est depuis nommé Tad ar Vro, père de la patrie, et son fils Erispoe fut couronné roi des Breizhiz.

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« Nevenoe », par Jeanne Malivel

C’est ainsi, mon enfant, que Breizh est devenu un autre pays que celui des Franked, que la terre d’Arvorig reçut ce nom à cause de ses nouveaux habitants venus de Breizh Veur, et que cette île passa sous la domination des Saozon. C’est aussi comme cela que les Breizhiz apprirent des Tud Don l’art du druidisme, venu des îles du nord du monde.

– Et pourquoi on a plus de roi en Breizh, alors ?

– Ce sera l’histoire de demain. Dors, maintenant, mon enfant ! »

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Les vraies sources de la tradition celtique

Comme les anciens druides avaient pour coutume de ne pas mettre leur enseignement par écrit, beaucoup pensent que nous ne savons rien de la tradition celtique, tandis que d’autres inventent diverses fariboles qu’ils font passer pour authentiques, au nom d’une prétendue lignée secrète qui aurait traversé les âges (les filiations « néodruidiques », par exemple, ne renvoient qu’à la franc-maçonnerie anglaise et/ou aux travaux du faussaire Edward Williams dit « Iolo Morganwg », fondateur du Gorsedd du Pays de Galles). La méthode qui nous permet de démêler le vrai du faux et de retrouver la source de notre longue mémoire se nomme le reconstructionnisme celtique. Il ne s’agit pas de reconstitution historique, qui vise à reproduire à l’identique les apparences de l’ancien temps, mais d’une démarche qui nous permet de connaître notre héritage authentique afin de pouvoir en adapter l’expression matérielle aux contraintes de notre époque, sans altérer son message. Nous avons pour cela quatre type de sources : l’archéologie, la littérature, les survivances, et enfin les comparaisons.

L’archéologie a fait de nombreux progrès dans les dernières décennies, grâce à l’utilisation des analyses chimiques et génétiques, du satellite, des fouilles préventives systématiques avant chaque grand chantier. Nous savons maintenant que les Celtes de l’Âge du Fer, avant la conquête romaine, construisaient bien des sanctuaires, par exemple à Corent ou à Gournay-sur-Aronde, et ne se contentaient pas de pratiquer leurs cérémonies religieuses auprès des menhirs et des dolmens, érigés par des peuples bien plus anciens que l’arrivée de la culture celtique sur ces terres.

2464396Nous savons aussi qu’ils avaient parfois des statuettes en pierre des Divinités, et sûrement d’autres en bois qui n’ont pas survécu. Certains objets métalliques, comme le chaudron de Gundestrup, nous livrent aussi des représentations de mythes mettant en scène le panthéon celtique de l’Antiquité. Les rites pratiqués dans les sanctuaires ont laissé des traces, et la manière dont ces lieux étaient aménagés nous donnent aussi de précieux indices sur les rites qui s’y déroulaient. Enfin, de nombreux découvertes de l’époque gallo-romaine présentent des particularités fortes, qui parfois se relient directement à des périodes plus anciennes, et souvent ne trouvent aucun autre équivalent dans le monde romain. On est donc parfois bien en présence d’éléments purement celtiques, conservés grâce à l’usage massif de la pierre et des statues en lieu et place de matériaux périssables, et identifiables grâce à l’usage courant de dédicaces écrites. Le pilier des Nautes, retrouvé dans les fondations de la cathédrale Notre-Dame de Paris, et représentant plusieurs Divinités gauloises, en est le meilleur exemple. pilier-nautesQuelques tablettes rédigées en gaulois, ainsi que des noms de personnes ou de lieux inclus dans des textes latins, nous permettent également d’avoir une bonne idée de ce qu’était la langue gauloise, et de savoir qu’une personne se définissait avant tout par sa filiation (X fils ou fille de Y). On a même retrouvé le calendrier de Coligny, rédigé en gaulois, plaçant les fêtes religieuses selon un calendrier complexe basé sur le rythme du soleil, de la lune, des planètes et des constellations.

