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Une « Echelle de Tolérance Ethnique et Culturelle » pour le paganisme

Dans toutes les religions, il y a des questions à propos desquelles tous les pratiquants ne sont pas d’accord. Malheureusement, l’une des questions les plus controversées dans le paganisme tourne autour de l’ouverture de chaque tradition aux personnes qui ne sont pas de cette origine (ethniquement ou culturellement). Sans surprise, il s’agit d’une question très chargée sur le plan émotionnel, et il est souvent difficile de mener des discussions courtoises sur les diverses positions qui peuvent être soutenues. Pour essayer de supprimer une partie de l’émotivité manifeste qui accompagne souvent ce sujet, et pour tenter de clarifier la gamme des points de vue, Jarnsaxa Thorskona, une pratiquante du paganisme germano-scandinave (Asatru), a créé une échelle assez basique qui fournit des résumés des points de vue les plus courants qu’elle a rencontrés dans sa tradition, numérotés de 1 à 6.  Elle est utilisée dans les milieux Asatru anglophones sous le nom de « Jarnsaxa scale« . En voici une traduction en français, avec un vocabulaire élargi à l’ensemble des traditions païennes.

Les descriptions sont écrites du point de vue de celui qui soutient cette position. Il convient de noter qu’aux extrémités les plus éloignées de l’échelle, les croyances retenues peuvent apparaître comme plus extrêmes, le but est de l’indiquer sans dénigrer les personnes qui soutiennent ces points de vue. L’auteur a également essayé d’éliminer autant que possible que possible les invectives, les jugements de valeur, et les sentiments en jeu dans l’affaire.

Le traducteur/adaptateur voudrait également noter que, s’il existe vraisemblablement une corrélation entre la position d’une personne donnée sur cette échelle et ses idées politiques, il n’en est aucunement question ici. Vous noterez aussi que les positions n’ont pas de nom, justement pour éviter de se focaliser sur des étiquettes afin de se concentrer uniquement sur le détail des positions tenues. Dans les faits, beaucoup de gens considèrent que la position 1 est « universaliste » et la position 6 « identitaire » (folkish en anglais). Certains nomment les positions 3 et 4 « tribalistes », « culturalistes », « traditionnalistes », etc (dénominations qu’on peut éventuellement voir étendues aux positions 2 à 5).

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Une « Echelle de Tolérance Ethnique et Culturelle » pour le paganisme

1. Ma tradition religieuse est une religion ouverte à laquelle tout le monde peut adhérer. Il y a, cependant, certaines choses qui doivent être faites d’une certaine manière, certains points de la théologie qui doivent être strictement respectés, et certaines croyances qui doivent être partagées. Quiconque n’est pas d’accord avec tous ces points n’est tout simplement pas de ma religion et peut être considéré comme un « traître » envers mes Divinités. L’un des points sur lesquels tout le monde doit être d’accord est que ma tradition religieuse est ouverte aux gens de toutes les origines : ceux qui pensent autrement ne sont pas les bienvenus, et devraient être dénoncés pour qu’il n’y ait pas confusion entre leurs croyances et celles des vrais païens de ma tradition. Je refuse de participer à des rites aux côtés de personnes qui ne sont pas de cet avis.

The Troth

The Troth, organisation païenne germano-scandinave basée aux Etats-Unis. Les membres ont des positions généralement comprises entre les degrés 1 et 3 de l’échelle.

2. Toute personne qui veut pratiquer ma tradition religieuse peut le faire, indépendamment de son héritage génétique ou culturel. Les individus ont la liberté de choisir de suivre n’importe quelle religion, et je vais défendre ce droit pour le faire respecter. Tout le monde est le bienvenu dans mon groupe de pratique, et je suis prêt à participer à des rites aux côtés de n’importe quelle personne qui veut honorer mes Divinités.

Asatruarfelagid

L’Ásatrúarfélagið est une organisation païenne scandinave basée en Islande. Les membres ont des positions généralement comprises entre les degrés 1 et 4 de l’échelle. Il n’est possible d’être affilié à cette organisation qu’à condition d’être résident fiscal islandais, et l’organisation refuse tout lien avec des organisations étrangères.

3. Comme les liens avec les Divinités sont souvent liés à nos ancêtres (culturels ou génétiques), il est plus difficile pour ceux d’une origine différente de pratiquer ma tradition religieuse, mais ce n’est pas impossible. J’accepte que les Dieux et les Déesses puissent appeler qui ils veulent, et je suis prêt à participer à des rites aux côtés de n’importe quelle personne qui veut honorer mes Divinités.

Midgard Group, Raven's Knoll Kindred

10e édition du Midgard Gathering au Canada, un rassemblement païen basé sur la tradition germano-scandinave. Beaucoup de groupes autonomes nord-américains, qui représentent une grande part des pratiquants à l’échelle mondiale, sont en position 3 ou 4 sur cette échelle (de même que les représentants de nombreuses religions traditionnelles indigènes de la planète)

4. Seuls ceux qui sont de la même origine ethnique que moi peuvent vraiment pratiquer ma tradition religieuse. Cela ne signifie pas que les membres des autres groupes ethniques soient d’une quelconque manière « inférieurs » à ceux de mon groupe ethnique, mais seulement qu’ils sont différents. Les membres de tous les groupes ethniques ont la même liberté de mener une vie digne, et les théologies et les panthéons liés à un héritage autre que le mien sont tout aussi valables et importants pour la marche du monde. De même, toutes les traditions religieuses de groupes ethniques autres que le mien me sont aussi fermées. J’attache une très grande valeur au fait de suivre la tradition religieuse liée à mon origine culturelle et ethnique, car ces facteurs ont un grand impact sur ce que nous sommes. Parce que je reconnais et respecte la validité des différentes traditions, cependant, je suis prêt à participer à des rites aux côtés de ceux qui veulent honorer mes Divinités sans faire partie de ma tradition ou de mon groupe ethnique.

Asatru Folk Assembly

L’Asatru Folk Assembly, organisation païenne germano-scandinave basée aux Etats-Unis. Les membres ont des positions généralement comprises entre les degrés 3 à 5 de l’échelle.


5. Seuls ceux qui sont de la même origine ethnique que moi peuvent pratiquer ma tradition religieuse, et ma race doit rester séparée des autres races. Cela ne veut pas dire que les gens des autres races sont d’une quelconque manière « inférieurs », seulement qu’ils sont différents et que nous avons l’obligation de garder notre sang pur, en l’honneur de nos Divinités. Il peut cependant être utile de s’allier avec des membres d’autres races qui ont les mêmes valeurs. Je ne participerai à des rites qu’aux côtés de personnes de mon groupe ethnique.

Odinic Rite

The Odinic Rite, organisation païenne germano-scandinave (« odiniste ») basée au Royaume-Uni. La ligne directrice de l’association correspond à la position 5 de cette échelle.

6. Seuls ceux qui sont de la même origine ethnique que moi peuvent pratiquer ma tradition religieuse, et ma race est supérieure à toutes les autres races. Nous sommes les seuls véritables humains, et nous avons l’obligation de garder notre sang pur. Si le seul moyen d’y parvenir est de débarrasser le monde des races inférieures, alors qu’il en soit ainsi. Seuls les véritables membres de ma race peuvent vénérer nos Divinités.

