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« L’Occident » et « la démocratie » nous coupent de nos racines !

Un poète Antillais dénonce les mensonges de « l’Occident » et de la « démocratie », appellant l’Homme blanc à se ré-enraciner dans sa propre terre et sa propre culture :

Quand nous considérons l’Occident et sa civilisation, il ne faut point être obnubilé par l’Homme blanc qui est un masque et fait écran, même s’il est, en effet, le tout-premier préposé, le tout-premier attaché au service de cette puissance impersonnelle, qu’il a été formaté par cette puissance qui s’est mise en mouvement il ya de cela 2500 à 3000 ans, et qu’à ce titre, son esprit, sa gestuelle même, son efficace et sa performance tant vantés, en sont venus à s’identifier à ce maître anonyme, abominable. Mais à côté de ces tout-premiers attachés, il y a à présent et partout de par le monde, des rattachés, car l’Occident s’est converti en civilisation mondiale. […]

Depuis à présent plusieurs siècles déjà, où que l’on se tourne, dans toutes les directions et sur toute la surface de la planète, il y a une civilisation et une seule, l’Occident, qui est à l’offensive en vue d’établir et de faire triompher la suprématie d’un mode d’existence, mode d’existence qui ne lui est même pas originel, mais qui lui est survenu, dans des circonstances sur lesquelles j’aurais à méditer dans les temps à venir, mais en tout cas, pour le plus grand malheur de tous, y compris de ses propres peuples. Rien ne lui résiste. Le pire, c’est qu’elle n’apporte pas la vie mais la désolation et la désertification de la terre : uniformité, rationalisation, nivellement, autrement dit la mort de la parole humaine et de l’habiter poétique de la terre. […]

Je sais que nous avons une expérience et une notion extrêmement porteuse, celle du Lakou : […] terre, ciel, choses et gens, rentrent en rapports mutuels et ont existence pour l’homme par la parole. C’est dire combien la parole pour l’homme est essentielle, combien il doit veiller à ce qu’elle demeure vivante, chargée, irriguée sans cesse par le flux constant de ces rapports. Veiller qu’elle ne s’use et ne se dégrade en se transformant en simple outil de communication. Voilà donc la source où nous nous abreuvons et sur laquelle il nous faut veiller. [..]Elle peut ouvrir la voie à une créativité prodigieuse dans tous les domaines de la vie, de l’organisation de la vie en commun, en architecture, bokantaj… bref, un mode poétique d’habiter, un modèle de « démocratie », si l’on tient tant à ce mot.

Je ne fais pas l’éloge de la démocratie, l’une des dernières vessies à laquelle s’accrochent les saltimbanques de ce monde en perdition, « heureuse » trouvaille des historiens-idéologues de l’Antiquité grecque qui leur a permis d’occulter (ou tout du moins d’estomper) la réalité foisonnante, sauvage et divine des anciens Grecs derrière l’effigie de marbre idéalisée de la démocratie athénienne. Cette idée de la démocratie, fort opportunément réapparue à l’époque moderne, a été la maitre-pièce pour mettre à la raison, en tout premier lieu, les peuples d’Europe eux-mêmes, avant de poursuivre sa carrière outre-Atlantique et dans le reste du monde. La démocratie est à l’image de ce monde–ci : ce qu’elle fait mine de donner d’une main, elle le reprend de l’autre. […]

J’observe d’ailleurs avec intérêt que la mise en cause de la démocratie est le fil rouge qui relie les révoltes de ces derniers temps dans les différents pays européens. C’est donc le signe qu’elle est en crise, même si l’on ne songe qu’à la rafistoler, à colmater, en quelque sorte, les voies d’eaux. Serions-nous donc, comme toujours, d’éternels supplétifs… ou les derniers suppôts … ? Alors, la sempiternelle question, on croirait des enfants perdus dans un jeu de quille maté : « par quoi la remplacer ? » Je n’en sais rien fout’. Et d’abord pourquoi vouloir « la remplacer » ? Inventez. Habitez votre demeure avec votre corps, votre propre parole.

Monchoachi est un poète martiniquais. Il est à l’initiative d’une revue nommée Lakouzémi dont les deux premiers et uniques numéros sont intitulés »Éloge de la servilité » et « Retour à la parole sauvage ».

Interview complète à cette adresse : https://lundi.am/Entretien-avec-Monchoachi-la-parole-sauvage-a-l-assaut-de-l-occident

Monchoachi

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Stoïcisme Nordique du Lundi Matin (n°2)

La même sagesse infuse une nouvelle fois la pensée germano-scandinave et gréco-romaine. Le Chat Poron se joint dont à l’empereur Marc-Aurèle et au dieu Odin en postant avec un peu d’avance ce deuxième épisode.

« Le matin, quand tu as de la peine à te lever, voici la réflexion que tu dois avoir présente à l’esprit : « Je me lève pour faire mon œuvre d’homme ; je vais remplir les devoirs pour lesquels je suis né et j’ai été envoyé en ce monde. Pourquoi donc faire tant de difficultés ? Ai-je été créé pour rester ainsi chaudement sous des couvertures ?

— Mais cela me fait plus de plaisir !

— Es-tu donc né pour le plaisir uniquement ? N’est-ce pas au contraire pour toujours travailler et toujours agir ? Ne vois-tu pas que les plantes, les oiseaux, les fourmis, les araignées, les abeilles concourent, chacune dans leur ordre, à l’ordre universel ? Et toi, tu refuserais d’accomplir tes fonctions d’homme ! Tu ne t’élancerais pas avec ardeur à ce qui est si conforme à ta nature !

— Mais, diras-tu, il faut bien que je me repose.

