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DNH #31 : Culte de la singularité et indifférenciation

La singularité, quand elle n’assume pas une série d’appartenances, quand elle n’est pas la fine pointe d’une pyramide allant du genre à l’espèce, à la sexuation, à la naissance, quand elle se pose dans l’absolu, ne correspond au final qu’à une identité numérique. C’est « le visage », mais ce visage n’a pas de traits, il n’est plus qu’un smiley, parce qu’on craint trop d’y reconnaître un type ethnique, un caractère morphologique, un âge de la vie, la ressemblance avec un père ou une grand-tante, etc. Il est dès lors unique, mais comme n’importe quoi, ne se distinguant des autres que par ses coordonnées spatiotemporelles. Car chaque brin d’herbe est unique, lui aussi, de même que chaque objet industriel, qui porte son numéro et sa marque dans une série. L’unicité est un transcendantal, d’après Thomas d’Aquin (il emploie pour la désigner le terme aliquid). Elle signifie ce qui échappe à la généralisation, mais selon un mode aussi abstrait et commun que le mot « être ». Et c’est pourquoi son exaltation pure, sans passer par des catégorisations préalables, aboutit à l’indifférenciation.

Elle correspond au plan anthropologique à ce qui s’est passé au plan politique, en France, en 1791, avec la loi Le Chapelier, qui supprima les corps intermédiaires. En ôtant toute reconnaissance légale aux familles, aux corporations, aux confréries ou aux rassemblements paysans, elle inventait un jeu social où il n’y avait plus que des individus et un État – mais ces individus divisés, isolés de leur base, pour ainsi dire, devenaient des éléments facile à manipuler et à massifier, comme l’a bien vu Hannah Arendt. Il en va de même quand on ne reconnaît plus que l’identité générique – l’Homme – et l’identité numérique – le pur singulier. Il manque tous les intermédiaires qui donnent à ces termes leur densité.

Mon ami Olivier Rey m’a récemment suggéré que le culte de la singularité avait favorisé l’essor de la statistique. De fait, quand il n’y a plus rien de commun, ni nature, ni genre, ni principes à partir desquels on puisse faire des déductions, il ne reste plus qu’à recenser et chiffrer des données empiriques. L’unicité se change en simple unité de calcul. L’individu se montre si incomparable qu’il devient quelconque et peut même rentrer, ultimement, dans un algorithme. Alors, certes, je suis unique, mais c’est en étant ce vivant mortel, animal, humain, fils de Bernard et Danielle Hadjadj, de naissance juive tunisienne mais à Nanterre (Hauts-de-Seine), de langue française, de confession catholique, ayant grandi en écoutant Brassens et Prince, etc. Seule cette unicité d’assomption (et non d’absolutisation) peut avoir une consistance, tant il est vrai que l’originalité ne se déploie vraiment que dans une hospitalité à nos origines.

Source : DNH #31 : Culte de la singularité et indifférenciation

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Schieweschlawe : rite carnavalesque

Il s’agit d’une coutume alémanique très ancienne, qui se déroule le dimanche suivant le carnaval de Mardi Gras.

  • Une arabesque lumineuse

La fête du lancement des disques est restée extrêmement vivante à Offwiller à travers les siècles. Plusieurs semaines avant le carnaval, les préparatifs commencent. Jeunes gens, associations, villageois et conseillers municipaux ramassent du bois mort dans la forêt communale et le déposent dans une clairière qui domine le village (le «Schiewebarri»). Là, sept grandes pierres plates sont dressées de manière à former autant de tremplins dirigés vers la vallée.

Le jour venu, un grand feu est allumé dès l’après-midi. Au village, une atmosphère étrange, feutrée par la neige qui persiste encore en ce mois de février, indique que derrière les petits carreaux des fenêtres se réjouissent des personnes qui se livrent aux ultimes préparatifs de la fête.

A la tombée de la nuit, le ciel rougeoyant annonce le début des festivités. Les habitants sortent un à un des maisons. Tous se rendent à travers la forêt au Schiewebarri, en empruntant la rue de l’Eglise ou le sentier du « Monnesepel ». Les lanceurs portent en bandoulière des chapelets de disques. A la main, ils tiennent des bâtons flexibles de noisetier ou de châtaignier de 1,50 m de long environ.

Les disques en bois de hêtre d’un diamètre de 10 à 12 cm et percés au centre d’un trou de 1 cm, ont été achetés chez le menuisier du village. Mais il y a quelques années encore, chaque famille taillait ses propres disques dans des rondelles de bois de hêtres dont on amincissait les bords à coups de hachette. Le trou du centre était percé soit à la tarière, soit au fer rouge.

                   

Les disques, fixés solidement sur les bâtons, sont ensuite placés dans l’énorme bûcher. Le bord aminci s’enflamme. Le lanceur brandit ensuite le disque rougeoyant en le faisant tournoyer au-dessus de sa tête. Il s’approche d’une de ces tables de pierre. Après plusieurs moulinets, le disque est frappé avec dextérité contre la pierre : il rebondit en lançant des étincelles et le voilà parti dans l’air comme une étoile filante qui décrit une gracieuse courbe lumineuse vers la vallée. De nos jours, tous les villageois, sans distinction d’âge, participent à la fête. Quant aux visiteurs, ils ne se contentent pas de stimuler les autochtones mais cherchent eux aussi à éprouver leur talent. Car, bien entendu, il s’agit de lancer son disque avec adresse haut et loin et de lui faire suivre une trajectoire harmonieuse.

