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Stoïcisme Nordique du Lundi Matin (n°2)

La même sagesse infuse une nouvelle fois la pensée germano-scandinave et gréco-romaine. Le Chat Poron se joint dont à l’empereur Marc-Aurèle et au dieu Odin en postant avec un peu d’avance ce deuxième épisode.

« Le matin, quand tu as de la peine à te lever, voici la réflexion que tu dois avoir présente à l’esprit : « Je me lève pour faire mon œuvre d’homme ; je vais remplir les devoirs pour lesquels je suis né et j’ai été envoyé en ce monde. Pourquoi donc faire tant de difficultés ? Ai-je été créé pour rester ainsi chaudement sous des couvertures ?

— Mais cela me fait plus de plaisir !

— Es-tu donc né pour le plaisir uniquement ? N’est-ce pas au contraire pour toujours travailler et toujours agir ? Ne vois-tu pas que les plantes, les oiseaux, les fourmis, les araignées, les abeilles concourent, chacune dans leur ordre, à l’ordre universel ? Et toi, tu refuserais d’accomplir tes fonctions d’homme ! Tu ne t’élancerais pas avec ardeur à ce qui est si conforme à ta nature !

— Mais, diras-tu, il faut bien que je me repose.

— D’accord ; le repos est nécessaire ; mais la nature a mis aussi des bornes à ce besoin, comme elle en a mis au besoin de manger et de boire. En cela pourtant, tu vas au-delà des bornes, et tu dépasses ce qu’il te faut. Au contraire, quand tu agis, tu n’en fais pas autant ; et tu restes en deçà de ce que tu pourrais faire. Cette négligence tient à ce que tu ne t’aimes pas sérieusement toi-même ; car autrement tu aimerais ta nature. Ceux qui aiment réellement l’art spécial qu’ils cultivent se dessèchent sur les ouvres que cet art leur inspira, oublieux du boire, oublieux du manger. Et toi, tu apprécies ta propre nature moins que le tourneur n’apprécie l’art du tour, moins que le danseur n’apprécie l’art de la danse, moins que l’avare n’apprécie son argent, ou le glorieux, sa vaine gloire : quand tous ces gens-là sont à leur ardeur labeur, ils songent moins à manger ou à dormir qu’à avancer l’œuvre dont ils s’occupent si passionnément. Et toi, tu trouves les devoirs que la société impose à ses membres moins importants et moins dignes de tes soins ! »

(Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même, livre V, I, trad. Barthélémy Saint-Hilaire).

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Et du côté scandinave, donc :

« Il doit se lever tôt, celui qui cherche vengeance,

Ou voudrait les possessions d’un autre.

Le loup qui se repose attrapera peu de viande,

Et l’homme qui dort aussi peu de succès.

Il doit se lever tôt, celui dont les ouvriers sont peu,

Afin de se mettre de lui-même à son ouvrage.

Beaucoup reste inachevé pour le lève-tard,

Car l’entrain est une richesse à moitié gagnée. »

Odin (Havamal, 58-59, trad. Chat Poron d’après H. A. Bellows)

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Stoïcisme Nordique du Lundi Matin (n°1)

Salutations ! Voici la nouvelle rubrique du Chat Poron : le Stoïcisme Nordique du Lundi Matin. L’idée est simple : on sait tous que le lundi matin, c’est le lundi matin, avec tout ce que ça implique. Pour tenter de surmonter l’insurmontable, votre serviteur a deux méthodes : le Havamal (« Dit du Très Haut », un poème scandinave attribué au dieu Odin et qui est une suite de conseils donné à l’homme qui vise la sagesse, autrement dit au philosophe) ; et l’école gréco-romaine de la philosophie stoïcienne (fondée par Zénon en Grèce, et dont les principaux continuateurs seront l’esclave grec Epictète auteur du manuel du même nom, l’homme politique et écrivain romain Sénèque par les lettres à ses amis, et l’empereur romain Marc-Aurèle lui-même dans ses Pensées).

L’idée est donc, chaque semaine, de mettre en regard une ou deux strophes du Havamal (ou éventuellement un passage d’une saga scandinave) et un fragment de philosophie stoïcienne, qui comme vous pouvez les constater se rejoingnent souvent, à tel point que je m’aventurerais presque jusqu’à dire que le monde germano-scandinave païen était stoïcien, ou alors que les Stoïciens gréco-romains avaient tout simplement une mentalité germanique.

« Si quelque dieu te disait que tu mourras demain, ou si ce n’était demain, au plus tard après-demain, tu ne ferais pas grande différence de mourir le troisième jour au lieu de mourir le second, à moins que tu ne fusses de la plus insigne lâcheté. En effet, que serait un tel sursis ? Eh bien ! pense absolument de même que ce n’est pas grand état de mourir après de longues années, plutôt que demain. »
– Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même, livre IV, XLVI

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« La richesse meurt, les gens meurent,
Toi-même dans peu de temps tu périras,
Mais je sais une chose qui point ne meurt :
La renomée bien méritée de celui qui l’acquiert. »
– Havamal, 75 (trad. Chat Poron)

Comme Dubrinertos de la Claririère Garganioii nous le rappelle, le monde celte n’est pas en reste non plus, car la tradition orale irlandaise attribue cette phrase au héros Cuchulainn : « Ne serais-je au monde qu’un jour et qu’une nuit, peu m’importe, pourvu que restent après moi mon histoire et le récit de mes hauts faits. »

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DNH #24 : Le nouveau supplice de Tantale

Source : DNH #24 : Le nouveau supplice de Tantale

Le supplice de Tantale ressemble aux délices de l’internaute. Toutes choses sont sur son écran, mais aucune n’est réellement présente. Il croit que le monde est devenu plus petit, qu’il se déverse dans sa chambre, à portée de main, alors qu’il n’a jamais été aussi loin, et que ses doigts ne peuvent pas même saisir les touches de son clavier… […]

Le software nous cache le hard, et voici le plus hard, voici, derrière la pseudo-immatérialité technologique, sa matérialité la plus lourde : les minerais nécessaires à la fabrication de ses composants, et donc les mines, judicieusement délocalisées loin du cybersurfer, où des hommes, des femmes et des enfants travaillent dans des conditions auprès desquelles le « Voreux » de Germinal paraît une attraction de Disneyland. Et voici le plus beau : comme par hasard, parmi ces « minerais du sang », il en est un spécialement dédié à l’électronique, aux condensateurs de nos ordinateurs et nos téléphones mobiles, notamment, et qui s’appelle – je vous le donne en mille – le Tantale ! Celui-ci, dérivé du coltan, vient principalement de la région du Kivu, en République Démocratique du Congo, où des groupes armés tuent, pillent, violent depuis des années pour avoir le contrôle de l’extraction. En 2014, guerre et guérillas y avaient déjà fait pas moins de 6 millions de morts. […]

Bien sûr, ces informations, j’ai pu les obtenir via Google. La machine qui participe réellement au mal est aussi celle qui virtuellement le dénonce. Mais nous sommes comme des Tantale inversés : nous voyons les victimes de nos écrans sur nos écrans, et nos mains ne peuvent leur venir en aide.

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Non-violence et autodéfense chez Plotin

Les sociétés traditionnelles se posent généralement bien moins le problème de la violence que la société libérale. Le concept en lui-même est d’ailleurs rarement pensé en tant que tel, et encore moins moralement négatif, puisque la prédation et la compétition sont des interactions qui structurent les écosystèmes et les communautés.

Dans les cultures indo-européennes, largement diffusées par une aristocratie guerrière, le meurtre d’un hôte ou d’un animal sacré, le fratricide, le parricide, la profanation de lieux consacrés à des divinités pacifiques, enfreignent les traditions. Cela entraîne une souillure sur la personne qui a commis ces actes,  et un désordre qui doit être réparé au niveau cosmique.