— D’accord ; le repos est nécessaire ; mais la nature a mis aussi des bornes à ce besoin, comme elle en a mis au besoin de manger et de boire. En cela pourtant, tu vas au-delà des bornes, et tu dépasses ce qu’il te faut. Au contraire, quand tu agis, tu n’en fais pas autant ; et tu restes en deçà de ce que tu pourrais faire. Cette négligence tient à ce que tu ne t’aimes pas sérieusement toi-même ; car autrement tu aimerais ta nature. Ceux qui aiment réellement l’art spécial qu’ils cultivent se dessèchent sur les ouvres que cet art leur inspira, oublieux du boire, oublieux du manger. Et toi, tu apprécies ta propre nature moins que le tourneur n’apprécie l’art du tour, moins que le danseur n’apprécie l’art de la danse, moins que l’avare n’apprécie son argent, ou le glorieux, sa vaine gloire : quand tous ces gens-là sont à leur ardeur labeur, ils songent moins à manger ou à dormir qu’à avancer l’œuvre dont ils s’occupent si passionnément. Et toi, tu trouves les devoirs que la société impose à ses membres moins importants et moins dignes de tes soins ! »

(Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même, livre V, I, trad. Barthélémy Saint-Hilaire).

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Et du côté scandinave, donc :

« Il doit se lever tôt, celui qui cherche vengeance,

Ou voudrait les possessions d’un autre.

Le loup qui se repose attrapera peu de viande,

Et l’homme qui dort aussi peu de succès.

Il doit se lever tôt, celui dont les ouvriers sont peu,

Afin de se mettre de lui-même à son ouvrage.

Beaucoup reste inachevé pour le lève-tard,

Car l’entrain est une richesse à moitié gagnée. »

Odin (Havamal, 58-59, trad. Chat Poron d’après H. A. Bellows)

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Stoïcisme Nordique du Lundi Matin (n°1)

Salutations ! Voici la nouvelle rubrique du Chat Poron : le Stoïcisme Nordique du Lundi Matin. L’idée est simple : on sait tous que le lundi matin, c’est le lundi matin, avec tout ce que ça implique. Pour tenter de surmonter l’insurmontable, votre serviteur a deux méthodes : le Havamal (« Dit du Très Haut », un poème scandinave attribué au dieu Odin et qui est une suite de conseils donné à l’homme qui vise la sagesse, autrement dit au philosophe) ; et l’école gréco-romaine de la philosophie stoïcienne (fondée par Zénon en Grèce, et dont les principaux continuateurs seront l’esclave grec Epictète auteur du manuel du même nom, l’homme politique et écrivain romain Sénèque par les lettres à ses amis, et l’empereur romain Marc-Aurèle lui-même dans ses Pensées).

L’idée est donc, chaque semaine, de mettre en regard une ou deux strophes du Havamal (ou éventuellement un passage d’une saga scandinave) et un fragment de philosophie stoïcienne, qui comme vous pouvez les constater se rejoingnent souvent, à tel point que je m’aventurerais presque jusqu’à dire que le monde germano-scandinave païen était stoïcien, ou alors que les Stoïciens gréco-romains avaient tout simplement une mentalité germanique.

« Si quelque dieu te disait que tu mourras demain, ou si ce n’était demain, au plus tard après-demain, tu ne ferais pas grande différence de mourir le troisième jour au lieu de mourir le second, à moins que tu ne fusses de la plus insigne lâcheté. En effet, que serait un tel sursis ? Eh bien ! pense absolument de même que ce n’est pas grand état de mourir après de longues années, plutôt que demain. »
– Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même, livre IV, XLVI

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« La richesse meurt, les gens meurent,
Toi-même dans peu de temps tu périras,
Mais je sais une chose qui point ne meurt :
La renomée bien méritée de celui qui l’acquiert. »
– Havamal, 75 (trad. Chat Poron)

Comme Dubrinertos de la Claririère Garganioii nous le rappelle, le monde celte n’est pas en reste non plus, car la tradition orale irlandaise attribue cette phrase au héros Cuchulainn : « Ne serais-je au monde qu’un jour et qu’une nuit, peu m’importe, pourvu que restent après moi mon histoire et le récit de mes hauts faits. »

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L’ornithologie comme voie spirituelle

Soleil dans la brume bellovaque. Celle-ci se dissipe sur le chemin du bois, à mi-pente de la colline funéraire où l’on prie la Dame du Tilleul depuis plus longtemps qu’on y lit des livres. Battements de cœur et le sentier s’ouvre enfin parmi les hêtres, au milieu du tapis violacé où la jacinthe était annoncée par la pervenche. Je les salue comme un vieil ami – elles connaissent ce que je suis depuis plus de mille ans. Le maître est là, presque humain, avec un reflet sur le visage que celui qui sait voir seul verra, sans savoir quoi. Les autres sont là aussi, il leur rappelle que le silence des hommes a ici son royaume comme en tout ce qui est sacré : l’amour, le rêve, et la mort. Des murmures s’accrochent encore à nos pas tandis que nous avançons pour fuir la grand’route (loués soient les chemins de traverse qui nous sauvent du contre-sens).

Première station. Le mauvais œil du maître leur cloue le bec comme un cercueil. Chante, muse, ce qui est : chante-le comme miroir de ce qui fut et de ce qui sera. Chante ce qui est permanent, chante ce qui est éphémère ; chante, dans ce qui est permanent, ce qui change à chaque instant pour permettre cette permanence ; chante, dans ce qui est éphémère, ce qui toujours perdure pour permettre ce changement. Chante l’instant qui passe et l’éternel retour des formes.

450px-morninglight_28807131512629Chante, car de tout ce que disent les hommes, ce qui a le plus de valeur a d’abord été entendu. Mais pour qu’ils entendent, il faut déjà qu’ils écoutent ! Notre époque de raisonneurs aime surtout parler, plus que toute autre chose… Parfois elle pense, souvent c’est pire. Mais écouter ? Qui écoute encore de nos jours ? Qui sait écouter pour comprendre avec les oreilles ? On écoute les bons élèves d’autres élèves. La source, elle, semble être passée de mode. Le vrai rythme pourtant est celui des astres et du souffle, l’harmonie profonde est celle qui unit les contraires : elle les lie par la grande loi où l’aveugle sent le hasard, le borgne, le dieu, et le voyant, le cosmos. Nul mot ne se pose dessus ; sous ce poème, les feuilles sont encore vertes, et l’arbre vit.

