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Une « Echelle de Tolérance Ethnique et Culturelle » pour le paganisme

Dans toutes les religions, il y a des questions à propos desquelles tous les pratiquants ne sont pas d’accord. Malheureusement, l’une des questions les plus controversées dans le paganisme tourne autour de l’ouverture de chaque tradition aux personnes qui ne sont pas de cette origine (ethniquement ou culturellement). Sans surprise, il s’agit d’une question très chargée sur le plan émotionnel, et il est souvent difficile de mener des discussions courtoises sur les diverses positions qui peuvent être soutenues. Pour essayer de supprimer une partie de l’émotivité manifeste qui accompagne souvent ce sujet, et pour tenter de clarifier la gamme des points de vue, Jarnsaxa Thorskona, une pratiquante du paganisme germano-scandinave (Asatru), a créé une échelle assez basique qui fournit des résumés des points de vue les plus courants qu’elle a rencontrés dans sa tradition, numérotés de 1 à 6.  Elle est utilisée dans les milieux Asatru anglophones sous le nom de « Jarnsaxa scale« . En voici une traduction en français, avec un vocabulaire élargi à l’ensemble des traditions païennes.

Les descriptions sont écrites du point de vue de celui qui soutient cette position. Il convient de noter qu’aux extrémités les plus éloignées de l’échelle, les croyances retenues peuvent apparaître comme plus extrêmes, le but est de l’indiquer sans dénigrer les personnes qui soutiennent ces points de vue. L’auteur a également essayé d’éliminer autant que possible que possible les invectives, les jugements de valeur, et les sentiments en jeu dans l’affaire.

Le traducteur/adaptateur voudrait également noter que, s’il existe vraisemblablement une corrélation entre la position d’une personne donnée sur cette échelle et ses idées politiques, il n’en est aucunement question ici. Vous noterez aussi que les positions n’ont pas de nom, justement pour éviter de se focaliser sur des étiquettes afin de se concentrer uniquement sur le détail des positions tenues. Dans les faits, beaucoup de gens considèrent que la position 1 est « universaliste » et la position 6 « identitaire » (folkish en anglais). Certains nomment les positions 3 et 4 « tribalistes », « culturalistes », « traditionnalistes », etc (dénominations qu’on peut éventuellement voir étendues aux positions 2 à 5).

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Une « Echelle de Tolérance Ethnique et Culturelle » pour le paganisme

1. Ma tradition religieuse est une religion ouverte à laquelle tout le monde peut adhérer. Il y a, cependant, certaines choses qui doivent être faites d’une certaine manière, certains points de la théologie qui doivent être strictement respectés, et certaines croyances qui doivent être partagées. Quiconque n’est pas d’accord avec tous ces points n’est tout simplement pas de ma religion et peut être considéré comme un « traître » envers mes Divinités. L’un des points sur lesquels tout le monde doit être d’accord est que ma tradition religieuse est ouverte aux gens de toutes les origines : ceux qui pensent autrement ne sont pas les bienvenus, et devraient être dénoncés pour qu’il n’y ait pas confusion entre leurs croyances et celles des vrais païens de ma tradition. Je refuse de participer à des rites aux côtés de personnes qui ne sont pas de cet avis.

The Troth

The Troth, organisation païenne germano-scandinave basée aux Etats-Unis. Les membres ont des positions généralement comprises entre les degrés 1 et 3 de l’échelle.

2. Toute personne qui veut pratiquer ma tradition religieuse peut le faire, indépendamment de son héritage génétique ou culturel. Les individus ont la liberté de choisir de suivre n’importe quelle religion, et je vais défendre ce droit pour le faire respecter. Tout le monde est le bienvenu dans mon groupe de pratique, et je suis prêt à participer à des rites aux côtés de n’importe quelle personne qui veut honorer mes Divinités.

Asatruarfelagid

L’Ásatrúarfélagið est une organisation païenne scandinave basée en Islande. Les membres ont des positions généralement comprises entre les degrés 1 et 4 de l’échelle. Il n’est possible d’être affilié à cette organisation qu’à condition d’être résident fiscal islandais, et l’organisation refuse tout lien avec des organisations étrangères.

3. Comme les liens avec les Divinités sont souvent liés à nos ancêtres (culturels ou génétiques), il est plus difficile pour ceux d’une origine différente de pratiquer ma tradition religieuse, mais ce n’est pas impossible. J’accepte que les Dieux et les Déesses puissent appeler qui ils veulent, et je suis prêt à participer à des rites aux côtés de n’importe quelle personne qui veut honorer mes Divinités.

Midgard Group, Raven's Knoll Kindred

10e édition du Midgard Gathering au Canada, un rassemblement païen basé sur la tradition germano-scandinave. Beaucoup de groupes autonomes nord-américains, qui représentent une grande part des pratiquants à l’échelle mondiale, sont en position 3 ou 4 sur cette échelle (de même que les représentants de nombreuses religions traditionnelles indigènes de la planète)

4. Seuls ceux qui sont de la même origine ethnique que moi peuvent vraiment pratiquer ma tradition religieuse. Cela ne signifie pas que les membres des autres groupes ethniques soient d’une quelconque manière « inférieurs » à ceux de mon groupe ethnique, mais seulement qu’ils sont différents. Les membres de tous les groupes ethniques ont la même liberté de mener une vie digne, et les théologies et les panthéons liés à un héritage autre que le mien sont tout aussi valables et importants pour la marche du monde. De même, toutes les traditions religieuses de groupes ethniques autres que le mien me sont aussi fermées. J’attache une très grande valeur au fait de suivre la tradition religieuse liée à mon origine culturelle et ethnique, car ces facteurs ont un grand impact sur ce que nous sommes. Parce que je reconnais et respecte la validité des différentes traditions, cependant, je suis prêt à participer à des rites aux côtés de ceux qui veulent honorer mes Divinités sans faire partie de ma tradition ou de mon groupe ethnique.