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On voit donc que cet éventail de possibilités est bien plus large que la simple opposition entre « universalistes » et « identitaires ». Un très médiocre article du Monde des religions parlait du néopaganisme français comme d’un « Janus à deux visages » (le néopaïen français est soit un wiccan éclectique qui n’a donc aucune cohérence intellectuelle,  soit un adorateur de divinités celtiques ou germaniques qui est donc un militant raciste potentiellement violent). S’il fallait reprendre une image de ce type, ce serait plutôt au moins vers les représentations de divinités gauloises tricéphales qu’il faudrait se tourner. Ou vers le dieu hindou Brahma et ses six têtes.

Cernunnos de Condat

Divinité gallo-romaine de Condat-sur-Trincou, dite « Cernunnos » (la tête du mileu possède des orifices permettant d’y installer une paire de cornes).

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Les Dieux et le Monde expliqués par un païen européen de l’Antiquité !

Rares sont les traités théologiques de l’Antiquité païenne qui soient parvenu jusqu’à nous : « Des Dieux et du Monde », de Salluste, en fait partie. C’est donc un document intéressant dans la résurgence de nos religions traditionnelles, bien qu’assez méconnu. Le traité en lui-même est relativement bref, ce qui en rend sa lecture plutôt rapide. Néanmoins, comme seule la traduction anglaise de Thomas Taylor (1793) est disponible en ligne à l’heure actuelle, et que le texte est tout de même très dense intellectuellement, le but de cet article est de proposer un résumé des principales idées exposées, et des raisonnements qui les étayent. Chacun pourra donc prendre connaissance de ce qu’est une théologie païenne européenne. On sait qu’il en existait un très grand nombre, variable selon les peuples et les époques, car certaines nous sont parvenues, tandis que nous avons des échos de plusieurs autres qui ont été perdues. Toutes ces théologies, en tout cas, proposaient des réponses aux grandes questions religieuses :

1) Quelle est la nature et le destin des Dieux et du Monde ?

2) Qu’arrive t-il à notre individualité au moment de la mort ?

3) Quel sens ont nos mythes et nos rites, si décriés par les religions abrahamiques ?

4) Comment expliquer le fait que ces religions abrahamiques aient, au moins un temps, triomphé en Europe au détriment de nos religions traditionnelles ?

Des Dieux et du Monde

Couverture de la traduction française de Maria Meunier (éditions Theurgia University)

Ces quatre problèmes sont particulièrement épineux (surtout le dernier), et il n’est pas aisé d’avancer même de simples hypothèses plausibles. Voilà donc, comme source d’inspiration, la théologie de Salluste, philosophe néoplatonicien de langue grecque ayant vécu il y a 17 siècles, au moment où les intellectuels païens tentaient d’apporter leur contribution théorique à la tentative de restauration des cultes traditionnels menée par l’empereur romain Julien le Philosophe. Cette théologie n’est donc pas celle des néoplatoniciens dans leur ensemble (qui regroupaient une grande diversité d’opinions), ni celle des philosophes grecs qui pouvaient appartenir à d’autres grandes écoles (stoïcisme, épicurisme, cynisme, pour ne citer que celles-ci), et encore moins celle de tous les Grecs païens qui n’étaient pas forcément philosophes : d’autres grands mouvements ont marqué la pensée religieuse grecque, en particulier les cultes à mystères, dont l’orphisme qui était très influent à une certaine époque.

Peut-on donc tirer quoi que ce soit d’utile de ce traité de Salluste, qui ressemble un débris insignifiant de la pensée grecque, surtout si on ne pratique pas la religion traditionnelle hellénique ? Certainement ! Nous savons que les écoles de pensée grecque avaient pour la plupart des équivalents ailleurs dans le monde indo-européen (spécialement en Inde dont les traités philosophiques ont été pour beaucoup mis par écrit et bien conservés), mais aussi chez les Celtes (les enseignements druidiques étant comparés par plusieurs auteurs aux doctrines de Pythagore).

Que nous soyons ou non de tradition grecque, « Des Dieux et du Monde » de Salluste est donc au moins un exemple, possiblement une source d’inspiration, et pourquoi pas une base solide pour développer des théologies païennes européennes pour notre époque.

Introduction

Plutôt que d’aborder chaque chapitre chronologiquement, cet article tentera de résumer la réponse apportée par Salluste aux 4 grandes questions exposées en introduction. Qu’il me soit simplement permis d’insister sur le premier chapitre, qui sont les conditions que l’auteur énonce pour pouvoir comprendre et interpréter son discours. Rien d’extravagant à ces exigences : elles se résument principalement à avoir reçu une bonne éducation et à disposer de capacités de raisonnement suffisantes, c’est-à-dire 1) connaître la langue qui est utilisée, 2) les mythes grecs auxquels il fait référence, et 3) les règles de la logique. A son époque, cela ne va pas de soi, précisément parce que les Galiléens avaient tendance à s’opposer à tout ce qui, pour un philosophe hellénique, constituaient « l’éducation » (paideia), à savoir :

  • la rhétorique : art de bien s’exprimer et de bien comprendre autrui, ce qui était considéré comme un artifice diabolique visant à induire en erreur son interlocuteur, en présentant de manière attirante des mensonges opposés à la vérité biblique ;

  • la mythologie : patrimoine littéraire et symbolique d’une importance capitale, puisqu’il portait l’identité et la vision du monde de toute une civilisation (les Galiléens n’y voyaient que des délires, ou les faits et gestes de démons dépravés) ;

  • la logique : là encore, au IVe siècle de leur ère, les Galiléens y voyaient une rivale de la Foi, seule capable de sauver du péché.

Voici donc les trois pré-requis : la maîtrise du bon langage, de la mythologie ancestrale, et du raisonnement logique. Attaquons la suite.

La Naissance de Vénus, Botticelli (1484)

La Naissance de Vénus, par Sandro Botticelli (1484)

1) D’où viennent les Dieux et le Monde, et quelle sera leur destinée ?

(chapitres II, V, VII, IX, XIII, XVII)

Tout ce qui existe dans le Monde a nécessairement une cause. Cette cause elle-même a une cause. En remontant ainsi, nous parvenons logiquement à une Cause Première. Elle est unique car une cause a toujours de multiples effets, donc en faisant le chemin à l’envers à partir de tout ce que nous observons, nous parvenons forcément à une seule cause. Toutes les choses participent à la nature de cette Cause Première dont ils sont les conséquences. L’ensemble de toutes ces choses existantes forme le Bien, car il ne peut par définition y avoir plus grand bien que tout ce qui existe. C’est donc du Bien, qui est la Cause Première, que tout dérive et dont tout fait partie, en premier lieu les Dieux (nier l’existence des Dieux comme intermédiaires entre nous et la Cause Première, c’est méconnaître la distance qu’il y a entre elle et nous, et donc la rabaisser terriblement !).

