Articles tagués : traduction

Stoïcisme Nordique du Lundi Matin (n°2)

La même sagesse infuse une nouvelle fois la pensée germano-scandinave et gréco-romaine. Le Chat Poron se joint dont à l’empereur Marc-Aurèle et au dieu Odin en postant avec un peu d’avance ce deuxième épisode.

« Le matin, quand tu as de la peine à te lever, voici la réflexion que tu dois avoir présente à l’esprit : « Je me lève pour faire mon œuvre d’homme ; je vais remplir les devoirs pour lesquels je suis né et j’ai été envoyé en ce monde. Pourquoi donc faire tant de difficultés ? Ai-je été créé pour rester ainsi chaudement sous des couvertures ?

— Mais cela me fait plus de plaisir !

— Es-tu donc né pour le plaisir uniquement ? N’est-ce pas au contraire pour toujours travailler et toujours agir ? Ne vois-tu pas que les plantes, les oiseaux, les fourmis, les araignées, les abeilles concourent, chacune dans leur ordre, à l’ordre universel ? Et toi, tu refuserais d’accomplir tes fonctions d’homme ! Tu ne t’élancerais pas avec ardeur à ce qui est si conforme à ta nature !

— Mais, diras-tu, il faut bien que je me repose.

— D’accord ; le repos est nécessaire ; mais la nature a mis aussi des bornes à ce besoin, comme elle en a mis au besoin de manger et de boire. En cela pourtant, tu vas au-delà des bornes, et tu dépasses ce qu’il te faut. Au contraire, quand tu agis, tu n’en fais pas autant ; et tu restes en deçà de ce que tu pourrais faire. Cette négligence tient à ce que tu ne t’aimes pas sérieusement toi-même ; car autrement tu aimerais ta nature. Ceux qui aiment réellement l’art spécial qu’ils cultivent se dessèchent sur les ouvres que cet art leur inspira, oublieux du boire, oublieux du manger. Et toi, tu apprécies ta propre nature moins que le tourneur n’apprécie l’art du tour, moins que le danseur n’apprécie l’art de la danse, moins que l’avare n’apprécie son argent, ou le glorieux, sa vaine gloire : quand tous ces gens-là sont à leur ardeur labeur, ils songent moins à manger ou à dormir qu’à avancer l’œuvre dont ils s’occupent si passionnément. Et toi, tu trouves les devoirs que la société impose à ses membres moins importants et moins dignes de tes soins ! »

(Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même, livre V, I, trad. Barthélémy Saint-Hilaire).

431880-svetik

Et du côté scandinave, donc :

« Il doit se lever tôt, celui qui cherche vengeance,

Ou voudrait les possessions d’un autre.

Le loup qui se repose attrapera peu de viande,

Et l’homme qui dort aussi peu de succès.

Il doit se lever tôt, celui dont les ouvriers sont peu,

Afin de se mettre de lui-même à son ouvrage.

Beaucoup reste inachevé pour le lève-tard,

Car l’entrain est une richesse à moitié gagnée. »

Odin (Havamal, 58-59, trad. Chat Poron d’après H. A. Bellows)

Publicités
Catégories : Chroniques de l'Âge de Fer, Ethique, Savoirs | Étiquettes : , , , , , , , , , , | Poster un commentaire

Les vraies caractéristiques de la spiritualité germanique résurgente (B. Linzie)

Traduction de la partie 4.4 de l’essai « Germanic spirituality » de Bil Linzie, un des théoriciens et premiers pratiquants du reconstructionnisme germano-scandinave aux Etats-Unis. Vous pouvez trouver un résumé de cet essai de 50 pages, et un lien pour le télécharger en entier dans sa version originale en anglais, ici, la traduction de l’introduction , et la traduction des parties 4.1 , 4.2 et 4.3 en cliquant dessus.

Recréer la vision du monde germanique, et la conscience du réseau de relations que cela implique, est un projet auquel s’attèlent en ce moment même un grand nombre de personnes et même quelques groupes. Aujourd’hui, et encore davantage à l’avenir, ces gens seront traités comme des « intégristes » par la plupart… mais pourtant, ils continuent à progresser dans leur démarche, et deviennent même de plus en plus nombreux. D’autres, qui se sont « convertis à l’Asatru » dans le seul but de justifier et promouvoir des opinions politiques basées sur la ségrégation ou le suprémacisme blanc, ont aussi beaucoup de reproches à faire à ceux qu’ils qualifient de « fondamentalistes » ou de « passéistes », mais les deux principaux sont ceux-ci : 1) une absence de dogmatisme, qui pousse les reconstructionnistes à remettre en question toutes les idées qu’on leur propose, en particulier des théories archéologiques dépassées ou pseudo-scientifiques, 2) un refus de blâmer les « autres » (en particulier « les autres races ») pour tous les problèmes du monde. Quoi qu’il en soit, la résurgence de la spiritualité germanique a commencé, et son retour sera inéluctable tant qu’aux moins certains refuseront de dévier le cap dans l’une ou l’autre des directions.

