Anthropologie

Si on faisait le point sur Yggdrasill et les Neuf Mondes de la tradition scandinave ?

Entres autres à cause des comics américains, il règne une certaine confusion sur la nature et le nom des Neuf Mondes portés par Yggdrasill, l’arbre cosmique de la tradition scandinave. La manière dont ces neuf mondes sont reliés est aussi un grand sujet de débat, débat qui comme nous les verrons est loin d’être clôt. Le but ici est d’examiner précisément ce que nout dit la tradition scandinave, en donnant à chaque fois l’équivalent linguistique dans les autres branches de la tradition germano-scandinave (en particulier pour les Alamans, les Francs, et les Angles ; ainsi que dans les langues modernes : du vieux francique sont issus à la fois le néerlandais et les mots français d’origine germanique, comme par exemple Louis vient de Hlodwig, ou maréchal de marhskalk)

Vieux norrois

Vieil allemand

Vieux francique

Vieil anglais

Yggdrasill

Ermensûl

Irminsûl

Eormensȳl

Niflheim

Nebelheim

Nevalhaim

Nifolhâm

Jötunheim

*Ezzenheim

*Etinhaim

Eotenhâm

Helheim

Hellaheim

Hellahaim

Hellhâm

Svartalfheim, Dvergheim

Swarzalbheim, Twercheim

Swartalfhaim, Dwerghaim

Swartælfhâm, Dweorghâm

Miðgarð

Mittigart

Middigard

Middġeard

Alfheim

Albheim

Alfhaim

Ælfhâm

Vanaheim

*Waniheim

*Wanihaim

*Wanehâm

Ásgarð

Ansgart

Ansgard

Ôsġeard

Muspelheim

Muspiliheim

*Muspilihaim

*Muspilhâm

Bifröst, Ásbrú

Ansbrucca

Ansbrugga

Ôsbryċġ

Himinbjörg

Himilinberc

Himelberg

Heofonbeorg

Urð

Wurt

Wurd

Wyrd

Français

Allemand

Néerlandais

Anglais

Irminsule

Ermensäule

Irminzuil

Earmensile

*Nevauhame

Nebelheim

Nevelheem

*Nivelhome

*Etinhame

*Essenheim

*Etinheem

Etinhome

*Hellahame

Hölleheim

Helheem

Hellhome

*Souartaubhame, *Douerguehame

Schwarzalbheim, Zwergheim

Swartalfheem, Dwergheem

Swartelfhome, Dwarfhome

*Midejart

Mittegart

Middengaard

Midyard

Aubhame

Albheim

Alfheem

Elfhome

*Ganehame

*Waneheim

*Waneheem

*Wanehome

Ansejart

Ansgart

Ansgaard

Osyard

*Muspillehame

*Muspileheim

*Muspileheem

*Muspelhome

Ansebruge

Ansbrück

Ansbrug

Osbridge

*Himeaubourg

Himmelberg

Hemelberg

Heavenbarrow

*Gurde

Wurt

Wurd

Weird

Notre principale source sur le sujet est la Völuspa (qu’on peut traduire par « vision de la devineresse »), un chant de l’Edda poétique. C’est un poème cosmologique, qui parle de l’origine du monde et de son destin selon la tradition scandinave. La seconde source principale est l’Edda de Snorri, une oeuvre en prose qui est une sorte de résumé commenté de la mythologie scandinave.

La strophe 2 de la Völuspa nous dit : « Je me rappelle neuf mondes, neuf vastes étendues, et le glorieux arbre-monde, profondément enfoncé sous la terre » (trad. Chat Poron d’après H. Bellows et Y. Kodratoff). Il y a donc bien un arbre et neuf mondes.

Yggdrasill manusritLa strophe 17 (ou 19 selon les versions) nous renseigne davantage sur cet arbre : « Je connais un frêne qui s’appelle Yggdrasill ; un arbre élevé, aspergé de boue blanche. De là vient la rosée qui coule dans les vallées : toujours vert, il croît sur la source d’Urðr. ». Cette strophe appelle quelques précisions. Premièrement, « frêne » (ask) peut être un terme métaphorique pour désigner l’if dans la poésie en vieux norrois, un arbre qui est effectivement toujours vert et était sans doute présent au grand sanctuaire suédois d’Uppsala selon la description qu’en fait Adam de Brême (l’if a conservé jusqu’à aujourd’hui son statut d’arbre des cimetières, qui relie le monde des vivants et des Ancêtres, et il a donné son nom à la 13e rune du vieux futhark, qui occupe une place centrale). Deuxièmement, Yggdrasill signifie « la monture du Terrible » (« le terrible » est un nom du dieu Odin, qui a entres autres comme caractéristique d’avoir façonné Midgard, le « monde du milieu », à partir d’un meurtre-sacrifice, et de pouvoir contacter le monde des morts). Un équivalent germanique continental se retrouve en vieux saxon, avec l’Irminsûl (« puissant pilier », ou « pilier du Puissant », sachant que Jörmunr, le Puissant, est aussi un nom d’Odin) qui était une idole présente au grand sanctuaire des Saxons païens avant sa destruction par Charlemagne. Cet Yggdrasill/Irminsûl est donc ce qui relie les mondes et sert à Odin pour voyager de l’un à l’autre. Troisièmement, cet arbre/pilier est situé sur la source d’Urðr, c’est-à-dire, pour simplifier un peu, du destin (vieil anglais Wyrd, vieil haut allemand Wurt). Urðr est une des trois Nornes, des Géantes qui gravent en runes la destinée des Hommes, ou plutôt leur orlög (« loi primale ») sur la base de laquelle peut s’exercer leur volonté. Pour finir, on notera que l’Edda poétique (Grimnismal, 32) nous indique qu’un écureuil nommé Ratatosk parcourt l’arbre de haut en bas, pour transmettre des insultes entre le serpent Niðhög qui ronge les racines et l’aigle qui trône au sommet (celui-ci porte sur son front le faucon Veðrfölnir). Yggdrasill est donc bien un axe vertical qui relie la terre et le ciel.

il_570xn-764087671_96j4Avec tous ces éléments sur Yggdrasill/Irminsûl, on comprend pourquoi c’est un concept majeur pour la tradition germano-scandinave, et pourquoi Odin y resta pendu neuf jours et neuf nuits pour acquérir le secret des runes, ces signes qui servent à la fois d’alphabet et de symboles magiques (et qui servaient sans doute aussi à des oracles, si on se base sur un passage de la Germanie de l’auteur romain Tacite). Neuf jours et neuf nuits, c’est le nombre de mondes portés par Yggdrasill. Pourquoi neuf ? 9 = 3 x 3, or le chiffre trois est très récurrent dans la mythologie germano-scandinave, et plus généralement dans toutes les traditions indo-européennes. Trois Nornes qui gravent l’orlög, trois frères en comptant Odin qui sacrifient le Géant primordial et animent le premier couple humain, trois gorgées pour qu’Odin dérobe d’hydromel de poésie, trois classes dans la société germano-scandinave (les jarls, les karls, les thralls), trois statues dans le grand temple suédois d’Uppsala (Odin, Thor, Freyr), la liste est longue. Si le chiffre 2 marque la dualité et l’opposition binaire (homme/femme, vrai/faux, bien/mal), le 3 au contraire symbolise toute la complexité du cosmos, qu’on ne peut réduire à « soit l’un, soit l’autre, soit un peu des deux ». On peut donc considérer le 3 comme une abréviation de l’infini. Neuf, étant le carré de trois, est en quelque sorte cette infinité exprimée et réalisée.

Attaquons-nous donc maintenant à la liste de ces neuf mondes, avec leur nom et leur description.

Niflheim (« monde des brumes ») : dans l’Edda de Snorri (Gylfaginning, 4), ce monde est décrit comme étant le monde le plus bas, celui de la glace primordiale qui existait avant que l’Univers ne prenne forme. Aussi nommé Niflhel, c’est là où séjournent après leur décès ceux qui ont commis les crimes les plus atroces (en particulier le parjure, l’assassinat, et l’adultère) dans un lieu nommé Naströnd, « le rivage des cadavres », où ils sont dévorés par le serpent Niðhög et par des loups.