Les Dieux sont incréés, éternels, immatériels, immuables et omniprésents. Ils partagent une même essence. Il existe des Dieux supra-mondains, à l’origine des âmes rationnelles. Il existe aussi des Dieux mondains, qui sont engagés dans le fonctionnement du Monde.

Ces Dieux mondains sont au nombre de Douze, répartis en quatre types. Zeus, Poséïdon et Héphaïstos sont les créateurs du Monde. Déméter, Héra et Artémis, elles, animent le monde. Hermès, Aphrodite et Apollon l’harmonisent ; tandis que Hestia, Athéna et Arès le gardent. Les autres Dieux sont en fait des aspects de ces Douze grands, en particulier lorsque les mythes décrivent un dieu comme « enfanté » par un autre.

Ce Monde est incorruptible, c’est-à-dire qu’il ne sera pas détruit lors d’une « Apocalypse » pour laisser place à un « Paradis ». L’argument avancé est que ce serait sous-estimer l’intelligence des Dieux que de supposer qu’ils auraient fait quelque chose qui devrait être défait par la suite. De plus, Salluste avance le principe de conservation de la matière : rien ne peut réellement être détruit ni créé, par conséquent le Monde ne peut pas cesser d’exister pour laisser place à un autre Monde.

Dieux créateurs

Zeus, Poséïdon et Héphaïstos

Dieux animateurs

Déméter, Héra et Artémis

Dieux harmoniseurs

Hermès, Aphrodite et Apollon

Dieux gardiens

Hestia, Athéna et Arès

Tableau 1: Les quatre catégories des Douze Dieux du Monde

 

2) Que nous arrive t-il après la mort ?

(chapitres VIII, XIX, XX, XXI)

Comme expliqué précédemment, notre âme rationnelle (liée à la faculté de raisonner) provient des Dieux supra-mondains. Les Douze Dieux mondains, plus proches de nous car étant à l’origine du Monde, sont à la source de notre corps et de notre âme irrationnelle (liée à la faculté de sentir et d’imaginer). Lorsque nous mettons notre corps et notre âme irrationnelle au service de notre âme rationnelle, imitant en cela les Dieux, nous pratiquons la vertu. Celui agit ainsi verra, après sa mort, son âme rationnelle, c’est-à-dire son véritable lui-même, s’unir avec les Dieux pour jouir éternellement de leur parfait bonheur.

Salluste - des Dieux et du Monde

Origine et destinée des Dieux, du Monde, et des âmes vertueuses (selon Salluste)

Celui qui agit contrairement à la vertu verra son âme rationnelle passer dans un autre corps humain (car les animaux n’ont pas d’âme rationnelle), et ce corps humain sera malade ou difforme comme punition si sa vie précédente a été particulièrement peu vertueuse. L’âme rationnelle de celui qui a commis des crimes graves peut aussi être tourmentée par des démons vengeurs entre deux incarnations. Ces démons cependant procèdent eux aussi du Bien, car ils n’infligent pas les châtiments à cause d’une nature mauvaise, mais dans le but louable de purifier les âmes.

Enfin, il faut noter que les Dieux, dans leur grande sagesse, ont généré l’exact nombre d’âmes rationnelles nécessaires au nombre d’humains qui naîtra dans le Monde. Les âmes rationnelles, qui sont immortelles, ne sont donc ni détruites, ni générées au fur et à mesure.

3) Quel sens ont les mythes et les rites traditionnels ?

(chapitres III, IV, XIV, XV, XVI)

Les mythes sont des récits inspirés par les Dieux et transmis par la tradition. Lorsqu’ils semblent grotesques, immoraux, incohérents, … ils sont en fait semblables aux Dieux et au Monde, c’est-à-dire qu’ils ne peuvent être réellement compris que par le sage, grâce à de longues réflexions. De la même manière que l’âme d’un homme n’est pas visible ni par les yeux, ni du premier abord, mais seulement par l’âme et grâce à une longue approche.

Salluste considère qu’il existe cinq types de mythes : théologiques, physiques, spirituels, matériels, et mixtes. Les mythes théologiques ne concernent que la nature des Dieux (Cronos qui dévore ses enfants signifie l’unité des Dieux, de la même manière que toute vérité est unie aux autres dans la Vérité). Les mythes physiques sont ceux qui nous renseignent sur la marche du Monde (Cronos, interprété comme Chronos, « le Temps », dévore ses enfants : cela signifie que le Temps est père de tout et aussi destructeur de tout). Les mythes spirituels nous renseignent sur le fonctionnement et la nature de l’âme humaine (on dirait aujourd’hui : mythes psychologiques, domaine exploré par Jung avec sa théorie des archétypes de l’inconscient collectif). Les mythes matériels nous parlent du fonctionnement du Monde (chaque dieu représente un élément : le ciel, la terre, la foudre, le feu, le soleil, le vin, etc). Les mythes mixtes réunissent ces différents éléments dans leur narration, ils sont particulièrement prisés lors des rites initiatiques car ils ont pour but d’unifier ces différents niveaux, et donc d’unir l’initié aux Dieux et au Monde. Ces rites ont lieu à des moments déterminés de l’année, qui ont une valeur symbolique permettant de mieux comprendre la nature des Dieux et du Monde depuis notre point de vue humain soumis au temps et aux saisons.

Types de mythes :

Enseignements à propos de :

Mythes théologiques

La nature des Dieux

Mythes physiques

La marche du Monde

Mythes psychlogiques

Le fonctionnement de l’esprit humain

Mythes matériels

Le fonctionnement du Monde

Mythes mixtes

Tous ces éléments (rites initiatiques)

Tableau 2: Les cinq types de mythes et leurs enseignements

Pantheon

Panthéon de Rome (photo prise par Per Palmkvist Knudsen, licence CC BY-SA 2.5)

Passons enfin aux rites. Quel sens ont-ils aux yeux du sage ? D’une part, les Dieux sont à l’origine de tout ce que nous possédons, il est donc juste de leur en sacrifier une fraction. D’autre part, le but de la prière est de nous rapprocher des Dieux, et le sacrifice est une manière d’y parvenir réellement, car la parole a besoin d’être accompagnée d’actes pour produire son effet sur nous, sans quoi elle n’est que superficielle. De plus, le lien qui nous unit aux Dieux est celui de la vie, et il est donc plus efficace d’utiliser un matériel vivant pour faire résonner ce lien (un animal si nous mangeons de la viande, des végétaux dans le cas contraire). Dans tous les cas, le sacrifice doit se faire en conformité avec la tradition des générations successives qui nous relient aux Dieux, et d’une manière belle et harmonieuse. La symbolique permet en effet de renforcer l’effet du rite sur notre âme : le temple est à l’image du ciel, l’autel à l’image de la terre, et l’offrande à l’image de la part irrationnelle de notre âme, que nous soumettons à la part rationnelle de notre âme, elle-même à l’image des Dieux.

 

Ces éléments du rite :

Symbolisent ces éléments du Monde :

Temple

Ciel

Autel

Terre

Offrande

Âme irrationnelle

Dieux

Âme rationnelle

Tableau 3: Correspondances symboliques entre les éléments du rite et du Monde

Attention à ne pas confondre les offrandes avec un simple marchandage terre-à-terre. Les Dieux ne sont ni « énervés » par l’impiété, ni apaisés par les rites. Ils ne sont aucunement soumis aux passions humaines, ou affectés par nos actes. En réalité, l’impie se coupe simplement de la contemplation des Dieux et des dons que celle-ci apporte, tandis que les rites nous rapprochent des Dieux.

