La spiritualité germanique : introduction (par Bil Linzie)

Début de la traduction de l’essai « Germanic spirituality » de Bil Linzie, un des théoriciens et premiers pratiquants du reconstructionnisme germano-scandinave aux Etats-Unis. Vous pouvez trouver un résumé de cet essai de 50 pages, et un lien pour le télécharger en entier dans sa version originale en anglais, ici.

Le paganisme germanique a connu une forte croissance au cours des dernières décennies. Les nouveaux arrivants proviennent de milieux philosophiques et religieux très différents : athéisme, bouddhisme, différents mouvements New-Age (dont principalement la Wicca), et toutes sortes de variantes du christianisme. Chacun d’entre eux, évidemment, vient au paganisme pour différentes raisons, mais la plus commune est de « vouloir retrouver ses racines ». De plus, une part grandissante de la population ressent une sorte de mal-être ou d’insatisfaction qui les pousse à chercher le « petit quelque chose » qui donnera du sens à leur existence. Les cours de yoga et autres stages de méditation voient leurs prix s’envoler face à la demande. Certaines familles dépensent jusqu’à mille euros de livres sur le bien-être et le développement personnel, dans l’espoir de trouver une certaine sérénité mentale. D’autres sont prêts à abandonner le cadre religieux où ils ont été éduqués pour n’importe quel autre système qui leur apportera davantage de satisfaction personnelle. Rien de tout cela n’est pointé du doigt avec la moindre méchanceté : le besoin d’une vie spirituelle cohérente est si important que ceux qui sont engagés dans ce type de démarche sont souvent prêts à tout pour y parvenir.

Le reconstructionnisme germanique provient du même type de recherche. Ses débuts furent tout à fait humbles. A la fin des années 60, à « l’Aube de l’Ere du Verseau », une pléthore de petites religions alternatives et de voies spirituelles se sont développées dans les traces de gurus médiatisés. Mahareeshi Yogi Mahesh avait converti assez de gens à la « Méditation Transcendantale » pour créer une micro-nation (avec des célébrités comme John Lennon, George Harrison ou Carlos Santana) qui possédait de petits bureaux où on pouvait acquérir son mantra personnel, une robe jaune safran standardisée et un bol à offrandes. Carlos Castaneda venait juste de publier son très populaire et controversé livre sur Don Juan, et ceux qui n’étaient pas adeptes de gurus asiatiques préféraient jouer aux Amérindiens. En fait, à cette époque, on avait l’impression que chaque culture sur notre planète avait un héritage spirituel, à l’exception des Européens, ceux-ci ayant cédé leurs droits spirituels en échange d’une société industrielle qui ne rendait des dividendes qu’en pièces et en billets.

La Wicca fut un mouvement en pleine croissance entre 1967 et le milieu des années 70, mais l’Asatru (c’est ainsi qu’une partie du reconstructionnisme germanique fut nommée à partir de 1973) était juste un doute dans l’esprit de plusieurs personnes curieuses qui se disaient : « Avec toutes ces recherches spirituelles, pourquoi est-ce que personne n’a l’air de se demander qui nous sommes vraiment et d’où nous venons ? ». Plutôt que de se jeter sur la littérature New Age (clairement orientée vers la science-fiction et l’heroic fantasy), ces gens ouvrirent des livres d’Histoire et redécouvrirent leurs propres racines. Ils se réapproprièrent leur héritage malmené et décidèrent de le restaurer et de le polir jusqu’à ce que, en 1974, des Américains et des Islandais annoncent presque simultanément que le paganisme germanique était une voie spirituelle viable, actuelle, et pertinente.