Au contraire, la défense de sa communauté, de son héritage, de ses moyens de subsistance, sont des devoirs sacrés. La plupart des figures divines ou héroïques combattent et triomphent ainsi de nombreux adversaires (Akhilleus qui aquiert la « renommée intarissable », kleos aphthiton, formule qu’on retrouve aussi en sanskrit ; Sigurd qui tue le dragon Fafnir ; Cùchulainn qui affronte seul les ennemis de son peuple ; etc). Aujourd’hui encore, il semble normal de qualifier de « héros » quelqu’un qui, par exemple, empêche un viol. Sauf pour certains fonctionnaires du système judicaire. Comment en est-on arrivés là ?

En Europe, c’est surtout le christianisme qui soulèvera ce « problème de la violence » en conseillant de « tendre l’autre joue ». En mal de justification philosophique, les Galilléens jouèrent sur le fait que Platon, et les écoles néoplatoniciennes qui en sont héritières,  usent du terme « Dieu » (Theos) pour désigner l’ensemble de la puissance divine du cosmos. On a ainsi fait de ces écoles une pensée ascétique, coupée du monde, et parfois-même dogmatiquement non-violente. Pourtant, un des derniers grands auteurs néoplatoniciens et païens, Plotin, nous explique en quoi le vertueux a non seulement le droit, mais aussi le devoir, de se défendre des moins vertueux (Ennéades, III, 2, 8 ; trad. Bouillet) :

Il nous reste à expliquer comment les choses sensibles sont bonnes et participent de l’Ordre, ou du moins comment elles ne sont pas mauvaises.

 

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Plotin

Dans tout animal, les parties supérieures, le visage et la tête, sont les plus belles ; les parties moyennes et les membres inférieurs ne les égalent pas. Or, les hommes occupent la région moyenne et la région inférieure de l’univers. Dans la région supérieure se trouve le ciel avec les dieux qui l’habitent : ce sont eux qui remplissent la plus grande partie du monde, avec la vaste sphère où ils résident. La terre occupe le centre et semble faire partie des astres. On s’étonne de voir l’injustice régner ici-bas, parce qu’on regarde l’homme comme l’être le plus vénérable et le plus sage de l’univers. Cependant, cet être si vénérable ne tient que le milieu entre les dieux et les bêtes, inclinant tantôt vers les uns, tantôt vers les autres.

Certains hommes ressemblent aux dieux, d’autres ressemblent aux bêtes : mais la plupart tiennent le milieu entre les deux natures. C’est à ceux qui occupent cette place moyenne que les hommes dépravés, qui se rapprochent des bêtes féroces, font subir leurs rapines et leurs violences. Quoique les premiers vaillent mieux que ceux dont ils subissent les violences, ils sont cependant dominés par eux parce qu’ils leur sont inférieurs sous d’autres rapports, qu’ils manquent de courage et qu’ils ne se sont pas préparés à résister aux attaques. Si des enfants qui auraient fortifié leur corps par l’exercice, mais qui auraient laissé leur âme croupir dans l’ignorance, l’emportaient à la lutte sur ceux de leurs camarades qui n’auraient exercé ni leur corps, ni leur âme ; s’ils leur ravissaient leurs aliments et leurs habits moelleux, y aurait-il autre chose à faire qu’à en rire ? Comment le législateur aurait-il eu tort de permettre que les vaincus portassent la peine de leur lâcheté et de leur mollesse, si, négligeant les exercices gymnastiques qui leur étaient enseignée, ils n’ont pas craint de devenir par leur inertie, leur mollesse et leur paresse, comme de grasses brebis destinées a être la proie des loups ? Quant à ceux qui commettent ces rapines et ces violences, ils en sont punis, d’abord en ce qu’ils sont des loups et des êtres malfaisants, ensuite, en ce qu’ils subissent nécessairement [dans cette existence ou dans une autre] les conséquences de leurs mauvaises actions : car les hommes qui ont été méchants ici-bas ne meurent pas tout entiers [quand leur âme est séparée de leur corps].

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Gymnastes (Sascha Schneider, 1912)

Or, dans les choses qui sont réglées par la nature et la raison, toujours ce qui suit est le résultat de ce qui précède : le mal engendre le mal, comme le bien engendre le bien. Mais l’arène de la vie diffère d’un gymnase, où les luttes ne sont que des jeux. Il faut alors que les enfants dont nous venons de parler et que nous avons divisés en deux classes, après avoir tous également grandi dans l’ignorance, se préparent à combattre, prennent des armes, et déploient plus d’énergie que dans les exercices du gymnase. Or, les uns sont bien armés, les autres ne le sont pas : les premiers doivent donc triompher. Dieu ne doit pas combattre pour les lâches : car la loi veut qu’à la guerre on sauve sa vie par la valeur et non par les prières. Ce n’est point davantage par des prières qu’on obtient les fruits de la terre, c’est par le travail. On ne se porte pas bien non plus sans prendre aucun soin de sa santé. Il ne faut donc pas se plaindre que les méchants aient une plus riche récolte, s’ils cultivent mieux la terre. N’est-ce pas enfin une chose ridicule que de vouloir, dans la conduite ordinaire de la vie, n’écouter que son caprice, en ne faisant rien comme le prescrivent les dieux, et de se borner à leur demander uniquement sa conservation, sans accomplir aucun des actes desquels ceux-ci ont voulu que notre conservation dépendit ?

Mieux vaudrait être mort que de vivre en se mettant ainsi en contradiction avec les lois qui régissent l’univers. Si, quand les hommes sont en opposition avec ces lois, la Providence divine conservait la paix au milieu de toutes les folies et de tous les vices, elle mériterait d’être accusée de négligence pour laisser ainsi prévaloir le mal. Les méchants ne dominent que par l’effet de la lâcheté de ceux qui leur obéissent : il est plus juste qu’il en soit ainsi qu’autrement.

Plotin nous incite donc à :

  • Ne pas croire que, parce que le cosmos est divin, le désordre et les choses néfastes sont également divines
  • Développer nos aptitudes mentales pour guider nos aptitudes physiques, sans quoi elles sont aveugles et néfastes
  • Développer nos aptitudes physiques pour concrétiser nos aptitudes mentales, sans quoi elles sont manchottes et inutiles
  • Organiser notre trajectoire d’existence et notre quotidien en vue de participer à l’ordre cosmique, plutôt que d’être esclaves de nos désirs immédiats
  • Préférer prendre nos responsabilités et remédier à nos erreurs qu’implorer les Divinités hors du culte que la tradition leur prescrit
  • S’opposer activement aux systèmes de domination néfastes que la lâcheté et l’ignorance collective laissent advenir (en particulier le mondialisme libéral qui détruit notre planète)
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Les Vers d’Or de Pythagore

I – Préparation

Honore en premier lieu les Dieux Immortels dans l’ordre qui leur fut assigné par la Loi.

Respecte les Serments. Honore ensuite les Héros glorifiés.

Vénère aussi les Génies terrestres, en accomplissant tout ce qui est conforme aux lois.

 

Divinités, Ancêtres, Esprits : les trois piliers des religions indo-européennes… à quoi s’ajoutent le respect des traditions et de la parole donnée. Le paganisme ne saurait donc se limiter au simple culte des dieux.

 

II – Purification

Honore aussi à la fois ton père et ta mère, et tes proches parents.

Entre les autres hommes, fais ton ami de celui qui excelle en vertu.

Cède toujours aux paroles de douceur et aux activités salutaires.

N’en viens jamais, pour une faute légère, à haïr ton ami,

Quand tu le peux : car le possible habite près du nécessaire.

Sache que ces choses sont ainsi, et accoutume-toi à dominer celles-ci :

La gourmandise d’abord, le sommeil, la luxure et l’emportement.

Ne commets jamais aucune action dont tu puisses avoir honte, ni avec un autre,

Ni en ton particulier. Et, plus que tout, respecte-toi toi-même.

Pratique ensuite la justice en actes et en paroles.

Ne t’accoutume point à te comporter dans la moindre des choses sans réfléchir.

Mais souviens-toi que tous les hommes sont destinés à mourir ;

Et parviens à savoir tant acquérir que perdre les biens de la fortune.

À l’égard de tous les maux qu’ont à subir les hommes de par le fait des arrêts augustes du Destin,

Accepte-les comme le sort que tu as mérité ; supporte-les avec douceur et ne t’en fâche point.

Il te convient d’y remédier, dans la mesure que tu peux. Mais pense bien à ceci :

Que la Destinée épargne aux gens de bien la plupart de ces maux.

Beaucoup de discours, lâches ou généreux, tombent devant les hommes ;

Ne les accueille pas avec admiration, ne te permets pas de t’en écarter.

Mais si tu vois qu’on dit quelque chose de faux, supporte-le avec patience et douceur.

Quant à ce que je vais te dire, observe-le en toute circonstance.

Que jamais personne, ni par ses paroles ni par ses actions, ne puisse jamais

T’induire à proférer ou à faire ce qui pour toi ne serait pas utile.

Réfléchis avant d’agir, afin de ne point faire des choses insensées,

Car c’est le propre d’un être malheureux de proférer ou de faire des choses insensées.

Ne fais donc jamais rien dont tu puisses avoir à t’affliger dans la suite.

N’entreprends jamais ce que tu ne connais pas ; mais apprends

Tout ce qu’il faut que tu saches, et tu passeras la vie la plus heureuse.

Il ne faut pas négliger la santé de ton corps,

Mais avec mesure lui accorder le boire, le manger, l’exercice,

Et j’appelle mesure ce qui jamais ne saurait t’incommoder.

Habitue-toi à une existence propre, simple ;

Et garde-toi de faire tout ce qui attire l’envie.

Ne fais pas de dépenses inutiles, comme ceux qui ignorent en quoi consiste le beau.

Ne sois pas avare non plus : la juste mesure est excellente en tout.

Ne prends jamais à tâche ce qui pourrait te nuire, et réfléchis avant d’agir.

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L’hymne des pythagoriciens au soleil levant (Fydor Bronnikov, 1869)

III – Perfection

Ne permets pas que le doux sommeil se glisse sous tes yeux,

Avant d’avoir examiné chacune des actions de ta journée.

En quoi ai-je fauté ? Qu’ai-je fait ? Qu’ai-je omis de ce qu’il me fallait faire ?

Commence par la première à toutes les parcourir.

Et ensuite, si tu trouves que tu as omis des fautes, reprends-toi ;

Mais, si tu as bien agi, réjouis-toi.

Travaille à mettre ces préceptes en pratique, médite-les ; il faut que tu les aimes,

Et ils te mettront sur les traces de la vertu divine,

J’en jure par celui qui transmit à notre âme le sacré Quaternaire,

Source de la Nature dont le cours est éternel.

Mais ne commence pas à prendre à tâche une oeuvre,

Sans demander aux Dieux de la parachever.

Quand tous ces préceptes te seront familiers,

Tu connaîtras la constitution des Dieux Immortels et des hommes mortels, tu sauras

Jusqu’à quel point les choses se séparent, et jusqu’à quel point elles se rassemblent.

Tu connaîtras aussi, dans la mesure de la Justice, que la Nature est en tout semblable à elle-même,

De sorte que tu n’espéreras point l’inespérable, et que plus rien ne te sera caché.

Tu sauras encore que les hommes choisissent eux-mêmes et librement leurs maux,

Misérables qu’ils sont ; ils ne savent ni voir ni entendre les biens qui sont près d’eux.

Peu nombreux sont ceux qui ont appris à se libérer de leurs maux.

Tel est le sort qui trouble les esprits des mortels. Comme des cylindres,

Ils roulent ça et là, accablés de maux infinis.

Innée en eux, en effet, l’affligeante Discorde les accompagne et leur nuit sans qu’ils s’en aperçoivent ;

Il ne faut point la provoquer, mais la fuir en cédant.

Ô Zeus, notre père, tu délivrerais tous les hommes des maux nombreux qui les accablent,

Si tu montrais à tous de quel Génie ils se servent !

Mais toi, prends courage, puisque tu sais que la race des hommes est divine,

Et que la nature sacrée leur révèle ouvertement toutes choses.