Les femmes restent pour la plupart spectatrices, mais n’en encouragent pas moins leurs compagnons par de joyeuses acclamations. Il y a les virtuoses qui envoient leurs disques avec une aisance nonchalante et recueillent des cris et des sifflements d’admiration. ais il y a aussi les maladroits qui expédient leur disque dans le mauvais sens, au beau milieu de la foule, et dont la malencontreuse performance est saluée par des huées et des rires.

Toute la veillée est ainsi rythmée par de petites émotions. Des étincelles voltigent sans cesse autour des gens, et quand une rafale de vent soulève les braises, c’est la fuite générale sous les arbres. La conscience d’un certain danger, ce brin d’excitation qui anime la fête, lui confère un charme saisissant. Cette fête offre souvent l’occasion de réunir la famille et d’inviter au spectacle les amateurs de folklore vivant. C’est aussi à cette occasion que sont dégustés dans chaque foyer les traditionnels beignets qui, par leur forme, rappellent les disques du Schieweschlawe.
  • Le Carnaval des paysans

Quel que soit le lieu où le lancement des disques était pratiqué, la date des festivités était toujours la même. Il s’agit du premier dimanche de Carême, appelé Carnaval des paysans ou Vieux carnaval. Il semble que ce fait soit en relation avec l’introduction du carême de quarante jours au Vème siècle. A partir du milieu du IVème siècle, on ne jeûnait plus les dimanches. Pour compléter le nombre de jours de jeûne, on avança alors le carême au mercredi des cendres. Les fêtes de printemps ou de Carnaval cessèrent donc à partir du dimanche Estomihi qui obtint le nom de « Herrenfâssenacht ». Mais la population tint ferme au dimanche Invocavit, sans doute parce que l’origine en était une fête païenne plus ancienne.

  • Une célébration de l’équinoxe du printemps

Cette tradition qui se pratiquait autrefois dans tous les villages situés sur la ligne des collines pré-vosgiennes, dans le Kochersberg et en Forêt Noire, s’était fixée précisément là où une éminence naturelle permettait à l’arabesque rougeoyante de rendre son plus bel effet.

Le document le plus ancien concernant le lancement de disque date du 4 mars 1090 et relate qu’un couvent a été incendié à Lorsch (Allemagne) par un disque enflammé lancé lors d’une fête d’équinoxe de printemps. Mais ses origines sont plus anciennes encore puisqu’un capitulaire de Charlemagne de 742 interdisait déjà de tels feux en raison des dangers qu’ils présentaient pour les habitations.

Certains admettent que la fête du lancement de disques enflammés correspond à une invention autonome remontant au Moyen-Age. D’autres voient dans cette coutume un reste de culte solaire de la Gaule antique où le Dieu soleil Vichnon était profondément vénéré. D’autres enfin pensent qu’il pourrait s’agir de survivances d’anciens rites. Nos ancêtres, dans leur vision du monde, voyaient deux forces qui s’affrontaient : le monde favorable de l’été et le monde hostile de l’hiver. Pour eux, c’était un éternel combat entre lumière et ténèbres, entre la vie et la mort. Les rites qu’ils pratiquaient tel le Schiewesclawe devaient favoriser les forces magiques ainsi que le réveil de la nature. Bien plus, les disques enflammés projetés dans la nuit devaient également chasser le froid de l’hiver et les mauvais esprits. Chaque lanceur formulait des vœux de prospérité pour la saison à venir.

En réussissant à lancer son disque haut et loin, on pensait s’attirer les faveurs des Dieux. La fête du lancement de disques enflammés célèbre l’équinoxe de printemps. A partir de cette date les journées commencent à être plus longues que les nuits. Dans la préhistoire, les Européens appelaient déjà la renaissance du soleil par toutes sortes de manifestations visuelles. Les villageois perpétuent ainsi une pratique issue de la nuit des temps. Comme leurs ancêtres, ils lancent vers la coupole céleste des centaines de petits soleils qui sont autant de lueurs d’espoirs, autant de prières pour un retour rapide du printemps.

  • Authenticité


L’originalité du lancement de disques enflammés aurait pu pousser la municipalité à donner une envergure commerciale à la fête. Mais sur ce point, les villageois sont unanimes : le Schieweschlawe doit rester authentique ! Aussi, les festivités ne sont entourées d’aucune publicité, d’aucun commerce, d’aucune attraction particulière. Le lancement des disques est pratiquée à la manière d’antan. Ainsi, c’est toujours dans le noir le plus total que les lanceurs montent à la clairière. Sur place, aucune boisson n’est vendue malgré la forte chaleur dégagée par le bûcher. C’est qu’autrefois, les familles venaient sur les lieux munies de torches et d’eau fraîche.

En réalité, seule l’Amicale des Sapeurs-Pompiers organise tous les ans sur autorisation de la municipalité une buvette et un buffet dans la rue de l’Eglise, au départ du chemin de terre menant à la clairière. Il est possible d’y acquérir bâton et disques. Les sapeurs proposent également aux hôtes du vin chaud et des beignets artisanaux.

Enfin, dès l’après-midi, des démonstrations de fabrication de disques sont faites au Musée d’Arts et Traditions populaires du village. Les spectateurs pourront également se familiariser avec le Schieweschlawe avant de s’y adonner personnellement.

Bien évidemment, la municipalité procède à la sécurisation de la clairière afin que soient évités les risques d’incendie et d’accident.Le Schieweschlawe connaît tous les ans un vif succès. Les spectateurs viennent de toute la région pour y assister. Nombreuses sont les chaînes de télévisions et les radios qui viennent couvrir les festivités qui, parce qu’elles ont su rester authentiques à Offwiller, méritent d’être signalées.