Sachant que la culture, et en particulier le contexte culturel général, est parmi les premières choses qu’un enfant apprenne dans sa vie, il pourrait être prudent que ce soit aussi la première chose qu’on recommande aux nouveaux adhérents. A l’heure actuelle, dans la plupart des groupes et associations, apprendre comment participer à (puis mener) un blot et un symbel est la priorité n°1, tandis que les aspects culturels sont considérés comme peu importants, et se limitent à des éléments en pièces détachées (tel ou tel mythe, tel ou tel fait historique, etc) plutôt que de s’intéresser à la vision du monde globale qui relie ces éléments et les a même façonnés. Si c’était le cas, l’Asatru ne serait plus sujet à des emprunts constants (comme nous l’avons vu précédemment), et la plupart des emprunts datant de la période d’indifférenciation avec la Wicca auraient déjà été mis de côté. On l’a dit ci-dessus, la cérémonie religieuse est une expression de la culture dans un contexte donné : la spiritualité germanique consiste à avoir le bon comportement dans ce même contexte, donc il semblerait raisonnable que la compréhension de la culture précède tout cela.

La spiritualité, donc, est ce qui détermine les expressions de la religion. C’est par l’interaction avec les communautés et familles concernées que les éléments acquièrent un sens, et ces éléments sont alors ce qui permet à la religion de s’exprimer. Tracer un cercle magique façon Wicca au début d’un blot n’a aucun sens dans notre culture, autre que celui d’être un élément emprunté et étranger. D’un autre côté, l’auteur connaît un seidhman [NdT : un pratiquant du seidhr, une forme de magie germanique] qui pratique des cérémonies de soins où il utilise un lasso, qu’il a trouvé par terre lors d’une de ses longues expéditions dans le désert où il ramasse ses herbes médicinales. Il dit que le lasso aide à protéger et maintenir en place l’esprit du patient pendant qu’il est soigné. La communauté où cette pratique a lieu est située dans le Sud-Ouest des Etats-Unis, où il est encore courant de faire un cercle de corde autour des dormeurs pour empêcher les serpents à sonnette d’approcher. Cette corde, parce qu’elle est utilisée de cette manière, dans cette communauté, et parce que le guérisseur l’a trouvée de cette manière, a acquis un sens – parce qu’elle s’intègre et interagit réellement avec le contexte culturel du groupe. C’est tout à fait normal que des groupes Asatru de Hawaii ou de Floride [NdT : ou de France] « acquièrent » ainsi localement des plantes, des fruits, des animaux, des poissons, et ainsi de suite, d’une manière similaire.

Quelle est la différence entre « acquérir » et « emprunter », alors ? Une des justifications favorites des adeptes du New Age accusés de bidouiller avec l’Asatru est : « Bah, si l’Asatru avait survécu de manière ininterrompue au fil des siècles, il aurait évolué aussi ! ». Le problème avec cet argument est pourtant évident. La personne est accusée de prendre un élément qui a un sens bien particulier dans un contexte donné, et de le transférer tel quel dans un autre contexte où il n’a aucun sens. Les mots clés sont « évoluer » et « adapter ». Ces deux mots sous-entendent que les éléments ont acquis un sens en interagissant avec l’Asatru. Prendre des éléments d’une cérémonie et les faire entrer par effraction dans un contexte germanique revient à court-circuiter complètement les processus de mise en contact, d’interaction, puis d’intégration, qui auraient eu lieu si cela s’était produit de manière naturelle. L’imitation n’est pas beaucoup mieux. La culture, dans une situation d’emprunt, s’exprime forcément d’une manière ou d’une autre en influençant lourdement les personnes aux commandes, de sorte que cela donne quasi-systématiquement de la Wicca superficiellement scandinavisée, ou du christianisme superficiellement scandinavisé, ou du bouddhisme superficiellement scandinavisé, etc. Quand c’est le cas, le processus de reconstruction devient impossible, est purement et simplement remplacé par un processus d’homogénisation avec les modes religieuses du moment [NdT : sous couvert, comme on l’a vu, d’être une « interprétation personnelle », puisque les envies et besoins de la personne prennent source dans un imaginaire intégré à la culture dominante].