4) Pourquoi cette théologie si sage et vertueuse a t-elle été remplacée par celle du christianisme ?

(chapitres X, XI, XII, XVIII)

C’est une question de la plus haute importance, mais à laquelle il n’est pas aisé de répondre, et sur laquelle les Galiléens modernes ne se privent pas d’appuyer. Si les Dieux sont bons et auteurs de toute chose, comment se fait-il que nous soyons témoins de choses mauvaises ? En réalité, rien dans ce Monde n’est mauvais par essence. Ce sont simplement nos intellects qui, ne possédant pas le degré de perfection des Dieux, sont parfois dans l’erreur concernant ce qui est bon. Nous commettons donc des choses mauvaises par ignorance.

Toutes les bonnes institutions humaines, issues des Dieux (arts et sciences, vertus et prières, sacrifices et initiations, lois et gouvernements, jugements et peines) sont là pour combattre cette ignorance et nous guider vers le Bien. Mais les défaillances du gouvernement, de l’éducation parentale, et de l’instruction académique peuvent entraîner l’âme vers le vice, c’est-à-dire que la raison n’est plus ce qui prédomine. Le désir n’est alors pas seulement orienté vers les choses bonnes, et la colère pas uniquement vers les choses mauvaises. Cette absence de sens de la justice au niveau individuel peut finir par déboucher, au niveau collectif, sur des formes de gouvernement injustes. Si le pouvoir politique est détenu par un seul homme, mais qu’il n’est pas un homme sage (c’est ce qui s’est produit en particulier avec l’empereur romain Théodose, auteur de l’édit d’interdiction des cultes traditionnels), c’est une tyrannie. Cette forme de gouvernement est la plus désastreuse qui soit : le vice et l’impiété peuvent alors s’installer pour de nombreux siècles, en attendant que les âmes rationnelles d’une minorité d’hommes vertueux restaurent peu à peu de bonnes institutions.

Décadence et restauration de la vertu divine selon Salluste

Une explication de la domination temporaire du christianisme en Europe

Cette période d’impiété ne doit pas pourtant pas nous conduire à accuser les Dieux d’avoir fait une œuvre imparfaite. Il est inévitable que l’impiété prédomine dans certains lieux à certaines périodes de l’Histoire du Monde, parce que tous les endroits et moments du Monde ne peuvent pas être reliés aux Dieux de manière égale. Dans un corps, par exemple, le cerveau est plus haut placé que les autres parties du corps, dispose des cinq sens, et héberge la faculté de raisonner. Les autres membres ne participent qu’à un seul des sens et sont placés plus bas. De même, il existe des jours fastes et néfastes dans le calendrier, et à plus grande échelles, des périodes de plusieurs siècles qui peuvent être fastes ou néfastes.

C’est la loi naturelle qui fait que l’Europe a connu une période d’impiété, dominée par l’ignorance des mythes et le mépris des rites. C’est par cette même loi naturelle que nous savons qu’il nous est possible de nous exercer à la vertu, pour participer à la restauration d’institutions vertueuses, fidèles à ce qui a été conservé de la tradition comme à ce que la sagesse nous permet de percevoir du Bien, qui est la Cause Première des Dieux et du Monde.

Conclusion

Voilà pour la théologie de Salluste. Et vous, quelle est votre avis concernant ces quatre grandes questions ? La résurgence contemporaine de nos religions traditionnelles appelle nécéssairement à y trouver des réponses, qui ne soient pas des dogmes uniques, mais autant de tentatives de comprendre le divin.

Pour vous donner un exemple actuel, le blog Latitudes Spirituelles est une initiative particulièrement intéressante, surtout dans son Abécédaire du Petit Père Païen, qui nous offre autant de partager ses recherches sur différents sujets : « un appel sans mots, une convocation impersonnelle s’était manifestée dans mon ventre, et mes glandes endoctrines m’instillaient la conviction que l’Univers était vivant, bien plus profond qu’on ne pourrait jamais l’imaginer, et doté d’une immense conscience, qui, pour être muette, n’en dépassait pas moins tout langage. »

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Comment se purifier avant un rituel ?

La pureté rituelle est un pré-requis dans les paganismes indo-européens. C’est un concept qui a pris beaucoup d’importance en Inde et en Perse, comme on peut le voir aujourd’hui dans l’hindouïsme et le zoroastrisme. En Europe, les procédures semblent avoir plus été simples et moins strictes. Il n’empêche pas moins que, pour les traditions européennes dont nous avons des traces écrites de la liturgie, il est indispensable, pour accomplir un rite de manière valable, de se laver au moins les mains à l’eau claire. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’Eglise orthodoxe et l’Eglise catholique romaine accordent une si grande importance à l’eau bénite : il s’agit d’un héritage païen qui continue à irriguer notre société par-delà les sicèles, avec une telle force que la nouvelle foi elle-même a dû s’y conformer (les protestants évangéliques ne s’y trompent pas, la plupart rejettant ce « rite païen »).

Eau bénite

Bénitier à l’entrée de la basilique de Fourvières, à Lugdunum. Certaines choses ne changent pas !

Aujourd’hui, dans un monde entré dans l’Âge de Fer et qui nie toute dimension sacrée au Cosmos, se purifier avant un rite est d’autant plus important. Les souillure, ou miasmata pour reprendre le terme grec, sont absolument partout : dans la publicité omniprésente qui pollue notre inconscient (y compris par le biais des réseaux sociaux), dans les dégâts infligés à la Terre nourricière par le mode de vie occidental à chaque fois que nous nous déplaçons, utilisons un appareil électrique, mangeons un produit de l’industrie agro-alimentaire… Se purifier, c’est le meilleur moyen de nous reconnecter à la source première de notre tradition, pour rejoindre nos Ancêtres de l’Âge d’Or dans leur proximité avec les Dieux. Ceci s’applique à tout païen de tradition européenne, qu’elle soit celtique, slave, germano-scandinave, etc. La grande question est de savoir comment s’y prendre, puisque nous ne connaissons pas toujours avec précision les gestes et les mots des anciens.

Yggdrasill manusrit

L’arbre Yggdrasill, manuscrit AM 738 4to (Islande, env. 1680)

Le plus important est clairement de se laver les mains, comme le soulignent toutes les sources grecques et romaines (des descriptions de l’Iliade aux fragments des Purifications d’Empédocle : c’est une coutume nommée khernips en grec ancien). Le mieux est de le faire « à l’eau claire », c’est-à-dire en versant l’eau sur l’une puis l’autre main, sans les plonger dans le récipient pour le ne pas en souiller le contenu (en intérieur, une bassine placée sous les mains sert à recueillir l’eau pour la remettre à la terre : ne la laissez pas s’écouler dans les canalisations). On peut ensuite aussi s’asperger le front également, en versant d’abord de l’eau dans une main.