  • Recommandations

Il est conseillé aux visiteurs de s’équiper de bonnes chaussures, de vieux vêtements (retombées de braises, fumées) et d’une lampe de poche pour accéder à la clairière.

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A Brigid la Victorieuse

Brigantia

« Victorieuse Brigid,
Gloire du clan,
Soeur du Roi Céleste,
Noble dame,
Menace des parjures,
Torche rayonnante.
Jusqu’au ciel béni,
Nourrice des Celtes,
Confort des invités,
Étincelle de sagesse,
Fille du Bon Dieu,
Dame fière,
Victorieuse Brigid,
Vie de tous les vivants ! »

Adaptation de « Brigit Búadach » à partir de deux traductions anglaises de l’original en vieil irlandais (Dánta Ban: Poems of Irish Women Early and Modern – A Collection par P. L. Henry, 1992 ; The Field Day Anthology of Irish Writing, vol. 4, par Angele Bourke, 2002).

Notez la parfaite correspondance de cette victorieuse Brigid irlandaise avec la Dea Brigantia Victoria attestée par une inscription du IIe siècle sur le territoire du peuple breton des Brigantes. Cette même Brigid irlandaise est patronne du feu du foyer, des l’inspiration poétique, et du brasier de la forge ; or César précise que chez les Gaulois, « Minerve transmet les rudiments des techniques et des arts » (Commentaire sur la Guerre des Gaules, VI, 17). Le nom de Brigantia se retrouve aussi dans la toponymie continentale, de Bregença au Portugal à Bregenz au bord du lac de Constance, en passant par Briançon dans l’actuel département des Hautes-Alpes.

On est donc bien ici en présence d’une divinité pan-celtique, dont les principales attributions sont : les arts et techniques, le feu sacré du foyer, et la victoire au combat.

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DNH #17 : Le grand art de la réparation

 

L’art de réparer exige une disposition à la fois cognitive et morale : « Être attentif, comme dans une conversation, et non pas simplement affirmatif, comme dans une démonstration. » À la différence du constructeur, le réparateur se place sous un horizon de réceptivité à un organisation qui le précède. Ainsi son mode opératoire est-il exemplaire pour l’écologie.

Source : DNH #17 : Le grand art de la réparation

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Un autel franc selon l’Ancienne Coutume

(Article rédigé par Baldric Hartmann, chef du clan Liddle Franke de l’association Les Enfants d’Yggdrasill)
Dans beaucoup de pratiques païennes du monde entier, il y a des autels aux Ancêtres et aux Dieux, que ce soit dans le shintoïsme, le bouddhisme… Il en va de même pour nos traditions européennes, y compris dans l’Àsatrù. Mon autel qui est en photo est un exemple parmi d’autres et évoluera sans doute au fil du temps.

1 – L’utilité :
Il est utile pour la pratique quotidienne et domestique, permet à ceux qui n’ont pas de jardin de pouvoir vivre leur culte (seul ou accompagné), le mieux étant avec la famille sauf s’ils ne partagent pas votre religion. Il permet aussi de se recentrer sur soi-même et de pouvoir célébrer les fêtes dans le cas où vous n’auriez pas de vé ou que vous n’avez pas le temps de vous y rendre (distance, emploi du temps chargé…).
La pratique à l’autel se fait le plus souvent à l’aurore, ou au crépuscule. Votre autel vous permettra de saluer et remercier vos Ancêtres, de prier une Divinité ou tout simplement de méditer.

2 – La conception :
Faire son autel est avant tout un acte personnel, clanique, ou familial. La conception est assez libre même si certaines règles peuvent entrer en compte en ce qui me concerne : il est préférable de prendre des objets issus de l’artisanat, en matériaux naturels, mais le mieux étant encore que ce soit fait de votre main (ou de membres de votre famille) afin de garantir la perpétuité ancestrale, un des plus grands fondements de notre religion.

autel baldric

 

À titre d’exemple (voir photo) : le bol central en terre cuite est fait par ma mère et permet d’y déposer les offrandes liquides (libations) ; celui en haut à droite également, fait par ma mère, recueille un peu de terre du vé, le sanctuaire où je pratique avec mon clan, cette terre étant chargée d’histoire et de bonnes énergies.
L’idole de Donar que vous pouvez voir à droite est faite main par moi même, il est accompagné d’une joubarbe (barbe de Jupiter, apparentée à Donar en mythologie comparée), utilisé pour repousser les mauvais esprits en Germanie du nord. Plus en bas vous pouvez voir une branche qui appartient au frêne que j’ai consacré pour accueillir les offrandes à ses racines. Il y a aussi des glands que j’ai récupérés en forêt et posé en guise d’offrande.
La pierre en bas à gauche du bol à offrande fût récupérée au pied du dolmen de Janville-sur-Juine, où furent inhumés les corps d’anciens Européens. Elle fut récupérée après avoir versé de la bière pour ces morts.

Juste en haut se trouve un encensoir que j’ai sculpté dans du bois et pyrogravé du futhark, l’encens (j’utilise du papier d’Arménie) permet d’annihiler les mauvaises ondes, de poser une ambiance non négligeable et d’imiter la fumée du foyer.
La corne à boire est essentielle pour verser les libations, car il est souvent considéré comme irrespectueux d’utiliser directement la bouteille ou canette pour notre culte.
La lucarne tout en haut désigne le feu de l’âtre, celui des halles des anciens, qui permettait – en plus de cuisiner- la pratique du culte domestique. J’ai simplement trouvé cet objet dans les encombrants, mais je l’ai restauré et elle est apte à traverser le temps et à être transmise à ma descendance.
Pour finir, la bouteille en haut à gauche permet de recueillir les offrandes liquides avant de les rendre à la terre via l’arbre sacré.