Si l’Asatru, en tant que religion résurgente, veut continuer à assumer son destin propre plutôt que d’être un satellite du New Age, ses membres devront avoir des limites claires entre ce qui est Asatru et ce qui ne l’est pas. On devra nécessairement formuler des jugements, et, comme par le passé, passer outre les sentiments de certaines personnes. Les pratiquants, comme ceux des religions traditionnelles amérindiennes, devront sûrement un jour refuser la présence de certaines personnes qui voudront seulement imiter et s’approprier certains aspects sans jamais essayer de comprendre quoi que ce soit hors de leur cadre de pensée. Mais ils devront aussi commencer à remettre en question tout ce qui a été emprunté de manière non-pertinente (pratiques, formules, objets, idées), et prendre la décision de revenir sur ces emprunts, sans hésiter à écarter ce qui est clairement incompatible. Pour guider ces nécessaires débats, voici une proposition de neuf lignes de conduite :

  1. Accepter que l’Ásatrú en tant que vision du monde est probablement complète (même si pas encore totalement bien interprétée) et se tient à elle seule.
    2. Accepter que l’Ásatrú en tant que religion est l’expression de la culture sous-jacente.
    3. La spiritualité Ásatrú est fondée sur une interaction avec le monde réel d’une façon qui conforte le bien-être de la famille et de la communauté.
    4. « La récompense finale » [après la mort] est directement liée aux souvenirs qu’on laisse derrière soi après sa mort.
    5. La famille est la plus petite unité définie dans l’Ásatrú. L’individualisme radical est un concept à la fois étranger et moderne.
    6. La communauté géographique est la dernière ligne de défense pour la famille et, même si elle est « mixte », elle toujours être traitée avec respect.
    7. La terre sur laquelle repose la communauté géographique est sacrée.
    8. La communauté est naturellement divisée en trois classes et chacune des classes doit honorer (‘worship’ ) de façon appropriée – la prière individuelle adressée directement aux dieux est un emprunt à la chrétienté fait il y a mille ans. Les Ancêtres, les Esprits du terroir, les Esprits de la demeure, doivent retrouver leur juste place [NdT : de premiers interlocuteurs et, si besoin, d’intermédiaires].
    9. Il faut développer de nouvelles acquisitions :
    – qui ont une signification locale,
    – qui ne sont pas empruntées telles qu’elles à une autre vision du monde,
    – qui sont cohérentes avec la vision germanique du monde.
Catégories : Anthropologie, Savoirs | Étiquettes : , , , , , , , , , | Poster un commentaire

Deux textes authentiques sur l’oracle runique

En matière de divination par les runes, les fantaisies personnelles assénées comme des vérités et les pratiques issues de la Kabbale judéo-chrétienne ont le vent en poupe sur internet. Le prétexte en est bien souvent que, comme « on a aucune source écrite », il faudrait soit tout réinventer, soit faire confiance aveuglément à des gourous qui descendraient d’une lignée de sorcières top secrète ou auraient une révélation cosmique  (et souvent des bouquins à vendre qui comme par hasard correspondent parfaitement aux attentes consuméristes du public visé). Par chance, ce n’est pas exactement le cas. Le premier exemple est de Tacite, auteur romain du Ier siècle qui décrit les coutumes des Germains.

il_570xn-764087671_96j4

Une interprétation contemporaine par Aranna Renard

« Il n’est pas de pays où les auspices et la divination soient plus en crédit [qu’en Germanie]. Leur manière de consulter le sort est très simple : ils coupent un rameau à un arbre fruitier, et le divisent en plusieurs morceaux qu’ils marquent de différents signes, et qu’ensuite ils jettent pêle-mêle sur une étoffe blanche. Immédiatement, le prêtre de la communauté si c’est une consultation publique, le père de famille lui-même si c’est une affaire privée, invoque les Divinités, et, regardant le ciel, il lève trois morceaux, et fait son pronostic d’après le signe dont ils sont empreints. Si le sort veut qu’on s’abstienne, on ne consulte plus de tout le jour sur la même affaire ; s’il permet d’agir, on exige encore que les auspices confirment sa réponse : car on sait aussi, chez ces peuples, interroger le chant et le vol des oiseaux. »

Tacite, la Germanie, X (trad.du Chat Poron, d’après J.-L. Burnouf, 1859, les Editions du Porte-Glaive, 1990, et New Northvegr Center, 2015).