Asatru Folk Assembly

L’Asatru Folk Assembly, organisation païenne germano-scandinave basée aux Etats-Unis. Les membres ont des positions généralement comprises entre les degrés 3 à 5 de l’échelle.


5. Seuls ceux qui sont de la même origine ethnique que moi peuvent pratiquer ma tradition religieuse, et ma race doit rester séparée des autres races. Cela ne veut pas dire que les gens des autres races sont d’une quelconque manière « inférieurs », seulement qu’ils sont différents et que nous avons l’obligation de garder notre sang pur, en l’honneur de nos Divinités. Il peut cependant être utile de s’allier avec des membres d’autres races qui ont les mêmes valeurs. Je ne participerai à des rites qu’aux côtés de personnes de mon groupe ethnique.

Odinic Rite

The Odinic Rite, organisation païenne germano-scandinave (« odiniste ») basée au Royaume-Uni. La ligne directrice de l’association correspond à la position 5 de cette échelle.

6. Seuls ceux qui sont de la même origine ethnique que moi peuvent pratiquer ma tradition religieuse, et ma race est supérieure à toutes les autres races. Nous sommes les seuls véritables humains, et nous avons l’obligation de garder notre sang pur. Si le seul moyen d’y parvenir est de débarrasser le monde des races inférieures, alors qu’il en soit ainsi. Seuls les véritables membres de ma race peuvent vénérer nos Divinités.

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On voit donc que cet éventail de possibilités est bien plus large que la simple opposition entre « universalistes » et « identitaires ». Un très médiocre article du Monde des religions parlait du néopaganisme français comme d’un « Janus à deux visages » (le néopaïen français est soit un wiccan éclectique qui n’a donc aucune cohérence intellectuelle,  soit un adorateur de divinités celtiques ou germaniques qui est donc un militant raciste potentiellement violent). S’il fallait reprendre une image de ce type, ce serait plutôt au moins vers les représentations de divinités gauloises tricéphales qu’il faudrait se tourner. Ou vers le dieu hindou Brahma et ses six têtes.

Cernunnos de Condat

Divinité gallo-romaine de Condat-sur-Trincou, dite « Cernunnos » (la tête du mileu possède des orifices permettant d’y installer une paire de cornes).

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Si on faisait le point sur Yggdrasill et les Neuf Mondes de la tradition scandinave ?

Entres autres à cause des comics américains, il règne une certaine confusion sur la nature et le nom des Neuf Mondes portés par Yggdrasill, l’arbre cosmique de la tradition scandinave. La manière dont ces neuf mondes sont reliés est aussi un grand sujet de débat, débat qui comme nous les verrons est loin d’être clôt. Le but ici est d’examiner précisément ce que nout dit la tradition scandinave, en donnant à chaque fois l’équivalent linguistique dans les autres branches de la tradition germano-scandinave (en particulier pour les Alamans, les Francs, et les Angles ; ainsi que dans les langues modernes : du vieux francique sont issus à la fois le néerlandais et les mots français d’origine germanique, comme par exemple Louis vient de Hlodwig, ou maréchal de marhskalk)

Vieux norrois

Vieil allemand

Vieux francique

Vieil anglais

Yggdrasill

Ermensûl

Irminsûl

Eormensȳl

Niflheim

Nebelheim

Nevalhaim

Nifolhâm

Jötunheim

*Ezzenheim

*Etinhaim

Eotenhâm

Helheim

Hellaheim

Hellahaim

Hellhâm

Svartalfheim, Dvergheim

Swarzalbheim, Twercheim

Swartalfhaim, Dwerghaim

Swartælfhâm, Dweorghâm

Miðgarð

Mittigart

Middigard

Middġeard

Alfheim

Albheim

Alfhaim

Ælfhâm

Vanaheim

*Waniheim

*Wanihaim

*Wanehâm

Ásgarð

Ansgart

Ansgard

Ôsġeard

Muspelheim

Muspiliheim

*Muspilihaim

*Muspilhâm

Bifröst, Ásbrú

Ansbrucca

Ansbrugga

Ôsbryċġ

Himinbjörg

Himilinberc

Himelberg

Heofonbeorg

Urð

Wurt

Wurd

Wyrd

Français

Allemand

Néerlandais

Anglais

Irminsule

Ermensäule

Irminzuil

Earmensile

*Nevauhame

Nebelheim

Nevelheem

*Nivelhome

*Etinhame

*Essenheim

*Etinheem

Etinhome

*Hellahame

Hölleheim

Helheem

Hellhome

*Souartaubhame, *Douerguehame

Schwarzalbheim, Zwergheim

Swartalfheem, Dwergheem

Swartelfhome, Dwarfhome

*Midejart

Mittegart

Middengaard

Midyard

Aubhame

Albheim

Alfheem

Elfhome

*Ganehame

*Waneheim

*Waneheem

*Wanehome

Ansejart

Ansgart

Ansgaard

Osyard

*Muspillehame

*Muspileheim

*Muspileheem

*Muspelhome

Ansebruge

Ansbrück

Ansbrug

Osbridge

*Himeaubourg

Himmelberg

Hemelberg

Heavenbarrow

*Gurde

Wurt

Wurd

Weird

Notre principale source sur le sujet est la Völuspa (qu’on peut traduire par « vision de la devineresse »), un chant de l’Edda poétique. C’est un poème cosmologique, qui parle de l’origine du monde et de son destin selon la tradition scandinave. La seconde source principale est l’Edda de Snorri, une oeuvre en prose qui est une sorte de résumé commenté de la mythologie scandinave.