J’ai placé mon autel dans une alcôve de mon grenier face au couchant car je n’ai pas eu le choix. L’ouest représente une mort qui annonce déjà une renaissance à l’est, où je suis placé. L’idole de l’anse Donar se trouve donc au nord. Il est préférable d’avoir une fenêtre pour au moins voir le ciel, mais vous pouvez également placer votre autel dans votre jardin. Vous pouvez y placer des objets ancestraux dont vous auriez hérité, ou des photos de famille.
Pour conclure, la conception de votre autel est libre, le but étant que vous y soyez à l’aise et que vous en soyez le propre architecte (pas prédéfini par un quelconque vendeur d’autel qu’on peu voir sur le net).

 

3 – L’utilisation :
Prenez un peu de temps pour réfléchir, allumez votre bougie et méditez sur l’histoire de votre famille, une sagesse que vous aurait dévoilé votre défunt grand père/mère (ou votre clan, vos amis…). Accueillez les éventuels esprits des lieux à se joindre à vous.
Vous pouvez vous munir d’une boisson alcoolisée préalablement versée dans votre corne, mais aussi déposer des denrées naturelles (pas un plat préparé issu de la grande distrib’, quoi !). Cela peut être du pain, de la charcuterie, un fruit, du miel (pour ça vous pouvez utiliser un autre bol à offrande) ou même un objet…

Pour les remerciements aux ancêtres, vous pouvez le faire avant ou après manger le soir, en les invoquant avec des paroles respectueuses de votre confection. Il faut que cela vienne du coeur, mais vous pouvez vous contenter d’une formule tout faite,  comme « salut à vous, ancêtres de ma lignée ! ». Après avoir fini votre discours vous pouvez lever la corne en disant « hail ! » ou « heel » (selon votre tradition), trempez vos lèvres ou buvez une gorgée avant de verser dans le bol prévu à cet effet.
Vous pouvez très bien remercier vos ancêtres au sens large comme un membre défunt en particulier, voir même un couple, ou des oncles et tantes par alliance. Le lien du sang est important, l’alliance tout autant.

Si vous avez envie d’invoquer une Divinité, la procédure ne change pas vraiment. Si vous invoquez pour remercier, vous pouvez très bien offrir un élément en rapport avec une divinité qui vous aurait aidé. Par exemple, vous êtes partis en mer pour pêcher et avez eu une bonne pêche, vous pouvez très bien déposer un peu de votre prise (pas simplement les arêtes) ou bien un peu du plat que vous avez cuisiné avec, pour remercier Rán et Ægir.
N’hésitez pas à les saluer en contant leurs histoires ou hauts faits : « salut à vous Rán et Ægir, gardienne et gardien des océans, mère et père des neufs vagues, grands parents de Heimdall. Merci pour cette nourriture. Hail! »

La méditation est efficace pour se recentrer et se ressourcer après une journée bien remplie. Soyez confortablement installé et respirez. Pesez les bons éléments et les mauvais de votre journée, et tirez en de la sagesse pour vos jours futurs. Cette session que j’ai nommée « l’instant Mimir » peut permettre -si bien pratiquée- de se rééquilibrer, d’être en phase avec soi-même et le monde qui nous entoure.
Ne pensez qu’à la journée vécue et non au lendemain, ne procrastinez pas !
Après vous pouvez laisser cette journée s’éteindre à l’instar du soleil, en ne focalisant que sur la sagesse utile à votre vie. Laissez vous admirer la flamme et vous concentrer sur tous vos sens.


Vous pouvez mettre une musique adéquate (Hagall de Wardruna par exemple :p), allumer bougies et encens pendant cette séance.

N’hésitez pas à partager cet article s’il vous article plu.

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DNH #16 : Les vieilles marmites

Dans la génération des produits technologiques, le plus récent rend obsolète ce qui le précède : le vieux y est toujours un déchet. Dans la génération humaine, en principe, il en va autrementD’une part, le plus récent, c’est-à-dire le bébé, est le moins capable et le plus fragile, d’autre part, le vieux n’est pas périmé, bien au contraire : si l’on veut être un sage, bien vivre, ou simplement bien parler sa langue, il convient de solliciter les conseils des Anciens. Cette supériorité de l’ancien se rencontre du reste dans des objets intermédiaires entre les générations humaines et les générations de produits – des objets qui portent l’empreinte de l’histoire, la patine du patrimoine, et qui se dénichent en brocante ou dans le grenier de grand-mère. Ici, il est facile de reconnaître qu’un vieux meuble est plus beau, plus présent, quoique moins fonctionnel, qu’un meuble IKEA.   

Mais ce que j’appelle la réduction de la généalogie à la technologie nous le fait vite oublier. Elle aboutit à l’inversion du vulnérable et du vénérable – inversion qui se répercute dans le sens aujourd’hui renversé du mot « expérience ». Hier, il s’agissait d’avoir de l’expérience, ce qui supposait la reconnaissance d’un savoir lié au temps, à des contingences irréductibles à tout mode d’emploi. Aujourd’hui, il s’agit plutôt de faire des expériences, c’est-à-dire de toujours chercher du neuf, sans maturation, sans approfondissement possible. Pourquoi cette inversion ? Pour nous dissimuler la précarité sans précédent dans laquelle se trouve la jeunesse.