Naturellement, ces éléments archéologiques restent trop peu nombreux, et le problème est surtout de savoir comment les interpréter. Nous disposons pour cela, encore une fois malgré le tabou sur l’écriture de l’enseignement druidique, de textes d’auteurs grecs et latins décrivant leurs voisins, ainsi que de cycles mythologiques irlandais et gallois, mis par écrit peu de temps après leur christianisation, et peu altérés. Les textes grecs et latins, un temps accusés d’être totalement mensongers, nous apportent de précieux éléments, même si certains sont à prendre avec un peu de recul, par exemple lorsqu’ils parlent des sacrifices humains, alors que l’archéologie nous apprend qu’il s’agissait d’une mesure exceptionnelle, généralement de nature judiciaire, chose répandue dans toutes les sociétés de cette époque. On apprend en tout cas que les druides forment une classe d’érudits étudiant pendant vingt ans des domaines aussi divers que la théologie, la philosophie, l’astronomie, les mathématiques, le droit, et la médecine. Ils sont assistés par deux autres classes : la première est celle des vates, des devins qui prédisent l’avenir, exercent la médecine par les plantes, et procèdent aux rites. La deuxième est celle des bardes, qui apprennent la musique, le chant, la poésie, et les mythes et les épopées du passé. Tous ces savants conseillent et sont assistés par des « chevaliers », une classe dirigeante et combattante. Les textes irlandais et gallois, eux, confirment l’existence d’une classe druidique basée sur le savoir, travaillant en partenariat avec des nobles combattants dont le roi est issu. Ces textes nous transmettent aussi de nombreux mythes, mettant en scène des figures divines qui se recoupent parfois avec les dieux gaulois que l’archéologie ou les textes latins nous décrivent. Ce panthéon riche et complexe varie en fonction du lieu et des époques, chaque Divinité féminine ou masculine revêtant plusieurs noms et plusieurs aspects. Tous les textes, en tout cas, confirment la doctrine druidique qui nous préconise qu’il faut « honorer les dieux, ne rien faire de mal, et cultiver le courage », ainsi que celle de la transmigration des âmes jusqu’à l’accomplissement de sa destinée. cucc81-chulainn-erinsaga-fullDe grands héros comme l’Irlandais Cù Chulainn atteignent ainsi la gloire éternelle par leur courage sans faille, et sont accueillis au pays de l’éternelle jeunesse, où ils dégustent les pommes d’or en compagnie de nos Divinités. Ce cycle de vie et de mort est rythmé par des rites dont les principaux sont ceux des saisons, correspondant aux quatre grandes fêtes de cycles mythologiques irlandais : Samhain (31 octobre), Imbolc (1er février), Bealtaine (1er mai), et Lughnasad (1er août). Ces fêtes correspondent à des annotations sur le calendrier de Coligny, qui les place dans un cycle luni-solaire qui fait qu’elles sont mobiles sur un intervale de quelques semaines selon l’année en cours.

Ces sources directes sont parfois incomplètes, mais nous pouvons heureusement aussi compter sur de nombreuses survivances. Celles-ci prennent deux formes principales : d’une part des récits populaires, comme le mythe arthurien, les contes, voire même des récits de la vie de certains saints ; et d’autre part des coutumes restées bien vivantes malgré la romanisation et la christianisation, de la France à l’Irlande. Les récits populaires doivent souvent être décodés, mais fournissent des éléments précieux. Le cas du cycle arthurien est le plus connu : il comprend plusieurs œuvres, écrites du XIe au XVIe siècle, dont la plupart du XIIe au XIIIe, en plein Moyen-Âge chrétien. La chevalerie médiévale est pourtant un réceptacle des valeurs celtiques d’héroïsme, de courtoisie, et prend comme un acquis la présence de puissances mystérieuses dans la Nature, qui peuvent aussi bien être favorables que défavorables aux hommes. On y trouvera donc la trace de certains héros ou même Divinités d’antan, comme le Roi-Pêcheur, qui ressemble fort aux dieux Nuada des Irlandais et au dieu Nudd des Gallois. Il est d’ailleurs le gardien du Graal, qui n’est autre que le chaudron de renaissance où sont plongées les âmes des trépassés, et dont elles ressortent pour s’incarner plus tard dans un autre corps. 4757713783_b2f16faf58_bLes contes reprennent souvent des éléments de l’imaginaire celtique, parfois de manière assez explicite comme dans certains chants du Barzhaz Breizh, collectés en Bretagne au début du XIXe siècle. Quant aux vies de saints, beaucoup ont été rédigées bien après la mort du personnage, et y incluent des éléments empruntés à la mythologie celtique. C’est d’autant plus flagrant quand on sait que l’authenticité de beaucoup de saints antiques est douteuse, ceux-ci ayant promus à ce grade sans l’accord de l’Église romaine. Il arrive donc parfois qu’il s’agisse seulement de Divinités ou de hérosch_ne_de_la_vierge_4_viroflay_yvelines. Cela nous amène aux coutumes : de nombreuses processions, sources sacrées, arbres à vœux, ont été intégrés à la religion chrétienne, parfois avec l’ajout d’un nom de saint ou d’une « Notre Dame »  comme unique retouche. Des pratiques rituelles liées aux menhirs et aux dolmens ont parfois même continuité jusqu’au XIXe siècle, voire jusqu’à aujourd’hui, avec la mention explicite de Génies de la nature, sous la forme de korrigans, de fées, etc, accomplissant des vœux. Les fêtes elles-mêmes, décrites dans les textes irlandais, ont survécu à divers degrés dans le monde celtique actuel et dans une moindre mesure dans certains terroirs francophones, nous apportant ainsi de précieuses coutumes concrètes et enracinées. Enfin, dans les pays où la langue celtique s’est préservée, comme en Irlande, nous disposons de codes de loi coutumière (par exemple le code de Brehon) mis très tôt par écrit, qui nous renseignent sur les coutumes et les valeurs des anciens. En particulier, l’être humain n’est jamais conçu comme un individu qui s’auto-définirait selon ses envies, mais comme une personne qui se définit par le réseau de relations dans lequel elle s’établit. Le premier et le plus important de ces liens est celui de la filiation : l’unité de base de la société est le foyer, lui-même inclus dans un clan (fine en vieil irlandais) regroupement tous les descendants d’un même aïeul. Ces clans sont fédérés au sein de tribus, qui peuvent désigner un roi pour arbitrer leurs différends et les représenter devant les Divinités. La profession joue aussi un rôle important : artisans, hospitaliers, combattants, poètes, médecins, occupent une place à part, devenant dans la société humaine le reflet de leur Divinité patronne dans le panthéon. Une autre source intéressante est la Carmina Gadelica, un recueil d’hymnes et de formules magiques collectés en Écosse gaélique entre 1860 et 1909 et donc plus ou moins christianisés. Cependant, l’esprit celtique transparaît souvent, et ils peuvent donc être ré-adaptés à notre religion. Enfin, même en France, plusieurs éléments sont directement d’héritage celtique : notre gastronomie, notre goût pour les calembours, la galanterie, les jeux de balle tels que le copie_de_insigne_a_lauriers_jaunes_01_xy_ws31795709football ou le rubgy (héritiers de la soule et cousins du hurling irlandais), l’escrime, l’équitation et le tir à l’arc, la savate française et la lutte bretonne (gouren), la chanson française, la musique bretonne et toutes nos danses traditionnelles, etc. Ce sont autant d’héritages qui nous relient à nos Divinités et à nos Ancêtres. De même, les vieilles traditions de chasse, de pêche, d’artisanat, de paysannerie et jardinage, d’herboristerie, de couture, de boulangerie, de tenue de maison et d’hospitalité, transmis de génération en génération, jouent ce rôle pour ceux qui les pratiquent.