La strophe 2 de la Völuspa nous dit : « Je me rappelle neuf mondes, neuf vastes étendues, et le glorieux arbre-monde, profondément enfoncé sous la terre » (trad. Chat Poron d’après H. Bellows et Y. Kodratoff). Il y a donc bien un arbre et neuf mondes.

Yggdrasill manusritLa strophe 17 (ou 19 selon les versions) nous renseigne davantage sur cet arbre : « Je connais un frêne qui s’appelle Yggdrasill ; un arbre élevé, aspergé de boue blanche. De là vient la rosée qui coule dans les vallées : toujours vert, il croît sur la source d’Urðr. ». Cette strophe appelle quelques précisions. Premièrement, « frêne » (ask) peut être un terme métaphorique pour désigner l’if dans la poésie en vieux norrois, un arbre qui est effectivement toujours vert et était sans doute présent au grand sanctuaire suédois d’Uppsala selon la description qu’en fait Adam de Brême (l’if a conservé jusqu’à aujourd’hui son statut d’arbre des cimetières, qui relie le monde des vivants et des Ancêtres, et il a donné son nom à la 13e rune du vieux futhark, qui occupe une place centrale). Deuxièmement, Yggdrasill signifie « la monture du Terrible » (« le terrible » est un nom du dieu Odin, qui a entres autres comme caractéristique d’avoir façonné Midgard, le « monde du milieu », à partir d’un meurtre-sacrifice, et de pouvoir contacter le monde des morts). Un équivalent germanique continental se retrouve en vieux saxon, avec l’Irminsûl (« puissant pilier », ou « pilier du Puissant », sachant que Jörmunr, le Puissant, est aussi un nom d’Odin) qui était une idole présente au grand sanctuaire des Saxons païens avant sa destruction par Charlemagne. Cet Yggdrasill/Irminsûl est donc ce qui relie les mondes et sert à Odin pour voyager de l’un à l’autre. Troisièmement, cet arbre/pilier est situé sur la source d’Urðr, c’est-à-dire, pour simplifier un peu, du destin (vieil anglais Wyrd, vieil haut allemand Wurt). Urðr est une des trois Nornes, des Géantes qui gravent en runes la destinée des Hommes, ou plutôt leur orlög (« loi primale ») sur la base de laquelle peut s’exercer leur volonté. Pour finir, on notera que l’Edda poétique (Grimnismal, 32) nous indique qu’un écureuil nommé Ratatosk parcourt l’arbre de haut en bas, pour transmettre des insultes entre le serpent Niðhög qui ronge les racines et l’aigle qui trône au sommet (celui-ci porte sur son front le faucon Veðrfölnir). Yggdrasill est donc bien un axe vertical qui relie la terre et le ciel.

il_570xn-764087671_96j4Avec tous ces éléments sur Yggdrasill/Irminsûl, on comprend pourquoi c’est un concept majeur pour la tradition germano-scandinave, et pourquoi Odin y resta pendu neuf jours et neuf nuits pour acquérir le secret des runes, ces signes qui servent à la fois d’alphabet et de symboles magiques (et qui servaient sans doute aussi à des oracles, si on se base sur un passage de la Germanie de l’auteur romain Tacite). Neuf jours et neuf nuits, c’est le nombre de mondes portés par Yggdrasill. Pourquoi neuf ? 9 = 3 x 3, or le chiffre trois est très récurrent dans la mythologie germano-scandinave, et plus généralement dans toutes les traditions indo-européennes. Trois Nornes qui gravent l’orlög, trois frères en comptant Odin qui sacrifient le Géant primordial et animent le premier couple humain, trois gorgées pour qu’Odin dérobe d’hydromel de poésie, trois classes dans la société germano-scandinave (les jarls, les karls, les thralls), trois statues dans le grand temple suédois d’Uppsala (Odin, Thor, Freyr), la liste est longue. Si le chiffre 2 marque la dualité et l’opposition binaire (homme/femme, vrai/faux, bien/mal), le 3 au contraire symbolise toute la complexité du cosmos, qu’on ne peut réduire à « soit l’un, soit l’autre, soit un peu des deux ». On peut donc considérer le 3 comme une abréviation de l’infini. Neuf, étant le carré de trois, est en quelque sorte cette infinité exprimée et réalisée.

Attaquons-nous donc maintenant à la liste de ces neuf mondes, avec leur nom et leur description.

Niflheim (« monde des brumes ») : dans l’Edda de Snorri (Gylfaginning, 4), ce monde est décrit comme étant le monde le plus bas, celui de la glace primordiale qui existait avant que l’Univers ne prenne forme. Aussi nommé Niflhel, c’est là où séjournent après leur décès ceux qui ont commis les crimes les plus atroces (en particulier le parjure, l’assassinat, et l’adultère) dans un lieu nommé Naströnd, « le rivage des cadavres », où ils sont dévorés par le serpent Niðhög et par des loups.

Jötunheim (« mondes des Géants ») : dans l’Edda de Snorri (Gylfaginning, 44) il est décrit comme étant situé « à l’est d’Asgard » (le monde des Ases, les dieux célestes). Il est séparé d’Asgard par la rivière Ifingr (Vafthruðnsimal, 16). Là vivent les Géants, les forces brutes et terribles de la nature. Ils ne sont pas nécéssairement idiots ni violents, mais ils sont imprévisibles et parmi les plus étrangers aux Humains, et affrontent fréquement les Ases pour dérober leurs femmes, tandis que les Ases prennent souvent des Géantes pour compagnes.

Helheim (« monde de Hel ») : Hel, qu’on peut traduire par « celle qui recouvre », est la divinité qui accueille ceux qui meurent de vieillesse ou de maladie, et son nom a survécu dans le mot utilisé pour désigner l’Enfer chrétien dans les langues germaniques. Elle est présentée comme la fille de Loki dans l’Edda de Snorri. Chez les Germains continentaux, on peut la comparer avec Frau Holle, qui est dans le folklore une sorte de magicienne qui vit au fond d’un puits, et qui présente des caractéristiques similaires à la fois à Hel, Freyja, et Frigg. Elle mène aussi la Chasse sauvage, avec ou à la place d’Odin, mais cette « chasse » prend parfois la forme des enfants morts pendant l’année plutôt que d’une armée furieuse. Helheim semble être adjacent à Niflheim dans l’Edda poétique. Quoi qu’il en soit, on y accède par un pont passant par-dessus la rivière Gjöll (« bruyante »), gardé par la géante Moðguðr (« colérique batailleuse »).

Svartalfheim (« monde des Elfes noirs ») : Les « Elfes noirs » (svartalfar) ou « Elfes sombres » (dökkalfar) ne sont mentionnés que dans l’Edda de Snorri, là où les Nains (dvergar) sont mentionnés dans les deux Eddas. Même chez Snorri, on trouve des Nains dans Svartalfheim (Gylfaginning, 34 & 36). Ces créatures, présentes dans le folklore de tous les pays germano-scandinaves, et dont le nom signifie « courbés, tordus », vivent sous terre et sont d’habiles artisans qui ont créé les artefacts magiques des dieux. Ils sont issus des vers qui ont dévoré la chair d’Ymir, le Géant primordial sacrifié par Odin et ses frères.

 

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Odin, dieu qui façonna Midgard

Midgard (« enclos du milieu ») : C’est le monde du milieu, celui où vivent les Hommes. Il a été façonné à partir du cadavre du géant Ymir. La terre est sa chair, les océans son sang, les montagnes ses os, les arbres ses cheveux, les nuages sa cervelle, le ciel est son crâne (Grimnismal, 40-41). De ses sourcils, Odin et ses deux frères firent une barrière, d’où le nom de Midgard, « l’enclos du milieu », plutôt qu’un nom en -heim (qui aurait pu être Mannheim, « le monde des Humains »). Sa caractéristique principale est donc d’être isolé des autres, en particulier des mondes où règnent les forces de la nature incontrôlée, de la même manière que nous avons besoin de murs et d’un toit pour être protégés des éléments.

 

Alfheim (« mondes des Elfes ») : Là vivent les Elfes (parfois nommés Elfes clairs, pour les différencier des Elfes sombres, les Nains). Ce sont des sortes de Génies lumineux (« clairs comme le soleil »), liés à tout ce qui vit. Freyr, le dieu Vane qui a pouvoir sur la pluie et le beau temps, a reçu en cadeau pour sa première dent de régner sur Alfheim. Ce monde est décrit dans l’Edda de Snorri comme proche d’Asgard, le monde des Ases célestes.

Vanaheim (« monde des Vanes ») : Les Vanes sont des Divinités liées à la fertilité de la terre, des bêtes, et des Humains. Autrefois en guerre contre les dieux Ases, ils ont conclu un pacte d’alliance, ce qui amena Njörd, dieu de la mer, et ses enfants Freyr et Freyja, à vivre parmi les Ases. L’origine du nom des Vanes (Vanir en vieux norrois) est obscure : certains le relient à vinr (« ami, aimé », de la même racine que la déesse romaine de l’amour, Vénus, et que la huitième rune du vieux futhark, *wunjô-, « joie, désir »), d’autres au proto-germanique *wagnaz (« chariot », les idoles des Vanes étant parfois transportées dans des chariots lors des processions), ce qui semble un peu moins probable.

Asgard (« enclos des Ases ») : C’est le monde des Ases, les Divinités célestes, auxquelles appartient Odin, chef des dieux et façonneur de Midgard. Leur nom est également mystérieux, avec deux hypothèses qui prédominent : 1) un lien avec le proto-germanique *ansaz (poutre, pieu, poteau) qui les décriait comme les « poutres » de la structure du cosmos, ou qui rappellerait plus vraisemblablement que des poteaux de bois plantés dans le sol étaient scultpés à leur effigie dans les sanctuaires, 2) un lien avec la racine proto-indo-européenne *h2ens qui signifierait « source de vie, force vitale » (sanskrit ásu = « force vitale », asura = « divinité ancienne, démon » ; avestique aŋhu = « vie », ahura = « divinité » ; et peut-être le hittite ḫāši = « procréer, donner naissance à »). En tout cas, leur monde est encerclé par une puissante muraille, bâtie par un Géant trompé avec l’aide de Loki. On y accède par un pont nommé Bifröst ou Ásbrú (« pont des Ases »), qui est l’arc-en-ciel, de la même manière que la déesse grecque de l’arc-en-ciel, Iris, est la messagère des dieux olympiens. Ce pont, qui mène à la source d’Urd au pied d’Yggdrasill, est gardé par le dieu Heimdall, qui réside à Himinbjörg (« montagne céleste »), qu’on peut comparer au Mont Olympe grec ou au Mont Meru indien, et qui existe aussi en vieil haut allemand (Himilinberc).

Muspellsheim (« monde de Muspell ») : L’Edda de Snorri situe ce monde « au sud ». C’est le monde du feu primordial, celui qui fit fondre la glace de Niflheim et fit couler le premier fleuve, permettant au cosmos d’émerger progressivement pour remplir le Ginnungagap, l’énorme vide qui séparait le feu et la glace. Dans ce monde règne Surtr, le « noir » (brûlé), et ses Géants de feu. Lorsque viendra le Ragnarök, ils partiront en guerre contre les Ases, et l’épée flamboyante de Surtr mettra le feu à Yggdrasill tout entier. Heureusement, un couple d’humains se sera réfugié dans un bois situé près de la source de Mimir, la source de la mémoire, et participeront à l’émergence d’une nouvelle ère cosmique. Le concept de Muspell, dont l’étymologie est inconnue, se trouve aussi dans un ancien poème en vieil haut allemand, le Muspilli, qui est un récit pagano-chrétien sur la fin de notre ère et la destruction du monde tel qu’il est actuellement.

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En haut à gauche : représentation de l’Irminsul sur un autel de l’Urglaawe (groupe religieux tribaliste germano-américain basé sur l’héritage des immigrants Deitsch)

Voilà donc pour nos Neuf Mondes. Leur géographie précise n’est jamais indiquée dans les Eddas, ni dans aucune autre source, et il n’est pas vraiment possible de faire correspondre les différents chants de l’Edda poétique entre eux et avec l’Edda de Snorri. Plusieurs tentatives modernes ont été faites, dont beaucoup sont en fait directement tirées de l’arbre des Sefirot de la magie kabbalistique juive (dont le sataniste Stephen Flowers, dit « Edred Thorsson », est très friand), ou des châkras du tantrisme indien. Dans le premier cas, c’est une influence de l’occultisme judéo-chrétien qui n’a absolument rien à voir avec la tradition germano-scandinave. Dans le second cas, cela semble davantage lié aux traditions pré-indo-européennes des peuples dravidiens d’Inde (similaires aux cartes de méridiens du qi chez les Chinois), plutôt qu’à une véritable tradition indo-européenne, qui aurait été partagée par les Celtes, les Grecs, etc.

Quoi qu’il en soit, la géographie des Neuf Mondes et les moyens de s’orienter pour voyager à travers Yggdrasill sont une pratique magique, secrète, ésotérique. Ces savoirs n’ont pas survécu à la christianisation ; ils n’ont de toute façon pas vocation à être enseignés publiquement, et encore moins pratiqués comme un loisir, un moyen de détente, de développement personnel, ou de simple méditation. Pour celles et ceux qui veulent faire vivre la tradition germano-scandinave, l’essentiel est de connaître l’existence des Neuf Mondes, leur nom, leurs habitants ; de savoir qu’Yggdrasill/Irminsûl relie notre Enclos du Milieu à ces mondes ; et de mettre en oeuvre les moyens d’être en de bons termes avec les habitants des Neuf Mondes (à savoir accomplir les rites traditionnels qui visent à les contenter, et respecter les interdits qui visent à ne pas les offenser). Le reste est globalement superflu, presque systématiquement fantaisiste, et parfois même dangereux.

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Fêtes et rites de passage dans la tradition germano-scandinave

Certains moments de la journée (aube, midi, crépuscule, minuit) sont particulièrement sacrés. De la même manière, certaines journées sont plus sacrées que d’autres. Dans notre tradition, elles correspondent aux jours de fête, répartis le long de l’année et célébrant l’été qui revient après l’hiver, d’autre part aux rites de passage, qui marquent les grands moments de notre vie et qui célèbrent le fait que les générations se succèdent, chacun devenant tour à tour héritier puis Ancêtre.

Fêtes

LE CYCLE DES SAISONS EST LE CYCLE LE PLUS ÉVIDENT À COMPRENDRE ET À CÉLÉBRER. Nous l’expérimentons chaque année : la Nature meurt chaque automne pour renaître au printemps. Pour suivre l’écoulement de ce cycle, les Anciens ont utilisé différents systèmes, basés sur la chevauchée de Mani et de Sunna dans le ciel, tirant les astres d’argent et d’or. Ces calendriers luni-solaires, souvent complexes, ont varié au fil des époques et selon les peuples. Aujourd’hui, tous les peuples germano-scandinaves ont adopté un calendrier solaire.

Nous vous proposons donc quatre célébrations-clé avec leur date la plus courante dans le calendrier moderne. Vos propres recherches, ou notre prochain fascicule « Été comme hiver : vivre aujourd’hui le cycle des saisons dans la tradition germano-scandinave », vous permettront d’approfondir le sens de ces fêtes, de comprendre quand les fêter précisément selon les différents systèmes, et d’en découvrir d’autres, connues seulement par certaines branches de notre tradition.

VIEUX NORROIS

VIEIL ALLEMAND

VIEIL ANGLAIS

FRANÇAIS

DATE

Vettnaett

Wintarnahtan

Winternyhton

Nuits d’hiver

3I/1O

Jólablót, Vénaett

Julbluot,Wîhnahtan

Ġeōlablōt, Wēohnython

Blot de Yule, Nuits sacrées

2I/12

Sumardagurinn fyrsti

Sumartag furisto

Sumordaeġ fyrst

Premier jour d’été

30/O4

Alþing / Midsumar

Alding / Mittsumar

Ealllþing / Midsumor

Grande assemblée, Mi-été

2I/O6

Invitez vos proches à ces dates pour partager un banquet et trinquer en l’honneur des Êtres locaux, de vos Ancêtres, et de nos Divinités. Faites trois tours de table avec la boisson, dédiés chacun à une catégorie d’Amis. Ciblez vos remerciements : au plus grand arbre du jardin, à un Ancêtre récemment décédé, une Divinité qui a été généreuse avec vous depuis la dernière fête.

mariage asatru

Mariage célébré par le godi Hilmar Orn Hilmarsson de l’Asatruarfelagid en Islande

Rites de passage

LE CYCLE DE LA VIE EST RYTHMÉ PAR DES RITES DE PASSAGE. Nous avons très peu de vraies traces de ces pratiques, qui variaient beaucoup selon les époques et les peuples, et dans une même société. Un garçon ne devient pas un homme-artisan comme il devient un homme-guerrier, un mariage princier ou paysan n’ont pas la même symbolique, un ami d’Odin part armé, brûlé avec une effigie de navire, alors qu’un ami de Freyr est enseveli avec provisions et richesses. Le plus important est de mettre en place des cérémonies sobres et cohérentes avec votre mode de vie.

Après la naissance, la mère chuchote à l’enfant les noms de ses Dises (son nom, celui de sa mère, de la mère de sa mère, etc). Elle le tend au père : « [nom du père], VOICI NOTRE FILS/FILLE. L’ACCEPTES-TU DANS TA LIGNÉE ? », celui-ci répond en le prenant dans ses bras : « ANCÊTRES, JE VOUS PRÉSENTE [nom de l’enfant], FILS/FILLE DE [nom du père], FILS DE [nom du père du père], ETC ». Les invités trinquent pour souhaiter à l’enfant succès, sagesse, santé, amour, prospérité.

Lors d’un mariage, les époux prêtent serment sur un anneau selon le contrat prévu à l’avance. L’homme dit ensuite : « [nom de la femme], FILLE DE [nom de son père], JE SOUHAITE TE PRENDRE POUR ÉPOUSE. ACCEPTES-TU DE VEILLER SUR LES CLÉS DU FOYER ? ». La femme prend ces clés et donne une arme : « nom de l’homme], FILS DE [nom de son père], JE SOUHAITE TE PRENDRE POUR ÉPOUX. ACCEPTES-TU DE DÉFENDRE NOTRE FOYER ? ». Ils échangent ensuite leurs alliances. Les invités trinquent enfin à la santé du couple, formulant chacun un souhait. Pour la nuit de noce, l’époux bénit son épouse avec un marteau de Thor, pour que l’union soit féconde.

Les funérailles, dans notre tradition, peuvent aussi bien se faire par enterrement que par incinération. L’officiant proclame : « ANCÊTRES, ACCUEILLEZ PARMI VOUS, CHEZ HEL, [nom du défunt], FILS / FILLE DE [nom de son père], FILS DE [nom du père du père, etc] ». Si une Divinité était particulièrement proche du défunt, elle peut aussi être invoquée pour l’accompagner dans son dernier voyage. Les personnes présentes trinquent ensuite en l’honneur du défunt, évoquant ses qualités et ses hauts faits. Une gorgée de boisson peut être versée dans l’urne ou la tombe.

Tiré de « Jour après Nuit – vivre au quotidien dans la tradition germano-scandinave », un fascicule du clan Ostara à paraître cette année. Nous dédions ce présent fascicule à Yngvi-Freyr, dieu procréateur, à qui serment fut prêté lors des fêtes de Yule d’écrire un ouvrage sur notre tradition et de travailler chaque jour afin d’obtenir sagesse et propsérité pour les nôtres. Vous pouvez retrouver ici le fascicule sur Les Douze Nuits de Yule concernant les festivités du solstice d’hiver.

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Hefnatafl & hydromel : traditions germano-scandinaves

Les « loisirs » des Anciens étaient des moyens de développer leur patrimoine. Le jeu d’échecs (tafl) et le brassage d’hydromel en sont deux bonnes illustrations. Une activité intellectuelle comme le tafl permet de développer son cerveau, mais est était aussi une manière de s’élever socialement car c’est un attribut royal. Brasser l’hydromel est une activité artisanale qui permet de produire de la boisson enivrante, mais c’est aussi un acte magico-religieux qui renouvelle les liens entre les Divinités du ciel et de la terre, entre le divin et l’humain, et aussi au sein du clan.

TAFL

LE JEU DE TAFL, OU « ÉCHECS SCANDINAVES », EST L’ACTIVITÉ FAVORITE DES ASES, NOS DIVINITÉS DU CIEL. C’est un loisir positif, qui accroît les capacités de raisonnement, et qui est fermement ancré dans notre tradition. Au début de la nouvelle ère qui suivra le Ragnarök, les Divinités survivantes retrouveront le plateau de jeu et les pièces d’échecs en or utilisées à Asgard. Cela symbolise le fait que les sources de notre tradition ne changent pas plus que les grandes constantes de l’Univers. Notre génération peut et doit les redécouvrir, pour forger sa destinée.

Le hefnatafl est la variante de tafl la plus connue, mais il en existe plusieurs. Tous ont en commun la présence de deux camps inégaux. L’un, moins nombreux, protège un roi au centre du plateau, tandis que l’autre l’encercle. Le but des attaquants est d’empêcher le roi de s’échapper par un des angles, après quoi on passe à la revanche où la situation est inversée. Le vainqueur est celui qui gagne à la fois comme attaquant et comme défenseur. Nous apprenons ainsi que celui qui refuse de baisser les bras, et ne recule devant aucun sacrifice, peut sauver l’essentiel… Ainsi, profitant du cours du Destin, il peut attendre une occasion favorable où reprendre le dessus. Pour vous entraîner à ce jeu, vous trouverez les règles et un plateau virtuel sur ce site : http://hnefatafl.fr

Avant chaque partie, vous pouvez dire cette invocation : « SALUT À VOUS, PUISSANTS ASES, SOUVERAINS DU CIEL ! INSPIREZ-MOI VOTRE SAGESSE QUAND J’AVANCE MES PIÈCES SUR LA TABLE DU DESTIN ».

tafl

brasser SON propre HYDROMEL

L’HYDROMEL EST LA BOISSON DE L’INSPIRATION DIVINE, QU’ODIN RÉCUPERA LORS D’UN DE SES NOMBREUX VOYAGES. Ce mélange d’eau et de miel fermenté est un des premiers alcools produits par l’être humain. Notre tradition considère qu’il est issu de la salive mélangée des Ases et des Vanes, Divinités du ciel et de la terre, et il est donc utilisé pour trinquer de manière rituelle. Il est rare d’en trouver en France, mais demandez à vos apiculteurs locaux. Sinon, achetez leur miel !

Il est assez facile d’en produire dans votre propre maisonnée, comme jadis. Un ou deux essais suffisent pour avoir une boisson correcte. Vous pourrez ensuite perfectionner vos techniques, essayer différents miels et herbes aromatiques, voire récupérer des fûts des chêne pour le vieillissement. Ainsi, vous pourrez partager, avec nos Amis et vos invités, la boisson de la demeure, vibrante manifestation de votre héritage et du bon goût germanique. Voici un exemple de guide détaillé : https://fr.wikibooks.org/wiki/Livre_de_cuisine/Boissons/Hydromel. Comme l’eau a une grande influence, préférez l’eau de source si celle de votre robinet est chlorée.

Cette invocation aidera la fermentation : « ODIN, DIEU DE L’INSPIRATION, QUE LES RAYONS DU SOLEIL, ET L’EAU D’ICI, RÉJOUISSENT ASES ET VANES, ET TOUS LES MEMBRES DU CLAN, MORTS OU VIVANTS ! »

Tiré de « Jour après Nuit – vivre au quotidien dans la tradition germano-scandinave », un fascicule du clan Ostara à paraître cette année. Nous dédions ce présent fascicule à Yngvi-Freyr, dieu procréateur, à qui serment fut prêté lors des fêtes de Yule d’écrire un ouvrage sur notre tradition et de travailler chaque jour afin d’obtenir sagesse et propsérité pour les nôtres. Vous pouvez retrouver ici le fascicule sur Les Douze Nuits de Yule concernant les festivités du solstice d’hiver.

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Le cycle des nuits et des jours dans la tradition germano-scandinave

DANS NOTRE TRADITION, LE TEMPS N’EST PAS LINÉAIRE, MAIS CYCLIQUE. Les cycles de la respiration, des jours, des lunaisons et des saisons, s’imbriquent les uns dans les autres. Ils forment ainsi le cycle de la Vie : au sein de la longue lignée du clan, chacun passe tour à tour du statut d’héritier à celui d’Ancêtre. Plus largement encore, après la grande bataille du Ragnarök, Divinités et Humains se retrouveront pour débuter une nouvelle ère cosmique. Ce paradigme est donc au cœur de notre spiritualité, et nous l’honorons depuis l’aube des temps par les rites de passage (naissance, mariage, décès) et les grandes fêtes rythmant le calendrier annuel.

Nombre de rites quotidiens existent également pour vivre en harmonie avec les siens, les autres, et notre environnement. Il s’agit de vivre chaque journée plus intensément, en étant conscients des liens qui nous unissent aux puissances sacrées des Neuf Mondes que porte Yggdrasill, l’arbre cosmique. Vivre selon notre tradition, c’est tout simplement faire briller en nous le très ancien symbole de la roue solaire. C’est jouer notre rôle dans la danse de cet astre triomphant, qui renaît chaque matin pour que continue la Vie dont il est la source. Ainsi, nous perpétuons le souvenir de nos Ancêtres, mais surtout nous forgeons jour après nuit, par nos Paroles et nos Actions, un destin à la hauteur de ce que nous souhaitons léguer à nos héritiers, de sang ou de cœur.

Roue solaire

Pour nous, chaque journée est un symbole d’espoir invincible. De la même manière qu’après chaque nuit vient un nouveau jour, après chaque hiver vient un nouvel été, après chaque vieille génération en vient une plus jeune, et après la fin de notre Univers un nouvel ordre cosmique renaîtra. C’est aussi ce qui fait que notre antique tradition, un temps réduite au silence, est aujourd’hui en plein renouveau. Cela nous enseigne donc que nous sommes toujours capables de nous relever, quelles que soient les épreuves qui puissent nous submerger.

A l’aube des temps, les Ases, nos Divinités du ciel, confièrent à Sunna le devoir de conduire le char solaire pour compter les jours. Tous ces cycles ont donc pour nous un sens sacré, et cette étincelle de Vie qui est en nous n’est pas le simple fruit du hasard. C’est le fruit d’un Destin qui nous dépasse, mais dont nous faisons pourtant partie, ce qui nous rend libres et responsables de nos choix. En tant que porteurs de cette puissance divine, nous pouvons donc nous reconnecter au quotidien à cette source primordiale. Pour cela, nous devons être fidèles, par nos Pensées, par nos Paroles, et surtout par nos Actions, aux valeurs morales qu’incarnent nos Divinités.