Car c’est bien la jeunesse qui est la plus vulnérable. Là où le vieux a traversé les épreuves de la vie, et, s’il est arrière-grand-père, été fécond, le jeune doit encore « faire ses preuves » : on se demande ce qu’il va devenir, on redoute que le mal ne le fauche dans sa fleur. Cicéron va jusqu’à souligner que ce ne sont pas les vieillards, au fond, qui sont les plus exposés à la violence de la mort, mais les jeunes gens : « La mort d’un adolescent me donne l’impression d’une flamme vigoureuse étouffée sous des flots d’eau, tandis que celle des vieux m’apparaît comme la lente consomption d’un feu qui s’éteint de lui-même, sans violence. » Mais comme les adolescents sont désormais dans l’angoisse extrême de ne pas s’insérer dans un monde de concurrence et de consommation, et, même s’ils y arrivent, de n’y trouver que la frénésie du vide, on les console en leur faisant croire que la jeunesse est une valeur absolue, et l’on y croit à son tour, puisque la sagesse antique ne peut que pâlir devant la science innovante.

L’adolescent est devenu le chef de famille : c’est lui qui montre aux vieux schnocks le fonctionnement du dernier gadget. Mais cette hauteur ne lui confère aucune autorité vivante, et finit même par le condamner à ne jamais être mûr. Sans vieillard pour lui conter l’existence, il ne lui reste que l’esclavage sur le marché des machines. 

Source : DNH #16 : Les vieilles marmites

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La Promenade au crépuscule de Caspar David Friedrich

 

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« Spaziergang im Abenddämmerung » (1830-35), Caspar David Friedrich

Caspar David Friedrich (1774-1840) est un peintre allemand profondément mystique. Ses écrits sur l’art attestent de sa foi panthéiste attachée au culte de la nature. Dieu habite les arbres, les bois, les cours d’eau et son omniprésence doit se ressentir dans le paysage sublime que l’artiste peint. Ce paysage doit saisir la présence divine qui l’occupe, et non reproduire la seule réalité visible. Toute sa vie, Caspar David Friedrich fut un chrétien mystique, tout en étant très attiré par la mythologie germanique et les mégalithes. Sa dernière oeuvre, celle-ci, est son seul paysage où il se représente lui-même. Il se présente arrêté seul au crépuscule, dans une humble posture, face à un vieux dolmen. Testament de ce peintre, dont le corps repose aujourd’hui au Walhalla près de Leipzig, cette oeuvre illustre le glissement progressif de ce génie allemand, d’un catholicisme de plus en plus romantique à une forme de néopaganisme embryonnaire. Lente conversion que sa correspondance épistolaire avec son ami le peintre Carl Gustav Carus laisse entrevoir. Après ce crépuscule, dont l’âge industriel fut la nuit, nous accueillons les premiers rayons d’une renaissance occidentale.

Pour autant, on ne peut pas dire que Caspar David Friedrich ait réellement adhéré au paganisme germanique,  qu’il s’agisse de celui de l’époque pré-chrétienne ou de la manière dont il revit aujourd’hui. C’est seulement à la toute fin de sa carrière que la mythologie germanique en tant que telle commence à être connue : l’ouvrage fondateur, Deutsche Mythologie de Jacob Grimm, paraît en 1835. La Chanson des Nibelungen est connue, mais sous sa forme médiévale et christianisée, du même niveau que le mythe arthurien (Brynhild est une princesse plutôt qu’une valkyrie, et son mariage a lieu à l’église). A son époque, donc, il n’y a guère que quelques sources éparses, et le lien avec la mythologie scandinave, mieux conservée (quoi qu’encore peu connue elle aussi) n’est pas encore une évidence. L’idée que l’antique religion germanique soit praticable dans un cadre contemporain n’avait jamais été explicitement formulée.

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« Steinzeit Grab » (env. 1820), Carl Gustav Carus. Mégalithe de Rügen, île sacrée de la mer Baltique.

Son « paganisme sans rites » s’inscrit plutôt dans les mouvements du panthéisme philosophique (« Dieu est la Nature », position qui n’a été explicitement condamnée par l’Eglise catholique qu’en 1864 et pouvait donc jusque là se concilier plus ou moins aisément avec le christianisme, ce qui est d’ailleurs encore assez courant actuellement) et du nationalisme romantique (chaque peuple est dépositaire d’une culture propre qu’il a le devoir de préserver, développer et transmettre). D’autres peintres contemporains adhérant à ces idées constituent ce qu’on a nommé le paysagisme romantique allemand : Carl Gustav Carus, Peder Balke, Christian Clausen Dahl, Schinkel et Karl Friedrich Lessing.

S’ils avaient vécu un siècle plus tard, à une époque où des groupes se revendiquant du paganisme germanique avaient eu le temps d’émerger (encore qu’ils étaient souvent fort éloignés du paganisme antique), peut-être qu’ils les auraient rejoints. Qui sait ? Tout ce qui nous pouvons dire, c’est qu’ils ont participé à un mouvement général dans l’Allemagne (et plus largement l’Europe) de l’époque, qui a abouti aux actuelles résurgences des différents paganismes européens. Dont le paganisme germanique, qui certainement leur aurait le plus parlé. En ce sens, ils peuvent être considéré comme des précurseurs.