Pour finir, afin d’être sûrs de ne pas faire fausse route ou de passer à côté d’éléments qui n’auraient été conservés ni par l’archéologie, ni par les textes, ni par les survivances, il convient de raisonner par comparaison avec d’autres religions proches et mieux préservées. Nous avons que la langue celtique fait partie de la famille des langues indo-européennes, fortement apparentées. Or, les différentes mythologies et religions indo-européennes que nous connaissons montrent également une structure similaire. Cette théorie, nommée « trifonctionnalité » par le chercheur Georges Dumézil, nous permet à la fois d’avoir un cadre général pour mieux comprendre la vision du monde celtique, et aussi d’éclairer certaines zones d’ombre. Par exemple, nous savons que la vision de la société se basait sur trois grandes classes : la première, celle des savants, des magiciens et des poètes, correspond bien aux druides et à leurs assistantes vates et bardes. La deuxième, celle des guerriers et des dirigeants, correspond à l’aristocratie gauloise dont nous parlent les textes latins sous le nom de « chevaliers », ainsi qu’aux héros des épopées irlandaises et galloises. Elle donnera d’ailleurs la chevalerie européenne une fois christianisée. La troisième est celles des producteurs : paysans et éleveurs, artisans, commerçants. Chaque classe dispose de coutumes propres et de Divinités patronnes, la société divine reflétant la société humaine. On trouve aussi une autre triade, celle de la pensée, de la parole et de l’action, qui se retrouve par exemple dans la devise des Fianna d’Irlande : « par la force de nos membres, par la pureté de nos cœurs, que nos actes suivent nos paroles ». Cette triade se retrouve aussi dans la répartition des rôles entre Sunplusofficiants dans les rites de l’Inde antique. Grâce à l’ancienneté de ses textes (3500 ans environ pour le Rig Veda, un recueil d’hymnes sacrés) et à la pratique ininterrompue de cette tradition jusqu’à aujourd’hui, l’Inde constitue aussi une source d’une importance primordiale. On  trouve même au Pakistan la tribu des Kalash, qui ont une mythologie et un mode de vie restés très proches des plus anciens textes védiques, et dont les pratiques religieuses sont donc une source inestimable. Pour autant, il n’est pas question de tout reprendre en bloc : nous disposons déjà des éléments celtiques décrits précédemment, qui ne sont pas remis en question. Pour combler les zones d’ombre, nous pouvons nous baser sur une méthode simple, celle du comparatisme : si un élément se trouve en Inde et dans d’autres traditions indo-européennes sur lesquelles nous avons des sources (par exemple la Grèce antique, la Scandinavie, Rome, ou les pays baltes qui furent convertis très tardivement), et alors il est très probable qu’il en ait été de même chez les Celtes, si cela ne contredit pas d’autres éléments dont nous sommes certains. Par exemple, nous avons ainsi une idée du style des hymnes chantés aux Divinités lors des rites, par1506490_1681592518795833_4475357171819027077_n comparaison entre les hymnes védiques indiens et les hymnes homériques grecs. Nous pouvons même avoir une bonne idée du principal rite d’offrande aux Divinités, en comparant la procédure indienne avec les sources gréco-romaines, et les indices trouvés en Scandinavie, d’autant plus que rien de tout cela ne contredit les fouilles archéologiques effectuées dans les sanctuaires. Il est aussi possible de reconstituer le banquet en l’honneur des Ancêtres, faisant là-encore écho à la fois à des découvertes archéologiques, à des coutumes survivant dans divers pays celtiques, au symbel scandinave et au symposion grec. Même le culte domestique, aux Génies de la demeure, aux âmes des Ancêtres et aux Divinités familiales, très bien décrit chez les Romains, se retrouve en Inde, en Scandinavie, et trouve un écho dans des coutumes celtiques ayant survécu par-delà les siècles.