L’eau devrait être de l’eau de source, si possible puisée directement à une source de votre terroir et stockée à côté de votre autel (ce qui vaudra mieux que de l’eau en bouteille plastique vendue par des multinationales). Certains y ajoutent du sel, élément purificateur ; ou, comme les Grecs, y éteignent un morceau de bois enflammé, geste qui a aussi l’avantage de rappeler la cosmogonie druidique (« Ces druides, et d’autres comme eux, professsent que […] un jour pourtant régneront seuls le feu et l’eau », Strabon, Géographie, IV, IV, 4, trad. Cougny) et scandinave (le grand arbre Yggdrasill, au pied duquel coulent trois sources, relie les neuf mondes qui composent l’Univers, lui-même né de la rencontre entre la glace de Niflheim et le feu de Muspelheim).

On peut imaginer se laver les mains sans paroles, mais on sait qu’il était important pour les anciens d’utiliser des formules consacrées pour chaque geste rituel. D’une part parce que notre religion est ce qui relie les hommes aux dieux et les hommes entre eux, et que les hommes communiquent par la parole. D’autre part parce que l’usage de formules antiques nous permet de nous connecter avec nos Ancêtres, qui sont nos guides pour renouer avec les Dieux en notre période troublée. Et, pour finir, il ne faut pas oublier que, lorsque nous parlons en français ou dans toute autre langue indo-européenne, nous utilisons la langue des *Deywós, des dieux célestes et lumineux. Ce n’est pas le cas dans les autres familles de langues. En proto-sémitique, la racine *?-L, qui a donné Allah en arabe et Elohim en hébreu, était aussi utilisée pour dire « fort, puissant, seigneur, magistrat ». Le mot chinois pour désigner les dieux, shén, signifie dans d’autres langues apparentées « esprit, âme » en insistant sur le côté invisible et immatériel de la chose. En Afrique, chez les Yorubas, une Divinité est un òrìṣà, c’est-à-dire une « tête choisie » pour être un intermédiaire du dieu suprême Olorun (òrì, qui se traduit par « tête », signifie aussi la conscience et la destinée de chaque personne ; c’est un concept très riche mais impossible à traduire réellement dans une langue et une mentalité européenne).

Chaque famille de langue porte dans sa tradition une conception bien particulière du divin, et, par la parole, nous ancrons notre spiritualité dans un héritage indo-européen qui donne son vrai sens à nos pensées et à nos actes. Nos Divinités ne sont ni des maîtres dont nous sommes les esclaves, ni une infinité d’entités mystérieuses et invisibles qui sont disséminées un peu partout. Ce sont, comme le soleil, à la fois une métaphore des cycles cosmiques, une source de vie et de réconfort, des points de repère pour s’orienter, et une lumière qui nous permet de percevoir le monde qui nous entoure.

Hands scooping water from stream

Pour en revenir à notre sujet, quelles paroles pouvons-nous donc dire lorsque nous nous lavons les mains à l’eau claire avant un rite ? On peut trouver en Inde une courte prière répondant directement à cet usage, dans l’Atharva Veda. Plus récent de quelques siècles que les hymnes du Rig Veda, l’Atharva Veda est une compilation de formules magiques qui remonterait tout de même à 3000 ou 3500 ans, ce qui reste plus ancien de quelques siècles que les poèmes d’Homère et d’Hésiode, qui sont les plus vieilles sources dont nous disposions en Europe. Puiser dans l’Atharva Veda, c’est donc certes prendre notre inspiration en Inde, mais à une époque où il existe encore peu de différences avec l’Europe, une époque si ancienne que les Baltes et les Slaves, ou les Gaëls et les Britons, commencent seulement à parler des langues différentes et pas seulement des dialectes éloignés d’une même langue. Nous pouvons donc prononcer ces mots en faisant couler l’eau claire sur nos mains :

QUE L’EAU IMMACULÉE LAVE  L’IMPURETÉ,

PURGE, ET ACTES MAUVAIS, ET MAUVAISES PENSÉES.

DE VOS YEUX BIENVEILLANTS, EFFACEZ NOS SOUILLURES,

EAUX RUISSELANT SUR NOUS AVEC DE BONS AUGURES !

(Adapté de l’Atharva Veda, XVI, 1.10-13, trad. Ralph T.H. Griffith)

Il est évident, et plusieurs textes grecs abordent le sujet, que cette purification ne nous lave pas des fautes graves (parjure, meurtre, manquement à l’hospitalité en tant qu’hôte ou en tant qu’invité, profanation d’un lieu consacré). De même, il est important, quand on accompagne le bon geste (se laver les mains) par la bonne parole (la formule ci-dessus), d’y joindre aussi la bonne pensée, c’est-à-dire une pensée tournée vers les Divinités, exempte de colère et d’orgueil, mais aussi de crainte superstitieuse et de soucis du quotidien.

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Une prière d’offrande aryenne

Le zoroastrisme est une religion monothéiste issue d’une réforme du paganisme originel des anciens iraniens, ou Âryas (les nobles) dans leur propre langue. Son texte liturgique, le Yasna (« rituel ») comporte des parties écrites dans une langue plus ancienne, le vieil avestique, qui présente de nombreuses similitudes avec le sanskrit, mais aussi d’autres langues indo-européennes anciennes (grec ancien, latin, et ce qu’on peut reconstituer du proto-germanique, proto-celtique, et proto-balto-slave).

Zoroastrisme

L’une de ces parties est le Yasna Haptanghaiti, ou « rite des sept chapitres », qui semble être le noyau primitif du rite zoroastrien, et incorporer des formules en usage avant la réforme monothéiste. En voici une adaptation en français, qui s’applique finalement très bien aux paganismes européens dont les textes liturgiques n’ont pas été conservés :

Nous vous honorons, Généreux Immortels,
Par l’ensemble de ces paroles sacrées,
Et nous sacrifions aux sources,
Ainsi qu’aux gués des rivières,
Aux embranchements des routes,
Et aux croisées des chemins.

Et nous sacrifions aux collines
D’où s’élancent les torrents,
Et aux lacs qui débordent d’eau,
Et au blé qui emplit les champs.
Nous sacrifions aux sages d’antan,
Et aux Dieux qui les ont instruit.

Nous sacrifions à la Terre et au Ciel,
Au vent tumultueux né des Dieux,
Au sommet de la montagne sacrée,
A ce pays et à tout ce qui est bon,
Et nous adorons les âmes des héros,
Qui festoient avec le Roi des Dieux.

Nous sacrifions la boisson divine,
Cet or liquide qui chasse la mort,
Au torrent des eaux primordiales,
Au vol prophétique des oiseaux,
Au crépitement du feu rituel,
Et à tous les Généreux Immortels !

Ce qui n’est pas sans évoquer un témoignage d’un historien byzantin du VIe siècle concernant le peuple germanique des Alamans avant leur christianisation :

« Ils adorent certains arbres, l’eau des rivières ou des fleuves, les collines, les montagnes et les vallées. […] Ils s’imaginent ainsi faire acte de piété. » (Agathias de Myrina, Histoires, livre I)

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Stoïcisme Nordique du Lundi Matin (n°2)

La même sagesse infuse une nouvelle fois la pensée germano-scandinave et gréco-romaine. Le Chat Poron se joint dont à l’empereur Marc-Aurèle et au dieu Odin en postant avec un peu d’avance ce deuxième épisode.