Jötunheim (« mondes des Géants ») : dans l’Edda de Snorri (Gylfaginning, 44) il est décrit comme étant situé « à l’est d’Asgard » (le monde des Ases, les dieux célestes). Il est séparé d’Asgard par la rivière Ifingr (Vafthruðnsimal, 16). Là vivent les Géants, les forces brutes et terribles de la nature. Ils ne sont pas nécéssairement idiots ni violents, mais ils sont imprévisibles et parmi les plus étrangers aux Humains, et affrontent fréquement les Ases pour dérober leurs femmes, tandis que les Ases prennent souvent des Géantes pour compagnes.

Helheim (« monde de Hel ») : Hel, qu’on peut traduire par « celle qui recouvre », est la divinité qui accueille ceux qui meurent de vieillesse ou de maladie, et son nom a survécu dans le mot utilisé pour désigner l’Enfer chrétien dans les langues germaniques. Elle est présentée comme la fille de Loki dans l’Edda de Snorri. Chez les Germains continentaux, on peut la comparer avec Frau Holle, qui est dans le folklore une sorte de magicienne qui vit au fond d’un puits, et qui présente des caractéristiques similaires à la fois à Hel, Freyja, et Frigg. Elle mène aussi la Chasse sauvage, avec ou à la place d’Odin, mais cette « chasse » prend parfois la forme des enfants morts pendant l’année plutôt que d’une armée furieuse. Helheim semble être adjacent à Niflheim dans l’Edda poétique. Quoi qu’il en soit, on y accède par un pont passant par-dessus la rivière Gjöll (« bruyante »), gardé par la géante Moðguðr (« colérique batailleuse »).

Svartalfheim (« monde des Elfes noirs ») : Les « Elfes noirs » (svartalfar) ou « Elfes sombres » (dökkalfar) ne sont mentionnés que dans l’Edda de Snorri, là où les Nains (dvergar) sont mentionnés dans les deux Eddas. Même chez Snorri, on trouve des Nains dans Svartalfheim (Gylfaginning, 34 & 36). Ces créatures, présentes dans le folklore de tous les pays germano-scandinaves, et dont le nom signifie « courbés, tordus », vivent sous terre et sont d’habiles artisans qui ont créé les artefacts magiques des dieux. Ils sont issus des vers qui ont dévoré la chair d’Ymir, le Géant primordial sacrifié par Odin et ses frères.

 

odin_idol

Odin, dieu qui façonna Midgard

Midgard (« enclos du milieu ») : C’est le monde du milieu, celui où vivent les Hommes. Il a été façonné à partir du cadavre du géant Ymir. La terre est sa chair, les océans son sang, les montagnes ses os, les arbres ses cheveux, les nuages sa cervelle, le ciel est son crâne (Grimnismal, 40-41). De ses sourcils, Odin et ses deux frères firent une barrière, d’où le nom de Midgard, « l’enclos du milieu », plutôt qu’un nom en -heim (qui aurait pu être Mannheim, « le monde des Humains »). Sa caractéristique principale est donc d’être isolé des autres, en particulier des mondes où règnent les forces de la nature incontrôlée, de la même manière que nous avons besoin de murs et d’un toit pour être protégés des éléments.

 

Alfheim (« mondes des Elfes ») : Là vivent les Elfes (parfois nommés Elfes clairs, pour les différencier des Elfes sombres, les Nains). Ce sont des sortes de Génies lumineux (« clairs comme le soleil »), liés à tout ce qui vit. Freyr, le dieu Vane qui a pouvoir sur la pluie et le beau temps, a reçu en cadeau pour sa première dent de régner sur Alfheim. Ce monde est décrit dans l’Edda de Snorri comme proche d’Asgard, le monde des Ases célestes.

Vanaheim (« monde des Vanes ») : Les Vanes sont des Divinités liées à la fertilité de la terre, des bêtes, et des Humains. Autrefois en guerre contre les dieux Ases, ils ont conclu un pacte d’alliance, ce qui amena Njörd, dieu de la mer, et ses enfants Freyr et Freyja, à vivre parmi les Ases. L’origine du nom des Vanes (Vanir en vieux norrois) est obscure : certains le relient à vinr (« ami, aimé », de la même racine que la déesse romaine de l’amour, Vénus, et que la huitième rune du vieux futhark, *wunjô-, « joie, désir »), d’autres au proto-germanique *wagnaz (« chariot », les idoles des Vanes étant parfois transportées dans des chariots lors des processions), ce qui semble un peu moins probable.

Asgard (« enclos des Ases ») : C’est le monde des Ases, les Divinités célestes, auxquelles appartient Odin, chef des dieux et façonneur de Midgard. Leur nom est également mystérieux, avec deux hypothèses qui prédominent : 1) un lien avec le proto-germanique *ansaz (poutre, pieu, poteau) qui les décriait comme les « poutres » de la structure du cosmos, ou qui rappellerait plus vraisemblablement que des poteaux de bois plantés dans le sol étaient scultpés à leur effigie dans les sanctuaires, 2) un lien avec la racine proto-indo-européenne *h2ens qui signifierait « source de vie, force vitale » (sanskrit ásu = « force vitale », asura = « divinité ancienne, démon » ; avestique aŋhu = « vie », ahura = « divinité » ; et peut-être le hittite ḫāši = « procréer, donner naissance à »). En tout cas, leur monde est encerclé par une puissante muraille, bâtie par un Géant trompé avec l’aide de Loki. On y accède par un pont nommé Bifröst ou Ásbrú (« pont des Ases »), qui est l’arc-en-ciel, de la même manière que la déesse grecque de l’arc-en-ciel, Iris, est la messagère des dieux olympiens. Ce pont, qui mène à la source d’Urd au pied d’Yggdrasill, est gardé par le dieu Heimdall, qui réside à Himinbjörg (« montagne céleste »), qu’on peut comparer au Mont Olympe grec ou au Mont Meru indien, et qui existe aussi en vieil haut allemand (Himilinberc).

Muspellsheim (« monde de Muspell ») : L’Edda de Snorri situe ce monde « au sud ». C’est le monde du feu primordial, celui qui fit fondre la glace de Niflheim et fit couler le premier fleuve, permettant au cosmos d’émerger progressivement pour remplir le Ginnungagap, l’énorme vide qui séparait le feu et la glace. Dans ce monde règne Surtr, le « noir » (brûlé), et ses Géants de feu. Lorsque viendra le Ragnarök, ils partiront en guerre contre les Ases, et l’épée flamboyante de Surtr mettra le feu à Yggdrasill tout entier. Heureusement, un couple d’humains se sera réfugié dans un bois situé près de la source de Mimir, la source de la mémoire, et participeront à l’émergence d’une nouvelle ère cosmique. Le concept de Muspell, dont l’étymologie est inconnue, se trouve aussi dans un ancien poème en vieil haut allemand, le Muspilli, qui est un récit pagano-chrétien sur la fin de notre ère et la destruction du monde tel qu’il est actuellement.

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En haut à gauche : représentation de l’Irminsul sur un autel de l’Urglaawe (groupe religieux tribaliste germano-américain basé sur l’héritage des immigrants Deitsch)

Voilà donc pour nos Neuf Mondes. Leur géographie précise n’est jamais indiquée dans les Eddas, ni dans aucune autre source, et il n’est pas vraiment possible de faire correspondre les différents chants de l’Edda poétique entre eux et avec l’Edda de Snorri. Plusieurs tentatives modernes ont été faites, dont beaucoup sont en fait directement tirées de l’arbre des Sefirot de la magie kabbalistique juive (dont le sataniste Stephen Flowers, dit « Edred Thorsson », est très friand), ou des châkras du tantrisme indien. Dans le premier cas, c’est une influence de l’occultisme judéo-chrétien qui n’a absolument rien à voir avec la tradition germano-scandinave. Dans le second cas, cela semble davantage lié aux traditions pré-indo-européennes des peuples dravidiens d’Inde (similaires aux cartes de méridiens du qi chez les Chinois), plutôt qu’à une véritable tradition indo-européenne, qui aurait été partagée par les Celtes, les Grecs, etc.