Ensuite, concernant le fait de discuter à tort et à travers de ce type de pratiques ésotériques, et pire encore de les monnayer sur internet, l’avis d’Odin à ce sujet nous est bien connu :

odin_idol

Odin (Lindby, ère viking)

« Quand tu as essayé
De suivre la trace des runes,
Celles que les Puissances
Firent pour les Divinités,
Et qu’a colorées l’Immense Chantre,
Il vaut mieux rester silencieux. »
Havamal, 80 (trad. du Chat Poron, d’après H.A. Bellows, B. Thorpe, et Y. Kodratoff)

C’est cette strophe qui sera la ligne directrice du blog en matière d’articles sur les runes. Le commentaire d’Yves Kodratoff à ce sujet est d’ailleurs plein de bon sens :

« Cela ne contredit-il pas l’autorisation de transmettre des connaissances ? Non, parce qu’il y a d’autres façons que verbales de transmettre des connaissances et ces autres modes de communication sont les plus sages. Vous allez me dire que j’ai fait un livre sur les runes, moi aussi. Si vous le lisez, vous verrez que je me contente de rétablir des connaissances qui ont été étouffées par l’immense brouhaha qui accompagne maintenant l’usage des runes. Je ne dis jamais comment les utiliser, ce qu’on me reproche, mais vous connaissez maintenant la raison de ma discrétion.« 

Catégories : Rites, Salutations | Étiquettes : , , , , , , , , | Poster un commentaire

Identitaires et universalistes : un point de vue traditionnel

« Universaliste » ou « identitaire«  ? La question inquisitrice semble devenue incontournable dans le néopaganisme américain, et se répandre en Europe – sans même qu’on prennne le temps de savoir si tout le monde est d’accord sur la définition de ces mots, et y compris dans un cadre se voulant apolitique. Voici donc le point de vue de Robert L. Schreiwer, responsable de l’Urglaawe (« antique croyance », communauté païenne tribaliste, basée sur l’héritage des Deitsch, les Germano-américains de Pennsylvanie). Il est également cadre de l’association américaine The Troth (principale association Asatru du pays ne se revendiquant pas comme identitaire) et rédacteur à Wild Hunt (site d’information païen fortement engagé contre les discriminations raciales).

 

images.duckduckgo.com.jpg

Robert L. Schreiwer, responsable religieux Deitsch

C’est un débat que j’essaye fermement d’empêcher de contaminer l’Urglaawe. Partout où il passe, la division s’ensuit, et les extrêmes mènent la danse. Nous avons notre propre coutume et notre propre chemin, issu de la réalité engendrée par les premiers migrants allemands qui passèrent d’un continent à l’autre et commencèrent à interagir, échanger, et parfois se métisser avec des tribus indigènes, et aussi avec des colons gallois. Nous définissons nos communautés sur la base de valeurs partagées, de l’amitié, et du frith [NdT : terme intraduisible dans les langues latines, mais qui correspond à l’harmonie sociale conformément à la tradition]. Notre point de vue est celui de la culture germano-américaine, mais il n’est pas besoin d’être un Germano-américain pour prendre part à la communauté de l’Uglaawe. Nous ne  sommes, également, pas « universalistes », parce qu’il y a beaucoup de gens (de toutes les origines ethniques) qui ne sont pas prêts à se séparer du point de vue monothéiste.

La sagesse semble être, pour éviter des conflits internes qui ne font qu’encourager à la radicalisation de chaque camp, écraser le débat (syndrome de la « barricade à deux côtés »), et mener à des exclusions à tout va, de suivre ce tiers chemin.

blogger-image-1239356543

Autel Deitsch à Frau Holle, avec un Irminsûl (source : The Troth)

Catégories : Chroniques de l'Âge de Fer | Étiquettes : , , , , , , , , , , | Poster un commentaire

A Brigid la Victorieuse

Brigantia

« Victorieuse Brigid,
Gloire du clan,
Soeur du Roi Céleste,
Noble dame,
Menace des parjures,
Torche rayonnante.
Jusqu’au ciel béni,
Nourrice des Celtes,
Confort des invités,
Étincelle de sagesse,
Fille du Bon Dieu,
Dame fière,
Victorieuse Brigid,
Vie de tous les vivants ! »

Adaptation de « Brigit Búadach » à partir de deux traductions anglaises de l’original en vieil irlandais (Dánta Ban: Poems of Irish Women Early and Modern – A Collection par P. L. Henry, 1992 ; The Field Day Anthology of Irish Writing, vol. 4, par Angele Bourke, 2002).