« Le matin, quand tu as de la peine à te lever, voici la réflexion que tu dois avoir présente à l’esprit : « Je me lève pour faire mon œuvre d’homme ; je vais remplir les devoirs pour lesquels je suis né et j’ai été envoyé en ce monde. Pourquoi donc faire tant de difficultés ? Ai-je été créé pour rester ainsi chaudement sous des couvertures ?

— Mais cela me fait plus de plaisir !

— Es-tu donc né pour le plaisir uniquement ? N’est-ce pas au contraire pour toujours travailler et toujours agir ? Ne vois-tu pas que les plantes, les oiseaux, les fourmis, les araignées, les abeilles concourent, chacune dans leur ordre, à l’ordre universel ? Et toi, tu refuserais d’accomplir tes fonctions d’homme ! Tu ne t’élancerais pas avec ardeur à ce qui est si conforme à ta nature !

— Mais, diras-tu, il faut bien que je me repose.

— D’accord ; le repos est nécessaire ; mais la nature a mis aussi des bornes à ce besoin, comme elle en a mis au besoin de manger et de boire. En cela pourtant, tu vas au-delà des bornes, et tu dépasses ce qu’il te faut. Au contraire, quand tu agis, tu n’en fais pas autant ; et tu restes en deçà de ce que tu pourrais faire. Cette négligence tient à ce que tu ne t’aimes pas sérieusement toi-même ; car autrement tu aimerais ta nature. Ceux qui aiment réellement l’art spécial qu’ils cultivent se dessèchent sur les ouvres que cet art leur inspira, oublieux du boire, oublieux du manger. Et toi, tu apprécies ta propre nature moins que le tourneur n’apprécie l’art du tour, moins que le danseur n’apprécie l’art de la danse, moins que l’avare n’apprécie son argent, ou le glorieux, sa vaine gloire : quand tous ces gens-là sont à leur ardeur labeur, ils songent moins à manger ou à dormir qu’à avancer l’œuvre dont ils s’occupent si passionnément. Et toi, tu trouves les devoirs que la société impose à ses membres moins importants et moins dignes de tes soins ! »

(Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même, livre V, I, trad. Barthélémy Saint-Hilaire).

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Et du côté scandinave, donc :

« Il doit se lever tôt, celui qui cherche vengeance,

Ou voudrait les possessions d’un autre.

Le loup qui se repose attrapera peu de viande,

Et l’homme qui dort aussi peu de succès.

Il doit se lever tôt, celui dont les ouvriers sont peu,

Afin de se mettre de lui-même à son ouvrage.

Beaucoup reste inachevé pour le lève-tard,

Car l’entrain est une richesse à moitié gagnée. »

Odin (Havamal, 58-59, trad. Chat Poron d’après H. A. Bellows)

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Les vraies caractéristiques de la spiritualité germanique résurgente (B. Linzie)

Traduction de la partie 4.4 de l’essai « Germanic spirituality » de Bil Linzie, un des théoriciens et premiers pratiquants du reconstructionnisme germano-scandinave aux Etats-Unis. Vous pouvez trouver un résumé de cet essai de 50 pages, et un lien pour le télécharger en entier dans sa version originale en anglais, ici, la traduction de l’introduction , et la traduction des parties 4.1 , 4.2 et 4.3 en cliquant dessus.

Recréer la vision du monde germanique, et la conscience du réseau de relations que cela implique, est un projet auquel s’attèlent en ce moment même un grand nombre de personnes et même quelques groupes. Aujourd’hui, et encore davantage à l’avenir, ces gens seront traités comme des « intégristes » par la plupart… mais pourtant, ils continuent à progresser dans leur démarche, et deviennent même de plus en plus nombreux. D’autres, qui se sont « convertis à l’Asatru » dans le seul but de justifier et promouvoir des opinions politiques basées sur la ségrégation ou le suprémacisme blanc, ont aussi beaucoup de reproches à faire à ceux qu’ils qualifient de « fondamentalistes » ou de « passéistes », mais les deux principaux sont ceux-ci : 1) une absence de dogmatisme, qui pousse les reconstructionnistes à remettre en question toutes les idées qu’on leur propose, en particulier des théories archéologiques dépassées ou pseudo-scientifiques, 2) un refus de blâmer les « autres » (en particulier « les autres races ») pour tous les problèmes du monde. Quoi qu’il en soit, la résurgence de la spiritualité germanique a commencé, et son retour sera inéluctable tant qu’aux moins certains refuseront de dévier le cap dans l’une ou l’autre des directions.

Sachant que la culture, et en particulier le contexte culturel général, est parmi les premières choses qu’un enfant apprenne dans sa vie, il pourrait être prudent que ce soit aussi la première chose qu’on recommande aux nouveaux adhérents. A l’heure actuelle, dans la plupart des groupes et associations, apprendre comment participer à (puis mener) un blot et un symbel est la priorité n°1, tandis que les aspects culturels sont considérés comme peu importants, et se limitent à des éléments en pièces détachées (tel ou tel mythe, tel ou tel fait historique, etc) plutôt que de s’intéresser à la vision du monde globale qui relie ces éléments et les a même façonnés. Si c’était le cas, l’Asatru ne serait plus sujet à des emprunts constants (comme nous l’avons vu précédemment), et la plupart des emprunts datant de la période d’indifférenciation avec la Wicca auraient déjà été mis de côté. On l’a dit ci-dessus, la cérémonie religieuse est une expression de la culture dans un contexte donné : la spiritualité germanique consiste à avoir le bon comportement dans ce même contexte, donc il semblerait raisonnable que la compréhension de la culture précède tout cela.

La spiritualité, donc, est ce qui détermine les expressions de la religion. C’est par l’interaction avec les communautés et familles concernées que les éléments acquièrent un sens, et ces éléments sont alors ce qui permet à la religion de s’exprimer. Tracer un cercle magique façon Wicca au début d’un blot n’a aucun sens dans notre culture, autre que celui d’être un élément emprunté et étranger. D’un autre côté, l’auteur connaît un seidhman [NdT : un pratiquant du seidhr, une forme de magie germanique] qui pratique des cérémonies de soins où il utilise un lasso, qu’il a trouvé par terre lors d’une de ses longues expéditions dans le désert où il ramasse ses herbes médicinales. Il dit que le lasso aide à protéger et maintenir en place l’esprit du patient pendant qu’il est soigné. La communauté où cette pratique a lieu est située dans le Sud-Ouest des Etats-Unis, où il est encore courant de faire un cercle de corde autour des dormeurs pour empêcher les serpents à sonnette d’approcher. Cette corde, parce qu’elle est utilisée de cette manière, dans cette communauté, et parce que le guérisseur l’a trouvée de cette manière, a acquis un sens – parce qu’elle s’intègre et interagit réellement avec le contexte culturel du groupe. C’est tout à fait normal que des groupes Asatru de Hawaii ou de Floride [NdT : ou de France] « acquièrent » ainsi localement des plantes, des fruits, des animaux, des poissons, et ainsi de suite, d’une manière similaire.