Parfois le doigt du maître guide l’oeil vers sa proie, le plus souvent c’est le regard lui-même qui mène le regard. Cette autorité instinctive, loin des idoles rouillées qui demandent qu’on les couvre d’argent, cache sous l’écorce une âme d’or. Seulement de temps à autres un nom franchit la barrière de ses lèvres. Et le son devient chose.

Le chant, lui, n’est pas transcriptible. Seul un patient travail permet de le graver en soi ; aucun calepin ne s’interpose pour protéger de ce poinçonnage. Le savoir offert gracieusement à celui qui veut s’immerger dans les bois, cette « donnée » à portée de celui qui voudra se prendre au jeu, perce notre crâne et orne de ses entrelacs le revers du cuir chevelu. Comme un tatouage initiatique, l’information est surtout transformation. Puis la marche continue, de station en station, des bois aux champs en passant par les restes du vieux bocage, d’une époque où le mot « limite » avait un sens. S’y succèdent, comme en transe, ceux qu’on voit et entend, ceux qu’on voit passer sans les entendre, ceux qu’on entend chanter sans jamais les apercevoir, et ceux qu’on entend ni ne voit mais qui pourtant sont bien là. Surtout eux, d’ailleurs : les Esprits du sol, Ancêtres de pierre dont les os sont la craie blanche et le sombre silex de ce pays, eux qui vivent dans ce terroir et voient leurs vivants congénères y porter la mort, ayant relégué la vie à l’arrière-plan.

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D’autres que moi ont déjà décrété le recours aux forêts, car l’avenir naîtra de ceux qui trouveront pour sanctuaire la source de la plus longue mémoire, celle qui ne se tarit pas. Je rappellerai seulement que pour être invulnérable, il faudra aussi désoublier la langue des oiseaux. Reforgeons l’épée spirituelle, terrassons le dragon vautré sur son trésor. Alors nous comprendrons que ce que proclament sans cesse nos cousins à plumes, sous mille formes qui toujours reviennent, tient en deux mots : l’amour, et le je-suis-ici.

 

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La prophétie de Pádraig Mac Piarais

Et maintenant je parle, empli par mes visions,
Je parle à mon peuple, et je parle au nom de mon peuple aux
Maîtres de mon peuples :
Je dis à mon peuple qu’il est béni,
Qu’il est auguste malgré ses chaînes.
Qu’il est plus grand que ceux qui le tiennent
Et plus fort et plus pur,
Qu’il a cependant besoin de courage, et d’appeler le nom de son dieu,
Dieu qui ne pardonne pas, ce cher dieu qui aime le peuple
Pour lequel il est mort nu, endurant la honte.
Et je dis aux maîtres de mon peuple : attention,
Attention à ce qui vient, attention au peuple debout,
Qui saura prendre ce que vous ne donneriez pas.
Pensiez-vous qu’on peut conquérir le peuple, ou que la loi est plus forte que la vie,
Et que le désir des hommes d’être libres ?
Nous verrons cela avec vous, vous qui avez saccagé et oppressé,
Vous qui avez persécuté et corrompu.
Tyrans… hypocrites… menteurs !

– The Rebel (Patrick Pearse, 1879-1916)

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Parick Pearse, de père anglais et de mère irlandaise, est né et mort dans la ville de Dublin. Entre temps, poussé par ses livres qui lui parlaient des héros du passé, tels que Cúchulainn à la gloire immortelle, il était allé apprendre le gaélique chez sa grande-tante du comté de Meath. Convaincu que l’âme irlandaise pouvait et devait renaître, il s’engage dans l’éducation, fondant une école où la jeunesse apprend sa langue, son Histoire, et les hauts faits de ses Ancêtres, païens comme chrétiens. Profondément mystique, il considère les traditions et la liberté de son peuple comme un héritage spirituel d’une valeur absolue. Quant son école menace de faire faillite car les frais d’inscriptions sont trop bas, il refuse de les relever au-dessus des moyens de peuple et part aux Etats-Unis rencontrer des Irlandais émigrés ayant accumulé des fonds. Les flammes dans ses yeux et le scintillement de ses mots les convainquent de faire des dons suffisants pour remettre les comptes à flots et le projet continue. Il sera entres autres l’inspirateur des écoles Diwan et Dihun, qui participent encore aujourd’hui à la transmission de la langue bretonne.

La grande guerre civile européenne de 1914 sert de prétexte à la suspension d’un projet de loi d’autonomie, voté par les réformistes. Des milices favorables à la domination anglaise se forment, surtout en Irlande du Nord (centre de peuplement des colons britanniques). Pearse rejoint l’Irish Republican Brotherhood, une société secrète ayant pour but d’organiser un soulèvement général. Ils font jonction avec l’Irish Citizen Army, groupe d’autodéfense des syndicalistes irlandais refusant d’aller mourir contre les prolétaires allemands. Ensemble, ils préparent une révolution socialiste à l’échelle nationale en faveur d’une Irlande « pas seulement libre mais gaélique aussi, pas seulement gaélique mais libre aussi ». C’est la naissance de l’Irish Republican Army (IRA).

Foggy dew

En 1916, un accord est négocié avec l’Empire Allemand pour obtenir des armes. Le soulèvement général est prévu pour le lundi de Pâques. Malheureusement, la cargaison est intercepté par la marine anglaise ; mais Pearse maintient le cap coûte que coûte. Il sera le président d’une éphémère république de six jours, assiégée dans Dublin par l’armée anglaise. Au dernier moment, pour éviter le massacre général, il donne l’ordre de capituler. Seize meneurs sont condamnés à mort, dont lui-même. Fusillé à l’âge de 36 ans, il écrit de touchants adieux à sa mère, lui demandant de garder le souvenir de son courage et de rester fière de ses actes. Un an plus tôt, sur la tombe d’un camarade, il avait dit : « Nos ennemis sont forts, sages, et rusés ; mais, aussi forts, sages et rusés qu’ils soient, ils ne peuvent empêcher le divin miracle qui fait germer, dans les coeurs des jeunes gens, les graines semées par les jeunes gens d’une génération précédente ». Dès 1919, son sacrifice permettra d’éveiller les Irlandais, qui se lancent dans une guérilla active menée par l’IRA. En deux ans, ils décrochent un traité permettant d’établir un Etat irlandais effectif. La République d’Irlande naît en 1922, seulement six années après cette république de six jours, qualifiée de folie par les hommes de son temps. La chanson The Foggy Dew fut composée en son honneur.