Notez la parfaite correspondance de cette victorieuse Brigid irlandaise avec la Dea Brigantia Victoria attestée par une inscription du IIe siècle sur le territoire du peuple breton des Brigantes. Cette même Brigid irlandaise est patronne du feu du foyer, des l’inspiration poétique, et du brasier de la forge ; or César précise que chez les Gaulois, « Minerve transmet les rudiments des techniques et des arts » (Commentaire sur la Guerre des Gaules, VI, 17). Le nom de Brigantia se retrouve aussi dans la toponymie continentale, de Bregença au Portugal à Bregenz au bord du lac de Constance, en passant par Briançon dans l’actuel département des Hautes-Alpes.

On est donc bien ici en présence d’une divinité pan-celtique, dont les principales attributions sont : les arts et techniques, le feu sacré du foyer, et la victoire au combat.

Catégories : Arts, Poésie | Étiquettes : , , , , , , , , , , | Un commentaire

Un charme celtique contre le mauvais oeil

La Carmina Gadelica est un recueil de prières et incantations collectées dans l’Ecosse gaélique par le folkloriste Alexander Carmichael, entre 1860 et 1909. Il est parfois nécessaire de décrypter l’interpretatio christiana pour avoir un aperçu du sortilège païen originel. Ici, ce n’est même pas le cas, tout a juste été traduit au plus près, dans la mesure où les nuances de langue poétique gaélique pouvaient s’exprimer en français moderne. Le titre originel est Eolas a bheum shula, ce qui signifie mot-à-mot « le savoir-par-l’expérience de frapper l’oeil » et que Carmichael traduisit par « Exorcism of the eye« .

 

COMMENT CHASSER LE MAUVAIS OEIL

Je chevauche l’œil,
Comme le canard chevauche le lac,
Comme le cygne chevauche l’eau,
Comme l’étalon chevauche la plaine,
Comme la vache chevauche la prairie,
Comme l’armée des éléments chevauche,
Comme l’armée des éléments chevauche.

La force du vent, je l’ai sur lui,
La force du courroux, je l’ai sur lui,
La force du feu, je l’ai sur lui,
La force du tonnerre, je l’ai sur lui,
La force de l’éclair, je l’ai sur lui,
La force de la tempête, je l’ai sur elle,
La force de la lune, je l’ai sur elle,
La force du soleil, je l’ai sur lui,
La force des étoiles, je l’ai sur elles,
La force du firmament, je l’ai sur lui,
La force des cieux et des mondes,
Je l’ai sur eux-mêmes,
La force des cieux et des mondes,
Je l’ai sur eux-mêmes.

Un tiers de ceci sur les pierres grises,
Un tiers de ceci sur les collines escarpées,
Un tiers de ceci sur les cascades galopantes.

Un tiers de ceci sur les jolis prés,
Un tiers de ceci sur le sel de la grande mer,
Elle est le meilleur contenant pour ceci,
Le sel de la grande mer,
Le meilleur contenant pour ceci.

Au nom de la Triade des Éléments,
Au nom des Trois consacrés,
Au nom de tous les Secrets,
Et de toutes les Puissance assemblées.

 

Ex-voto oculaire

Ex-voto oculaire, trouvé au sanctuaire à la déesse Sequana aux sources de la Seine (Côte-d’Or)

Une vraie tradition celtique, donc, à mille lieues des fariboles néodruidiques telles que les triades du franc-maçon et faussaire Edward Williams (dit « Iolo Morganwg »).

Catégories : Arts, Poésie | Étiquettes : , , , , , , , , , | Poster un commentaire

La propriété collective originelle de la terre en Irlande (P. W. Joyce)

Ce texte traite des anciennes lois terriennes irlandaises. Il se base principalement sur les Lois de Brehon [basées sur la Senchas Már, la Grande Tradition, assez similaire à la Coutume de Bretagne ainsi qu’aux lois galloises et mannoises, mise par écrit vers le VIIIe siècle et née d’un consensus entre les différentes lois orales des tribus d’Irlande qui ne contredisaient pas la Bible], mais prend en compte des sources secondaires, principalement des auteurs anglais qui ont mis par écrit leurs observations personnelles sur les coutumes indigènes des Irlandais. Ceci apporte un point de vue intéressant sur la question de la propriété terrienne à notre époque.

