Archives mensuelles : février 2015

Saluer les corbeaux quand tombe le soir

Edward Frederick Brewtnall, Three Ravens, 1885

E. Brewtnall, Three Ravens, 1885

Aujourd’hui, c’est Mercredi ; et le mercredi, c’est impie. Pour les Galiléens, du moins. Qu’on prenne pour exemple l’Indiculus superstitionum et paganiarum, établi au XIIIe siècle pour fournir aux curés de campagne et au pouvoir séculier la liste de toutes les coutumes européennes à éradiquer.

Le Mercredi, jour de Mercure (nom donné après la conquête romaine au dieu Lugos, patron des Gaules), était pour les Francs le Wodendag, le jour d’Odin. Les deux dieux partagent un certain nombre de traits, et parmi ceux-ci, le fait d’être accompagné de corbeaux. Ils doivent être fort vilains, alors, s’ils fricotent avec des corbacs, non ? Pensez-vous, cette sale bestiole charognarde qui porte malheur, et qu’on voit tout le temps caricaturée dans des cimetières brumeux à côté de gothiques au moins aussi déplumées que lui…

Il suffit d’une simple recherche d’images sur duckduckgo.com (vous savez, le moteur de recherche qui ne collecte pas vos données personnelles) pour se rendre compte qu’il est à peu près impossible de trouver de vraies images de corbeau. Autres que les photos de reportages animaliers, parce que ça ne se trafique pas, enfin pas trop. Sur tout le reste, dessins, tableaux, vous le verrez toujours courbé de manière improbable, alors qu’anatomiquement parlant il a justement le dos bien droit, avec une posture naturelle dont la dignité a peu d’équivalents dans le règne aviaire.

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An hini a garan : Chanson à celle que j’aime tant

Celle que j’aime tant

Celle que j’aime tant, j’aimais sa douce voix
Quand nous étions si près, elle si près de moi,
Mon cœur n’en aimait qu’une, une seule, et j’entends
Toujours sa douce voix, celle que j’aime tant.

Celle que j’aime tant est perdue à jamais ;
Elle est partie si loin, ne reviendra pas mais
Je l’appelle en chantant, et je chuchote au vent,
Je l’appelle en chantant, celle que j’aime tant.

Celle que j’aime tant, un soir elle m’a laissé,
Pour des pays lointains qui n’ont pas de passé,
Pour des pays lointains et leur pain du migrant ;
Perdue, perdue un soir, celle que j’aime tant.

Et les paroles originales :

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Le Pakistan reconnaît la religion du peuple Kalash

https://thekalashatimes.wordpress.com/2015/02/21/breaking-news-government-of-pakistan-finally-accepts-kalasha-as-separate-identity/

Les Kalash sont un peuple de la famille indo-iranienne vivant dans trois vallées du Pakistan (État du Chitral) et  en Afghanistan (Nouristan). Dans le Chitral, certains pratiquent encore leur religion traditionnelle, similaire à celle décrite dans les plus anciens hymnes védiques datant d’environ 5000 ans. Leurs pratiques religieuses sont très liées à leur mode de vie pastoral, celui associé aux premiers peuples parlant des langues indo-européennes. En particulier, ils fêtent le solstice d’hiver, l’arrivée de la belle saison début mai, et surtout le solstice d’été, où ils pratiquent la consommation rituelle de viande de cheval (qu’on retrouvait aussi bien en Inde qu’en Irlande dans les cérémonies liées à la royauté). Ils ont aussi un usage enthéogène de décoctions de buissons du genre Ephedra, permettant d’induire des états de transe profonds lors de longues danses autour du feu sacré.

Une famille Kalash du Chitral

Malheureusement, ils sont soumis à des pressions sociales, économiques et politiques de la part des prédicateurs musulmans, qui voient d’un mauvais oeil la persistance de ces communautés qualifiées d’infidèles (kâfir). La plupart des Kalash ont été convertis, et ils n’en reste que quelques milliers de païens. Après de nombreuses années à devoir inscrire « Bouddhiste » comme religion sur leurs documents officiels, ils ont enfin été reconnu comme communauté religieuse. Cela est dû à deux facteurs : premièrement, la pression mise sur le gouvernement pour pouvoir se prévaloir d’une ligne supplémentaire dans la liste du patrimoine mondial de l’Humanité de l’UNESCO ; deuxièmement, le boycott des dernières élections générales par les Kalash. Preuve supplémentaire s’il en fallait qu’on ne jamais aussi loin qu’en utilisant ses deux jambes.

Il est à noter au passage que, bien que la société Kalash soit nettement patriarcale, le mariage ne peut se faire sans le consentement de la femme. Celle-ci ne porte pas le voile, et leurs coutumes ne prévoient pas de châtiment pour l’adultère, bien qu’il soit très mal vu.

Liens externes :

M. Witzel, Kalash religion : http://www.people.fas.harvard.edu/~witzel/KalashaReligion.pdf

Article du site Grand Bivouac (avec photos) : http://www.grandbivouac.com/festival-2011/programme/conferences/kalash-les-derniers-infideles-du-pakistan

Reportage d’ICRA International : http://www.icrainternational.org/ikewan/66/1.pdf

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Motifs traditionnels et propriété intellectuelle

http://www.courrierinternational.com/article/2015/02/18/la-tong-de-la-discorde-entre-havaianas-et-des-chefs-tribaux

Haiavanas est une grande multinationale fondée par un Écossais au siècle dernier, qui fabrique chaque année au Brésil 150 millions de tongs japonaises, la plupart jetées à la fin de l’été bien qu’elles soient en plastique pétrochimique non-biodégradable. En 2015, un de ses responsables a eu l’idée géniale d’utiliser des motifs traditionnels amazoniens de la tribu des Yalawapitis pour sa nouvelle collection. Malheureusement pour lui, au Brésil, « le droit d’auteur indigène est un droit collectif qui appartient à l’ensemble de l’ethnie ». Il ne suffisait donc pas de proposer à un designer l’équivalent de 500€ par motif pour pouvoir utiliser les symboles sacrés de la tribu – tout simplement parce que le concept de propriété intellectuelle individuelle ne s’applique pas ici ; et qu’il n’est pas question qu’il prévale sous des prétextes fallacieux présentés comme « modernes » (le mouvement OpenSource serait-il donc si rétrograde ?) ou « universels » (puisque la simple présence de ces exceptions prouve bien que ce n’est pas le cas).

Futurs motifs de tongs écocides ?

Futurs motifs de tongs écocides ?

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