Gloire à toi, Pádraig mac Piarais, pour ta folie bénie, toi qui goûtes à présent les pommes d’or du Tír na nÓg, terre de l’éternelle jeunesse, aux côtés de Cúchulainn et de tous les héros et dieux des Celtes.

Yec’hed mat, Padrig, e Tir ar re Yaouank !

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Rite des étudiants à Minerve Pallas

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Dans le calendrier religieux de la Rome antique, le 19 mars marquait le début du festival des Quinquatries Majeures (un jour à l’origine, étendu à cinq jours ensuite). C’était la naissance de Minerve, déesse de la sagesse, des techniques, et de la stratégie. Elle était honorée en ce jour par les étudiants, les professeurs, et les médecins.

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Aujourd’hui, elle patronne encore l’Institut de France, qui n’est rien moins que l’entité regroupant l’Académie Française, l’Académie des Sciences, l’Académie des Beaux-Arts, l’Académie des inscriptions et Belles-Lettres (Histoire et archéologie), et l’Académie des sciences morales et politiques.

En tant qu’étudiant français, dans un système éducatif issu des écoles et universités romaines, il semble logique de rendre cet hommage à Minerve Pallas (son aspect de jeune fille). Ne pratiquant jusqu’ici pas les rites gallo-romains, ceci est une proposition et un premier essai, qui semble selon mes vérifications ornithomantiques avoir été accepté comme valide (avec deux bâtonnets d’encens et une double offrande de vin en expiation supplémentaire). Le Mercure Gaulois, divinité favorite des Gallo-romains, messager des Dieux, interprète (et selon mon interprétation patron de la langue française) est honoré dans la préface, mais il s’agit-là d’un choix personnel. Si votre foyer suit le rite romain de manière courante, Vesta et/ou Janus font d’excellents choix.

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Préparation :
* L’officiant prend une douche (si possible un bain) pour se purifier juste avant le rituel. Il met les habits reflétant le mieux son statut social. Si le rite se passe hors du foyer, se laver les mains avec un peu d’eau, puis s’en asperger le front de quelques gouttelettes avec les doigts. Dans tous les cas, un récipient d’eau doit être à disposition de l’officiant pour la suite du rite.
* Les participants arrivent ensuite au lieu du rituel, ou, s’il a lieu dans un foyer, placent l’idole de Minerve sur l’autel. Cette idole peut être un olivier ou des branches d’olivier, une statuette, un dessin, etc.
* L’officiant allume ou fait allumer un feu, ou une bougie sur l’autel.

Préface :
* L’officiant couvre sa tête (capuche, un chapeau, une écharpe, etc) sauf si c’est une femme. Chacun est tourné vers l’autel, derrière l’officiant, hommes tête nue, femmes tête couverte.
* L’officiant allume ensuite un bâton d’encens, ou ajoute de l’encens dans l’encensoir, disant : « MERCURE GAULOIS, EN T’OFFRANT CET ENCENS JE TE PRIE AVEC DE BONNES PRIÈRES, POUR QUE TU VEUILLES ÊTRE PROPICE À CE RITE ». Il est possible de réciter un des hymnes homériques à Hèrmès.
* Il verse du vin dans la patère : « MERCURE GAULOIS, COMME EN T’OFFRANT CET ENCENS DE BONNE PRIÈRES FURENT BIEN PRIÉES, POUR LA MÊME RAISON SOIS HONORÉ PAR CETTE LIBATION DE VIN ».
* L’officiant verse ensuite le contenu de la patère sur le feu, ou dans la terre, si c’est possible. Si elle est petite, il peut transférer son contenu dans un autre récipient pour pouvoir poursuivre le rite, et rendre le tout à la terre après le rite. On peut honorer d’autres entités pour la préface (Vesta, Janus, Lares, etc)

Précation :
* L’officiant se purifie à nouveau les mains. Il touche ensuite l’autel, ou tend la main vers l’idole s’il n’y a pas d’autel, disant : « MINERVE PALLAS, PARCE QU’IL EST OPPORTUN POUR LES ÉTUDIANTS DE T’OFFRIR DU VIN ET DES BISCUITS EN CETTE FÊTE SACRÉE DU PREMIER JOUR DES QUINQUATRIES MAJEURES, AFIN QUE LEURS ÉTUDES LEUR APPORTENT LA SAGESSE, POUR CETTE RAISON SOIS HONORÉE PAR CES OFFRANDES ».

Reddition :
* L’officiant verse du vin dans la patère, disant : « MINERVE PALLAS, SOIS HONORÉE PAR CETTE OFFRANDE, SOIS HONORÉE PAR CETTE LIBATION DE VIN ».
* L’officiant dépose ensuite sur l’autel les biscuits, disant : « MINERVE PALLAS, SOIS HONORÉE PAR CETTE OFFRANDE, SOIS HONORÉE PAR CETTE OBLATION DE BISCUITS ».
* Il est aussi possible de faire des offrandes à d’autres entités.
* Les offrandes qui sont destinées à être consumées, enfouies ou mises ce côté pour être déposées plus tard, le sont à ce moment-là.

Profanation :
* L’officiant touche de la main les offrandes restantes, pour que les humains puissent les manger.

Expiation :
* L’officiant allume un bâton d’encens, et dit, levant les mains vers le ciel : « DIEUX IMMORTELS, SI VOUS AVEZ ÉTÉ OFFENSÉS PAR DES ERREURS COMMISES DURANT CE RITE, RECEVEZ CET ENCENS EN EXPIATION DES ERREURS DES HUMAINS MORTELS ». On peut aussi offrir du vin ou des biscuits, par précaution.