En théorie, donc, la terre n’appartenait pas aux individus, mais à la tribu. Le roi, ou le chef, avait une terre nourricière (« mensal land ») qui lui était attribuée. Le reste était occupé par les membres de la tribu. Le chef, même s’il exerçait une forme de supervision sur la totalité du territoire, n’avait aucun droit de propriété hors de ses terres propres (dans le cas où il en avait), et encore, ces droits cessaient s’il n’y résidait plus en personne [NdT : clin d’œil à nos évadés fiscaux, élus parachutés, et autres collaborateurs du FMI à Washington]. Il semble qu’originellement, aux temps protohistoriques (c’est-à-dire avant le VIIe siècle), l’ensemble des terres était en propriété collective, et que les terres attribuées à chacun, y compris au chef, pouvaient être redistribuées annuellement. Mais, au fur et à mesure, cette coutume s’affaiblit, et une forme de propriété privée se mit en place – à condition d’habiter la terre depuis longtemps et de continuer à respecter la propriété collective des autres terres de la tribu. C’est pourquoi toutes nos sources écrites, y compris les Lois de Brehon, admettent l’existence de propriétés privées (Br. III, 53 ; IV, 69-159), mais non leur généralisation, et les règles qui s’y appliquent restent différentes des nôtres.  Ainsi, l’idée originelle de la propriété collective ne fut jamais tout à fait oubliée, car, bien que des gens puissent posséder des terres, cette propriété n’était jamais absolue. Personne ne pouvait, par exemple, vendre ses terres en-dehors de la tribu [NdT : bisous les rois du pétrole et autres multinationales qui « investissent dans le foncier » par chez nous], et on devait se plier aux obligations tribales concernant la bonne gestion des terres (Br. II 283 ; II 53, 55), qui étaient des vestiges des règles de propriété collective [NdT : et des précurseurs en matière de réglementation environnementale]. A l’intérieur de ces limites, on restait libre de disposer de ses terres.

Carte IrlandeEn-dehors des Lois de Brehon, on trouve peu d’autres références à l’ancienne occupation collective des terres. Toutefois, il y a au moins deux passages notés par Sir Henry Maine qui font état de l’ancienne coutume. Tout d’abord, il y a une ancienne préface du Livre des Hymnes : « Il y avait de nombreux habitants en Erin [NdT : un des noms sacrés de l’Irlande] à cette époque (durant le règne de Aed Slaine, de l’an 656 à l’an 664 de l’ère commune), tellement nombreux que la terre ne pouvait leur accorder à chacun qu’une surface égale et déterminée de tourbières, de champs, et de forêts ». L’autre passage est une vieille légende, celle de la naissance de Cuchulainn dans le livre de Dun Cow (copié au XIIe siècle à partir d’un manuscrit plus ancien, lui-même ayant sauvegardé une tradition orale antérieure). Cette histoire raconte comment un groupe de chevaliers de la Branche Rouge partit d’Emain [NdT : la résidence du roi d’Ulster] en direction du sud-ouest,  à la poursuite d’oiseaux magiques, et ils progressèrent vite, dit l’histoire, « car à cette époque il n’y avaient ni fossés, ni grillages, ni murs de pierre qui enserraient les terres, mais seulement des champs indifférenciés, et cela jusqu’à ce que vienne le temps des fils de Aed Slaine [NdT : donc, après l’an 664]. A cause du grand nombre de foyers qu’il y eut en leur temps, donc, il se trouva qu’ils créèrent des frontières à l’intérieur de l’Irlande ». Comme ces exemples précisent que cela est lié à une augmentation de la population, et donnent des dates similaires ainsi qu’une mise en place progressive, on peut considérer qu’il s’agit effectivement d’un fait historique. La propriété collective des terres est aussi abordée dans les anciennes « Mémoires de Saint Patrick ».