Si elle te les découvre, tu viendras à bout de tout ce que je t’ai prescrit ;

Ayant guéri ton âme, tu la délivreras de ces maux.

Mais abstiens-toi des aliments dont nous avons parlé, en appliquant ton jugement

À tout ce qui peut servir à purifier et à libérer ton âme. Réfléchis sur chaque chose,

En prenant pour cocher l’excellente Intelligence d’en haut.

Et si tu parviens, après avoir abandonné ton corps, dans le libre éther,

Tu seras dieu immortel, incorruptible, et à jamais affranchi de la mort.

 

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Dialogue entre les Athéniens et les Méliens il y a 2400 ans

« Les dieux (d’après notre opinion) et les hommes (d’après notre connaissance des réalités) tendent, selon une nécessité de leur nature, à la domination partout où leurs forces prévalent. Ce n’est pas nous qui avons établi cette loi et nous ne sommes pas non plus les premiers à l’appliquer. Elle était en pratique avant nous ; elle subsistera à jamais après nous. Nous en profitons, bien convaincus que vous, comme les autres, si vous aviez notre puissance, vous ne vous comporteriez pas autrement. »

(extrait de l’Histoire de la Guerre du Péloponnèse de Thucydide, deuxième historien de l’Histoire européenne après Hérodote)

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Hymnes à la Terre

En cette journée internationale de la Terre, un hymne dédié à celle-ci. Žemyna est la déesse balte de la Terre (žemė en lithuanien moderne). On lui versait de la bière au début de chaque grande fête, après avoir trinqué en son nom. Avant de semer, il était et est toujours coutume d’enterrer un pain, fait à partir de la récolte précédente, pour remercier la Terre de ses bienfaits

Zemyna.

Il était également courant de s’allonger pour l’embrasser, ce qui évoque certaines pratiques grecques concernant les divinités souterraines. En fait, dans les traditions religieuses européennes, les seuls actes « d’abaissement » (s’agenouiller, se courber, …) ont pour sens d’honorer ce qui se trouve sous nous, pour s’en rapprocher. Les entités célestes n’ont nul besoin qu’on se diminue devant elles : par leur nature même, elles nous sont supérieures, et en nous adressant à elles il convient de les regarder, car le contraire serait impoli. C’est donc tout naturellement qu’on fixe leur idole dans les yeux, ou qu’on lève le visage vers la voûte céleste, bras écartés en signe de salut.

On peut trouver de nombreuses équivalentes à cette déesse-Terre chez les autres peuples indo-européens : Gaïa chez les Grecs, Prithvi (aussi nommée Bhumi), l’épouse de Dyaus Pitar, le Père Céleste des Hindous, … Voici donc d’autres exemples d’hymnes à la Terre divine. Pas de très net équivalent de la Terre personnifiée chez les Celtes, mais beaucoup de déesses y sont reliées ; et comme on dit on breton, re gozh an Douar evit ober goap anezhi (la Terre est trop vieille pour qu’on se moque d’elle).

En bonus, deux hymnes en grec, malheureusement sans mélodie conservée.

Hymne homérique à la Mère de Dieux

Chante-moi un hymne à la Mère
de tous les Dieux et de tous les hommes,
Muse harmonieuse, fille du grand Zeus !
Le son des krotales et des tympans lui plaît,
et le trépignement des pieds,
et le hurlement des loups,
et le rugissement des lions féroces ;
et les montagnes sonores lui plaisent,
de même que les gorges boisées.
Je te salue ainsi par mon chant,
Toi et toutes les Déesses.

Si cet hymne est très ancien et sans auteur connu, le second est plus récent, puisqu’il date de « seulement » seize siècles. Il a été écrit par Julien le Philosophe, dernier empereur romain païen.

Hymne à la Mère des Dieux (Julien le Philosophe)

Ô Mère des dieux et des hommes,
Toi qui partages le trône de Zeus
Et qui évalue chacune de ses décisions,
Ô source des dieux de l’esprit,
Qui poursuis ta course, inaltérable,
De même que nos alliés divins,
Toi qui reçois d’eux la vie
Et l’accorde toi-même aux dieux ;

Ô déesse pourvoyeuse de vie,
Providentielle conseillère,
Et créatrice de nos âmes,
Ô toi qu’aime le grand Dionysos,
Qui sauvas de la mort le dieu Attis
Après qu’il ait été abandonné à la naissance
Et qui le ramena quand il descendit
Dans la caverne des nymphes.

Ô toi qui donne tout ce qui est bon
Aux dieux de l’esprit,
Et qui remplis de toutes choses
Le monde que nous percevons,
Donne nous tout ce qui est bon !
Accorde à tous les hommes la joie,
Et la plus grande joie de toutes,
La connaissance des dieux.

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A bout de souffle ?

Dans la plupart des langues indo-européennes, le simple fait d’inspirer est une activité spirituelle. Eh oui, en latin, spiritus signifie « souffle », avant même d’être utilisé pour conceptualiser une part de nous qui serait d’essence différente de la matière. C’est une conception qu’on retrouve chez les Hindous (prâna), les Grecs (pneûma), les Germains (önd, souffle-esprit offert par Odin au premier couple humain), … Naturellement, cela met un peu à mal nos conceptions modernes de la « spiritualité ». Il ne s’agit aucunement de se replier sur soi ou dans la contemplation d’une céleste transcendance, mais bien d’effectuer un acte d’hygiène aussi indispensable que bien manger et bien dormir, ou avoir un minimum d’activité physique (voire simplement se tenir plus ou moins droit). Oui, parce que ce n’est pas parce que la respiration est souvent en « mode automatique » que nous respirons naturellement de manière optimale en toute situation.

Bien respirer, en plus de faciliter l’oxygénation d’un cerveau qui peut en avoir besoin, permet surtout de relâcher des tensions omniprésentes. Malgré le fait qu’on courre au quotidien bien moins de danger que nos Ancêtres, force est de constater que le niveau de stress causé par notre mode de vie est bien supérieur. L’urbanisation croissante, l’isolement social au milieu d’une foule anxiogène et impersonnelle, la désynchronisation de nos cycles biologiques par rapport à ceux des astres, sont autant d’éléments néfastes qu’il nous revient de contrebalancer activement. D’autant plus que ce n’est pas seulement notre « bien-être » subjectif qui est en jeu, mais bien la régulation de notre équilibre physiologique (par exemple en diminuant la concentration sanguine de cortisol, hormone liée au stress). Cela joue sur nos capacités de vision à long terme, sur nos décisions et notre attitude qui en retour influent sur notre entourage, et même sur les maladies cardiovasculaires, les problèmes de dos, la digestion, et sans doute d’autres éléments qu’il reste à découvrir.

En bref, bien respirer, c’est abolir ce qui est bien souvent un facteur limitant au plein développement de notre potentiel physique et intellectuel. C’est en tant que telle que la spiritualité fait sens, s’enracinant à la fois dans une antique vision du monde et dans les défis que nous avons à relever au quotidien. Car la « volonté de puissance » (máttr ok megin à l’époque viking), c’est façonner son masque (personna en latin) pour jouer le mieux possible son rôle dans le cycle de la vie, en adéquation avec l’ordre cosmique. Celui-ci est d’ailleurs nommé Ṛta dans les Védas, de la même racine que notre « rite ».

Mais ne vous inquiétez pas, je commence à m’essouffler donc j’arrête ici les grands discours et pour passer à l’aspect pratique. Naturellement, ce qui suit est très sommaire et donc demandera de la pratique de votre part pour l’adapter, sans oublier que ce n’est qu’une technique parmi d’autres qui peuvent mieux vous convenir. Aussi, dans le Râja Yoga, le prânâyâma (« maîtrise du souffle ») ne s’enseigne qu’une fois acquis les trois étapes précédentes (ascétisme, vertus et postures), donc même si le savoir-faire développé par les yogis indiens peut être intéressant, le sortir de son contexte le dénature forcément dans une certaine mesure.