Divination :
* L’officiant ou un augure s’assurent que le rite et l’expiation ont été suffisants. Cela peut se faire par diverses méthodes : soit par l’observation (changement météorologique type vent, pluie ou arc-en-ciel ; animaux, etc), soit par le hasard (dés, pile-ou-face, cartomancie, etc). Si besoin, nouvelle expiation.

Banquet :
* Les participants consomment les offrandes restantes, se portant mutuellement des toasts. L’officiant peut enlever son couvre-chef. Il est possible de porter des toasts à d’autres entités.

Selon la coutume, les étudiants offrent également un cadeau à leurs enseignants. J’ai aussi honoré le fondateur de mon école et le génie tutélaire de ma promotion.

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Merci à un mien ami pour les illustrations (que Minerve lui soit propice et lui accorde la sagesse pour parvenir à la victoire) ; et aux membres de l’association Pharia, consacrée aux spiritualités méditerrannéennes antiques, pour leurs lumières. Si votre héritage gallo-romain vous intéresse, le 18 juin aura lieu le premier pélerinage groupé à Mercure Dumiatis en son temple du Puy-de-Dôme.

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Non-violence et autodéfense chez Plotin

Les sociétés traditionnelles se posent généralement bien moins le problème de la violence que la société libérale. Le concept en lui-même est d’ailleurs rarement pensé en tant que tel, et encore moins moralement négatif, puisque la prédation et la compétition sont des interactions qui structurent les écosystèmes et les communautés.

Dans les cultures indo-européennes, largement diffusées par une aristocratie guerrière, le meurtre d’un hôte ou d’un animal sacré, le fratricide, le parricide, la profanation de lieux consacrés à des divinités pacifiques, enfreignent les traditions. Cela entraîne une souillure sur la personne qui a commis ces actes,  et un désordre qui doit être réparé au niveau cosmique.

Au contraire, la défense de sa communauté, de son héritage, de ses moyens de subsistance, sont des devoirs sacrés. La plupart des figures divines ou héroïques combattent et triomphent ainsi de nombreux adversaires (Akhilleus qui aquiert la « renommée intarissable », kleos aphthiton, formule qu’on retrouve aussi en sanskrit ; Sigurd qui tue le dragon Fafnir ; Cùchulainn qui affronte seul les ennemis de son peuple ; etc). Aujourd’hui encore, il semble normal de qualifier de « héros » quelqu’un qui, par exemple, empêche un viol. Sauf pour certains fonctionnaires du système judicaire. Comment en est-on arrivés là ?

En Europe, c’est surtout le christianisme qui soulèvera ce « problème de la violence » en conseillant de « tendre l’autre joue ». En mal de justification philosophique, les Galilléens jouèrent sur le fait que Platon, et les écoles néoplatoniciennes qui en sont héritières,  usent du terme « Dieu » (Theos) pour désigner l’ensemble de la puissance divine du cosmos. On a ainsi fait de ces écoles une pensée ascétique, coupée du monde, et parfois-même dogmatiquement non-violente. Pourtant, un des derniers grands auteurs néoplatoniciens et païens, Plotin, nous explique en quoi le vertueux a non seulement le droit, mais aussi le devoir, de se défendre des moins vertueux (Ennéades, III, 2, 8 ; trad. Bouillet) :

Il nous reste à expliquer comment les choses sensibles sont bonnes et participent de l’Ordre, ou du moins comment elles ne sont pas mauvaises.

 

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Plotin

Dans tout animal, les parties supérieures, le visage et la tête, sont les plus belles ; les parties moyennes et les membres inférieurs ne les égalent pas. Or, les hommes occupent la région moyenne et la région inférieure de l’univers. Dans la région supérieure se trouve le ciel avec les dieux qui l’habitent : ce sont eux qui remplissent la plus grande partie du monde, avec la vaste sphère où ils résident. La terre occupe le centre et semble faire partie des astres. On s’étonne de voir l’injustice régner ici-bas, parce qu’on regarde l’homme comme l’être le plus vénérable et le plus sage de l’univers. Cependant, cet être si vénérable ne tient que le milieu entre les dieux et les bêtes, inclinant tantôt vers les uns, tantôt vers les autres.

Certains hommes ressemblent aux dieux, d’autres ressemblent aux bêtes : mais la plupart tiennent le milieu entre les deux natures. C’est à ceux qui occupent cette place moyenne que les hommes dépravés, qui se rapprochent des bêtes féroces, font subir leurs rapines et leurs violences. Quoique les premiers vaillent mieux que ceux dont ils subissent les violences, ils sont cependant dominés par eux parce qu’ils leur sont inférieurs sous d’autres rapports, qu’ils manquent de courage et qu’ils ne se sont pas préparés à résister aux attaques. Si des enfants qui auraient fortifié leur corps par l’exercice, mais qui auraient laissé leur âme croupir dans l’ignorance, l’emportaient à la lutte sur ceux de leurs camarades qui n’auraient exercé ni leur corps, ni leur âme ; s’ils leur ravissaient leurs aliments et leurs habits moelleux, y aurait-il autre chose à faire qu’à en rire ? Comment le législateur aurait-il eu tort de permettre que les vaincus portassent la peine de leur lâcheté et de leur mollesse, si, négligeant les exercices gymnastiques qui leur étaient enseignée, ils n’ont pas craint de devenir par leur inertie, leur mollesse et leur paresse, comme de grasses brebis destinées a être la proie des loups ? Quant à ceux qui commettent ces rapines et ces violences, ils en sont punis, d’abord en ce qu’ils sont des loups et des êtres malfaisants, ensuite, en ce qu’ils subissent nécessairement [dans cette existence ou dans une autre] les conséquences de leurs mauvaises actions : car les hommes qui ont été méchants ici-bas ne meurent pas tout entiers [quand leur âme est séparée de leur corps].

