L’importance du contexte dans la résurgence de la spiritualité germanique (par Bil Lizie)

Traduction de la partie 4.1 de l’essai « Germanic spirituality » de Bil Linzie, un des théoriciens et premiers pratiquants du reconstructionnisme germano-scandinave aux Etats-Unis. Vous pouvez trouver un résumé de cet essai de 50 pages, et un lien pour le télécharger en entier dans sa version originale en anglais, ici et la traduction de l’introduction .

Quand on pense à l’Asatru, en général, on pense aux oracles runiques, aux blots, aux costumes traditionnels (généralement de l’ère viking) avec épées et bijoux d’ambre, au seidr, à des rites dans des langues étrangères et anciennes. En réalité, ce qu’on en sait par les sources qui nous sont parvenues est beaucoup plus subtil et moins mystique que l’idée qu’on s’en fait. La plupart des nouveaux arrivants, mais aussi de la plupart des anciens, veulent que l’Asatru soit une religion à part entière. C’est sans doute vrai, mais l’Asatru a sans doute plus à voir avec la subtilité du taoïsme ou du zen qu’avec la pompe de l’Eglise catholique ou la théâtralité de la Wicca.

Ces dernières décennies, l’approche de la spiritualité germanique s’est surtout faite via des aspects accessoires : les runes, les blots, et maintenant le seidr. Si certaines religions modernes fonctionnent très bien ainsi, la plupart des religions traditionnelles marchent autrement. Les Amérindiens en ont fait la cruelle expérience. Ainsi, depuis les années 60, de plus en plus de gens se sont intéressés à leurs spiritualités. Beaucoup d’Américains blancs, ayant séparé leur spiritualité de leur culture et ayant au passage bien souvent perdu les deux, furent fascinés par les cérémonies amérindiennes et commencèrent à les imiter : loges de sudation, cérémonie du calumet, danse du soleil, cérémonie du peyotl, … Au début, beaucoup d’Amérindiens en furent très contents : des gens s’intéressaient enfin à leur mode de vie. Très rapidement, il devint évident que ce n’était pas leur « mode de vie » qui les intéressait. C’était le charme et le glamour des plumes dans les cheveux, des herbes et des calumets achetés par correspondance plutôt que ramassés ou faits soi-même. Ce n’était pas leur mode de vie, avec tout ce qu’il comprend de difficile et de douloureux, c’était le fait de porter des noms cools comme Loup Solaire ou Arbre-Dragon. Changer réellement son mode de vie, c’était trop dur et pas assez gratifiant socialement. Alors, les sages des Amérindiens ont commencé à refuser cela, car leurs cérémonies étaient des expressions de leur culture et que les Blancs continuaient à considérer cette même culture comme un vieux machin inutile et barbare.

Changer sa vision du monde est difficile, et peut être même impossible. Une grosse part du problème vient du fait qu’on n’est pas conscient de sa propre vision du monde. C’est quelque chose de tellement interne que notre langue, tout notre mode de pensée, nos manières de réfléchir et d’analyser nos sensations, sont bâtis dessus. En cas de choc des cultures, on en vient la plupart du temps à penser que telle ou telle coutume est injuste ou stupide (souvent les deux), et que si les autres réfléchissaient un peu ils s’en rendraient bien compte. Les Occidentaux interprètent tout au travers du prisme de leur propre culture, et, de plus, sont persuadés d’être objectifs car ce sont les autres qui sont prisonniers de leur culture, pas eux. Le bouddhisme, le yoga, la danse du ventre, la cuisine chinoise, tout doit être occidentalisé pour être acceptable (les deux termes devenant du coup de parfaits synonymes).

Pratiquer l’Asatru, ou n’importe quelle religion traditionnelle, prend du temps. Même en faisant des efforts et en s’y immergeant complètement, s’adapter totalement à un pays étranger ne se fait pas en quelques années. L’auteur a vécu pendant 20 ans dans une petite ville hispanique très traditionnaliste, près de la frontière mexicaine. Au moins 25% de la population ne parle pas anglais, et même si certaines traditions se perdent, la culture traditionnelle mexicaine reste la base de la manière dont les gens voient la loi, la justice, la religion, les relations familiales, les sujets de conversation qui sont acceptables ou non. Les bagarres, les décès prématurés, l’alcoolisme, n’étaient pas des sujets de conversation il y a 20 ans tout simplement parce qu’ils étaient considérés comme normaux. Deux ans et demi de prison pour un meurtre semblaient être une sentence tout à fait acceptable s’il y avait des circonstances atténuantes. Vivre dans une maison en argile était la norme. Les sorcières qui maudissaient les gens devaient être tuées, les guérisseurs traditionnels étaient mieux considérés que les médecins, les chouettes étaient maléfiques. Aujourd’hui encore, les charmes repoussent les serpents, les salamandres peuvent se glisser dans le vagin des femmes, San Antonio retrouve les clés de voiture, et ainsi de suite. Même dans le langage, les différences sont très nettes [NdT : nous remplaçons par des exemples européens parce que les différences hispano-anglaises ne seraient pas très parlantes : en Bretagne, on tue la lumière quand on l’éteint, et en Alsace on attend sur le train quand il n’est pas encore entré en gare]. Les enfants et les vieux n’ont pas besoin d’utiliser « s’il te plaît » ou « merci ». Les décisions familiales sont toujours prises par les grands-parents. Certaines processions ne sont pas annoncées publiquement car les touristes ne doivent pas y assister. Inutile de dire que la plupart des Blancs qui s’installent dans le coin repartent au bout de quelques années tout au plus. Certains y commencent une véritable croisade pour remettre dans le droit chemin ce pays d’arriérés, mais sans beaucoup de succès. Les autres finissent par regarder avec curiosité cet autre monde, qui s’avère passionnant et parfaitement fonctionnel. En vérité, après vingt années là-bas, l’auteur découvre encore de nouvelles choses qui lui révèlent ses propres préjugés et automatismes d’Occidental endoctriné, qui croit que tout le monde fonctionne comme lui.

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3 réflexions sur “L’importance du contexte dans la résurgence de la spiritualité germanique (par Bil Lizie)

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