Le travail du souffle, comme celui de la concentration, peut se faire de nombreuses manières : assis dans diverses postures (de la chaise au lotus en passant par le tailleur), allongé, en marchant, et ainsi de suite. Je vous conseille de commencer assis sur une chaise, si vous pouvez en trouver une assez haute pour que votre bassin soit légèrement surélevé par-rapport à vos genoux :

    • bien avancés de manière à ce que les fesses soient au bord de la chaise (ou, si vous pouvez, assis au fond de la chaise mais avec un support sous les pieds arrières qui les relève de quelques centimètres)

    • en faisant reposer le poids du corps sur les os des deux fesses, bien redressé

    • les épaules ouvertes (mains sur les genoux ou les cuisses selon votre morphologie)

    • la tête relevée pour étirer la nuque, bien en arrière, menton légèrement vers la poitrine

Dans un premier temps, gardez les yeux fermés. Si ça ne vous convient pas, essayez de fixer la flamme d’une bougie, une statuette, ou autre chose (même un joli paysage sur un écran d’ordinateur pour un premier essai, mais bon…).

Le but va être d’allonger au maximum le souffle, pour en augmenter l’amplitude et abaisser votre fréquence cardiaque (c’est donc contraire au zazen japonais de l’école Sôto qui consiste à « juste s’asseoir », et que certains jugent plus efficace, mais parfois la simplicité est plus difficile d’accès). Pour cela, inspirez par le nez, le plus profondément et le plus lentement possible, en gonflant bien l’abdomen. N’hésitez pas à vraiment forcer le mouvement dans le bas ventre d’une manière qui vous paraîtra ridiculement artificielle au début. Pareil, lors de l’expiration, expulsez par le nez un maximum d’air des poumons, en insistant jusqu’au bout. Vous découvrirez rapidement que quand on croît être arrivé au bout, on peut encore pousser un dernier souffle en exhalant par la bouche.

Une fois que vous avez bien le truc pour gonfler à bloc le bas du ventre, vous pourrez aller plus loin dans l’inspiration en gonflant aussi le thorax, puis même en montant jusqu’aux clavicules. Lors de l’expiration, videz d’abord uniquement le thorax avant d’expirer l’air par les abdominaux. Faites toujours cela le plus lentement et le plus profondément possible, en vous concentrant sur vos sensations. Vous remarquerez que cela demande tellement d’attention que la petite voix dans votre tête et les pensées parasites tendent à s’espacer puis à se suspendre, faute de mémoire vive disponible.

La petite astuce qui aide bien pour ralentir au maximum la fréquence respiratoire est de laisser un tout petit instant d’apnée poumons pleins et poumons vides. Attention, à partir de la demi-seconde (à la louche), cela a tendance au contraire à vous précipiter lors de la reprise de la respiration et à produire l’effet inverse. Focaliser son attention sur le contact de l’air avec les muqueuses respiratoires aide aussi à mener le processus plus loin.

Bien sûr, j’en entends au fond qui me demandent : et on fait ça combien de temps ? Pour commencer, cinq à dix minutes suffisent. L’important étant de pratiquer très régulièrement (genre, tous les soirs juste avant d’aller se coucher, ça fait un bon break et diminue le temps d’endormissement). Ensuite, monter jusqu’à vingt-trente minutes est un bon objectif, mais laissez les choses venir. La clé, c’est la régularité quitte à viser bas, et de se laisser l’occasion de faire des « pics » les jours où ils se produisent. Vous pouvez vous minuter, en ce qui me concerne quand c’est avant d’aller au lit j’utilise la méthode des bâillements : au bout du troisième bâillement, fin de la séance.

Notez bien entendu que le plein gonflement des poumons et l’expiration profonde peut s’utiliser n’importe où et même le plus souvent possible dans la vie de tous les jours. En particulier dans les situations anxiogènes et/ou dans les transports en commun, salles d’attente, … où on a « rien à faire » (maintenant, si).

http://pratiquer-la-meditation.com/comment-mediter-comment-bien-sasseoir-sur-une-chaise-pour-mediter/

http://france.wildmind.org/posture/chaise

http://fr.wikihow.com/méditer

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