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Gymnastes (Sascha Schneider, 1912)

Or, dans les choses qui sont réglées par la nature et la raison, toujours ce qui suit est le résultat de ce qui précède : le mal engendre le mal, comme le bien engendre le bien. Mais l’arène de la vie diffère d’un gymnase, où les luttes ne sont que des jeux. Il faut alors que les enfants dont nous venons de parler et que nous avons divisés en deux classes, après avoir tous également grandi dans l’ignorance, se préparent à combattre, prennent des armes, et déploient plus d’énergie que dans les exercices du gymnase. Or, les uns sont bien armés, les autres ne le sont pas : les premiers doivent donc triompher. Dieu ne doit pas combattre pour les lâches : car la loi veut qu’à la guerre on sauve sa vie par la valeur et non par les prières. Ce n’est point davantage par des prières qu’on obtient les fruits de la terre, c’est par le travail. On ne se porte pas bien non plus sans prendre aucun soin de sa santé. Il ne faut donc pas se plaindre que les méchants aient une plus riche récolte, s’ils cultivent mieux la terre. N’est-ce pas enfin une chose ridicule que de vouloir, dans la conduite ordinaire de la vie, n’écouter que son caprice, en ne faisant rien comme le prescrivent les dieux, et de se borner à leur demander uniquement sa conservation, sans accomplir aucun des actes desquels ceux-ci ont voulu que notre conservation dépendit ?

Mieux vaudrait être mort que de vivre en se mettant ainsi en contradiction avec les lois qui régissent l’univers. Si, quand les hommes sont en opposition avec ces lois, la Providence divine conservait la paix au milieu de toutes les folies et de tous les vices, elle mériterait d’être accusée de négligence pour laisser ainsi prévaloir le mal. Les méchants ne dominent que par l’effet de la lâcheté de ceux qui leur obéissent : il est plus juste qu’il en soit ainsi qu’autrement.

Plotin nous incite donc à :

  • Ne pas croire que, parce que le cosmos est divin, le désordre et les choses néfastes sont également divines
  • Développer nos aptitudes mentales pour guider nos aptitudes physiques, sans quoi elles sont aveugles et néfastes
  • Développer nos aptitudes physiques pour concrétiser nos aptitudes mentales, sans quoi elles sont manchottes et inutiles
  • Organiser notre trajectoire d’existence et notre quotidien en vue de participer à l’ordre cosmique, plutôt que d’être esclaves de nos désirs immédiats
  • Préférer prendre nos responsabilités et remédier à nos erreurs qu’implorer les Divinités hors du culte que la tradition leur prescrit
  • S’opposer activement aux systèmes de domination néfastes que la lâcheté et l’ignorance collective laissent advenir (en particulier le mondialisme libéral qui détruit notre planète)
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La mode du celto-négationnisme

Il est devenu fréquent la paganosphère de lire des articles expliquant que les Celtes n’existent pas, que le peuple Gaulois n’a jamais existé, et que ceux qui prétendent le contraire cherchent forcément à justifier des politiques de haine raciale. Souvent (mais pas toujours, heureusement), sous prétexte de tirer des choses au clair, l’auteur embrouille, volontairement ou non, encore un peu plus l’affaire. Et la plupart du temps, hélas, les esprits sont très échaudés par le sujet, annihilant toute possibilité de débat serein. Récemment, j’ai assisté à un échange houleux, et fait remarquer que je désapprouvais le contenu d’un article, mais que cela n’enlevait rien à l’estime que j’avais pour son auteur et son blog (qui est, je n’en démords pas, un des meilleurs blogs francophones pour ce qui touche au paganisme celtique). Première réaction du premier passant : invitation à détailler mes arguments sur-le-champ, pour avoir eu l’outrecuidance de signaler que je n’étais pas du même avis. Alors que, précisémment, je mettais en avant la courtoisie avant toute chose, quelque désaccords qu’il puisse y avoir. Preuve s’il en faut que le sujet est particulièrement miné.

Or, sur Un Tiers Chemin, la règle est d’éviter le syndrome de la barricade à deux côtés. Le Chat Poron tente donc une analyse posée de l’affaire.

1. Celtes, Gaulois : c’est quoi ?

Les Celtes (Keltoi) sont, pour les auteurs gréco-romains de l’Antiquité, des peuples parlant une famille de langues indo-européennes dites celtiques. Archéologiquement, on a plus tard défini les cultures de Hallstatt, puis de La Tène, comme « celtiques », car rattachées à des populations probablement celtophones. On observe, parmi ces populations celtophones, un certain nombre de traits culturels et d’institutions communes : une classe intellectuelle et sacerdotale, dite des « druides », régissant le culte d’un certain nombre de divinités se retrouvant sur une plage de temps et d’espace étendue ; et une aristocratie guerrière, résidant dans des lieux fortifiés dits oppida par les auteurs latins. Enfin, une classe sociale d’artisans produisait pour ces classes des objets ouvragés où on retrouve de fortes ressemblances stylistiques (motifs géométriques, entrelacs, triskèles, rouelles, etc).

Parmi  ces Celtes, certains sont nommés Gaulois (Galli) par les Romains. Ils semblent avoir occupé des territoires compris entre le nord de l’Italie et la pointe armoricaine. Les quelques inscriptions retrouvées, la toponymie, l’anthroponymie, montrent la présence d’une aire linguistique commune, au moins dans la Gallia celtica. La Gaule belgique (plus étendue que la Belgique actuelle) et surtout la Gaule aquitaine, semblent avoir eu des différences linguistiques et identitaires importantes. César nous parle également d’une réunion des druides gaulois en un lieu donné, ce qui constitue une institution commune (il n’est pas précisé Aquitains et les Belges y participent : sans doute pas pour les premiers, peut-être pour les seconds).

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Ier siècle av. J-C. Les peuples armoricains, avant les migrations bretonnes ultérieures, pourraient n’avoir été qu’une ligue de peuples de la Gaule celtique, mais en fort contact avec les Bretons.

2. Qu’est-ce qu’un peuple ?

Parce que, oui, finalement c’est toute la question. Si je prends le dictionnaire de l’Académie française et le Littré en ligne, j’ai :

A. Ensemble des humains vivant en société sur un territoire déterminé et qui, ayant parfois une communauté d’origine, présentent une homogénéité relative de civilisation et sont liés par un certain nombre de coutumes et d’institutions communes.