(par Rafael Coughlin & le Chat Poron)

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« Hünengrab nahe Vordinborg » (1824-25), Johan Christian Dahl

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Le Christmas Pudding – Recette & Traditions

Une contribution d’Aranna, dont le blog regorge de réflexions tout à fait intéressantes sur le polythéisme européen contemporain : http://lacailleach.wordpress.com. Vous pouvez aussi jeter un oeil à son échoppe d’artisanat religieux. Un grand merci à elle, et le Chat Poron vous rappelle qu’Un Tiers Chemin est ouvert à toute contribution sur les arts, rites et savoirs traditionnels !

Petite plaisanterie pour commencer : Vous savez comment on fait manger de la cuisine anglaise à un français ? En lui racontant que c’est une recette médiévale… (En plus d’avoir usé de ce subterfuge des années durant – personne ne s’en est jamais plaint – en témoignent les livres de cuisine type « cuisine de G… Of…T… » que j’ai pu voir. C’est sans doute très amusant, mais je ne comprends pas trop ce besoin d’aller chercher midi à quatorze heure et de dépenser de l’argent dans un ouvrage en grande partie marketing alors qu’on trouve largement de quoi faire en cherchant dans les différentes traditions culinaires. Question de point de vue.)

Le Christmas pudding est une tradition anglaise qui, bien qu’en perte de vitesse depuis quelques années, est toujours très répandue. Quand j’étais petite fille, c’était toujours un grand moment, et probablement la seule pâtisserie que je la voyais faire puisque pour une raison mystérieuse, elle loupait systématiquement toutes les autres…
Début novembre, ma mère passait chez le boucher récupérer des morceaux bruts de gras de bœuf qu’elle faisait fondre dans une casserole, avant de le filtrer et de le mettre dans un bocal, en prévision du dimanche tant attendu où la préparation du Christmas Pudding allait vraiment commencer. Elle essayait généralement de le faire à un moment où nous n’étions pas dans les parages, craignant que si nous assistions à cette opération – qui n’est sans doute pas la partie la plus ragoûtante, il faut le dire – nous refusions d’en manger. (Je l’ai surprise une fois, et ça ne m’a jamais dissuadé.)
Certains font remonter l’origine de cette recette au XIVe siècle, mais elle date plus vraisemblablement du début du XVIIe avant d’être bannie par les Puritains (basiquement, tout ce qui était relatif à Noel a été plus ou moins banni, les Puritains trouvaient que tout cela sonnait beaucoup trop païen pour être honnête). Un mythe populaire veut que ce soit le roi George I qui réintroduisit le Christmas Pudding, demandant qu’il soit servi à sa table, lors de son premier Noël en tant que roi d’Angleterre, en 1714.

On le fait généralement le dernier (ou avant-dernier) dimanche avant le début de l’Avent, soit à la fin du mois de Novembre, puisqu’il doit en principe reposer au moins un mois. Ce dimanche est nommé, de manière informelle, le Stir Up Sunday. C’est un moment de réjouissance et il est préférable que toute la maisonnée soit réunie, puisque la tradition veut que chaque membre de la maison participe en remuant le mélange trois fois (dans le sens des aiguilles d’une montre ou pour les puristes, d’est en ouest, pour commémorer l’expédition des Rois Mages) avec une cuillère en bois. Pendant que l’on touille avec plus ou moins de difficultés (la pâte est vraiment dense, les plus petits auront sans doute besoin d’être guidés. Je garde le souvenir de la première fois que j’ai participé, et je me souviens avoir vraiment peiné à l’époque), on fait un vœu (et on le garde secret). Certaines sources disent qu’il faut faire douze tours, un pour chaque mois de l’année. Pourquoi pas…

Petite note sur les ingrédients et le matériel :

• Le « shortening » (graisse alimentaire solidifiée) se trouve également en version végétale (celle que j’utilise), ce qui a le mérite de rendre la recette accessible pour des végétariens. Il est important de veiller à sa qualité étant donné les produits que les grandes industries alimentaires utilisent (beaucoup de marques utilisent sans vergogne des OGM). On en trouve en ligne, mais il est souvent difficile de s’en procurer rapidement en France. L’ingrédient originel étant la graisse de bœuf. Je penser qu’on peut utiliser également du saindoux, mais je n’ai jamais eu l’occasion de goûter.

• Pour bien réussir un Christmas pudding, la qualité des fruits confits est primordiale. Si vous avez, comme bien d’entre nous, un budget limité, alors en faire un petit mais très savoureux, est sans doute préférable à un gâteau plus gros et gustativement moins intéressant.

• Dans les recettes françaises que j’ai pu consulter, on propose souvent de mettre du beurre (!). À vos risques et périls : ma mère, aussi bien que ma marraine, toutes deux grandes adeptes de ce gâteau, m’ont toujours dit que le beurre rancirait avec les longues heures de cuisson au bain-marie. Quelques sources consultées disent que cela contribue à le rendre vraiment lourd. Je serais curieuse d’avoir l’avis d’une personne l’ayant fait.
moule pudding (1)• Vous aurez besoin un grand moule à pudding ou un contenant (ni Graal, ni bocal) qui pourra faire office de. Comme un grand récipient de type « cul de poule » en terre, en verre, pourvu qu’il puisse résister aux changements de température.
Il faut que le bol soit assez grand vu la quantité (à adapter éventuellement), et qu’il ait un rebord pour y attacher le linge qui servira de « poignées ». Il est important qu’il reste un ou deux centimètres de marge et que le moule ne soit pas plein à ras bord.