[…]

Au début, rendre leur juste place aux divinités germaniques semblait relativement simple. Les prières étaient essentiellement personnelles et improvisées, les offrandes consistaient en une giclée de bière ou un morceau de nourriture. Mais rapidement, alors que l’Asatru se mit à concerner de plus en plus de gens, on souhaita se rassembler lors de certaines dates spéciales. La cérémonie (le blot) était assez simple à imaginer d’après les sources écrites (Eddas et sagas), mais le calendrier, c’était une autre affaire. On considère généralement que seules trois dates sont explicitement présentes dans les sagas (le début de l’hiver vers mi-octobre, le milieu de l’hiver vers fin décembre, et le début de l’été vers fin avril) ; mais comme la Wicca était encore à l’époque considérée par beaucoup comme une tradition païenne ininterrompue d’Europe du Nord, on adopta la fameuse « roue de l’année » de la Wicca avec ses huit sabbats. Ce type d’emprunt était considéré comme cohérent et légitime pour deux raisons : 1) tout le monde savait que ces fêtes venaient de la Wicca, 2) la Wicca était considérée comme une source fiable sur les traditions païennes européennes, ayant été mieux conservée et transmise que les coutumes germaniques. On remplaça donc simplement les noms par d’autres qui sonnaient plus germaniques, et le tour était joué (cf. le tableau ci-dessous, publié par Stephen McNallen de l’Asatru Free Assembly en 1975).

Calendrier wiccan

Au cours des années 80, les gens continuèrent d’affluer vers l’Asatru. Mais il y avait une grande différence : ils ne savaient pas ce que les refondateurs avaient délibérément emprunté ou adapté, ni à partir de quelles sources. En considérant cela en bloc comme un héritage spirituel issu de l’Antiquité, alors qu’il s’agissait souvent de solutions provisoires à court terme (par exemple, quand et comment se rassembler), ils ont souvent préféré bâtir sur des fondations douteuses plutôt que de les remettre en question. Cela n’a d’ailleurs pas été sans créer de problèmes avec ceux qui voulaient reprendre ces bases afin qu’elles soient réellement traditionnelles.

Cet essai comporte 4 parties :

  • 1) L’introduction, que vous venez de lire,
  • 2) Les concepts qui concernent la compréhension de la cosmologie germanique,
  • 3) Les concepts qui concernent la pratique religieuse germanique,
  • 4) Les différences entre la spiritualité germanique et la spiritualité New Age

La troisième partie, en particulier, espère contribuer à ce que l’Asatru soit à la fois une pratique spirituelle viable et pertinente au XXIe siècle, et un mouvement à part entière qui ne soit pas une variante de la mode New Age.

(et ce sera donc cette quatrième partie qui sera bientôt traduite et publiée – vous m’excuserez de ce saut un peu brusque, je reviendrai sur les parties 1 et 2 plus tard si j’en ai le temps)

Publicités
Catégories : Anthropologie, Savoirs | Étiquettes : , , , , , , | 8 Commentaires

Navigation des articles

8 réflexions sur “La spiritualité germanique : introduction (par Bil Linzie)

  1. Est-ce que vous fêtez toujours la nuit de Walpurgis ?

    J'aime

    • Oui ! Les villages allemands sont encore fort nombreux à avoir leur Maibaum (arbre de mai) qui est maintenant un poteau au centre de la place du village. Quand approche la fin avril, on y met une couronne de fleur au sommet et on danse autour, comme le font aussi les Anglais de la campagne avec leurs rubans. Quant aux bûchers de la Walpurgis, ils font partie des plus grandes festivités dans les pays scandinaves. Chez les Islandais, c’est à cette date que débute la « belle saison » qui dure 6 mois.

      Aimé par 1 personne

  2. Pingback: L’importance du contexte dans la résurgence de la spiritualité germanique (par Bil Lizie) | Un Tiers Chemin

  3. Pingback: L’importance des faits historiques dans la résurgence de la spiritualité germanique (B. Linzie) | Un Tiers Chemin

  4. Pingback: L’importance de la réalité concrète dans la résurgence de la spiritualité germanique (B. Linzie) | Un Tiers Chemin

  5. Pingback: Conclusion : l’avenir de la spiritualité germanique (B. Linzie) | Un Tiers Chemin

  6. Pingback: Les vraies caractéristiques de la spiritualité germanique résurgente (B. Linzie) | Un Tiers Chemin

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :