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Les (re)fondations philosophiques du paganisme grec face au christianisme

Face à la christianisation, des philosophes grecs païens (Porphyre de Tyr et Jamblique) ont donné une fondation philosophique à leur religion : nature et vertus des Dieux et de l’âme humaine, efficacité des rites, crédibilité et cohérence de la Tradition. Une précieuse leçon pour justifier philosophiquement la renaissance des paganismes européens !

Cerises sur le gâteau : 1) le sujet est traité en détail dans un mémoire de sciences des religions nouvellement paru et disponible en lecture intégrale ci-dessous, 2) l’auteur fait partie de la nouvelle génération d’universitaires païens.

L’arbre de Porphyre – représentation du XVIIIe siècle
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L’ornithologie comme voie spirituelle

Soleil dans la brume bellovaque. Celle-ci se dissipe sur le chemin du bois, à mi-pente de la colline funéraire où l’on prie la Dame du Tilleul depuis plus longtemps qu’on y lit des livres. Battements de cœur et le sentier s’ouvre enfin parmi les hêtres, au milieu du tapis violacé où la jacinthe était annoncée par la pervenche. Je les salue comme un vieil ami – elles connaissent ce que je suis depuis plus de mille ans. Le maître est là, presque humain, avec un reflet sur le visage que celui qui sait voir seul verra, sans savoir quoi. Les autres sont là aussi, il leur rappelle que le silence des hommes a ici son royaume comme en tout ce qui est sacré : l’amour, le rêve, et la mort. Des murmures s’accrochent encore à nos pas tandis que nous avançons pour fuir la grand’route (loués soient les chemins de traverse qui nous sauvent du contre-sens).

Première station. Le mauvais œil du maître leur cloue le bec comme un cercueil. Chante, muse, ce qui est : chante-le comme miroir de ce qui fut et de ce qui sera. Chante ce qui est permanent, chante ce qui est éphémère ; chante, dans ce qui est permanent, ce qui change à chaque instant pour permettre cette permanence ; chante, dans ce qui est éphémère, ce qui toujours perdure pour permettre ce changement. Chante l’instant qui passe et l’éternel retour des formes.

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Chante, car de tout ce que disent les hommes, ce qui a le plus de valeur a d’abord été entendu. Mais pour qu’ils entendent, il faut déjà qu’ils écoutent ! Notre époque de raisonneurs aime surtout parler, plus que toute autre chose… Parfois elle pense, souvent c’est pire. Mais écouter ? Qui écoute encore de nos jours ? Qui sait écouter pour comprendre avec les oreilles ? On écoute les bons élèves d’autres élèves. La source, elle, semble être passée de mode. Le vrai rythme pourtant est celui des astres et du souffle, l’harmonie profonde est celle qui unit les contraires : elle les lie par la grande loi où l’aveugle sent le hasard, le borgne, le dieu, et le voyant, le cosmos. Nul mot ne se pose dessus ; sous ce poème, les feuilles sont encore vertes, et l’arbre vit.

Parfois le doigt du maître guide l’oeil vers sa proie, le plus souvent c’est le regard lui-même qui mène le regard. Cette autorité instinctive, loin des idoles rouillées qui demandent qu’on les couvre d’argent, cache sous l’écorce une âme d’or. Seulement de temps à autres un nom franchit la barrière de ses lèvres. Et le son devient chose.

Le chant, lui, n’est pas transcriptible. Seul un patient travail permet de le graver en soi ; aucun calepin ne s’interpose pour protéger de ce poinçonnage. Le savoir offert gracieusement à celui qui veut s’immerger dans les bois, cette « donnée » à portée de celui qui voudra se prendre au jeu, perce notre crâne et orne de ses entrelacs le revers du cuir chevelu. Comme un tatouage initiatique, l’information est surtout transformation. Puis la marche continue, de station en station, des bois aux champs en passant par les restes du vieux bocage, d’une époque où le mot « limite » avait un sens. S’y succèdent, comme en transe, ceux qu’on voit et entend, ceux qu’on voit passer sans les entendre, ceux qu’on entend chanter sans jamais les apercevoir, et ceux qu’on entend ni ne voit mais qui pourtant sont bien là. Surtout eux, d’ailleurs : les Esprits du sol, Ancêtres de pierre dont les os sont la craie blanche et le sombre silex de ce pays, eux qui vivent dans ce terroir et voient leurs vivants congénères y porter la mort, ayant relégué la vie à l’arrière-plan.

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D’autres que moi ont déjà décrété le recours aux forêts, car l’avenir naîtra de ceux qui trouveront pour sanctuaire la source de la plus longue mémoire, celle qui ne se tarit pas. Je rappellerai seulement que pour être invulnérable, il faudra aussi désoublier la langue des oiseaux. Reforgeons l’épée spirituelle, terrassons le dragon vautré sur son trésor. Alors nous comprendrons que ce que proclament sans cesse nos cousins à plumes, sous mille formes qui toujours reviennent, tient en deux mots : l’amour, et le je-suis-ici.

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La prophétie de Pádraig Mac Piarais

Et maintenant je parle, empli par mes visions,
Je parle à mon peuple, et je parle au nom de mon peuple aux
Maîtres de mon peuples :
Je dis à mon peuple qu’il est béni,
Qu’il est auguste malgré ses chaînes.
Qu’il est plus grand que ceux qui le tiennent
Et plus fort et plus pur,
Qu’il a cependant besoin de courage, et d’appeler le nom de son dieu,
Dieu qui ne pardonne pas, ce cher dieu qui aime le peuple
Pour lequel il est mort nu, endurant la honte.
Et je dis aux maîtres de mon peuple : attention,
Attention à ce qui vient, attention au peuple debout,
Qui saura prendre ce que vous ne donneriez pas.
Pensiez-vous qu’on peut conquérir le peuple, ou que la loi est plus forte que la vie,
Et que le désir des hommes d’être libres ?
Nous verrons cela avec vous, vous qui avez saccagé et oppressé,
Vous qui avez persécuté et corrompu.
Tyrans… hypocrites… menteurs !

– The Rebel (Patrick Pearse, 1879-1916)

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Parick Pearse, de père anglais et de mère irlandaise, est né et mort dans la ville de Dublin. Entre temps, poussé par ses livres qui lui parlaient des héros du passé, tels que Cúchulainn à la gloire immortelle, il était allé apprendre le gaélique chez sa grande-tante du comté de Meath. Convaincu que l’âme irlandaise pouvait et devait renaître, il s’engage dans l’éducation, fondant une école où la jeunesse apprend sa langue, son Histoire, et les hauts faits de ses Ancêtres, païens comme chrétiens. Profondément mystique, il considère les traditions et la liberté de son peuple comme un héritage spirituel d’une valeur absolue. Quant son école menace de faire faillite car les frais d’inscriptions sont trop bas, il refuse de les relever au-dessus des moyens de peuple et part aux Etats-Unis rencontrer des Irlandais émigrés ayant accumulé des fonds. Les flammes dans ses yeux et le scintillement de ses mots les convainquent de faire des dons suffisants pour remettre les comptes à flots et le projet continue. Il sera entres autres l’inspirateur des écoles Diwan et Dihun, qui participent encore aujourd’hui à la transmission de la langue bretonne.

La grande guerre civile européenne de 1914 sert de prétexte à la suspension d’un projet de loi d’autonomie, voté par les réformistes. Des milices favorables à la domination anglaise se forment, surtout en Irlande du Nord (centre de peuplement des colons britanniques). Pearse rejoint l’Irish Republican Brotherhood, une société secrète ayant pour but d’organiser un soulèvement général. Ils font jonction avec l’Irish Citizen Army, groupe d’autodéfense des syndicalistes irlandais refusant d’aller mourir contre les prolétaires allemands. Ensemble, ils préparent une révolution socialiste à l’échelle nationale en faveur d’une Irlande « pas seulement libre mais gaélique aussi, pas seulement gaélique mais libre aussi ». C’est la naissance de l’Irish Republican Army (IRA).

Foggy dew

En 1916, un accord est négocié avec l’Empire Allemand pour obtenir des armes. Le soulèvement général est prévu pour le lundi de Pâques. Malheureusement, la cargaison est intercepté par la marine anglaise ; mais Pearse maintient le cap coûte que coûte. Il sera le président d’une éphémère république de six jours, assiégée dans Dublin par l’armée anglaise. Au dernier moment, pour éviter le massacre général, il donne l’ordre de capituler. Seize meneurs sont condamnés à mort, dont lui-même. Fusillé à l’âge de 36 ans, il écrit de touchants adieux à sa mère, lui demandant de garder le souvenir de son courage et de rester fière de ses actes. Un an plus tôt, sur la tombe d’un camarade, il avait dit : « Nos ennemis sont forts, sages, et rusés ; mais, aussi forts, sages et rusés qu’ils soient, ils ne peuvent empêcher le divin miracle qui fait germer, dans les coeurs des jeunes gens, les graines semées par les jeunes gens d’une génération précédente ». Dès 1919, son sacrifice permettra d’éveiller les Irlandais, qui se lancent dans une guérilla active menée par l’IRA. En deux ans, ils décrochent un traité permettant d’établir un Etat irlandais effectif. La République d’Irlande naît en 1922, seulement six années après cette république de six jours, qualifiée de folie par les hommes de son temps. La chanson The Foggy Dew fut composée en son honneur.

Gloire à toi, Pádraig mac Piarais, pour ta folie bénie, toi qui goûtes à présent les pommes d’or du Tír na nÓg, terre de l’éternelle jeunesse, aux côtés de Cúchulainn et de tous les héros et dieux des Celtes.

Yec’hed mat, Padrig, e Tir ar re Yaouank !

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Rite des étudiants à Minerve Pallas

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Dans le calendrier religieux de la Rome antique, le 19 mars marquait le début du festival des Quinquatries Majeures (un jour à l’origine, étendu à cinq jours ensuite). C’était la naissance de Minerve, déesse de la sagesse, des techniques, et de la stratégie. Elle était honorée en ce jour par les étudiants, les professeurs, et les médecins.

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Aujourd’hui, elle patronne encore l’Institut de France, qui n’est rien moins que l’entité regroupant l’Académie Française, l’Académie des Sciences, l’Académie des Beaux-Arts, l’Académie des inscriptions et Belles-Lettres (Histoire et archéologie), et l’Académie des sciences morales et politiques.

En tant qu’étudiant français, dans un système éducatif issu des écoles et universités romaines, il semble logique de rendre cet hommage à Minerve Pallas (son aspect de jeune fille). Ne pratiquant jusqu’ici pas les rites gallo-romains, ceci est une proposition et un premier essai, qui semble selon mes vérifications ornithomantiques avoir été accepté comme valide (avec deux bâtonnets d’encens et une double offrande de vin en expiation supplémentaire). Le Mercure Gaulois, divinité favorite des Gallo-romains, messager des Dieux, interprète (et selon mon interprétation patron de la langue française) est honoré dans la préface, mais il s’agit-là d’un choix personnel. Si votre foyer suit le rite romain de manière courante, Vesta et/ou Janus font d’excellents choix.

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Préparation :
* L’officiant prend une douche (si possible un bain) pour se purifier juste avant le rituel. Il met les habits reflétant le mieux son statut social. Si le rite se passe hors du foyer, se laver les mains avec un peu d’eau, puis s’en asperger le front de quelques gouttelettes avec les doigts. Dans tous les cas, un récipient d’eau doit être à disposition de l’officiant pour la suite du rite.
* Les participants arrivent ensuite au lieu du rituel, ou, s’il a lieu dans un foyer, placent l’idole de Minerve sur l’autel. Cette idole peut être un olivier ou des branches d’olivier, une statuette, un dessin, etc.
* L’officiant allume ou fait allumer un feu, ou une bougie sur l’autel.

Préface :
* L’officiant couvre sa tête (capuche, chapeau, écharpe, pan de toge, etc). Chacun est tourné vers l’autel, derrière l’officiant, hommes tête nue, femmes tête couverte.
* L’officiant allume ensuite un bâton d’encens, ou ajoute de l’encens dans l’encensoir, disant : « MERCURE GAULOIS, EN T’OFFRANT CET ENCENS JE TE PRIE AVEC DE BONNES PRIÈRES, POUR QUE TU VEUILLES ÊTRE PROPICE À CE RITE ». Il est possible de réciter un des hymnes homériques à Hèrmès.
* Il verse du vin dans la patère : « MERCURE GAULOIS, COMME EN T’OFFRANT CET ENCENS DE BONNE PRIÈRES FURENT BIEN PRIÉES, POUR LA MÊME RAISON SOIS HONORÉ PAR CETTE LIBATION DE VIN ».
* L’officiant verse ensuite le contenu de la patère sur le feu, ou dans la terre, si c’est possible. Si elle est petite, il peut transférer son contenu dans un autre récipient pour pouvoir poursuivre le rite, et rendre le tout à la terre après le rite. On peut honorer d’autres entités pour la préface (Vesta, Janus, Lares, etc)

Précation :
* L’officiant se purifie à nouveau les mains. Il touche ensuite l’autel, ou tend la main vers l’idole s’il n’y a pas d’autel, disant : « MINERVE PALLAS, PARCE QU’IL EST OPPORTUN POUR LES ÉTUDIANTS DE T’OFFRIR DU VIN ET DES BISCUITS EN CETTE FÊTE SACRÉE DU PREMIER JOUR DES QUINQUATRIES MAJEURES, AFIN QUE LEURS ÉTUDES LEUR APPORTENT LA SAGESSE, POUR CETTE RAISON SOIS HONORÉE PAR CES OFFRANDES ».

Reddition :
* L’officiant verse du vin dans la patère, disant : « MINERVE PALLAS, SOIS HONORÉE PAR CETTE OFFRANDE, SOIS HONORÉE PAR CETTE LIBATION DE VIN ».
* L’officiant dépose ensuite sur l’autel les biscuits, disant : « MINERVE PALLAS, SOIS HONORÉE PAR CETTE OFFRANDE, SOIS HONORÉE PAR CETTE OBLATION DE BISCUITS ».
* Il est aussi possible de faire des offrandes à d’autres entités.
* Les offrandes qui sont destinées à être consumées, enfouies ou mises ce côté pour être déposées plus tard, le sont à ce moment-là.

Profanation :
* L’officiant touche de la main les offrandes restantes, pour que les humains puissent les manger.

Expiation :
* L’officiant allume un bâton d’encens, et dit, levant les mains vers le ciel : « DIEUX IMMORTELS, SI VOUS AVEZ ÉTÉ OFFENSÉS PAR DES ERREURS COMMISES DURANT CE RITE, RECEVEZ CET ENCENS EN EXPIATION DES ERREURS DES HUMAINS MORTELS ». On peut aussi offrir du vin ou des biscuits, par précaution.

Divination :
* L’officiant ou un augure s’assurent que le rite et l’expiation ont été suffisants. Cela peut se faire par diverses méthodes : soit par l’observation (changement météorologique type vent, pluie ou arc-en-ciel ; animaux, etc), soit par le hasard (dés, pile-ou-face, cartomancie, etc). Si besoin, nouvelle expiation.

Banquet :
* Les participants consomment les offrandes restantes, se portant mutuellement des toasts. L’officiant peut enlever son couvre-chef. Il est possible de porter des toasts à d’autres entités.

Selon la coutume, les étudiants offrent également un cadeau à leurs enseignants. J’ai aussi honoré le fondateur de mon école et le génie tutélaire de ma promotion.

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Merci à un mien ami pour les illustrations (que Minerve lui soit propice et lui accorde la sagesse pour parvenir à la victoire) ; et aux membres de l’association Pharia, consacrée aux spiritualités méditerrannéennes antiques, pour leurs lumières. Si votre héritage gallo-romain vous intéresse, le 18 juin aura lieu le premier pélerinage groupé à Mercure Dumiatis en son temple du Puy-de-Dôme.

[Ajout du 22/09/2020 : l’officiant est capite velato, c’est-à-dire tête couverte, qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme. La preuve en est Eumachia, fille de Lucius Eumachius, prêtresse publique du culte impérial à Pompéi : la statue qui la présente explicitement dans ce rôle a la tête couverte.]

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Deux textes authentiques sur l’oracle runique

Sur internet, la divination runique est le royaume des fantaisies personnelles et de l’ésotérisme judéo-chrétien. Le prétexte en est bien souvent que, comme « on a aucune source écrite », il faudrait soit 1) tout réinventer, soit 2) faire confiance aveuglément à des gourous, qui descendraient d’une lignée de sorcières top secrète, ou auraient une révélation cosmique (et souvent des bouquins à vendre, qui comme par hasard correspondent parfaitement aux attentes consuméristes du public visé). Naturellement, cela ouvre la porte aux sceptiques, qui s’appuient sur quelques universistaires hyper-critiques pour dire que la divination runique est une fumisterie qui n’a jamais existé.

Par chance, nous disposons de quelques textes authentiques sur l’oracle runique dans les traditions germano-scandinaves. Le premier exemple est de Tacite, auteur romain du Ier siècle qui décrit les coutumes des Germains.

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Une interprétation contemporaine par Aranna Renard

« [Les Germains] sont parmi ceux qui accordent le plus d’attention aux auspices et aux oracles. Leur coutume en matière d’oracles est très simple : ils découpent en baguettes un rameau coupé à un arbre fruitier, et ils les jettent, marquées de certains signes, pêle-mêle et au hasard, sur une étoffe blanche. Tout de suite après, le prêtre de la communauté si c’est une consultation publique, mais le père de famille lui-même si c’est une affaire privée, en priant les Dieux et en regardant le ciel, en lève trois, une par une, et les interprète après les avoir soulevées, en conformité avec le signe dont elles ont été marquées précédemment. En cas de réponse négative, aucune consultation le même jour sur la même affaire ; mais en cas de réponse positive, la garantie des auspices est également exigée. Car cela aussi est connu ici : interroger les voix des oiseaux et leurs manières de voler. »

Tacite, la Germanie, X (trad. du Chat Poron, d’après Doneau, 1911 ; J.-L. Burnouf, 1859, les Editions du Porte-Glaive, 1990 ; et New Northvegr Center, 2015).

Ensuite, concernant le fait de discuter à tort et à travers de ce type de pratiques ésotériques, et de monnayer ces informations sur internet (quelle que soit par ailleurs la qualité de ces informations), l’avis d’Odin à ce sujet nous est bien connu :

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Odin (Lindby, ère viking)

« Quand tu as essayé
De suivre la trace des runes,
Celles que les puissances suprêmes
Firent pour leur famille divine
Et qu’a colorées l’Immense Chantre [Óðinn],
Il vaut mieux rester silencieux. »

Hávamál, §80 (trad. du Chat Poron, d’après H.A. Bellows, B. Thorpe, et Y. Kodratoff)

C’est cette strophe qui sera la ligne directrice du blog en matière d’articles sur les runes. Le commentaire d’Yves Kodratoff à ce sujet est d’ailleurs plein de bon sens :

« Cela ne contredit-il pas l’autorisation de transmettre des connaissances ? Non, parce qu’il y a d’autres façons que verbales de transmettre des connaissances et ces autres modes de communication sont les plus sages. Vous allez me dire que j’ai fait un livre sur les runes, moi aussi. Si vous le lisez, vous verrez que je me contente de rétablir des connaissances qui ont été étouffées par l’immense brouhaha qui accompagne maintenant l’usage des runes. Je ne dis jamais comment les utiliser, ce qu’on me reproche, mais vous connaissez maintenant la raison de ma discrétion.« 

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Le Christmas Pudding – Recette & Traditions

Une contribution d’Aranna, dont le blog regorge de réflexions tout à fait intéressantes sur le polythéisme européen contemporain : http://lacailleach.wordpress.com. Vous pouvez aussi jeter un oeil à son échoppe d’artisanat religieux. Un grand merci à elle, et le Chat Poron vous rappelle qu’Un Tiers Chemin est ouvert à toute contribution sur les arts, rites et savoirs traditionnels !

Petite plaisanterie pour commencer : Vous savez comment on fait manger de la cuisine anglaise à un français ? En lui racontant que c’est une recette médiévale… (En plus d’avoir usé de ce subterfuge des années durant – personne ne s’en est jamais plaint – en témoignent les livres de cuisine type « cuisine de G… Of…T… » que j’ai pu voir. C’est sans doute très amusant, mais je ne comprends pas trop ce besoin d’aller chercher midi à quatorze heure et de dépenser de l’argent dans un ouvrage en grande partie marketing alors qu’on trouve largement de quoi faire en cherchant dans les différentes traditions culinaires. Question de point de vue.)

Le Christmas pudding est une tradition anglaise qui, bien qu’en perte de vitesse depuis quelques années, est toujours très répandue. Quand j’étais petite fille, c’était toujours un grand moment, et probablement la seule pâtisserie que je la voyais faire puisque pour une raison mystérieuse, elle loupait systématiquement toutes les autres…
Début novembre, ma mère passait chez le boucher récupérer des morceaux bruts de gras de bœuf qu’elle faisait fondre dans une casserole, avant de le filtrer et de le mettre dans un bocal, en prévision du dimanche tant attendu où la préparation du Christmas Pudding allait vraiment commencer. Elle essayait généralement de le faire à un moment où nous n’étions pas dans les parages, craignant que si nous assistions à cette opération – qui n’est sans doute pas la partie la plus ragoûtante, il faut le dire – nous refusions d’en manger. (Je l’ai surprise une fois, et ça ne m’a jamais dissuadé.)
Certains font remonter l’origine de cette recette au XIVe siècle, mais elle date plus vraisemblablement du début du XVIIe avant d’être bannie par les Puritains (basiquement, tout ce qui était relatif à Noel a été plus ou moins banni, les Puritains trouvaient que tout cela sonnait beaucoup trop païen pour être honnête). Un mythe populaire veut que ce soit le roi George I qui réintroduisit le Christmas Pudding, demandant qu’il soit servi à sa table, lors de son premier Noël en tant que roi d’Angleterre, en 1714.

On le fait généralement le dernier (ou avant-dernier) dimanche avant le début de l’Avent, soit à la fin du mois de Novembre, puisqu’il doit en principe reposer au moins un mois. Ce dimanche est nommé, de manière informelle, le Stir Up Sunday. C’est un moment de réjouissance et il est préférable que toute la maisonnée soit réunie, puisque la tradition veut que chaque membre de la maison participe en remuant le mélange trois fois (dans le sens des aiguilles d’une montre ou pour les puristes, d’est en ouest, pour commémorer l’expédition des Rois Mages) avec une cuillère en bois. Pendant que l’on touille avec plus ou moins de difficultés (la pâte est vraiment dense, les plus petits auront sans doute besoin d’être guidés. Je garde le souvenir de la première fois que j’ai participé, et je me souviens avoir vraiment peiné à l’époque), on fait un vœu (et on le garde secret). Certaines sources disent qu’il faut faire douze tours, un pour chaque mois de l’année. Pourquoi pas…

Petite note sur les ingrédients et le matériel :

• Le « shortening » (graisse alimentaire solidifiée) se trouve également en version végétale (celle que j’utilise), ce qui a le mérite de rendre la recette accessible pour des végétariens. Il est important de veiller à sa qualité étant donné les produits que les grandes industries alimentaires utilisent (beaucoup de marques utilisent sans vergogne des OGM). On en trouve en ligne, mais il est souvent difficile de s’en procurer rapidement en France. L’ingrédient originel étant la graisse de bœuf. Je penser qu’on peut utiliser également du saindoux, mais je n’ai jamais eu l’occasion de goûter.

• Pour bien réussir un Christmas pudding, la qualité des fruits confits est primordiale. Si vous avez, comme bien d’entre nous, un budget limité, alors en faire un petit mais très savoureux, est sans doute préférable à un gâteau plus gros et gustativement moins intéressant.

• Dans les recettes françaises que j’ai pu consulter, on propose souvent de mettre du beurre (!). À vos risques et périls : ma mère, aussi bien que ma marraine, toutes deux grandes adeptes de ce gâteau, m’ont toujours dit que le beurre rancirait avec les longues heures de cuisson au bain-marie. Quelques sources consultées disent que cela contribue à le rendre vraiment lourd. Je serais curieuse d’avoir l’avis d’une personne l’ayant fait.
moule pudding (1)• Vous aurez besoin un grand moule à pudding ou un contenant (ni Graal, ni bocal) qui pourra faire office de. Comme un grand récipient de type « cul de poule » en terre, en verre, pourvu qu’il puisse résister aux changements de température.
Il faut que le bol soit assez grand vu la quantité (à adapter éventuellement), et qu’il ait un rebord pour y attacher le linge qui servira de « poignées ». Il est important qu’il reste un ou deux centimètres de marge et que le moule ne soit pas plein à ras bord.

• À l’instar de tous les gâteaux ancrés dans une tradition, il existe une multitude de variantes, chaque famille ayant sa recette. Certaines comportent des amandes, de la pomme hachée… Les ingrédients utilisés sont traditionnellement au nombre de treize, représentant le Christ et les Apôtres. Voici ces treize ingrédients : des raisins de Corinthe, des raisins Muscat, la graisse de bœuf, du sucre brun, la chapelure, des écorces de cédrat, de citron, d’orange, la farine, du quatre-épice, des œufs, du lait et du brandy.