• À l’instar de tous les gâteaux ancrés dans une tradition, il existe une multitude de variantes, chaque famille ayant sa recette. Certaines comportent des amandes, de la pomme hachée… Les ingrédients utilisés sont traditionnellement au nombre de treize, représentant le Christ et les Apôtres. Voici ces treize ingrédients : des raisins de Corinthe, des raisins Muscat, la graisse de bœuf, du sucre brun, la chapelure, des écorces de cédrat, de citron, d’orange, la farine, du quatre-épice, des œufs, du lait et du brandy.

À propos des charmes glissés dans le Pudding :

Il était courant de rajouter dans la pâte de menus objets censés représenter, pour son découvreur, la fortune de l’année à venir. La liste de ces charmes varient apparemment beaucoup suivant les sources, aussi je ne citerai que ceux évoqués par ma mère.
– La pièce d’argent symbolisait la richesse et la bonne fortune.
– Un bouton, trouvé par un homme célibataire, signifiait que celui ci le resterait pour l’année entière.
– Le dé à coudre, trouvé par une femme célibataire, signifiait la même chose. Il est parfois considéré comme un signe de disputes.
– L’anneau promettait un mariage dans l’année.
– On rajoutait parfois un morceau de charbon (!) ou un autre objet qui indiquait littéralement « la poisse intégrale. »

Il convient de garder à l’esprit que leur signification respective est corrélée à l’époque victorienne. Il est tout à fait possible d’en garder le sens tout en l’adaptant un peu. Ainsi, l’anneau ne sera pas forcément synonyme de mariage, mais de chance en amour et dans sa relation de couple si tel est le cas.
Faut-il ajouter un objet « porte-poisse » dans un gâteau de Noël ? Je sais que cette option à ses défenseurs, qui vous diront que cela reflète la réalité de la vie, et qu’il faut arrêter de vouloir toujours n’avoir que des signes de bonnes fortunes et faire fi des autres. C’est une vision.
Personnellement, je suis plus mesurée. Dans tous les cas, garder à l’esprit que Noël est parfois une période stressante pour certains (tensions dans les familles, nervosités, etc), considérer les événements de vie de chacune des personnes à votre table (au moins les plus récents et les plus sensibles) et réfléchir à la signification que vous allez donner à chacun de ces charmes est, à mon sens, une preuve de bon sens. Je préfère contribuer à créer de beaux souvenirs, et la tradition devrait engendrer une cohésion et un sentiment d’union, mais ceci n’est que mon humble avis et, encore heureux, chacun est libre de faire comme il l’entend.
Ces ajouts ne sont bien évidemment pas obligatoire. Si vous décidez de le faire, n’oubliez pas de les stériliser, de prendre des matériaux qui ne seront pas toxiques (pensez à la chaleur dégagée par la cuisson, notamment pour les pièces de monnaie…) et prévenez AVANT que l’on ne commence à manger le Pudding : personne ne souhaite se casser une dent sur un objet surprise.

Voici la recette que nous utilisons chez nous. Vous êtes bien entendu tout à fait libre et même encouragés à l’adapter à vos goûts, à votre histoire familiale, à vos symboles et à ce que vous trouvez chez vos fournisseurs préférés.
Si vous le faites pour la première fois et que vous n’êtes pas certain d’aimer, n’hésitez pas à diviser les quantités par deux (le pudding est vraiment gros, normalement, la recette propose d’en faire soit un gros, soit deux petits avec cette quantité).

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« Christmas pudding » par James Pett (CC BY-SA 2.0 via Wikimedia Commons)

Ingrédients :

225 g de chapelure
225 g de farine
350 g de gras de bœuf ou de « shortening »
225g de sucre demerara (ou sucre de canne entier, pas la version raffinée colorée au caramel)
275 g de raisin de corinthe
275 g de raisin de Smyrne
(ou trois variétés différentes de raisins divisés en part de 225g /225g/100g. Comme il est parfois délicat de trouver trois variétés différentes, ma famille adaptait la recette suivant les proportions que j’ai donné plus haut)
225 g d’écorces confites d’orange et de citron (à remplacer ou à compléter par un mix de fruits confits au besoin)
1/5 c. à thé de 4 épices
1/5 c. à thé de noix de muscade
1 c. à thé de sel
4 œufs
150 ml de lait (végétal ou non)
1 verre à vin de brandy (soit 25 cl)

« Hard Sauce »
100g de beurre (ou de très très bonne margarine.)
50 g de sucre glace
2 – 3 c. à soupe de brandy
1/2 c. à thé de zeste de citron

Dans un grand bol, mélanger ensembles tous les ingrédients secs. Rajouter la graisse que l’on a préalablement fait fondre.
Dans un autre petit bol, battre les œufs, rajouter le lait et le brandy puis incorporer au mélange sec. Si on souhaite rajouter dans la pâte les petits objets, c’est maintenant.
Placer dans le bol à pudding qui sera utilisé pour la cuisson.
On va maintenant emballer le gâteau : on coupe une feuille de papier sulfurisé qui va recouvrir le moule et on l’attache en passant une ficelle autour du moule, juste sous la rainure et on serre très fort (vous aurez besoin d’une aide pour maintenir le nœud), un peu comme pour les confitures maison, quand on fixe la cellophane avec un élastique. Ensuite on prend un torchon ou une pièce de tissu (lin ou coton, non teint) et on refait la même chose sauf qu’on relève les coins du tissu pour les nouer et en faire des poignées. (Attention, c’est souvent très lourd : si les nœuds sont trop lâches, c’est un coup à se retrouver avec tout étalé par terre).
Le pudding doit maintenant reposer 12h à température ambiante pour que les arômes se développent.