Quelle est la différence entre « acquérir » et « emprunter », alors ? Une des justifications favorites des adeptes du New Age accusés de bidouiller avec l’Asatru est : « Bah, si l’Asatru avait survécu de manière ininterrompue au fil des siècles, il aurait évolué aussi ! ». Le problème avec cet argument est pourtant évident. La personne est accusée de prendre un élément qui a un sens bien particulier dans un contexte donné, et de le transférer tel quel dans un autre contexte où il n’a aucun sens. Les mots clés sont « évoluer » et « adapter ». Ces deux mots sous-entendent que les éléments ont acquis un sens en interagissant avec l’Asatru. Prendre des éléments d’une cérémonie et les faire entrer par effraction dans un contexte germanique revient à court-circuiter complètement les processus de mise en contact, d’interaction, puis d’intégration, qui auraient eu lieu si cela s’était produit de manière naturelle. L’imitation n’est pas beaucoup mieux. La culture, dans une situation d’emprunt, s’exprime forcément d’une manière ou d’une autre en influençant lourdement les personnes aux commandes, de sorte que cela donne quasi-systématiquement de la Wicca superficiellement scandinavisée, ou du christianisme superficiellement scandinavisé, ou du bouddhisme superficiellement scandinavisé, etc. Quand c’est le cas, le processus de reconstruction devient impossible, est purement et simplement remplacé par un processus d’homogénisation avec les modes religieuses du moment [NdT : sous couvert, comme on l’a vu, d’être une « interprétation personnelle », puisque les envies et besoins de la personne prennent source dans un imaginaire intégré à la culture dominante].

Si l’Asatru, en tant que religion résurgente, veut continuer à assumer son destin propre plutôt que d’être un satellite du New Age, ses membres devront avoir des limites claires entre ce qui est Asatru et ce qui ne l’est pas. On devra nécessairement formuler des jugements, et, comme par le passé, passer outre les sentiments de certaines personnes. Les pratiquants, comme ceux des religions traditionnelles amérindiennes, devront sûrement un jour refuser la présence de certaines personnes qui voudront seulement imiter et s’approprier certains aspects sans jamais essayer de comprendre quoi que ce soit hors de leur cadre de pensée. Mais ils devront aussi commencer à remettre en question tout ce qui a été emprunté de manière non-pertinente (pratiques, formules, objets, idées), et prendre la décision de revenir sur ces emprunts, sans hésiter à écarter ce qui est clairement incompatible. Pour guider ces nécessaires débats, voici une proposition de neuf lignes de conduite :

  1. Accepter que l’Ásatrú en tant que vision du monde est probablement complète (même si pas encore totalement bien interprétée) et se tient à elle seule.
    2. Accepter que l’Ásatrú en tant que religion est l’expression de la culture sous-jacente.
    3. La spiritualité Ásatrú est fondée sur une interaction avec le monde réel d’une façon qui conforte le bien-être de la famille et de la communauté.
    4. « La récompense finale » [après la mort] est directement liée aux souvenirs qu’on laisse derrière soi après sa mort.
    5. La famille est la plus petite unité définie dans l’Ásatrú. L’individualisme radical est un concept à la fois étranger et moderne.
    6. La communauté géographique est la dernière ligne de défense pour la famille et, même si elle est « mixte », elle toujours être traitée avec respect.
    7. La terre sur laquelle repose la communauté géographique est sacrée.
    8. La communauté est naturellement divisée en trois classes et chacune des classes doit honorer (‘worship’ ) de façon appropriée – la prière individuelle adressée directement aux dieux est un emprunt à la chrétienté fait il y a mille ans. Les Ancêtres, les Esprits du terroir, les Esprits de la demeure, doivent retrouver leur juste place [NdT : de premiers interlocuteurs et, si besoin, d’intermédiaires].
    9. Il faut développer de nouvelles acquisitions :
    – qui ont une signification locale,
    – qui ne sont pas empruntées telles qu’elles à une autre vision du monde,
    – qui sont cohérentes avec la vision germanique du monde.
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Deux textes authentiques sur l’oracle runique

Sur internet, la divination runique est le royaume des fantaisies personnelles et de l’ésotérisme judéo-chrétien. Le prétexte en est bien souvent que, comme « on a aucune source écrite », il faudrait soit 1) tout réinventer, soit 2) faire confiance aveuglément à des gourous, qui descendraient d’une lignée de sorcières top secrète, ou auraient une révélation cosmique  (et souvent des bouquins à vendre, qui comme par hasard correspondent parfaitement aux attentes consuméristes du public visé). Naturellement, cela ouvre la porte aux sceptiques, qui s’appuient sur quelques universistaires hyper-critiques pour dire que la divination runique est une fumisterie qui n’a jamais existé.

Par chance, nous disposons de quelques textes authentiques sur l’oracle runique dans les traditions germano-scandinaves. Le premier exemple est de Tacite, auteur romain du Ier siècle qui décrit les coutumes des Germains.

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Une interprétation contemporaine par Aranna Renard

« Il n’est pas de pays où les auspices et la divination soient plus en crédit [qu’en Germanie]. Leur manière de consulter le sort est très simple : ils coupent un rameau à un arbre fruitier, et le divisent en plusieurs morceaux qu’ils marquent de différents signes, et qu’ensuite ils jettent pêle-mêle sur une étoffe blanche. Immédiatement, le prêtre de la communauté si c’est une consultation publique, le père de famille lui-même si c’est une affaire privée, invoque les Divinités, et, regardant le ciel, il lève trois morceaux, et fait son pronostic d’après le signe dont ils sont empreints. Si le sort veut qu’on s’abstienne, on ne consulte plus de tout le jour sur la même affaire ; s’il permet d’agir, on exige encore que les auspices confirment sa réponse : car on sait aussi, chez ces peuples, interroger le chant et le vol des oiseaux. »

Tacite, la Germanie, X (trad.du Chat Poron, d’après J.-L. Burnouf, 1859, les Editions du Porte-Glaive, 1990, et New Northvegr Center, 2015).