À propos des charmes glissés dans le Pudding :

Il était courant de rajouter dans la pâte de menus objets censés représenter, pour son découvreur, la fortune de l’année à venir. La liste de ces charmes varient apparemment beaucoup suivant les sources, aussi je ne citerai que ceux évoqués par ma mère.
– La pièce d’argent symbolisait la richesse et la bonne fortune.
– Un bouton, trouvé par un homme célibataire, signifiait que celui ci le resterait pour l’année entière.
– Le dé à coudre, trouvé par une femme célibataire, signifiait la même chose. Il est parfois considéré comme un signe de disputes.
– L’anneau promettait un mariage dans l’année.
– On rajoutait parfois un morceau de charbon (!) ou un autre objet qui indiquait littéralement « la poisse intégrale. »

Il convient de garder à l’esprit que leur signification respective est corrélée à l’époque victorienne. Il est tout à fait possible d’en garder le sens tout en l’adaptant un peu. Ainsi, l’anneau ne sera pas forcément synonyme de mariage, mais de chance en amour et dans sa relation de couple si tel est le cas.
Faut-il ajouter un objet « porte-poisse » dans un gâteau de Noël ? Je sais que cette option à ses défenseurs, qui vous diront que cela reflète la réalité de la vie, et qu’il faut arrêter de vouloir toujours n’avoir que des signes de bonnes fortunes et faire fi des autres. C’est une vision.
Personnellement, je suis plus mesurée. Dans tous les cas, garder à l’esprit que Noël est parfois une période stressante pour certains (tensions dans les familles, nervosités, etc), considérer les événements de vie de chacune des personnes à votre table (au moins les plus récents et les plus sensibles) et réfléchir à la signification que vous allez donner à chacun de ces charmes est, à mon sens, une preuve de bon sens. Je préfère contribuer à créer de beaux souvenirs, et la tradition devrait engendrer une cohésion et un sentiment d’union, mais ceci n’est que mon humble avis et, encore heureux, chacun est libre de faire comme il l’entend.
Ces ajouts ne sont bien évidemment pas obligatoire. Si vous décidez de le faire, n’oubliez pas de les stériliser, de prendre des matériaux qui ne seront pas toxiques (pensez à la chaleur dégagée par la cuisson, notamment pour les pièces de monnaie…) et prévenez AVANT que l’on ne commence à manger le Pudding : personne ne souhaite se casser une dent sur un objet surprise.

Voici la recette que nous utilisons chez nous. Vous êtes bien entendu tout à fait libre et même encouragés à l’adapter à vos goûts, à votre histoire familiale, à vos symboles et à ce que vous trouvez chez vos fournisseurs préférés.
Si vous le faites pour la première fois et que vous n’êtes pas certain d’aimer, n’hésitez pas à diviser les quantités par deux (le pudding est vraiment gros, normalement, la recette propose d’en faire soit un gros, soit deux petits avec cette quantité).

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« Christmas pudding » par James Pett (CC BY-SA 2.0 via Wikimedia Commons)

Ingrédients :

225 g de chapelure
225 g de farine
350 g de gras de bœuf ou de « shortening »
225g de sucre demerara (ou sucre de canne entier, pas la version raffinée colorée au caramel)
275 g de raisin de corinthe
275 g de raisin de Smyrne
(ou trois variétés différentes de raisins divisés en part de 225g /225g/100g. Comme il est parfois délicat de trouver trois variétés différentes, ma famille adaptait la recette suivant les proportions que j’ai donné plus haut)
225 g d’écorces confites d’orange et de citron (à remplacer ou à compléter par un mix de fruits confits au besoin)
1/5 c. à thé de 4 épices
1/5 c. à thé de noix de muscade
1 c. à thé de sel
4 œufs
150 ml de lait (végétal ou non)
1 verre à vin de brandy (soit 25 cl)

« Hard Sauce »
100g de beurre (ou de très très bonne margarine.)
50 g de sucre glace
2 – 3 c. à soupe de brandy
1/2 c. à thé de zeste de citron

Dans un grand bol, mélanger ensembles tous les ingrédients secs. Rajouter la graisse que l’on a préalablement fait fondre.
Dans un autre petit bol, battre les œufs, rajouter le lait et le brandy puis incorporer au mélange sec. Si on souhaite rajouter dans la pâte les petits objets, c’est maintenant.
Placer dans le bol à pudding qui sera utilisé pour la cuisson.
On va maintenant emballer le gâteau : on coupe une feuille de papier sulfurisé qui va recouvrir le moule et on l’attache en passant une ficelle autour du moule, juste sous la rainure et on serre très fort (vous aurez besoin d’une aide pour maintenir le nœud), un peu comme pour les confitures maison, quand on fixe la cellophane avec un élastique. Ensuite on prend un torchon ou une pièce de tissu (lin ou coton, non teint) et on refait la même chose sauf qu’on relève les coins du tissu pour les nouer et en faire des poignées. (Attention, c’est souvent très lourd : si les nœuds sont trop lâches, c’est un coup à se retrouver avec tout étalé par terre).
Le pudding doit maintenant reposer 12h à température ambiante pour que les arômes se développent.

Le lendemain, remplir une marmite qui doit pouvoir contenir le moule, mettre de l’eau à bouillir et faire cuire au bain-marie, l’eau doit arriver à peu près à 3-5 cm du haut du moule. On recouvre et on laisse cuire au moins 5 h (en fonction de la taille du moule, de la marmite, etc) tout en surveillant le niveau de l’eau dans la marmite.

Quand le pudding a cuit au moins 5h, on retire les « couvre-chef » utilisés pendant la cuisson et on en met des secs. Puis on le place dans un endroit frais et sec pendant au moins un mois.
Le 24 décembre (ce dessert se sert normalement le soir du réveillon), on le refait cuire pendant 2h, avant de le démouler.