Le lendemain, remplir une marmite qui doit pouvoir contenir le moule, mettre de l’eau à bouillir et faire cuire au bain-marie, l’eau doit arriver à peu près à 3-5 cm du haut du moule. On recouvre et on laisse cuire au moins 5 h (en fonction de la taille du moule, de la marmite, etc) tout en surveillant le niveau de l’eau dans la marmite.

Quand le pudding a cuit au moins 5h, on retire les « couvre-chef » utilisés pendant la cuisson et on en met des secs. Puis on le place dans un endroit frais et sec pendant au moins un mois.
Le 24 décembre (ce dessert se sert normalement le soir du réveillon), on le refait cuire pendant 2h, avant de le démouler.

Pour faire la « hard sauce » : prendre le beurre (ou la margarine) amolli à température ambiante et le battre avec le sucre glace jusqu’à l’obtention d’une mixture très légère. Ajouter le brandy et le zeste, rebattre un peu. Placer au réfrigérateur jusqu’au moment de servir.

Pudding en flammesOn l’arrose généreusement de brandy (certains « nourrissent » le pudding de brandy en le lardant de coup de couteau et en versant une petite quantité d’alcool avant de le laisser reposer. De la sorte, il est « bourré de combustible » pour le jour J), on pose une petite branche de houx (censé représenter la Couronne d’Épines. En tant que païen on peut y voir bien d’autres choses, évidemment) sur le dessus (nous n’avons jamais placé la branche de houx, pour des raisons pratiques) et on le flambe. Les lumières doivent être éteintes, et le Christmas Pudding arrive sur la table auréolé de flammes bleues. Il est d’usage de garder le silence avant d’applaudir tandis que l’on rallume les lumières avant de le servir, accompagné de « hard sauce » ou / et de crème anglaise, l’important étant le contraste chaud-froid entre le gâteau et les sauces.

Le fait de flamber ce pudding et les flammes bleues sont parfois associées à la Passion du Christ, raison pour laquelle on observe normalement le silence. À un niveau païen, on peut y voir la mort et la renaissance du Soleil pendant les Douze Jours de Yule.

 

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DNH #8 : Perfectionnement du pulsionnel

Au fond, quelle est la vertu humaine que développe la sophistication des appareils qui nous entourent ? L’impatience, essentiellement. Le paysan d’hier était plutôt voué à être patient : il ne pouvait pas accélérer la pousse des plantes. Le chasseur d’avant-hier était aussi dans un environnement technique qui exerçait son endurance : il pistait le renne, savait se tenir longtemps à l’affût derrière un buisson. Que dire du consommateur d’aujourd’hui ? Le progrès de ses instruments, depuis la grande distribution jusqu’au micro-chip, consiste à tout lui mettre toujours plus à portée de clic. Il n’a qu’à appuyer sur un bouton pour obtenir sans attente ni prière. Les publicités en font sans cesse la démonstration : il s’agit de vanter des objets qui donnent d’aller toujours plus vite, plus facilement, avec plus de confort ; ce qui, pour leur utilisateur, signifie devenir toujours plus impulsif, plus irritable, plus douillet.

Source : DNH #8 : Perfectionnement du pulsionnel

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DNH #5 : Au tapis

« Comme William Morris, je crois que les « arts mineurs » sont d’une certaine façon très supérieurs aux « arts majeurs ». Les arts majeurs ou Beaux-arts produisent des œuvres monumentales, qui se trouvent à côté de notre vie quotidienne et nous placent en position de spectateurs fascinés : on sort de chez soi pour aller au théâtre, on quitte les tâches domestiques ou la discussion avec les proches pour regarder un film ou écouter un concerto. Les arts mineurs, souvent réduits à des arts « décoratifs » ou à de l’« artisanat », produisent des œuvres atmosphériques, qui épousent notre vie quotidienne : c’est cette vie qui est le tableau, et l’art n’est plus là que pour fournir un cadre qui en rehausse la grâce. Ainsi d’un beau meuble de famille, avec moulures et marqueterie. On y met des culottes et des chaussettes, mais l’acte d’y mettre ou d’y prendre des culottes et des chaussettes est enveloppé par cette poésie silencieuse que ne peut guère fournir un meuble IKEA. Ainsi aussi des chaussures faites sur mesure par un cordonnier ami : elles pourraient être un peu moins confortables et elles seront certainement moins à la mode que des baskets Nike, mais notre marche s’y déroule sur le sol d’une sollicitude et d’un savoir-faire humains…

Qu’en est-il de l’art du tapis ? Je le place légèrement au-dessus de la cordonnerie (qui est bien sûr elle-même infiniment au-dessus de la haute finance et des nanotechnologies). Non seulement il dépasse de très loin l’iconoclasme des avant-gardes contemporaines – en produisant dès le départ des chefs-d’œuvre faits pour être piétinés – mais il permet de redéployer l’espace familial sur le terrain de la beauté. Il n’est pas accroché au mur, il ne prend pas de la place : il fait place, il ménage une hospitalité, et pas seulement pour une personne, comme le vêtement ou la chaussure, mais pour une petite communauté chaleureuse. Car d’avoir tant de splendeur sous vos pieds, tant de motifs propres à captiver l’œil mais qui veulent s’effacer sous vos semelles, vous pousse à regarder votre prochain autrement, puisque cela vous suggère qu’il est plus beau encore. Cette pelouse apprivoisée et radieuse élève nos gestes les plus ordinaires (prendre un café, parler de tout et de rien, jouer avec les enfants…), là où une moquette synthétique tend à les empêtrer dans la morosité. En ce sens, tout beau tapis est un tapis volant. »

Source : DNH #5 : Au tapis

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