B. Partie de la nation soumise à une autorité ayant le pouvoir politique.

Le sens A étant dominant dans les pays non-latins, le sens B dans les pays ayant été les plus influencés culturellement par l’impérialisme romain. Si on est dans un contexte celtique, le sens A semble donc bien plus logique à prendre en compte.

3. Ni les Celtes, ni les Gaulois, n’ont jamais eu d’unité politique ?

Certes. Ceci étant, je n’ai toujours pas compris pourquoi le sujet était systématiquement remis sur la table, alors qu’il n’avait pas de rapport avec la question principale (comme on a pu le voir plus haut), et surtout que je n’ai jamais entendu personne me soutenir le contraire.

Quoi qu’il en soit, la fameuse « incapacité des Gaulois à former des structures politiques larges et stables » (c’est-à-dire que leur notion de peuple est le sens A) a pour revers de la médaille que la communauté politique de référence était bien le peuple, et donc… un conglomérat de lignées sur une base ethnique. On ne devenait pas plus Arverne ou Vénète qu’un teckel devient un caniche. De la même manière d’ailleurs que les cités grecques farouchement indépendantes qui, ne formant qu’occasionnellement des ligues, associaient la citoyenneté à l’origine ethnique (le plus souvent « pure » des deux côtés). Qu’elles soient démocrates ou non, et peut-être plus encore quand elles l’étaient, car cela ouvrait la possibilité d’influer sur le gouvernement de la cité, et devait donc être encore plus précautionneusement surveillé.

Bref, l’absence de méta-structure politique commune ne signe pas l’absence d’un peuple, comme nous le montrent très bien le peuple grec ou le peuple touareg. Définir un peuple par une structure politique étant, on le rappelle, une caractéristique de certains nationalismes européens modernes qui n’ont pas que des bonnes choses au compteur.

4. Les langues celtiques insulaires et continentales forment deux branches séparées ?

Difficile à dire. Bien qu’on puisse observer des convergences grammaticales dans les langues celtiques des Îles Britanniques,  les traces épigraphiques de vieux britonnique et de gaulois sont quasiment identiques (cf. inscription de Bath, par exemple). Des textes antiques signalent aussi une intercompréhension entre les Britons aux Gaulois : la chose n’est pas étonnante, car l’archéologie montre aussi, du néolithique à la période romaine en passant par l’âge du bronze, d’intenses échanges et des similitudes culturelles en de la Manche. A l’époque de la conquête romaine, les Atrébates avaient des terres à la fois sur le continent et en Bretagne. On trouve aussi des « Vénètes »  (Uenetis / Gwynedd) des deux côtés, mais la chose est plus controversée puisque c’est aussi le cas à Venise, en Gaule cisalpine.

Du coup, la « ligne de fracture » des langues celtiques serait plutôt entre l’Irlande et le reste. Une partie du peuplement irlandais semblant s’être fait depuis la péninsule ibérique, on retrouve sans surprise quelques similitudes entre les fragments celtibères et les langues gaéliques (maintient du kw proto-indo-européen en q, là où il devient généralement p ailleurs). Vous me direz que, peu importe où on met la ligne, tout ça reste divisé et prouve l’absence d’unité. Certes, mais d’une part il me semble important de ne pas colporter des vérités partielles sur un sujet déjà mal compris ; d’autre part, il n’en reste pas moins que nos deux sous-groupes de langues celtiques sont nettement plus apparentés entre eux qu’avec n’importe quelles autres langues.

5. En tout cas, ces histoires de peuple celtique, peuple gaulois, c’est raciste !

« Peuple gaulois », mythe ou réalité ? Penchons-nous un peu sur l’Histoire de cette idée. Sa première trace remonte au Ier siècle avant notre ère, sous la plume d’un certain Caius Iulius Caesar, dangereux crypto-néonazi bien connu des services de police : « Galli se omnes ab Dite Patre prognatos praediquant, idque ab druidibus proditum dicunt ». Les Gaulois se disent tous descendants de Dis Pater [divinité romaine associée à Pluton], d’après une tradition qu’ils disent tenir des druides. Bon, déjà, c’est un peu gênant : si je décide de suivre ce qu’on connaît de l’enseignement druidique, bingo, j’adhère à la notion de peuple celtique défini sur une base de parenté génétique. Mais comme on est dans un débat scientifique sérieux, creusons un peu l’affaire et voyons ce qu’en dit la génétique des  populations. Comme le chromosome Y se transmet de père en fils de manière inchangée, sauf mutations de manière exceptionnelle, il est assez facile de voir si ces druides atteints de peste brune avant l’heure nous racontent des bobards à propos d’un père des Gaulois.

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Fréquence de l’haplogroupe Y R1b

 

Et là, on est pas loin de la catastrophe. Rendez-vous compte : la majorité des habitants actuels des territoires correspondant aux trois provinces de la Gaule romaine descendent d’un ancêtre paternel commun (et c’est même visible après les quelques installation romaines et germaniques, et même la fameuse implantation des Sarrasins en Languedoc dont on ne voit pas trace, soit qu’ils n’aient pas été si nombreux, soit qu’ils aient subi un sort tragique contraire à la morale chrétienne). Pire encore, il y a tout de même un certain recoupement avec la carte des populations dites de « culture celtique » (surtout si on prend en compte le fait que les Scandinaves étaient friands des esclaves celtes, en particulier en Islande).

Langues celtiques

Jaune = Halstatt/La Tène, vert clair = extension maximale des langues celtiques, vert foncé = zones celtophones contemporaines

Du coup, il serait facile de se laisser aller à s’exclamer, comme quelqu’un me l’a déjà dit, que la réalité est fasciste. En gros, le celto-négationnisme pousse des gens dont l’identité est niée à se radicaliser (barricade à deux côtés, encore) et en fait donc des proies faciles pour les discours incitant  à la haine. Ce qui, je crois, est l’inverse de ce qui était espéré. Et qui, en tout cas, va fermement à l’encontre de ma conviction, qui fait aussi office de ligne éditoriale pour Un Tiers Chemin, que tous les peuples indigènes sont objectivement alliés face à la mondialisation libérale, qui menace leur patrimoine écologique, leur identité ethnique, et leur héritage culturel. Je ne hais pas les peuples différents du mien. Je combats fermement l’idéologie du Même qui veut détruire ce qui fait nos différences et la richesse de l’Humanité au pluriel, sous prétexte d’apporter une paix qui n’existe pas plus que les armes de destruction massive en Irak.

Ceci étant dit, il est un point qu’il faut aborder : la question basque. Nos chers amis ne parlent point de langue celtique, et il semble que ça ait été le cas d’une partie de l’lbérie et de la Gaule Aquitaine (la Gascogne étant une Vasconie de même origine linguistique que le Pays Basque). La question linguistique étant déjà traitée, un coup d’oeil à notre amie la génétique des pops :

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Sauvés, nos chers amis Basques et autres irrédentistes aquitains semblent bien former un pôle à part au niveau des liens de parenté, quoique proche des Gaulois.

Et quand à ces pourcentages en Turquie qui ne se confondent pas parfaitement avec la zone d’implantation galate ?

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Sous-groupe à part, semble t-il.

Bref, bisous à tous mes cousins et cousines descendants du Dis Pater (an Ankoù, Tad an Anken comme on dit chez moi). Et bisous aussi à tous nos sympathiques colocataires qui aiment notre patrimoine écologique commun et veulent le préserver avec nous. Evitez juste de faire irruption dans les réunions de famille en beuglant qu’on est pas apparentés, ce sera plus poli.

(dans un prochain épisode, toujours sous le coup de la sommation de se justifier, le Chat Poron vous expliquera pourquoi la majorité de vos ancêtres est forcément païenne, à part peut-être si vous appartenez à une lignée juive très préoccupée de pureté raciale, mais du coup l’agitation des goyim de la paganosophère vous passe sûrement bien au-dessus du chapeau, petit chanceux)

 

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A Brigid la Victorieuse

Brigantia

« Victorieuse Brigid,
Gloire du clan,
Soeur du Roi Céleste,
Noble dame,
Menace des parjures,
Torche rayonnante.
Jusqu’au ciel béni,
Nourrice des Celtes,
Confort des invités,
Étincelle de sagesse,
Fille du Bon Dieu,
Dame fière,
Victorieuse Brigid,
Vie de tous les vivants ! »

Adaptation de « Brigit Búadach » à partir de deux traductions anglaises de l’original en vieil irlandais (Dánta Ban: Poems of Irish Women Early and Modern – A Collection par P. L. Henry, 1992 ; The Field Day Anthology of Irish Writing, vol. 4, par Angele Bourke, 2002).

Notez la parfaite correspondance de cette victorieuse Brigid irlandaise avec la Dea Brigantia Victoria attestée par une inscription du IIe siècle sur le territoire du peuple breton des Brigantes. Cette même Brigid irlandaise est patronne du feu du foyer, des l’inspiration poétique, et du brasier de la forge ; or César précise que chez les Gaulois, « Minerve transmet les rudiments des techniques et des arts » (Commentaire sur la Guerre des Gaules, VI, 17). Le nom de Brigantia se retrouve aussi dans la toponymie continentale, de Bregença au Portugal à Bregenz au bord du lac de Constance, en passant par Briançon dans l’actuel département des Hautes-Alpes.

On est donc bien ici en présence d’une divinité pan-celtique, dont les principales attributions sont : les arts et techniques, le feu sacré du foyer, et la victoire au combat.

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Un charme celtique contre le mauvais oeil

La Carmina Gadelica est un recueil de prières et incantations collectées dans l’Ecosse gaélique par le folkloriste Alexander Carmichael, entre 1860 et 1909. Il est parfois nécessaire de décrypter l’interpretatio christiana pour avoir un aperçu du sortilège païen originel. Ici, ce n’est même pas le cas, tout a juste été traduit au plus près, dans la mesure où les nuances de langue poétique gaélique pouvaient s’exprimer en français moderne. Le titre originel est Eolas a bheum shula, ce qui signifie mot-à-mot « le savoir-par-l’expérience de frapper l’oeil » et que Carmichael traduisit par « Exorcism of the eye« .

 

COMMENT CHASSER LE MAUVAIS OEIL

Je chevauche l’œil,
Comme le canard chevauche le lac,
Comme le cygne chevauche l’eau,
Comme l’étalon chevauche la plaine,
Comme la vache chevauche la prairie,
Comme l’armée des éléments chevauche,
Comme l’armée des éléments chevauche.

La force du vent, je l’ai sur lui,
La force du courroux, je l’ai sur lui,
La force du feu, je l’ai sur lui,
La force du tonnerre, je l’ai sur lui,
La force de l’éclair, je l’ai sur lui,
La force de la tempête, je l’ai sur elle,
La force de la lune, je l’ai sur elle,
La force du soleil, je l’ai sur lui,
La force des étoiles, je l’ai sur elles,
La force du firmament, je l’ai sur lui,
La force des cieux et des mondes,
Je l’ai sur eux-mêmes,
La force des cieux et des mondes,
Je l’ai sur eux-mêmes.

Un tiers de ceci sur les pierres grises,
Un tiers de ceci sur les collines escarpées,
Un tiers de ceci sur les cascades galopantes.

Un tiers de ceci sur les jolis prés,
Un tiers de ceci sur le sel de la grande mer,
Elle est le meilleur contenant pour ceci,
Le sel de la grande mer,
Le meilleur contenant pour ceci.

Au nom de la Triade des Éléments,
Au nom des Trois consacrés,
Au nom de tous les Secrets,
Et de toutes les Puissance assemblées.

 

Ex-voto oculaire

Ex-voto oculaire, trouvé au sanctuaire à la déesse Sequana aux sources de la Seine (Côte-d’Or)

Une vraie tradition celtique, donc, à mille lieues des fariboles néodruidiques telles que les triades du franc-maçon et faussaire Edward Williams (dit « Iolo Morganwg »).

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