C’est par ce travail minutieux, et en respectant cet ordre d’importance donnée aux sources, qu’il est possible d’affirmer que nous connaissons et pratiquons une religion celtique contemporaine. Pas en reproduisant à l’identique tout cela, mais en refusant les fariboles et les inventions présentées comme authentiques. On ne peut adapter que ce qu’on connaît. Les modes bouddhisto-amérindiennes, la Wicca de contrebande amalgamée au New Age, l’occultisme judéo-chrétien introduit par le biais d’un « néo-druidisme » né dans les cercles de la franc-maçonnerie anglaise, ne font pas partie de la tradition celtique. Au contraire, l’archéologie, la littérature, les survivances et la comparaison avec le reste du monde indo-européen nous fournissent largement de quoi construire une religion vivante, fidèle à la vision du monde traditionnelle, et adaptée à notre contexte.

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Le clan Beltan essaye d’appliquer cette méthode pour reconstruire les anciennes traditions et les adapter au contexte actuel. Aujour’hui, en France, les groupes néodruidiques appliquant cette méthode avec le plus de rigueur sont le nemeton Uiduaranda et  la Celtiacon Certocredaron Credima, qui dispose d’un sanctuaire en Provence, le nemeton Rennina. Vous pouvez les contacter pour plus d’informations ou pour demander à participer à leurs rites.

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La prophétie de Pádraig Mac Piarais

Et maintenant je parle, empli par mes visions,
Je parle à mon peuple, et je parle au nom de mon peuple aux
Maîtres de mon peuples :
Je dis à mon peuple qu’il est béni,
Qu’il est auguste malgré ses chaînes.
Qu’il est plus grand que ceux qui le tiennent
Et plus fort et plus pur,
Qu’il a cependant besoin de courage, et d’appeler le nom de son dieu,
Dieu qui ne pardonne pas, ce cher dieu qui aime le peuple
Pour lequel il est mort nu, endurant la honte.
Et je dis aux maîtres de mon peuple : attention,
Attention à ce qui vient, attention au peuple debout,
Qui saura prendre ce que vous ne donneriez pas.
Pensiez-vous qu’on peut conquérir le peuple, ou que la loi est plus forte que la vie,
Et que le désir des hommes d’être libres ?
Nous verrons cela avec vous, vous qui avez saccagé et oppressé,
Vous qui avez persécuté et corrompu.
Tyrans… hypocrites… menteurs !

– The Rebel (Patrick Pearse, 1879-1916)

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Parick Pearse, de père anglais et de mère irlandaise, est né et mort dans la ville de Dublin. Entre temps, poussé par ses livres qui lui parlaient des héros du passé, tels que Cúchulainn à la gloire immortelle, il était allé apprendre le gaélique chez sa grande-tante du comté de Meath. Convaincu que l’âme irlandaise pouvait et devait renaître, il s’engage dans l’éducation, fondant une école où la jeunesse apprend sa langue, son Histoire, et les hauts faits de ses Ancêtres, païens comme chrétiens. Profondément mystique, il considère les traditions et la liberté de son peuple comme un héritage spirituel d’une valeur absolue. Quant son école menace de faire faillite car les frais d’inscriptions sont trop bas, il refuse de les relever au-dessus des moyens de peuple et part aux Etats-Unis rencontrer des Irlandais émigrés ayant accumulé des fonds. Les flammes dans ses yeux et le scintillement de ses mots les convainquent de faire des dons suffisants pour remettre les comptes à flots et le projet continue. Il sera entres autres l’inspirateur des écoles Diwan et Dihun, qui participent encore aujourd’hui à la transmission de la langue bretonne.