Quoi qu’il en soit, la géographie des Neuf Mondes et les moyens de s’orienter pour voyager à travers Yggdrasill sont une pratique magique, secrète, ésotérique. Ces savoirs n’ont pas survécu à la christianisation ; ils n’ont de toute façon pas vocation à être enseignés publiquement, et encore moins pratiqués comme un loisir, un moyen de détente, de développement personnel, ou de simple méditation. Pour celles et ceux qui veulent faire vivre la tradition germano-scandinave, l’essentiel est de connaître l’existence des Neuf Mondes, leur nom, leurs habitants ; de savoir qu’Yggdrasill/Irminsûl relie notre Enclos du Milieu à ces mondes ; et de mettre en oeuvre les moyens d’être en de bons termes avec les habitants des Neuf Mondes (à savoir accomplir les rites traditionnels qui visent à les contenter, et respecter les interdits qui visent à ne pas les offenser). Le reste est globalement superflu, presque systématiquement fantaisiste, et parfois même dangereux.

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Comment la « bonne pratique » nous permet d’éviter la « bonne croyance »

Les paganismes européens ont des règles (orthopraxie), et c’est justement ce qui leur permet de ne pas avoir de dogmes (orthodoxie). Sans pratiques rituelles communes, si chacun fait « comme il le sent » plutôt que « comme il faut faire », les débats idéologiques prennent une importance démesurée : chacun doit alors penser « comme il faut penser » plutôt que « comme il le sent ». La liberté dans la pratique qu’on imagine gagner en laissant l’orthopraxie de côté, on la perd en liberté d’opinion, parce que le fait d’appartenir au groupe se fait alors sur un critère d’orthodoxie.

Sacrifice romain

Sacrifice romain

Tout groupe religieux est basé sur le fait que ses membres ont quelque chose en commun. Chez les païens romains qui ont inventé le mot, la religio est ce qui relie. Il est naturellement possible d’avoir une spiritualité sans avoir de religion, et c’est même très fréquent à l’heure actuelle, mais il s’agit là d’une mutation sociétale qu’on observe dans l’Occident moderne suite à la christianisation et à la révolution industrielle, pas de quelque chose qui serait propre au paganisme. Ce blog prend le parti que nous avons beaucoup à apprendre des peuples indigènes de notre planète, et que la seule solution d’avenir pour notre espèce est que les Européens redeviennent des indigènes d’Europe, au lieu d’achever leur mutation définitive en Occidentaux modernes. Il nous faut donc à la fois ré-apprendre à faire partie d’un groupe religieux (comme remède à l’individualisme général), mais aussi ré-apprendre l’orthopraxie et la valeur de celle-ci (comme remède à l’orthodoxie, qui cloisonne en différents groupes ceux qui ont des opinions différentes, empêchant donc la circulation des idées).

Lorsqu’un groupe religieux n’a pas d’orthopraxie, donc pas de norme de pratique, c’est qu’il est basé sur une forme d’orthodoxie. La déviation par rapport à cette norme de pensée devient donc perçue comme négative, quand elle n’est pas activement pourchassée. Il devient donc difficile de tenir un autre discours sur la nature des Divinités (sont-elles des archétypes ? des égrégores ? des aspects d’une puissance divine unique et inexprimable, ou d’un Dieu et d’une Déesse ? des entités conscientes et indépendantes ?), sur l’importance de l’ascendance et des Ancêtres (est-il interdit pour quelqu’un d’ascendance extra-européenne de prier des Divinités européennes ? possible, mais rare et ne devant pas être spécialement encouragé ? non seulement possible, mais aussi souhaitable, ainsi que l’inverse ?), et sur tout un tas d’autres sujets. La plupart du temps, ce sont des sujets tout à fait théoriques, qui n’ont aucun impact sur la pratique réelle du groupe. La sagesse voudrait qu’on puisse éventuellement en discuter, mais qu’on accorde à cela une importance tout à fait mineure par rapport aux activités concrètes d’un groupe religieux.

Kanamara Matsuri

Kanamara Matsuri, festival shinto récoltant des dons pour la lutte contre le VIH

Ces activités concrètes sont pourtant vitales et hautement significatives. Il y a, premièrement, urgence quant au fait d’enseigner les mythes, qui sont parfois à reconstruire ou à retraduire, et trop souvent mal connus, lus sur des supports écrits plutôt que déclamés en musique ou mis en scène en spectacles comme le veut la tradition. Il y a, deuxièmement, urgence quant au fait de pratiquer les rites, tous les rites, pas seulement les rites saisonniers mais aussi ceux du quotidien et des grands moments de la vie (naissance, mariage, décès) ; pas seulement ceux des Divinités mais aussi ceux des Ancêtres et des Génies locaux ; pas seulement par de courts rituels mais aussi par des processions, des chants, des danses, des jeux, et des banquets ; pas seulement à la maison ou de manière sauvage dans des lieux publics temporairement sacralisés puis désacralisés, mais dans des sanctuaires permanents dûment aménagés selon la tradition. Et il y a, troisièmement, urgence quant au fait de mettre en oeuvre une éthique commune dans notre rapport au monde, en faisant à nouveau une réalité concrète des lois de l’hospitalité, de la préservation de la Nature sacrée, et du respect de la parole donnée.

Même lorsqu’un groupe réussit à se préserver des scissions entre orthodoxes et hétérodoxes en bannissant tout débat d’idée (ce qui ne fait que limiter la casse, puisqu’il serait préférable de pouvoir discuter librement), le regroupement par affinités continue de fonctionner. Et s’il ne peut se faire sur la base d’une pensée commune ou d’une pratique commune, il se fait sur des bases politiques ou sociologiques. L’appartenance à une sous-culture commune (musique metal, « communauté » de telle ou telle plateforme de blogging, …), ou à une classe d’âge (les « jeunes » ne veulent pas se mêler aux « vieux » : un mal moderne très bien ancré dans le néopaganisme, qui rend impossible toute tentative de reconstruire une tradition) deviennent des facteurs de ségrégation.

Le groupe de viking metal Hammer Horde

Le groupe de viking metal Hammer Horde : « Notre intérêt quant au paganisme scandinave peut être considéré comme un simple passe-temps. Ce qui nous attire dans ce sujet n’est rien d’autre qu’une fascination moderne. […] Aucun d’entre nous n’a de spiritualité dans un sens religieux. Nous ne sommes pas Asatru, Néo-païens, ou Odinistes. »

En plus de cela, l’absence d’orthopraxie est parfois mise en avant comme une forme d’ouverture vis-à-vis des débutants. C’est bien souvent l’inverse qui est vrai. Ceux qui découvrent l’existence des religions païennes sont généralement avides d’apprendre à les pratiquer de manière traditionnelle, car c’est ce qui les attire. Leur répondre qu’ils doivent faire « comme ils le sentent », ou les renvoyer simplement vers des montagnes de thèses universitaires contradictoires pour « se forger leur propre opinion », ne les aide aucunement à se sentir inclus (ils se tournent alors vers des sources moins fiables, quand elles ne sont pas clairement fantaisistes, mais qui ont le mérite de proposer des instructions clé-en-main). Bien au contraire, avoir une manière de faire qui leur soit clairement détaillée et expliquée leur permet de se mettre au même niveau que les pratiquants de plus longue date, et de ne pas se sentir mis à l’écart par des savants qui répondent au compte-goutte à leurs questions.

Pélerinage Donon

1er pélerinage sur le Donon, poignée de main entre un membre de la Communitas Populi Romani et du Groupe Druidique des Gaules

Pour conclure sur l’orthopraxie, cela ne signifie aucunement qu’une manière donnée de pratiquer une tradition est la seule bonne et que les autres sont des hérétiques. Dans l’Antiquité, chaque peuple avait ses coutumes, avec sa liturgie et ses interdits. Il ne serait pas venu à l’esprit des Angles de déclarer que les Alamans honoraient mal Odin, et encore moins aux Celtes de dénigrer les Romains pour avoir une tradition religieuse différente de la leur (ou inversement). De la même manière, nous pouvons aujourd’hui avoir différents groupes locaux de tradition celtique, germanique, romaine, qui célèbrent à leur manière, et se regroupent annuellement pour célébrer des rites plus importants, en signe de fraternité, en se mettant d’accord sur une manière de faire pour cette occasion (et seulement pour cette occasion). C’est d’une certaine manière la démarche des projets soutenus par l’Assemblée Païenne des Gaules, comme le rite annuel de la fondation de Lyon (Fons Lugduni) ou les pélerinages annuels du Mont Dumias au Puy de Dôme et du Donon en Alsace. C’est ce type d’état d’esprit qui permet à la fois d’être ancré dans un héritage sacré et de pouvoir dialoguer librement.