Pour faire la « hard sauce » : prendre le beurre (ou la margarine) amolli à température ambiante et le battre avec le sucre glace jusqu’à l’obtention d’une mixture très légère. Ajouter le brandy et le zeste, rebattre un peu. Placer au réfrigérateur jusqu’au moment de servir.

Pudding en flammesOn l’arrose généreusement de brandy (certains « nourrissent » le pudding de brandy en le lardant de coup de couteau et en versant une petite quantité d’alcool avant de le laisser reposer. De la sorte, il est « bourré de combustible » pour le jour J), on pose une petite branche de houx (censé représenter la Couronne d’Épines. En tant que païen on peut y voir bien d’autres choses, évidemment) sur le dessus (nous n’avons jamais placé la branche de houx, pour des raisons pratiques) et on le flambe. Les lumières doivent être éteintes, et le Christmas Pudding arrive sur la table auréolé de flammes bleues. Il est d’usage de garder le silence avant d’applaudir tandis que l’on rallume les lumières avant de le servir, accompagné de « hard sauce » ou / et de crème anglaise, l’important étant le contraste chaud-froid entre le gâteau et les sauces.

Le fait de flamber ce pudding et les flammes bleues sont parfois associées à la Passion du Christ, raison pour laquelle on observe normalement le silence. À un niveau païen, on peut y voir la mort et la renaissance du Soleil pendant les Douze Jours de Yule.

 

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Ôstarmânoth et blot à Tio

Pour le premier jour de la Lune d’Ôstara (Ôstarmânoth), le clan Liddel Franke des Enfants d’Yggdrasill s’est réuni dans la forêt sacrée qui se trouve sur ses terres, afin de placer ses actions à venir sous l’égide de Tio. A la fois sage et hardi, il est le plus courageux de nos Dieux, donc le plus apte à assurer le succès. Sous les bourgeons, les pervenches avaient étendu leur réseau violacé, marquant l’arrivée du printemps. Après des offrandes de gâteaux au Grand’arbre Fourchu qui domine le bois, et à la vieille Mère-Bouleau qui protège le lieu des banquets, nous avons dédié une corne de bière, infusée maison au genièvre et à l’aspérule selon l’ancienne coutume, aux Esprits des Lieux.
Un timide rayon de soleil a ensuite lui sur notre tardif pique-nique du midi. Vers la fin de celui-ci, une invitée (que nous n’avions pas pu récupérer à la gare à cause de son retard de deux heures) a appelé afin de demander quelques précisions supplémentaires sur l’itinéraire. En d’autres termes, elle était visiblement totalement perdue. S’ensuivit une trépidante aventure, impliquant des portables qui ne captent pas – oui, parce qu’il n’y a pas toujours de réseau en forêt, en tout cas pas celui que captent vos smartphones – et des olifants qui s’avérèrent être d’utiles substituts.
Pendant que nous allumions le feu, Baldric, un nouveau membre du clan, entreprit de poursuivre l’érection d’un haraho (cairn) au bord de l’étang sacré, en l’honneur des Esprits locaux, et plus particulièrement de la Fille de la Source. A l’intérieur, pour le consacrer, furent disposées diverses offrandes, enveloppées dans le voile des fumigations rituelles pendant que résonnaient la peau du tambour et des gorges. Après ceci, il fut entouré de pieux pour le désigner comme wîh (consacré), demeure inviolable des Esprits. Notre Ancienne Coutume est avant tout un ensemble de principes permettant de vivre en harmonie avec notre environnement ; et il nous importe que, sur nos terres, certains lieux appartiennent clairement à d’autres qu’aux humains.

Haraho-Dîks : le cairn de l'étang

Haraho-Dîks : le cairn de l’étang

Ensuite, tout en répétant les chants rituels du Sigiblot (le Blot pour la Victoire) en l’honneur de nos Divinités, nous avons confectionné une croix solaire pour porter le feu dans leur grand Wîh en haut de la colline. Deux massives branches furent attachées par des bandes de tissu enduites de cire fondue avant d’être mises à reposer contre un bouleau en attendant que vienne la lueur rougeoyante du crépuscule. Pendant ce temps, alors que les rayons dorés devaient de plus en plus obliques et que le brasier finissait de crépiter, on conta une nouvelle fois l’enchaînement du Feniwulf, le Grand Loup, par Tio qui y laissa sa main droite pour sauver le cosmos de sa voracité. Car, comme nous l’apprennent les poèmes runiques, Tio est l’Anse manchot, blessé par le loup, et celui qui règne sur les temples ; Tio est aussi une étoile, il garde bien la fidélité des nobles, sa course continue toujours au-dessus des brumes nocturnes car jamais il ne faiblit ; et le forgeron doit souvent souffler.
Enfin, alors que Sunna incendiait le ciel d’occident, son effigie terrestre s’embrasa, saluée par nos cris. Nos pas, rythmés par le tambour, portèrent au sommet la Clarté des Elfes pour la déposer dans le cercle de pierres runiques, sous le regard de Wuodan et de Thonar, gardiens du seuil, de Frouwa, déesse du foyer, et de tous les dieux et déesses du Wîh. L’énigmatique dernier vers du poème runique norvégien, sur lequel on peut longuement s’arracher les cheveux, prit soudain soudain un sens assez concret : à cause de l’humidité du bois, réussir à faire prendre durablement le feu sacré n’allait pas être de tout repos. A plat ventre dans la boue pour échapper à l’épaisse fumée, nous nous sommes relayés sans relâche pour maintenir à la force de nous poumons un flux d’air constant pour attiser les braises.
En cela, nous étions unis par notre fidélité à un but commun, guidés par la même étoile polaire qui règne sur les temples. L’idée d’abandonner et de retourner dîner en contrebas nous parcourut un instant comme le brouillard s’avance dans le soir, mais nous nous sommes remis à l’ouvrage en retroussant nos manches pour forger notre noble destin. Enfin, les flammes dansèrent dans le cercle runique, et nous autour de celui-ci. Pour célébrer la victoire, et en préparation de celles à venir, forts de cette leçon de bravoure, furent partagées entre les hommes et les dieux la sainte bière et le cidre caché au pied des arbres par le Renard de Pâques (oui, l’Osterfuchs est une tradition franque assez sympathique). Baldric, pour la première fois, menait la cérémonie, et j’ai une fois de plus été surpris de constater comme la pratique de nos coutumes nous poussent à nous dépasser pour accomplir ce dont on ne se serait pas cru capable quelques lunes plus tôt.