La grande guerre civile européenne de 1914 sert de prétexte à la suspension d’un projet de loi d’autonomie, voté par les réformistes. Des milices favorables à la domination anglaise se forment, surtout en Irlande du Nord (centre de peuplement des colons britanniques). Pearse rejoint l’Irish Republican Brotherhood, une société secrète ayant pour but d’organiser un soulèvement général. Ils font jonction avec l’Irish Citizen Army, groupe d’autodéfense des syndicalistes irlandais refusant d’aller mourir contre les prolétaires allemands. Ensemble, ils préparent une révolution socialiste à l’échelle nationale en faveur d’une Irlande « pas seulement libre mais gaélique aussi, pas seulement gaélique mais libre aussi ». C’est la naissance de l’Irish Republican Army (IRA).

Foggy dew

En 1916, un accord est négocié avec l’Empire Allemand pour obtenir des armes. Le soulèvement général est prévu pour le lundi de Pâques. Malheureusement, la cargaison est intercepté par la marine anglaise ; mais Pearse maintient le cap coûte que coûte. Il sera le président d’une éphémère république de six jours, assiégée dans Dublin par l’armée anglaise. Au dernier moment, pour éviter le massacre général, il donne l’ordre de capituler. Seize meneurs sont condamnés à mort, dont lui-même. Fusillé à l’âge de 36 ans, il écrit de touchants adieux à sa mère, lui demandant de garder le souvenir de son courage et de rester fière de ses actes. Un an plus tôt, sur la tombe d’un camarade, il avait dit : « Nos ennemis sont forts, sages, et rusés ; mais, aussi forts, sages et rusés qu’ils soient, ils ne peuvent empêcher le divin miracle qui fait germer, dans les coeurs des jeunes gens, les graines semées par les jeunes gens d’une génération précédente ». Dès 1919, son sacrifice permettra d’éveiller les Irlandais, qui se lancent dans une guérilla active menée par l’IRA. En deux ans, ils décrochent un traité permettant d’établir un Etat irlandais effectif. La République d’Irlande naît en 1922, seulement six années après cette république de six jours, qualifiée de folie par les hommes de son temps. La chanson The Foggy Dew fut composée en son honneur.

Gloire à toi, Pádraig mac Piarais, pour ta folie bénie, toi qui goûtes à présent les pommes d’or du Tír na nÓg, terre de l’éternelle jeunesse, aux côtés de Cúchulainn et de tous les héros et dieux des Celtes.

Yec’hed mat, Padrig, e Tir ar re Yaouank !

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La mode du celto-négationnisme

Il est devenu fréquent la paganosphère de lire des articles expliquant que les Celtes n’existent pas, que le peuple Gaulois n’a jamais existé, et que ceux qui prétendent le contraire cherchent forcément à justifier des politiques de haine raciale. Souvent (mais pas toujours, heureusement), sous prétexte de tirer des choses au clair, l’auteur embrouille, volontairement ou non, encore un peu plus l’affaire. Et la plupart du temps, hélas, les esprits sont très échaudés par le sujet, annihilant toute possibilité de débat serein. Récemment, j’ai assisté à un échange houleux, et fait remarquer que je désapprouvais le contenu d’un article, mais que cela n’enlevait rien à l’estime que j’avais pour son auteur et son blog (qui est, je n’en démords pas, un des meilleurs blogs francophones pour ce qui touche au paganisme celtique). Première réaction du premier passant : invitation à détailler mes arguments sur-le-champ, pour avoir eu l’outrecuidance de signaler que je n’étais pas du même avis. Alors que, précisémment, je mettais en avant la courtoisie avant toute chose, quelque désaccords qu’il puisse y avoir. Preuve s’il en faut que le sujet est particulièrement miné.

Or, sur Un Tiers Chemin, la règle est d’éviter le syndrome de la barricade à deux côtés. Le Chat Poron tente donc une analyse posée de l’affaire.

1. Celtes, Gaulois : c’est quoi ?

Les Celtes (Keltoi) sont, pour les auteurs gréco-romains de l’Antiquité, des peuples parlant une famille de langues indo-européennes dites celtiques. Archéologiquement, on a plus tard défini les cultures de Hallstatt, puis de La Tène, comme « celtiques », car rattachées à des populations probablement celtophones. On observe, parmi ces populations celtophones, un certain nombre de traits culturels et d’institutions communes : une classe intellectuelle et sacerdotale, dite des « druides », régissant le culte d’un certain nombre de divinités se retrouvant sur une plage de temps et d’espace étendue ; et une aristocratie guerrière, résidant dans des lieux fortifiés dits oppida par les auteurs latins. Enfin, une classe sociale d’artisans produisait pour ces classes des objets ouvragés où on retrouve de fortes ressemblances stylistiques (motifs géométriques, entrelacs, triskèles, rouelles, etc).

Parmi  ces Celtes, certains sont nommés Gaulois (Galli) par les Romains. Ils semblent avoir occupé des territoires compris entre le nord de l’Italie et la pointe armoricaine. Les quelques inscriptions retrouvées, la toponymie, l’anthroponymie, montrent la présence d’une aire linguistique commune, au moins dans la Gallia celtica. La Gaule belgique (plus étendue que la Belgique actuelle) et surtout la Gaule aquitaine, semblent avoir eu des différences linguistiques et identitaires importantes. César nous parle également d’une réunion des druides gaulois en un lieu donné, ce qui constitue une institution commune (il n’est pas précisé Aquitains et les Belges y participent : sans doute pas pour les premiers, peut-être pour les seconds).

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Ier siècle av. J-C. Les peuples armoricains, avant les migrations bretonnes ultérieures, pourraient n’avoir été qu’une ligue de peuples de la Gaule celtique, mais en fort contact avec les Bretons.

2. Qu’est-ce qu’un peuple ?

Parce que, oui, finalement c’est toute la question. Si je prends le dictionnaire de l’Académie française et le Littré en ligne, j’ai :

A. Ensemble des humains vivant en société sur un territoire déterminé et qui, ayant parfois une communauté d’origine, présentent une homogénéité relative de civilisation et sont liés par un certain nombre de coutumes et d’institutions communes.

B. Partie de la nation soumise à une autorité ayant le pouvoir politique.

Le sens A étant dominant dans les pays non-latins, le sens B dans les pays ayant été les plus influencés culturellement par l’impérialisme romain. Si on est dans un contexte celtique, le sens A semble donc bien plus logique à prendre en compte.

3. Ni les Celtes, ni les Gaulois, n’ont jamais eu d’unité politique ?

Certes. Ceci étant, je n’ai toujours pas compris pourquoi le sujet était systématiquement remis sur la table, alors qu’il n’avait pas de rapport avec la question principale (comme on a pu le voir plus haut), et surtout que je n’ai jamais entendu personne me soutenir le contraire.

Quoi qu’il en soit, la fameuse « incapacité des Gaulois à former des structures politiques larges et stables » (c’est-à-dire que leur notion de peuple est le sens A) a pour revers de la médaille que la communauté politique de référence était bien le peuple, et donc… un conglomérat de lignées sur une base ethnique. On ne devenait pas plus Arverne ou Vénète qu’un teckel devient un caniche. De la même manière d’ailleurs que les cités grecques farouchement indépendantes qui, ne formant qu’occasionnellement des ligues, associaient la citoyenneté à l’origine ethnique (le plus souvent « pure » des deux côtés). Qu’elles soient démocrates ou non, et peut-être plus encore quand elles l’étaient, car cela ouvrait la possibilité d’influer sur le gouvernement de la cité, et devait donc être encore plus précautionneusement surveillé.

Bref, l’absence de méta-structure politique commune ne signe pas l’absence d’un peuple, comme nous le montrent très bien le peuple grec ou le peuple touareg. Définir un peuple par une structure politique étant, on le rappelle, une caractéristique de certains nationalismes européens modernes qui n’ont pas que des bonnes choses au compteur.

4. Les langues celtiques insulaires et continentales forment deux branches séparées ?

Difficile à dire. Bien qu’on puisse observer des convergences grammaticales dans les langues celtiques des Îles Britanniques,  les traces épigraphiques de vieux britonnique et de gaulois sont quasiment identiques (cf. inscription de Bath, par exemple). Des textes antiques signalent aussi une intercompréhension entre les Britons aux Gaulois : la chose n’est pas étonnante, car l’archéologie montre aussi, du néolithique à la période romaine en passant par l’âge du bronze, d’intenses échanges et des similitudes culturelles en de la Manche. A l’époque de la conquête romaine, les Atrébates avaient des terres à la fois sur le continent et en Bretagne. On trouve aussi des « Vénètes »  (Uenetis / Gwynedd) des deux côtés, mais la chose est plus controversée puisque c’est aussi le cas à Venise, en Gaule cisalpine.

Du coup, la « ligne de fracture » des langues celtiques serait plutôt entre l’Irlande et le reste. Une partie du peuplement irlandais semblant s’être fait depuis la péninsule ibérique, on retrouve sans surprise quelques similitudes entre les fragments celtibères et les langues gaéliques (maintient du kw proto-indo-européen en q, là où il devient généralement p ailleurs). Vous me direz que, peu importe où on met la ligne, tout ça reste divisé et prouve l’absence d’unité. Certes, mais d’une part il me semble important de ne pas colporter des vérités partielles sur un sujet déjà mal compris ; d’autre part, il n’en reste pas moins que nos deux sous-groupes de langues celtiques sont nettement plus apparentés entre eux qu’avec n’importe quelles autres langues.