N’oublions jamais que les coutumes antiques, avec leur prescriptions et leurs interdits, permettaient aux Celtes, aux Germains, aux Slaves, aux Romains, aux Grecs, aux Egyptiens, de cohabiter. De la même manière, c’était une époque de foisonnement intellectuel, où des écoles philosophiques ayant une vision du monde diamétralement opposée débattaient en toute liberté : néoplatoniciens, cyniques, stoïques, épicuriens, pythagoriciens… De même, en Inde, les brahmanes qui pratiquaient les rites selon les Védas appartenaient à six écoles philosophiques différentes, dont certaines étaient athées (école Mîmâmsâ : les rites permettent la libération de l’âme grâce au pouvoir des mantras, les dieux n’ont pas d’autre existence ou d’autre pouvoir que celui de leur nom) ou possédaient des courants athées (école Nyâya qui recherche la compréhension rationnelle de chaque phénomène, école Sâmkhya qui postule que l’existence des dieux est impossible à prouver et que l’important est d’avoir un comportement conforme à la loi sacrée et immuable du cosmos). Dans tous les cas, des philosophes aux opinions différentes, des aristocrates aux intérêts politiques opposés, et des travaileurs se préoccupant peu des débats intellectuels, pouvaient partager un moment de fraternité en participant au même rite, et affirmer leur attachement à des valeurs telles que le pluralisme des idées. Tout cela grâce à la magie d’une orthopraxie rigide, qu’on voudrait faire passer pour une forme d’intolérance ou un facteur d’exclusion.

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Interview d’identitaires amazoniens

 

Les réactions de ces indigènes d’Amazonie, face à ces images de l’Occident moderne, s’articulent autour de deux grands axes :

  1. Ce n’est pas notre coutume. On ne comprend pas (ou « on trouve ça triste », ou hilarant). Mais si c’est la vôtre, pourquoi pas.
  2. Ce n’est pas bien. Les plantes ont un esprit. Ca nous inquiète. On a remarqué des changements. Il faut plus chaud qu’avant.

Une réponse sort clairement de ce cadre, celle à la prestation de Maria Callas (cantatrice née en 27 before present, c’est-à-dire en l’an 1923 de l’ère chrétienne). Ils indiquent clairement ne pas comprendre, ne pas savoir comment réagir, mais être respectueux et touchés d’une manière inexprimable, parce que « il y  a quelque chose de sacré« . D’une manière assez intéressante, cela ne s’applique pas à Mickael Jackson (showman né en l’an 8 de l’Anthropocène, c’est-à-dire en l’an 1958 de l’ère chrétienne).

Le mot de la fin est également très éclairant.

« Est-ce que vous avez pas peur, en voyant ces images, d’être mangés par ce monde, engloutis par ce monde ?

– Bien sûr que nous sommez très inquiets. D’ailleurs, si on vous a permis de nous filmer, c’est pour que vous montriez aux Blancs qui nous sommes. On sent la pression de l’homme blanc qui monte tout autour de nous et de notre forêt. Que vous le vouliez ou non, nous résisterons, et nous nous battrons pour que vous ne souilliez pas notre terre. »

Encore une fois, Un Tiers Chemin ré-affirme sa position : tous les peuples indigènes de la planète sont objectivement alliés face à la mondialisation libérale qui menace la transmission de leur patrimoine écologique, de leur identité ethnique et de leur héritage culturel.

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La mode du celto-négationnisme

Il est devenu fréquent la paganosphère de lire des articles expliquant que les Celtes n’existent pas, que le peuple Gaulois n’a jamais existé, et que ceux qui prétendent le contraire cherchent forcément à justifier des politiques de haine raciale. Souvent (mais pas toujours, heureusement), sous prétexte de tirer des choses au clair, l’auteur embrouille, volontairement ou non, encore un peu plus l’affaire. Et la plupart du temps, hélas, les esprits sont très échaudés par le sujet, annihilant toute possibilité de débat serein. Récemment, j’ai assisté à un échange houleux, et fait remarquer que je désapprouvais le contenu d’un article, mais que cela n’enlevait rien à l’estime que j’avais pour son auteur et son blog (qui est, je n’en démords pas, un des meilleurs blogs francophones pour ce qui touche au paganisme celtique). Première réaction du premier passant : invitation à détailler mes arguments sur-le-champ, pour avoir eu l’outrecuidance de signaler que je n’étais pas du même avis. Alors que, précisémment, je mettais en avant la courtoisie avant toute chose, quelque désaccords qu’il puisse y avoir. Preuve s’il en faut que le sujet est particulièrement miné.

Or, sur Un Tiers Chemin, la règle est d’éviter le syndrome de la barricade à deux côtés. Le Chat Poron tente donc une analyse posée de l’affaire.

1. Celtes, Gaulois : c’est quoi ?

Les Celtes (Keltoi) sont, pour les auteurs gréco-romains de l’Antiquité, des peuples parlant une famille de langues indo-européennes dites celtiques. Archéologiquement, on a plus tard défini les cultures de Hallstatt, puis de La Tène, comme « celtiques », car rattachées à des populations probablement celtophones. On observe, parmi ces populations celtophones, un certain nombre de traits culturels et d’institutions communes : une classe intellectuelle et sacerdotale, dite des « druides », régissant le culte d’un certain nombre de divinités se retrouvant sur une plage de temps et d’espace étendue ; et une aristocratie guerrière, résidant dans des lieux fortifiés dits oppida par les auteurs latins. Enfin, une classe sociale d’artisans produisait pour ces classes des objets ouvragés où on retrouve de fortes ressemblances stylistiques (motifs géométriques, entrelacs, triskèles, rouelles, etc).

Parmi  ces Celtes, certains sont nommés Gaulois (Galli) par les Romains. Ils semblent avoir occupé des territoires compris entre le nord de l’Italie et la pointe armoricaine. Les quelques inscriptions retrouvées, la toponymie, l’anthroponymie, montrent la présence d’une aire linguistique commune, au moins dans la Gallia celtica. La Gaule belgique (plus étendue que la Belgique actuelle) et surtout la Gaule aquitaine, semblent avoir eu des différences linguistiques et identitaires importantes. César nous parle également d’une réunion des druides gaulois en un lieu donné, ce qui constitue une institution commune (il n’est pas précisé Aquitains et les Belges y participent : sans doute pas pour les premiers, peut-être pour les seconds).

peuples_gaulois

Ier siècle av. J-C. Les peuples armoricains, avant les migrations bretonnes ultérieures, pourraient n’avoir été qu’une ligue de peuples de la Gaule celtique, mais en fort contact avec les Bretons.

2. Qu’est-ce qu’un peuple ?

Parce que, oui, finalement c’est toute la question. Si je prends le dictionnaire de l’Académie française et le Littré en ligne, j’ai :

A. Ensemble des humains vivant en société sur un territoire déterminé et qui, ayant parfois une communauté d’origine, présentent une homogénéité relative de civilisation et sont liés par un certain nombre de coutumes et d’institutions communes.

B. Partie de la nation soumise à une autorité ayant le pouvoir politique.

Le sens A étant dominant dans les pays non-latins, le sens B dans les pays ayant été les plus influencés culturellement par l’impérialisme romain. Si on est dans un contexte celtique, le sens A semble donc bien plus logique à prendre en compte.

3. Ni les Celtes, ni les Gaulois, n’ont jamais eu d’unité politique ?

Certes. Ceci étant, je n’ai toujours pas compris pourquoi le sujet était systématiquement remis sur la table, alors qu’il n’avait pas de rapport avec la question principale (comme on a pu le voir plus haut), et surtout que je n’ai jamais entendu personne me soutenir le contraire.

Quoi qu’il en soit, la fameuse « incapacité des Gaulois à former des structures politiques larges et stables » (c’est-à-dire que leur notion de peuple est le sens A) a pour revers de la médaille que la communauté politique de référence était bien le peuple, et donc… un conglomérat de lignées sur une base ethnique. On ne devenait pas plus Arverne ou Vénète qu’un teckel devient un caniche. De la même manière d’ailleurs que les cités grecques farouchement indépendantes qui, ne formant qu’occasionnellement des ligues, associaient la citoyenneté à l’origine ethnique (le plus souvent « pure » des deux côtés). Qu’elles soient démocrates ou non, et peut-être plus encore quand elles l’étaient, car cela ouvrait la possibilité d’influer sur le gouvernement de la cité, et devait donc être encore plus précautionneusement surveillé.

Bref, l’absence de méta-structure politique commune ne signe pas l’absence d’un peuple, comme nous le montrent très bien le peuple grec ou le peuple touareg. Définir un peuple par une structure politique étant, on le rappelle, une caractéristique de certains nationalismes européens modernes qui n’ont pas que des bonnes choses au compteur.

4. Les langues celtiques insulaires et continentales forment deux branches séparées ?

Difficile à dire. Bien qu’on puisse observer des convergences grammaticales dans les langues celtiques des Îles Britanniques,  les traces épigraphiques de vieux britonnique et de gaulois sont quasiment identiques (cf. inscription de Bath, par exemple). Des textes antiques signalent aussi une intercompréhension entre les Britons aux Gaulois : la chose n’est pas étonnante, car l’archéologie montre aussi, du néolithique à la période romaine en passant par l’âge du bronze, d’intenses échanges et des similitudes culturelles en de la Manche. A l’époque de la conquête romaine, les Atrébates avaient des terres à la fois sur le continent et en Bretagne. On trouve aussi des « Vénètes »  (Uenetis / Gwynedd) des deux côtés, mais la chose est plus controversée puisque c’est aussi le cas à Venise, en Gaule cisalpine.

Du coup, la « ligne de fracture » des langues celtiques serait plutôt entre l’Irlande et le reste. Une partie du peuplement irlandais semblant s’être fait depuis la péninsule ibérique, on retrouve sans surprise quelques similitudes entre les fragments celtibères et les langues gaéliques (maintient du kw proto-indo-européen en q, là où il devient généralement p ailleurs). Vous me direz que, peu importe où on met la ligne, tout ça reste divisé et prouve l’absence d’unité. Certes, mais d’une part il me semble important de ne pas colporter des vérités partielles sur un sujet déjà mal compris ; d’autre part, il n’en reste pas moins que nos deux sous-groupes de langues celtiques sont nettement plus apparentés entre eux qu’avec n’importe quelles autres langues.

5. En tout cas, ces histoires de peuple celtique, peuple gaulois, c’est raciste !

« Peuple gaulois », mythe ou réalité ? Penchons-nous un peu sur l’Histoire de cette idée. Sa première trace remonte au Ier siècle avant notre ère, sous la plume d’un certain Caius Iulius Caesar, dangereux crypto-néonazi bien connu des services de police : « Galli se omnes ab Dite Patre prognatos praediquant, idque ab druidibus proditum dicunt ». Les Gaulois se disent tous descendants de Dis Pater [divinité romaine associée à Pluton], d’après une tradition qu’ils disent tenir des druides. Bon, déjà, c’est un peu gênant : si je décide de suivre ce qu’on connaît de l’enseignement druidique, bingo, j’adhère à la notion de peuple celtique défini sur une base de parenté génétique. Mais comme on est dans un débat scientifique sérieux, creusons un peu l’affaire et voyons ce qu’en dit la génétique des  populations. Comme le chromosome Y se transmet de père en fils de manière inchangée, sauf mutations de manière exceptionnelle, il est assez facile de voir si ces druides atteints de peste brune avant l’heure nous racontent des bobards à propos d’un père des Gaulois.

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Fréquence de l’haplogroupe Y R1b

 

Et là, on est pas loin de la catastrophe. Rendez-vous compte : la majorité des habitants actuels des territoires correspondant aux trois provinces de la Gaule romaine descendent d’un ancêtre paternel commun (et c’est même visible après les quelques installation romaines et germaniques, et même la fameuse implantation des Sarrasins en Languedoc dont on ne voit pas trace, soit qu’ils n’aient pas été si nombreux, soit qu’ils aient subi un sort tragique contraire à la morale chrétienne). Pire encore, il y a tout de même un certain recoupement avec la carte des populations dites de « culture celtique » (surtout si on prend en compte le fait que les Scandinaves étaient friands des esclaves celtes, en particulier en Islande).

Langues celtiques

Jaune = Halstatt/La Tène, vert clair = extension maximale des langues celtiques, vert foncé = zones celtophones contemporaines

Du coup, il serait facile de se laisser aller à s’exclamer, comme quelqu’un me l’a déjà dit, que la réalité est fasciste. En gros, le celto-négationnisme pousse des gens dont l’identité est niée à se radicaliser (barricade à deux côtés, encore) et en fait donc des proies faciles pour les discours incitant  à la haine. Ce qui, je crois, est l’inverse de ce qui était espéré. Et qui, en tout cas, va fermement à l’encontre de ma conviction, qui fait aussi office de ligne éditoriale pour Un Tiers Chemin, que tous les peuples indigènes sont objectivement alliés face à la mondialisation libérale, qui menace leur patrimoine écologique, leur identité ethnique, et leur héritage culturel. Je ne hais pas les peuples différents du mien. Je combats fermement l’idéologie du Même qui veut détruire ce qui fait nos différences et la richesse de l’Humanité au pluriel, sous prétexte d’apporter une paix qui n’existe pas plus que les armes de destruction massive en Irak.

Ceci étant dit, il est un point qu’il faut aborder : la question basque. Nos chers amis ne parlent point de langue celtique, et il semble que ça ait été le cas d’une partie de l’lbérie et de la Gaule Aquitaine (la Gascogne étant une Vasconie de même origine linguistique que le Pays Basque). La question linguistique étant déjà traitée, un coup d’oeil à notre amie la génétique des pops :

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Sauvés, nos chers amis Basques et autres irrédentistes aquitains semblent bien former un pôle à part au niveau des liens de parenté, quoique proche des Gaulois.

Et quand à ces pourcentages en Turquie qui ne se confondent pas parfaitement avec la zone d’implantation galate ?

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Sous-groupe à part, semble t-il.

Bref, bisous à tous mes cousins et cousines descendants du Dis Pater (an Ankoù, Tad an Anken comme on dit chez moi). Et bisous aussi à tous nos sympathiques colocataires qui aiment notre patrimoine écologique commun et veulent le préserver avec nous. Evitez juste de faire irruption dans les réunions de famille en beuglant qu’on est pas apparentés, ce sera plus poli.

(dans un prochain épisode, toujours sous le coup de la sommation de se justifier, le Chat Poron vous expliquera pourquoi la majorité de vos ancêtres est forcément païenne, à part peut-être si vous appartenez à une lignée juive très préoccupée de pureté raciale, mais du coup l’agitation des goyim de la paganosophère vous passe sûrement bien au-dessus du chapeau, petit chanceux)

 

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Les vraies caractéristiques de la spiritualité germanique résurgente (B. Linzie)

Traduction de la partie 4.4 de l’essai « Germanic spirituality » de Bil Linzie, un des théoriciens et premiers pratiquants du reconstructionnisme germano-scandinave aux Etats-Unis. Vous pouvez trouver un résumé de cet essai de 50 pages, et un lien pour le télécharger en entier dans sa version originale en anglais, ici, la traduction de l’introduction , et la traduction des parties 4.1 , 4.2 et 4.3 en cliquant dessus.

Recréer la vision du monde germanique, et la conscience du réseau de relations que cela implique, est un projet auquel s’attèlent en ce moment même un grand nombre de personnes et même quelques groupes. Aujourd’hui, et encore davantage à l’avenir, ces gens seront traités comme des « intégristes » par la plupart… mais pourtant, ils continuent à progresser dans leur démarche, et deviennent même de plus en plus nombreux. D’autres, qui se sont « convertis à l’Asatru » dans le seul but de justifier et promouvoir des opinions politiques basées sur la ségrégation ou le suprémacisme blanc, ont aussi beaucoup de reproches à faire à ceux qu’ils qualifient de « fondamentalistes » ou de « passéistes », mais les deux principaux sont ceux-ci : 1) une absence de dogmatisme, qui pousse les reconstructionnistes à remettre en question toutes les idées qu’on leur propose, en particulier des théories archéologiques dépassées ou pseudo-scientifiques, 2) un refus de blâmer les « autres » (en particulier « les autres races ») pour tous les problèmes du monde. Quoi qu’il en soit, la résurgence de la spiritualité germanique a commencé, et son retour sera inéluctable tant qu’aux moins certains refuseront de dévier le cap dans l’une ou l’autre des directions.

Sachant que la culture, et en particulier le contexte culturel général, est parmi les premières choses qu’un enfant apprenne dans sa vie, il pourrait être prudent que ce soit aussi la première chose qu’on recommande aux nouveaux adhérents. A l’heure actuelle, dans la plupart des groupes et associations, apprendre comment participer à (puis mener) un blot et un symbel est la priorité n°1, tandis que les aspects culturels sont considérés comme peu importants, et se limitent à des éléments en pièces détachées (tel ou tel mythe, tel ou tel fait historique, etc) plutôt que de s’intéresser à la vision du monde globale qui relie ces éléments et les a même façonnés. Si c’était le cas, l’Asatru ne serait plus sujet à des emprunts constants (comme nous l’avons vu précédemment), et la plupart des emprunts datant de la période d’indifférenciation avec la Wicca auraient déjà été mis de côté. On l’a dit ci-dessus, la cérémonie religieuse est une expression de la culture dans un contexte donné : la spiritualité germanique consiste à avoir le bon comportement dans ce même contexte, donc il semblerait raisonnable que la compréhension de la culture précède tout cela.

La spiritualité, donc, est ce qui détermine les expressions de la religion. C’est par l’interaction avec les communautés et familles concernées que les éléments acquièrent un sens, et ces éléments sont alors ce qui permet à la religion de s’exprimer. Tracer un cercle magique façon Wicca au début d’un blot n’a aucun sens dans notre culture, autre que celui d’être un élément emprunté et étranger. D’un autre côté, l’auteur connaît un seidhman [NdT : un pratiquant du seidhr, une forme de magie germanique] qui pratique des cérémonies de soins où il utilise un lasso, qu’il a trouvé par terre lors d’une de ses longues expéditions dans le désert où il ramasse ses herbes médicinales. Il dit que le lasso aide à protéger et maintenir en place l’esprit du patient pendant qu’il est soigné. La communauté où cette pratique a lieu est située dans le Sud-Ouest des Etats-Unis, où il est encore courant de faire un cercle de corde autour des dormeurs pour empêcher les serpents à sonnette d’approcher. Cette corde, parce qu’elle est utilisée de cette manière, dans cette communauté, et parce que le guérisseur l’a trouvée de cette manière, a acquis un sens – parce qu’elle s’intègre et interagit réellement avec le contexte culturel du groupe. C’est tout à fait normal que des groupes Asatru de Hawaii ou de Floride [NdT : ou de France] « acquièrent » ainsi localement des plantes, des fruits, des animaux, des poissons, et ainsi de suite, d’une manière similaire.

Quelle est la différence entre « acquérir » et « emprunter », alors ? Une des justifications favorites des adeptes du New Age accusés de bidouiller avec l’Asatru est : « Bah, si l’Asatru avait survécu de manière ininterrompue au fil des siècles, il aurait évolué aussi ! ». Le problème avec cet argument est pourtant évident. La personne est accusée de prendre un élément qui a un sens bien particulier dans un contexte donné, et de le transférer tel quel dans un autre contexte où il n’a aucun sens. Les mots clés sont « évoluer » et « adapter ». Ces deux mots sous-entendent que les éléments ont acquis un sens en interagissant avec l’Asatru. Prendre des éléments d’une cérémonie et les faire entrer par effraction dans un contexte germanique revient à court-circuiter complètement les processus de mise en contact, d’interaction, puis d’intégration, qui auraient eu lieu si cela s’était produit de manière naturelle. L’imitation n’est pas beaucoup mieux. La culture, dans une situation d’emprunt, s’exprime forcément d’une manière ou d’une autre en influençant lourdement les personnes aux commandes, de sorte que cela donne quasi-systématiquement de la Wicca superficiellement scandinavisée, ou du christianisme superficiellement scandinavisé, ou du bouddhisme superficiellement scandinavisé, etc. Quand c’est le cas, le processus de reconstruction devient impossible, est purement et simplement remplacé par un processus d’homogénisation avec les modes religieuses du moment [NdT : sous couvert, comme on l’a vu, d’être une « interprétation personnelle », puisque les envies et besoins de la personne prennent source dans un imaginaire intégré à la culture dominante].

Si l’Asatru, en tant que religion résurgente, veut continuer à assumer son destin propre plutôt que d’être un satellite du New Age, ses membres devront avoir des limites claires entre ce qui est Asatru et ce qui ne l’est pas. On devra nécessairement formuler des jugements, et, comme par le passé, passer outre les sentiments de certaines personnes. Les pratiquants, comme ceux des religions traditionnelles amérindiennes, devront sûrement un jour refuser la présence de certaines personnes qui voudront seulement imiter et s’approprier certains aspects sans jamais essayer de comprendre quoi que ce soit hors de leur cadre de pensée. Mais ils devront aussi commencer à remettre en question tout ce qui a été emprunté de manière non-pertinente (pratiques, formules, objets, idées), et prendre la décision de revenir sur ces emprunts, sans hésiter à écarter ce qui est clairement incompatible. Pour guider ces nécessaires débats, voici une proposition de neuf lignes de conduite :

  1. Accepter que l’Ásatrú en tant que vision du monde est probablement complète (même si pas encore totalement bien interprétée) et se tient à elle seule.
    2. Accepter que l’Ásatrú en tant que religion est l’expression de la culture sous-jacente.
    3. La spiritualité Ásatrú est fondée sur une interaction avec le monde réel d’une façon qui conforte le bien-être de la famille et de la communauté.
    4. « La récompense finale » [après la mort] est directement liée aux souvenirs qu’on laisse derrière soi après sa mort.
    5. La famille est la plus petite unité définie dans l’Ásatrú. L’individualisme radical est un concept à la fois étranger et moderne.
    6. La communauté géographique est la dernière ligne de défense pour la famille et, même si elle est « mixte », elle toujours être traitée avec respect.
    7. La terre sur laquelle repose la communauté géographique est sacrée.
    8. La communauté est naturellement divisée en trois classes et chacune des classes doit honorer (‘worship’ ) de façon appropriée – la prière individuelle adressée directement aux dieux est un emprunt à la chrétienté fait il y a mille ans. Les Ancêtres, les Esprits du terroir, les Esprits de la demeure, doivent retrouver leur juste place [NdT : de premiers interlocuteurs et, si besoin, d’intermédiaires].
    9. Il faut développer de nouvelles acquisitions :
    – qui ont une signification locale,
    – qui ne sont pas empruntées telles qu’elles à une autre vision du monde,
    – qui sont cohérentes avec la vision germanique du monde.
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La paysannerie comme voie spirituelle

Philippe Sainte-Beuve est né au sortir de la dernière grande guerre civile européenne dans une ferme qui fonctionnait encore à l’ancienne : des animaux à la place des tracteurs, plusieurs familles qui travaillent sur place, des arbres et des animaux partout. Petit à petit, il voit son père suivre le mouvement du « progrès » : mécanisation, spécialisation, standardisation. La ferme meurt à petits feux, avec l’arrêt de l’élevage, l’arrachage des haies, le licenciement des ouvriers. Evidemment, dans un premier temps, les bénéfices suivent, grâce à des aides massives de la part de l’Etat et des banques, pour « faire tourner l’industrie » et « relancer la croissance ».

Philippe quitte la ferme pour des études d’agronomie, devient enseignant-chercheur. Une rencontre en Belgique dans les années 70 change sa vie : celle d’un agriculteur qui, suite à une grave intoxication à l’insecticide, est devenu un pionnier de l’agriculture biodynamique, respectueuse des cycles de la vie et du cosmos. Il devient le tuteur de Philippe quand celui-ci rachète, en 1981, la ferme de Coulemognes en Picardie. Celle-ci est une ancienne ferme d’abbaye, qui avait elle aussi subi les ravages du « progrès » industriel pour devenir une morne étendue de betterave et de blé.Sylvie Sainte-Beuve Avec sa femme Sylvie, il la convertit en bio, réinstalle des vaches d’une race rustique (la Salers) dont il conserve les cornes majestueuses. Leur fumier permet de fertiliser les champs et de se passer d’engrais chimiques achetés à l’extérieur : l’exploitation redevient autonome. De même, les semences sont produites à la ferme, loin des variétés de laboratoire et des OGM.

Les débuts sont difficiles, mais avec la crise de la vache folle et la surproduction qui fait chuter les cours en non-bio, ce modèle montre sa viabilité. Même le père de Philippe, après vingt ans de rejet, finit par reconnaître ses torts et participer à l’installation d’une porcherie où les antibiotiques sont remplacés par des plantes médicinales. Petit à petit, la vie revient dans la ferme, avec une meunerie et une huilerie, et même depuis peu un poulailler, géré par leur fils Jasmin qui s’apprête à succéder à son père. Les haies sont aussi replantées pour protéger les bâtiments des tempêtes, que plus rien n’arrêtait sur ce plateau déserté. Un verger de variétés anciennes fournit aussi des jus savoureux, dont profitent les visiteurs lors des portes ouvertes ou les adhérents des nombreuses AMAP que la ferme fournit. Ce qui guide toutes les décisions, c’est la quête d’une ferme autonome, en harmonie avec la puissance cosmique du ciel et de la terre, qui produise une nourriture vivante, chargée en énergie.

En se réappropriant le contrôle de son destin, ainsi que la totalité du métier de paysan (semences, cultures et élevage, transformation, vente), la famille Sainte-Beuve a aussi fait de la ferme un organisme vivant, à l’image du cosmos. Au printemps, c’est au lever du soleil que sont apportées les préparations qui doivent réveiller la terre, pour que les cycles du jour, de l’année et de la vie soient accordés. La paysannerie redevient ce qu’elle n’aurait jamais du cesser d’être, conformément à nos traditions ancestrales : une voie de réalisation spirituelle.

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COP21 : Les peuples indigènes ont un rôle primordial à jouer dans la lutte contre le changement climatique

Source : Survival France

Alors que les peuples indigènes font partie des populations les plus affectées par le changement climatique, ils ont largement été exclus des contributions nationales présentées par les Etats participant à la 21e Conférence sur le Climat (COP21). Pourtant, ils sont les meilleurs gardiens de leur environnement naturel et peuvent contribuer à lutter contre le changement climatique grâce à leurs savoirs traditionnels.

La COP21, qui aura lieu à Paris du 30 novembre au 11 décembre, rassemblera 40 000 personnes représentant 195 États. Elle vise à parvenir à un nouvel accord universel pour limiter le réchauffement climatique à 2° d’ici 2100 impliquant l’engagement des États à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et à trouver un accord sur le financement des politiques climatiques.

Un rapport récemment publié par l’ONG Rights and Resources Initiative (RRI) a révélé que parmi les gouvernements présents lors de la COP21, peu ont déjà mentionné les droits des peuples indigènes dans leurs politiques environnementales ou de conservation de la nature. De plus, dans leurs contributions pour la Conférence, 26 des 47 pays étudiés n’ont fait aucune référence aux pratiques des peuples indigènes liées à la gestion des terres.

Davi Yanomami et Mauricio Yekuana seront présents à Paris lors de la COP21.

Davi Yanomami et Raoni Kayapo, militants indigénistes. (C) Camilida Almeida/ Survival

Malgré leur exclusion des principales discussions, des centaines de représentants indigènes du monde entier, tels que les activistes Davi Yanomami, Mauricio Yekuana et Raoni Kayapó seront présents tout au long de la COP21 pour faire entendre leurs voix.

Davi Yanomami a déclaré: ‘Le climat change. C’est à cause du réchauffement climatique, comme vous l’appelez. Nous nous l’appelons motokari. A cause de lui, les poumons de la terre sont malades. Nous devons respecter ce monde, nous ne pouvons pas continuer à détruire la nature, la terre, les rivières. Vous ne pouvez pas continuer à détruire nos vies. Nous les Indiens nous savons comment protéger nos forêts’.

Parce qu’ils vivent dans des endroits du monde où son impact est le plus marqué et que leurs vies dépendent largement ou exclusivement de leur environnement naturel, les peuples indigènes sont davantage affectés par le changement climatique. Leurs territoires, riches en ressources naturelles, sont également menacés par de nombreux projets de développement tels que l’exploitation minière et forestière ou encore l’élevage intensif.

De telles opérations détruisent l’habitat des peuples indigènes et la déforestation engendrée accroît les émissions de dioxyde de carbone, l’une des principales causes du changement climatique.

Partout dans le monde, les peuples indigènes se battent contre des compagnies, des individus et des gouvernements qui spolient leurs terres et leurs ressources et dont les activités menacent leur environnement. En Amazonie brésilienne, les Indiens guajajara protègent ainsi le territoire des Indiens awá isolés contre des gangs de bûcherons armés qui envahissent leur territoire et avaient incendié leur forêt en octobre dernier.

Mais le plus dérangeant est que les peuples indigènes voient maintenant leurs droits violés et leurs territoires dévastés au nom des efforts déployés pour atténuer les effets du changement climatique.

La construction de barrages hydroélectriques ou encore la production de agrocarburants visant à obtenir une énergie plus verte permettent plus facilement de s’approprier, d’exploiter et, dans certains cas, de détruire le territoire des peuples indigènes. Les terres des Guarani du Brésil, autrefois gardiens de 350 000 km2, leur ont par exemple été spoliées pour laisser place aux plantations de canne à sucre utilisée pour produire de l’éthanol. Les Guarani se retrouvent désormais à vivre dans des campements de fortune au bord des routes ou sur de petites parcelles cernées par les plantations où maladies, malnutrition et dépression sont monnaie courante.

Plantation de palmiers à huile, Pérou. Les territoires ancestraux des peuples indigènes sont fréquemment utilisés pour produire des biocarburants.

Plantation de palmiers à huile, Pérou. (C) Thomas Quirnyen / Survival

Les peuples indigènes sont pourtant les meilleurs gardiens du monde naturel. Ils ont une connaissance approfondie de leur territoire et de leur environnement car ils les gèrent et en prennent soin depuis des générations. Ainsi, 80% des régions les plus riches en biodiversité au monde sont habitées par des communautés indigènes.

Les communautés indigènes doivent être consultées sur tout projet affectant leurs territoires. Il est aujourd’hui essentiel que les États prennent en compte les droits des peuples indigènes dans l’élaboration de leurs politiques environnementales et reconnaissent leur rôle primordial dans la lutte contre le changement climatique. Selon le Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD), assurer les droits territoriaux des communautés indigènes permet de lutter contre la déforestation.

Stephen Corry, directeur de Survival International, le mouvement mondial pour les droits des peuples indigènes, a déclaré : ‘Nos sociétés industrielles sont responsables de la destruction du monde naturel et de la pollution de l’atmosphère. Les peuples indigènes, en revanche, ont prouvé qu’ils savaient mieux que quiconque prendre soin de leur environnement. L’arrogance dont nous faisons preuve en assurant que ‘nous’, sociétés industrialisées, détenons toutes les réponses et en marginalisant les peuples indigènes est scandaleuse. Il est temps d’écouter les voix de ces peuples et de reconnaître que nous ne sommes que des partenaires secondaires dans la lutte pour protéger l’environnement’.

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La propriété collective originelle de la terre en Irlande (P. W. Joyce)

Ce texte traite des anciennes lois terriennes irlandaises. Il se base principalement sur les Lois de Brehon [basées sur la Senchas Már, la Grande Tradition, assez similaire à la Coutume de Bretagne ainsi qu’aux lois galloises et mannoises, mise par écrit vers le VIIIe siècle et née d’un consensus entre les différentes lois orales des tribus d’Irlande qui ne contredisaient pas la Bible], mais prend en compte des sources secondaires, principalement des auteurs anglais qui ont mis par écrit leurs observations personnelles sur les coutumes indigènes des Irlandais. Ceci apporte un point de vue intéressant sur la question de la propriété terrienne à notre époque.