Ensuite, concernant le fait de discuter à tort et à travers de ce type de pratiques ésotériques, et pire encore de les monnayer sur internet, l’avis d’Odin à ce sujet nous est bien connu :

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Odin (Lindby, ère viking)

« Quand tu as essayé
De suivre la trace des runes,
Celles que les Puissances
Firent pour les Divinités,
Et qu’a colorées l’Immense Chantre,
Il vaut mieux rester silencieux. »
Havamal, 80 (trad. du Chat Poron, d’après H.A. Bellows, B. Thorpe, et Y. Kodratoff)

C’est cette strophe qui sera la ligne directrice du blog en matière d’articles sur les runes. Le commentaire d’Yves Kodratoff à ce sujet est d’ailleurs plein de bon sens :

« Cela ne contredit-il pas l’autorisation de transmettre des connaissances ? Non, parce qu’il y a d’autres façons que verbales de transmettre des connaissances et ces autres modes de communication sont les plus sages. Vous allez me dire que j’ai fait un livre sur les runes, moi aussi. Si vous le lisez, vous verrez que je me contente de rétablir des connaissances qui ont été étouffées par l’immense brouhaha qui accompagne maintenant l’usage des runes. Je ne dis jamais comment les utiliser, ce qu’on me reproche, mais vous connaissez maintenant la raison de ma discrétion.« 

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Païens « identitaires » et « universalistes » : un point de vue traditionnel

« Universaliste » ou « identitaire«  ? La question inquisitrice semble devenue incontournable dans le néopaganisme américain, et se répandre en Europe – sans même qu’on prennne le temps de savoir si tout le monde est d’accord sur la définition de ces mots, et y compris dans un cadre se voulant apolitique. Voici donc le point de vue de Robert L. Schreiwer, responsable de l’Urglaawe (« antique croyance », communauté païenne tribaliste, basée sur l’héritage des Deitsch, les Germano-américains de Pennsylvanie). Il est également cadre de l’association américaine The Troth (principale association Asatru du pays ne se revendiquant pas comme identitaire) et rédacteur à Wild Hunt (site d’information païen fortement engagé contre les discriminations raciales).

 

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Robert L. Schreiwer, responsable religieux Deitsch

C’est un débat que j’essaye fermement d’empêcher de contaminer l’Urglaawe. Partout où il passe, la division s’ensuit, et les extrêmes mènent la danse. Nous avons notre propre coutume et notre propre chemin, issu de la réalité engendrée par les premiers migrants allemands qui passèrent d’un continent à l’autre et commencèrent à interagir, échanger, et parfois se métisser avec des tribus indigènes, et aussi avec des colons gallois. Nous définissons nos communautés sur la base de valeurs partagées, de l’amitié, et du frith [NdT : terme intraduisible dans les langues latines, mais qui correspond à l’harmonie sociale conformément à la tradition]. Notre point de vue est celui de la culture germano-américaine, mais il n’est pas besoin d’être un Germano-américain pour prendre part à la communauté de l’Uglaawe. Nous ne  sommes, également, pas « universalistes », parce qu’il y a beaucoup de gens (de toutes les origines ethniques) qui ne sont pas prêts à se séparer du point de vue monothéiste.

La sagesse semble être, pour éviter des conflits internes qui ne font qu’encourager à la radicalisation de chaque camp, écraser le débat (syndrome de la « barricade à deux côtés »), et mener à des exclusions à tout va, de suivre ce tiers chemin.

Nos traditions païennes, parce qu’elles sont basées sur une pratique commune et pas sur une pensée commune, nous permettent de faire vivre ensemble nos coutumes sans partager les mêmes opinions politiques. Parce qu’il y a trop à faire pour perdre du temps en chamailleries : bâtir à nouveau des sanctuaires, restaurer nos grandes fêtes sacrées avec leurs danses et leurs jeux, faire vivre les valeurs fondamentales que sont la protection de la Nature, les lois de l’hospitalité, et le respect de la parole donnée.

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Autel Deitsch à Frau Holle, avec un Irminsûl, la forme germanique de l’Arbre-Monde Yggdrasill (source : The Troth)

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A Brigid la Victorieuse

Brigantia

« Victorieuse Brigid,
Gloire du clan,
Soeur du Roi Céleste,
Noble dame,
Menace des parjures,
Torche rayonnante.
Jusqu’au ciel béni,
Nourrice des Celtes,
Confort des invités,
Étincelle de sagesse,
Fille du Bon Dieu,
Dame fière,
Victorieuse Brigid,
Vie de tous les vivants ! »

Adaptation de « Brigit Búadach » à partir de deux traductions anglaises de l’original en vieil irlandais (Dánta Ban: Poems of Irish Women Early and Modern – A Collection par P. L. Henry, 1992 ; The Field Day Anthology of Irish Writing, vol. 4, par Angele Bourke, 2002).

Notez la parfaite correspondance de cette victorieuse Brigid irlandaise avec la Dea Brigantia Victoria attestée par une inscription du IIe siècle sur le territoire du peuple breton des Brigantes. Cette même Brigid irlandaise est patronne du feu du foyer, des l’inspiration poétique, et du brasier de la forge ; or César précise que chez les Gaulois, « Minerve transmet les rudiments des techniques et des arts » (Commentaire sur la Guerre des Gaules, VI, 17). Le nom de Brigantia se retrouve aussi dans la toponymie continentale, de Bregença au Portugal à Bregenz au bord du lac de Constance, en passant par Briançon dans l’actuel département des Hautes-Alpes.

On est donc bien ici en présence d’une divinité pan-celtique, dont les principales attributions sont : les arts et techniques, le feu sacré du foyer, et la victoire au combat.

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Un charme celtique contre le mauvais oeil

La Carmina Gadelica est un recueil de prières et incantations collectées dans l’Ecosse gaélique par le folkloriste Alexander Carmichael, entre 1860 et 1909. Il est parfois nécessaire de décrypter l’interpretatio christiana pour avoir un aperçu du sortilège païen originel. Ici, ce n’est même pas le cas, tout a juste été traduit au plus près, dans la mesure où les nuances de langue poétique gaélique pouvaient s’exprimer en français moderne. Le titre originel est Eolas a bheum shula, ce qui signifie mot-à-mot « le savoir-par-l’expérience de frapper l’oeil » et que Carmichael traduisit par « Exorcism of the eye« .

 

COMMENT CHASSER LE MAUVAIS OEIL

Je chevauche l’œil,
Comme le canard chevauche le lac,
Comme le cygne chevauche l’eau,
Comme l’étalon chevauche la plaine,
Comme la vache chevauche la prairie,
Comme l’armée des éléments chevauche,
Comme l’armée des éléments chevauche.

La force du vent, je l’ai sur lui,
La force du courroux, je l’ai sur lui,
La force du feu, je l’ai sur lui,
La force du tonnerre, je l’ai sur lui,
La force de l’éclair, je l’ai sur lui,
La force de la tempête, je l’ai sur elle,
La force de la lune, je l’ai sur elle,
La force du soleil, je l’ai sur lui,
La force des étoiles, je l’ai sur elles,
La force du firmament, je l’ai sur lui,
La force des cieux et des mondes,
Je l’ai sur eux-mêmes,
La force des cieux et des mondes,
Je l’ai sur eux-mêmes.

Un tiers de ceci sur les pierres grises,
Un tiers de ceci sur les collines escarpées,
Un tiers de ceci sur les cascades galopantes.

Un tiers de ceci sur les jolis prés,
Un tiers de ceci sur le sel de la grande mer,
Elle est le meilleur contenant pour ceci,
Le sel de la grande mer,
Le meilleur contenant pour ceci.

Au nom de la Triade des Éléments,
Au nom des Trois consacrés,
Au nom de tous les Secrets,
Et de toutes les Puissance assemblées.

 

Ex-voto oculaire

Ex-voto oculaire, trouvé au sanctuaire à la déesse Sequana aux sources de la Seine (Côte-d’Or)

Une vraie tradition celtique, donc, à mille lieues des fariboles néodruidiques telles que les triades du franc-maçon et faussaire Edward Williams (dit « Iolo Morganwg »).

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