5. En tout cas, ces histoires de peuple celtique, peuple gaulois, c’est raciste !

« Peuple gaulois », mythe ou réalité ? Penchons-nous un peu sur l’Histoire de cette idée. Sa première trace remonte au Ier siècle avant notre ère, sous la plume d’un certain Caius Iulius Caesar, dangereux crypto-néonazi bien connu des services de police : « Galli se omnes ab Dite Patre prognatos praediquant, idque ab druidibus proditum dicunt ». Les Gaulois se disent tous descendants de Dis Pater [divinité romaine associée à Pluton], d’après une tradition qu’ils disent tenir des druides. Bon, déjà, c’est un peu gênant : si je décide de suivre ce qu’on connaît de l’enseignement druidique, bingo, j’adhère à la notion de peuple celtique défini sur une base de parenté génétique. Mais comme on est dans un débat scientifique sérieux, creusons un peu l’affaire et voyons ce qu’en dit la génétique des  populations. Comme le chromosome Y se transmet de père en fils de manière inchangée, sauf mutations de manière exceptionnelle, il est assez facile de voir si ces druides atteints de peste brune avant l’heure nous racontent des bobards à propos d’un père des Gaulois.

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Fréquence de l’haplogroupe Y R1b

 

Et là, on est pas loin de la catastrophe. Rendez-vous compte : la majorité des habitants actuels des territoires correspondant aux trois provinces de la Gaule romaine descendent d’un ancêtre paternel commun (et c’est même visible après les quelques installation romaines et germaniques, et même la fameuse implantation des Sarrasins en Languedoc dont on ne voit pas trace, soit qu’ils n’aient pas été si nombreux, soit qu’ils aient subi un sort tragique contraire à la morale chrétienne). Pire encore, il y a tout de même un certain recoupement avec la carte des populations dites de « culture celtique » (surtout si on prend en compte le fait que les Scandinaves étaient friands des esclaves celtes, en particulier en Islande).

Langues celtiques

Jaune = Halstatt/La Tène, vert clair = extension maximale des langues celtiques, vert foncé = zones celtophones contemporaines

Du coup, il serait facile de se laisser aller à s’exclamer, comme quelqu’un me l’a déjà dit, que la réalité est fasciste. En gros, le celto-négationnisme pousse des gens dont l’identité est niée à se radicaliser (barricade à deux côtés, encore) et en fait donc des proies faciles pour les discours incitant  à la haine. Ce qui, je crois, est l’inverse de ce qui était espéré. Et qui, en tout cas, va fermement à l’encontre de ma conviction, qui fait aussi office de ligne éditoriale pour Un Tiers Chemin, que tous les peuples indigènes sont objectivement alliés face à la mondialisation libérale, qui menace leur patrimoine écologique, leur identité ethnique, et leur héritage culturel. Je ne hais pas les peuples différents du mien. Je combats fermement l’idéologie du Même qui veut détruire ce qui fait nos différences et la richesse de l’Humanité au pluriel, sous prétexte d’apporter une paix qui n’existe pas plus que les armes de destruction massive en Irak.

Ceci étant dit, il est un point qu’il faut aborder : la question basque. Nos chers amis ne parlent point de langue celtique, et il semble que ça ait été le cas d’une partie de l’lbérie et de la Gaule Aquitaine (la Gascogne étant une Vasconie de même origine linguistique que le Pays Basque). La question linguistique étant déjà traitée, un coup d’oeil à notre amie la génétique des pops :

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Sauvés, nos chers amis Basques et autres irrédentistes aquitains semblent bien former un pôle à part au niveau des liens de parenté, quoique proche des Gaulois.

Et quand à ces pourcentages en Turquie qui ne se confondent pas parfaitement avec la zone d’implantation galate ?

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Sous-groupe à part, semble t-il.

Bref, bisous à tous mes cousins et cousines descendants du Dis Pater (an Ankoù, Tad an Anken comme on dit chez moi). Et bisous aussi à tous nos sympathiques colocataires qui aiment notre patrimoine écologique commun et veulent le préserver avec nous. Evitez juste de faire irruption dans les réunions de famille en beuglant qu’on est pas apparentés, ce sera plus poli.