En théorie, donc, la terre n’appartenait pas aux individus, mais à la tribu. Le roi, ou le chef, avait une terre nourricière (« mensal land ») qui lui était attribuée. Le reste était occupé par les membres de la tribu. Le chef, même s’il exerçait une forme de supervision sur la totalité du territoire, n’avait aucun droit de propriété hors de ses terres propres (dans le cas où il en avait), et encore, ces droits cessaient s’il n’y résidait plus en personne [NdT : clin d’œil à nos évadés fiscaux, élus parachutés, et autres collaborateurs du FMI à Washington]. Il semble qu’originellement, aux temps protohistoriques (c’est-à-dire avant le VIIe siècle), l’ensemble des terres était en propriété collective, et que les terres attribuées à chacun, y compris au chef, pouvaient être redistribuées annuellement. Mais, au fur et à mesure, cette coutume s’affaiblit, et une forme de propriété privée se mit en place – à condition d’habiter la terre depuis longtemps et de continuer à respecter la propriété collective des autres terres de la tribu. C’est pourquoi toutes nos sources écrites, y compris les Lois de Brehon, admettent l’existence de propriétés privées (Br. III, 53 ; IV, 69-159), mais non leur généralisation, et les règles qui s’y appliquent restent différentes des nôtres.  Ainsi, l’idée originelle de la propriété collective ne fut jamais tout à fait oubliée, car, bien que des gens puissent posséder des terres, cette propriété n’était jamais absolue. Personne ne pouvait, par exemple, vendre ses terres en-dehors de la tribu [NdT : bisous les rois du pétrole et autres multinationales qui « investissent dans le foncier » par chez nous], et on devait se plier aux obligations tribales concernant la bonne gestion des terres (Br. II 283 ; II 53, 55), qui étaient des vestiges des règles de propriété collective [NdT : et des précurseurs en matière de réglementation environnementale]. A l’intérieur de ces limites, on restait libre de disposer de ses terres.

Carte IrlandeEn-dehors des Lois de Brehon, on trouve peu d’autres références à l’ancienne occupation collective des terres. Toutefois, il y a au moins deux passages notés par Sir Henry Maine qui font état de l’ancienne coutume. Tout d’abord, il y a une ancienne préface du Livre des Hymnes : « Il y avait de nombreux habitants en Erin [NdT : un des noms sacrés de l’Irlande] à cette époque (durant le règne de Aed Slaine, de l’an 656 à l’an 664 de l’ère commune), tellement nombreux que la terre ne pouvait leur accorder à chacun qu’une surface égale et déterminée de tourbières, de champs, et de forêts ». L’autre passage est une vieille légende, celle de la naissance de Cuchulainn dans le livre de Dun Cow (copié au XIIe siècle à partir d’un manuscrit plus ancien, lui-même ayant sauvegardé une tradition orale antérieure). Cette histoire raconte comment un groupe de chevaliers de la Branche Rouge partit d’Emain [NdT : la résidence du roi d’Ulster] en direction du sud-ouest,  à la poursuite d’oiseaux magiques, et ils progressèrent vite, dit l’histoire, « car à cette époque il n’y avaient ni fossés, ni grillages, ni murs de pierre qui enserraient les terres, mais seulement des champs indifférenciés, et cela jusqu’à ce que vienne le temps des fils de Aed Slaine [NdT : donc, après l’an 664]. A cause du grand nombre de foyers qu’il y eut en leur temps, donc, il se trouva qu’ils créèrent des frontières à l’intérieur de l’Irlande ». Comme ces exemples précisent que cela est lié à une augmentation de la population, et donnent des dates similaires ainsi qu’une mise en place progressive, on peut considérer qu’il s’agit effectivement d’un fait historique. La propriété collective des terres est aussi abordée dans les anciennes « Mémoires de Saint Patrick ».

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Déclaration de l’Organisation pour une Papouasie Libre

Les tribus papoues, indigènes de l’île de Nouvelle-Guinée, sont sous domination indonésienne depuis 1963. Ils représentaient 94% de la population dans les années 70, mais d’après les courbes actuelles, ils ne seront plus que 15% en 2030. Cela est dû à une politique de remplacement ethnique mise en place par le gouvernement indonésien, à des programmes d’acculturation sous couvert de « modernisation », à la destruction des écosystèmes pour des raisons financières, à des conversions forcées à l’Islam (l’Indonésie est le plus grand pays musulman au monde) à la place de leurs religions traditionnelles, et à la répression gouvernementale (criminalisations d’actes « troublant l’ordre public », comme le fait de brandir un drapeau papou). Vous pouvez signer la principale pétition de soutien ici : http://www.thepetitionsite.com/fr-fr/takeaction/109/791/582/

Déclaration de l’Organisation pour une Papouasie Libre (Free Papua Movement / OPM)
Nous ne sommes pas des terroristes !
Nous refusons la vie moderne.
Nous refusons toute sorte « d’aide au développement » :  groupes religieux, organismes humanitaires, et organisations gouvernementales.
Contentez-vous de nous laisser tranquilles, s’il vous plaît !

Les raisons historiques et politiques de notre combat
Nous avons été envahis de manière violente et manipulatrice par l’Etat indonésien, sous la supervision de l’ONU et des Etats-Unis dont il servait les intérêts de manière opaque.
Nous avons été traités comme si nous n’avions aucune valeur : assassinés, torturés, oppressés d’une multitude de manières.

Nous avons été déplacés par les migrations forcées, l’urbanisation, et toutes sortes de processus d’ingénierie sociale, appliquées par le gouvernement indonésien avec l’aide de la Banque Mondiale, des organismes humanitaires internationaux comme la Croix Rouge, et même des organisations écologistes comme WWF.
Nous sommes considérés comme une menace pour la sécurité nationale et comme des terroristes alors que nous nous battons pour notre propre environnement, nos propres droits, notre propre peuple ;
Nos voix sont toujours négligées et ignorées.

Notre riposte est un choix logique

Notre riposte est la manière la plus naturelle de faire face à la destruction et l’exploitation délibérée de nos vies et de notre environnement.
Notre riposte est la réaction la plus naturelle aux intolérables massacres, disparitions, tortures, oppressions et intimidations causés par le gouvernement indonésien.
Notre riposte est une nécessité absolue face à ce régime brutal, inhumain, destructeur, exploiteur, ignorant et terrifiant.
Notre riposte est primordiale pour la simple survie de notre peuple tribal sur cette planète. Pas le lobbying, pas la persuasion, pas la diplomatie, pas la démocratie.
Notre riposte est ce qui est juste face à l’armée indonésienne, fermement soutenue par les pays dits « démocratiques », formule vide et absurde.
Nous ne serons plus ignorés.

Solidarité avec l’OPM !
Nous devons mettre fin à l’exploitation des ressources naturelles par les entreprises multinationales. Nous devons faire cesser l’exploitation des peuples tribaux de Papouasie Occidentale. Nous devons stopper les organisations religieuses, les gouvernements, les ONG, qui détruisent la culture des peuples de Papouasie Occidentale.
Nous nous adressons à « l’Occident » comme à des personnes. Pas comme à des représentants gouvernementaux, ou à des employés. Nous voulons que la civilisation moderne regarde en face la lutte des peuples de Papouasie Occidentale pour survivre en tant que peuples.    
1.    Faites pressions sur les gouvernements qui prétendent appliquer une politique étrangère éthique, mais vendent des armes à l’Indonésie
2.    Faites pressions sur le régime indonésien
3.    Faites pressions sur les entreprises qui détruisent notre terre et notre peuple
4.    Soutenez les peuples qui ont pris les armes dans la jungle
5.    Nous devons tous faire front contre notre Ennemi Commun

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Conclusion : l’avenir de la spiritualité germanique (B. Linzie)

Dernière partie de la traduction de l’essai Germanic spirituality de Bil Linzie, un des acteurs principaux du reconstructionnisme germano-scandinave aux Etats-Unis. Vous pouvez reprendre au début ici.

Il y a assez de pratiquants de l’Asatru pour que cette religion et ce mode de vie se maintiennent et même croissent encore pendant plusieurs décennies. De plus, d’autres processus de résurgence sont en cours : la Romuva chez les Baltes, l’Héllénisme chez les Grecs, les Kémites ou Netjéristes basés sur la religion égyptienne, de nombreux groupes et variantes du paganisme slave (Watra en Pologne, par exemple), les religions amérindiennes et sud-américaines, etc [NdT : également la Religio Romana, qui a un certain potentiel de développement en France]. L’existence de ces autres initiatives est absolument nécessaire, car un des principaux obstacles à la reconstruction vient des milieux éclectiques. L’Asatru, pour que la reconstruction soit réussie, doit parvenir à maintenir l’intégrité de sa vision du monde jusqu’à ce que la reconstruction soit parvenue à un certain degré de stabilité. A cause de cela, l’opinion générale dans les milieux éclectiques à propos de l’Asatru sera certainement que celui-ci pratique activement une politique d’exclusion – ceci est faux, bien entendu, puisque l’Asatru demeure ouvert, mais cette impression se maintiendra et en offensera certains.

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