Catégories : Anthropologie, Savoirs | Étiquettes : , , , , , , , , , , | Un commentaire

Dialogue entre les Athéniens et les Méliens il y a 2400 ans

« Les dieux (d’après notre opinion) et les hommes (d’après notre connaissance des réalités) tendent, selon une nécessité de leur nature, à la domination partout où leurs forces prévalent. Ce n’est pas nous qui avons établi cette loi et nous ne sommes pas non plus les premiers à l’appliquer. Elle était en pratique avant nous ; elle subsistera à jamais après nous. Nous en profitons, bien convaincus que vous, comme les autres, si vous aviez notre puissance, vous ne vous comporteriez pas autrement. »

(extrait de l’Histoire de la Guerre du Péloponnèse de Thucydide, deuxième historien de l’Histoire européenne après Hérodote)

Catégories : Philosophie, Savoirs | Étiquettes : , , , , , , | Poster un commentaire

Déclaration de l’Organisation pour une Papouasie Libre

Les tribus papoues, indigènes de l’île de Nouvelle-Guinée, sont sous domination indonésienne depuis 1963. Ils représentaient 94% de la population dans les années 70, mais d’après les courbes actuelles, ils ne seront plus que 15% en 2030. Cela est dû à une politique de remplacement ethnique mise en place par le gouvernement indonésien, à des programmes d’acculturation sous couvert de « modernisation », à la destruction des écosystèmes pour des raisons financières, à des conversions forcées à l’Islam (l’Indonésie est le plus grand pays musulman au monde) à la place de leurs religions traditionnelles, et à la répression gouvernementale (criminalisations d’actes « troublant l’ordre public », comme le fait de brandir un drapeau papou). Vous pouvez signer la principale pétition de soutien ici : http://www.thepetitionsite.com/fr-fr/takeaction/109/791/582/

Déclaration de l’Organisation pour une Papouasie Libre (Free Papua Movement / OPM)
Nous ne sommes pas des terroristes !
Nous refusons la vie moderne.
Nous refusons toute sorte « d’aide au développement » :  groupes religieux, organismes humanitaires, et organisations gouvernementales.
Contentez-vous de nous laisser tranquilles, s’il vous plaît !

Les raisons historiques et politiques de notre combat
Nous avons été envahis de manière violente et manipulatrice par l’Etat indonésien, sous la supervision de l’ONU et des Etats-Unis dont il servait les intérêts de manière opaque.
Nous avons été traités comme si nous n’avions aucune valeur : assassinés, torturés, oppressés d’une multitude de manières.

Nous avons été déplacés par les migrations forcées, l’urbanisation, et toutes sortes de processus d’ingénierie sociale, appliquées par le gouvernement indonésien avec l’aide de la Banque Mondiale, des organismes humanitaires internationaux comme la Croix Rouge, et même des organisations écologistes comme WWF.
Nous sommes considérés comme une menace pour la sécurité nationale et comme des terroristes alors que nous nous battons pour notre propre environnement, nos propres droits, notre propre peuple ;
Nos voix sont toujours négligées et ignorées.

Notre riposte est un choix logique

Notre riposte est la manière la plus naturelle de faire face à la destruction et l’exploitation délibérée de nos vies et de notre environnement.
Notre riposte est la réaction la plus naturelle aux intolérables massacres, disparitions, tortures, oppressions et intimidations causés par le gouvernement indonésien.
Notre riposte est une nécessité absolue face à ce régime brutal, inhumain, destructeur, exploiteur, ignorant et terrifiant.
Notre riposte est primordiale pour la simple survie de notre peuple tribal sur cette planète. Pas le lobbying, pas la persuasion, pas la diplomatie, pas la démocratie.
Notre riposte est ce qui est juste face à l’armée indonésienne, fermement soutenue par les pays dits « démocratiques », formule vide et absurde.
Nous ne serons plus ignorés.

Solidarité avec l’OPM !
Nous devons mettre fin à l’exploitation des ressources naturelles par les entreprises multinationales. Nous devons faire cesser l’exploitation des peuples tribaux de Papouasie Occidentale. Nous devons stopper les organisations religieuses, les gouvernements, les ONG, qui détruisent la culture des peuples de Papouasie Occidentale.
Nous nous adressons à « l’Occident » comme à des personnes. Pas comme à des représentants gouvernementaux, ou à des employés. Nous voulons que la civilisation moderne regarde en face la lutte des peuples de Papouasie Occidentale pour survivre en tant que peuples.    
1.    Faites pressions sur les gouvernements qui prétendent appliquer une politique étrangère éthique, mais vendent des armes à l’Indonésie
2.    Faites pressions sur le régime indonésien
3.    Faites pressions sur les entreprises qui détruisent notre terre et notre peuple
4.    Soutenez les peuples qui ont pris les armes dans la jungle
5.    Nous devons tous faire front contre notre Ennemi Commun