(dans un prochain épisode, toujours sous le coup de la sommation de se justifier, le Chat Poron vous expliquera pourquoi la majorité de vos ancêtres est forcément païenne, à part peut-être si vous appartenez à une lignée juive très préoccupée de pureté raciale, mais du coup l’agitation des goyim de la paganosophère vous passe sûrement bien au-dessus du chapeau, petit chanceux)

 

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Dendrolâtrie : le culte des arbres

Il est très courant das les religions traditionnelles de vénérer des arbres, soit directement, soit comme réceptacle de la présence d’une divinité (on le voit encore aujourd’hui dans le chamanisme mongol, shintoïsme, hindouïsme, animisme africain, etc). La chose est aussi encore bien vivante en Europe, avec le sapin de Noël et la couronne de houx, mais aussi avec des arbres intégrés dans les cultes chrétiens, comme les chênes pouilleux, les arbres à clous (souvent des chênes ou des tilleuls), ou les chênes de la vierge.

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Arbre à clous, Herchies, Belgique

 

On pense parfois que ce culte des arbres, en Europe, aurait été uniquement d’origine celtique ou germanique. Ce texte de l’auteur romain Pline l’Ancien nous prouve le contraire :

« Les arbres ont été les temples des divinités ; et encore aujourd’hui les campagnes, conservant dans leur simplicité les rites anciens, consacrent le plus bel arbre à un dieu. Et, dans le fait, les images resplendissantes d’or et d’ivoire ne nous inspirent pas plus d’adoration que les bois sacrés et leur profond silence. Chaque espèce d’arbre demeure toujours dédiée à une même divinité, le chêne à Jupiter, le laurier à Apollon, l’olivier à Minerve, le myrte à Vénus, le peuplier à Hercule. Bien plus, les Sylvains, les Faunes, des déesses, des divinités spéciales sont, dans nos croyances, chargées du soin des forêts, comme d’autres divinités président au ciel. » (Pline l’Ancien, Histoire Naturelle 12, 3-5)

Rappellons qu’en l’an 743, le concile de Leptines interdit encore, dans son Indiculus superstitionum et paganiarum, « les sacrifices dans les bois qu’on nomme nemeton » (point VI).

Dans la tradition germano-scandinave, on associe le frêne à Odin ; le sureau, le genévrier et le lin à sa compagne ; le chêne à Thor ; le sorbier et les céréales à son épouse Sif ; la camomille sauvage à Balder ; les pommiers à Idunn. Les bouleaux et les ifs, symbolisés par les runes b (Berkana) et ï (Eïwaz), ont également tendance à être la demeure d’un esprit, de même que les prunelliers ou les aubépines, représentés par la rune th (Thurisaz).

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Arbre sacré, source de Madron, Cornouaille britannique

Chez les Gaulois, on associe le chêne à Taranis (Maxime de Tyr, Dissertations, VIII, 8 : « Les Celtes rendent un culte à Zeus, mais l’image de Zeus, chez les Celtes, est un grand chêne »). C’est sans doute pour cette raison, et pour le caractère sacré du gui de chêne, que leur abattage était interdit sans autorisation d’un druide ; et pour cette raison aussi que le mot français chêne vient d’un des trois mots gaulois le désignant (cassanos, deruos, tannos) et non du latin quercus. Les autres arbres ont des liens moins nets avec une divinité, mais le pommier (immortalité, cf. Avallon = Ynys Afallach en gallois, l’île des pommes), le noisetier (sagesse), le hêtre (inscriptions « Deo Fago », au dieu hêtre, en Gaule Aquitaine), sont également sacrés. Dans l’alphabet oghamique irlandais, cinq signes ont clairement un nom d’arbre : le chêne, le sorbier, l’aulne, le noisetier et le bouleau. Chez les Gallois, Yspaddaden Penkawr, l’équivalent du Balor gaélique, le chef des Géants, a un  nom qui signifie très exactement « Aubépine, Chef-des-Géants ». Enfin, en Bretagne, les buissons d’ajoncs servent de refuge aux âmes des morts, il faut donc éviter de les déranger pendant la nuit (particulièrement le 31 octobre et le 30 avril, quand le voile entre les mondes est le plus fin).

Quant aux Baltes, le chêne y est aussi associé au dieu du tonnerre, Perkûnas. Dans les Balkans, le bouleau est associé au personnage de Baba Marta, le grand-mère du printemps.

Dans tous les cas, les manières de procéder au culte des arbres sont assez simples : ne pas les abattre, ne les tailler que si besoin ou pour collecter un peu de bois à usage rituel conformément aux traditions, déposer des offrandes (rubans autour des branches sans trop les serrer, dépôt de fleurs ou de biscuits, libations). La prière n’a guère besoin d’être longue, il suffit par exemple de le toucher de la main droite en disant « Salut à toi, arbre sacré ! Je te remercie pour tes bienfaits ».

Notez aussi que, si vous vivez en appartement, il est souvent possible d’avoir des versions bonsaï de ces arbres ; bien que le débat reste ouvert pour savoir si c’est bien respectueux ou conforme aux traditions européennes, le Chat Poron en est assez partisan comme solution alternative.

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