TIWAZ

TIWAZ est une étoile qui garde bien la fidélité des nobles, sa course continue toujours au-dessus des brumes nocturnes car jamais il ne faiblit.

Un oracle runique à l’antique a aussi été demandé, concernant les actions à entreprendre pour favoriser la connaissance et la compréhension de nos traditions. Comme souvent, la réponse fut assez lapidaire : continuez votre course au-dessus des brumes nocturnes, et ne faiblissez point.
Heel Tio ! Merci pour ton courage qui nous montre la direction à suivre. Tu seras encore longtemps honoré, toi, nos autres Divinités, nos Ancêtres et les bienveillants Esprits de ces lieux.
Si vous souhaitez avoir plus d’informations sur les célébrations de la Walburganaht le 9 mai, rendez-vous ici : http://www.enfants-yggdrasill.fr ou ici : https://www.facebook.com/1tierschemin !

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Mars chez les Gallo-Roumains

Les Romains ont nommé le premier mois du printemps, celui qui commence leur année, d’après le dieu Mars, né le premier du mois (dies natalis Marti / Feriae Martis). On l’honorait donc de diverses manières, principalement par une danse processionnelle en habits pourpres, puis en organisant un festin à base de viande de coq, l’animal qui salue l’aurore et le printemps.

Cela peut sembler étrange d’invoquer un dieu guerrier pour fêter l’arrivée du printemps… mais il faut se souvenir que Mars est aussi le patron des jeunes hommes, et le père des jumeaux fondateurs de Rome, Romulus et Remus. De même, en Gaule, Mars est souvent honoré sous le nom de Mars Toutatis, le Père de la Tribu. César disait que chez les Gaulois,  « Mars tient l’empire de la guerre ; c’est à lui, quand ils ont résolu de combattre, qu’ils font voeu d’ordinaire de consacrer les dépouilles de l’ennemi. Ils lui sacrifient ce qui leur reste du bétail qu’ils ont pris, le surplus du butin est placé dans un dépôt public ; et on peut voir, en beaucoup de villes de ces monceaux de dépouilles, entassées en des lieux consacrés ». On peut donc lui dire, dans la Gaule aujourd’hui de langue romane, : « Dépose pour un moment ta lance et ton bouclier, puissant Dieu des Combats, dégage ta brillante chevelure du casque qui te couvre, et viens ! » (Ovide, les Fastes, Livre III).

Le dieu Mars, avec son fils (Cupidon ?)

Les entités plus féminines et champêtres n’étaient pas en reste, puisque c’était aussi celle de la fête de Matronalia. On honorait Juno Lucina (la mère de Mars) et les mères de famille qu’elle protège, auxquelles on offrait des couronnes de fleur. La formule consacrée était « Tu nous donnas la lumière, Mère Lucine ! », ou « viens, et exauce le vœu des parturientes » si une femme était proche d’accoucher dans la maisonnée.

Enfin, on invoquait la nymphe Egeria, épouse du successeur de Romulus, qu’elle conseilla avec sagesse dans la mise en place de bon nombre de coutumes romaines : « Nymphe qui es au service de Diane dans les bois et les lacs, instruis-moi ! Nymphe, épouse de Numa, viens m’aider à célébrer ton action ».

Mon frère de sang m’a appris que chez lui, en Roumanie, il existe aussi toutes sortes de coutumes pour le 1er mars. En particulier, on fabrique des talismans nommés mărțișor, à partir de deux cordelettes de couleur entrelacées (l’une blanche ; et l’autre rouge, bleue ou noire selon les villages), nouées autour d’un objet porte-bonheur : pièce, ail séché, coquille d’escargot, perles de verre, … La fête elle-même s’appelle Baba Marta, le mars de Mère-Grand, où un personnage du même nom parcourt le pays de fort mauvaise humeur. Chaque mărțișor est censé la mettre de meilleure humeur : on est donc bien en présence d’un rite d’apaisement de ce qui est potentiellement négatif, plutôt que de confrontation. Les Bulgares ont une tradition similaire, où le bouleau remplace la grand-mère, faisant ainsi écho au symbolisme de cet arbre sacré.

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