Catégories : Anthropologie, Chroniques de l'Âge de Fer, Savoirs | Étiquettes : , , , , , , , | Un commentaire

Les dieux du cosmos et la Création de YHWH

Hasards de l’algorithme Fessebouc, la page de Lvcivs Mercvrivs Nigra (co-fondateur de l’association Pharia consacrée aux spiritualités méditerranéennes) s’est invitée dans mon fil d’actualité. Avec rien de moins qu’un gros fragment de Parménide, un philosophe pré-socratique (mes préférés). Un passage en particulier m’a interpellé, me rappelant une vieille discussion avec un ami étudiant en philo. Parménide parle ici de ce qui existe, c’est-à-dire l’Univers :

Car quelle origine lui chercheras-tu ? D’où et dans quel sens aurait-il grandi ? De ce qui n’est pas ? Je ne te permets ni de dire ni de le penser ; car c’est inexprimable et inintelligible que ce qui est ne soit pas. Quelle nécessité l’eût obligé plus tôt ou plus tard à naître en commençant de rien ? Il faut qu’il soit tout à fait ou ne soit pas. Et la force de la raison ne te laissera pas non plus, de ce qui est, faire naître quelque autre chose. Ainsi ni la genèse ni la destruction ne lui sont permises par la Justice; elle ne relâchera pas les liens où elle le tient. Il est ou n’est pas ; mais il a été décidé qu’il fallait abandonner l’une des routes, incompréhensible et sans nom, comme sans vérité, prendre l’autre, que l’être est véritablement. Mais comment ce qui est pourrait-il être plus tard ? Comment aurait-il pu devenir ? S’il est devenu, il n’est pas, pas plus que s’il doit être un jour. Ainsi disparaissent la genèse et la mort inexplicables.

Parménide, Fragments 62-77

Buste de Parménide, fils de Pyres

Buste de Parménide, fils de Pyres

Pour les Juifs, les Galiléens, et les Mahométans, leur Dieu est la Cause Première, l’Incréé, Celui-Qui-Est, et le cosmos est sa « Création ». Pour les païens, c’est-à-dire les pratiquants d’une religion traditionnelle, c’est le Cosmos qui est sa propre Cause Première, Incréée, c’est le Cosmos qui est Ce-Qui-Est. On retrouve cette conception dans toutes les mythologies indo-européennes dans la cosmogonie a été conservée (grecque, scandinave, etc). D’où une incompréhension du terme de « polythéisme », aussi bien de la part des tenants des suivants d’Abraham que des athées qui restent Galiléens dans leur mode de pensée. Il y a bien plusieurs entités supra-humaines (les dieux), mais une seule Cause Première, qui est le Cosmos lui-même, c’est à dire tout (pan) : de ce point de vue-là, ces religions sont panthéistes. Étonnamment, il se trouve qu’elles rejoignent du coup la plupart des modèles cosmologiques actuellement considérés comme plausibles par les astrophysiciens : pas de cause externe à l’Univers, qui ne connaît « ni la genèse, ni la destruction ». Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme…

Il y a un autre point intéressant dans ce passage. Chez Parménide, comme chez d’autres, on trouve l’idée d’une loi cosmique, ici la Justice (Dikè), qui est ce qui régit le fonctionnement de tout ce qui est. Cela fait écho au R.ta dans les Védas (Sanatana Dharma, l’éternelle loi, dans l’hindouisme médiéval), à l’Örlog (« loi primordiale ») chez les Germains… Les religions traditionnelles indo-européennes (mos maiorum = moeurs ancestrales chez les Romains, forn siðr = antique coutume chez les Scandinaves, hindu dharma = loi indienne, …), sont ce qui est prescrit à chaque membre de la communauté, compte tenu de la terre où il réside et de la lignée à laquelle il appartient, afin d’agir en accord avec cette loi cosmique. Donc, les religions traditionnelles ne sont pas basées sur l’adhésion personnelle à un credo (on rejoint donc là encore la libre-pensée moderne), mais sur une manière d’agir qui permette de maintenir des relations harmonieuses avec le Cosmos.

Catégories : Philosophie, Savoirs | Étiquettes : , , , , , , , | Poster un commentaire

Propulsé par WordPress.com.