Jour après nuit, nous pouvons tendre vers l’idéal de nos Ancêtres, dont la sagesse nous guide par-delà les générations. Ils survivent en nous, et nous prouvent aussi que nous survivrons à travers nos héritiers. Pour que cela soit possible, notre relation avec les Êtres de notre terre est primordiale, puisque nulle vie ne peut prospérer sans la Terre généreuse qui l’abrite et la nourrit.

Tiré de « Jour après Nuit – vivre au quotidien dans la tradition germano-scandinave », un fascicule du clan Ostara à paraître cette année. Nous dédions ce présent fascicule à Yngvi-Freyr, dieu procréateur, à qui serment fut prêté lors des fêtes de Yule d’écrire un ouvrage sur notre tradition et de travailler chaque jour afin d’obtenir sagesse et propsérité pour les nôtres. Vous pouvez retrouver ici le fascicule sur Les Douze Nuits de Yule concernant les festivités du solstice d’hiver.

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Jours de la semaine dans la tradition germano-scandinave

CHAQUE JOUR DE LA SEMAINE EST LIÉ À UNE DIVINITÉ PARTICULIÈRE. Les correspondances sont assez évidentes dans les langues germaniques actuelles, de la même manière qu’en français les noms des jours font référence à des divinités latines (Lundi = Luna, Mardi = Mars, etc).

FRANÇAIS

VIEUX FRANCIQUE

VIEIL HAUT-ALLEMAND

VIEIL ANGLAIS

VIEUX NORROIS

DIVINITÉ HONORÉE

ASTRE

Dimanche

Sunnundag

Sunnuntag

Sunnandæġ

Sunnudagr

Sunna

Soleil

Lundi

Mânendag

Mânetag

Mōnandæg

Mánadagr

Mani

Lune

Mardi

Tiusdag

Zîostag

Tiwesdæġ

Týsdagr

Tyr

Mars

Mercredi

Wuodansdag

Wôtanstag

Wēdnesdæġ

Óðinsdagr

Odin

Mercure

Jeudi

Thonarsdag

Donarstag

Þunresdæġ

Þórsdagr

Thor

Jupiter

Vendredi

Frîadag

Frijatag

Frīġedæġ

Frjádagr

Freyja/Frigg

Vénus

Samedi

?

Sunnuaband

Sæternesdæg

Laugardagr

Freyr (?)

Saturne

Nous vous proposons donc, à la fin de chaque jour, de remercier la divinité en question. Étant donné que l’année commence en hiver, l’ancien calendrier fait commencer les jours à la tombée de la nuit, vous pouvez donc faire cette courte salutation au crépuscule, ou le plus vite possible après. L’idéal est de la faire auprès de votre autel domestique, face à une bougie allumée, mais cela peut se faire n’importe où. Voici quelques exemples :

Dimanche : « SUNNA, CONDUCTRICE DU CHAR D’OR, ROUE SOLAIRE, FLAMME DU CIEL, CLARTÉ DES ELFES, TOI QUI DONNE LE COMPTE DES JOURS, MERCI D’AVOIR VEILLÉ SUR CELUI-CI. SALUT À TOI, SUNNA ! »

Lundi : « MANI, CONDUCTEUR DU CHAR D’ARGENT, ROUE LUNAIRE, TÉMOIN DES ASSEMBLÉES, GRAND BUVEUR, TOI QUI DONNE LE COMPTE DES NUITS, MERCI D’AVOIR VEILLÉ SUR CELLE-CI. SALUT À TOI, MANI ! »

Mardi : « TYR, ASE MANCHOT ESTROPIÉ PAR LE LOUP, ÉTOILE DANS LA NUIT, GARDIEN DES TEMPLES ET DES SERMENTS, TOI LE PLUS COURAGEUX DES DIEUX, MERCI D’AVOIR VEILLÉ SUR NOS VICTOIRES. SALUT À TOI, TYR ! »

Mercredi : « ODIN, ASE AUX CORBEAUX, HABITUÉ DES CHEMINS, SACRIFIÉ À TOI-MÊME POUR OBTENIR LES RUNES, TOI LE PLUS SAGE DES DIEUX, MERCI D’AVOIR VEILLÉ SUR NOS APPRENTISSAGES. SALUT À TOI, ODIN ! »

Jeudi : « THOR, AMI DES HUMAINS, CONDUCTEUR DU CHARIOT, PORTEUR DU MARTEAU, PUISSANT SANCTIFICATEUR, TOI LE PLUS FORT DES DIEUX, MERCI D’AVOIR VEILLÉ SUR NOTRE SÉCURITÉ. SALUT À TOI, THOR ! »

Vendredi : « FREYJA, MATRONE DES VANES, TRUIE GÉNÉREUSE, MAÎTRESSE DES TUÉS, TOI LA PLUS BELLE DES DÉESSES, MERCI D’AVOIR VEILLÉ SUR NOS AMOURS. SALUT À TOI, FREYJA ! » (Certains dédient ce jour à Frigg. Hors de Scandinavie, Frigg et Freyja sont remplacées par une seule déesse, nommée Friga, Frea, Perchten, Frau Holle, Fraud Gode … selon les endroits).

Samedi : « FREYR, MAÎTRE DE LA PLUIE, DU SOLEIL, ET DES FRUITS DE LA TERRE, ROI DES ELFES, TOI QUI AS ENGENDRÉ DE GRANDES LIGNÉES, MERCI D’AVOIR VEILLÉ SUR NOTRE PROSPÉRITÉ. SALUT À TOI, FREYR ! » (Samedi est d’étymologie variable dans les différentes langues germaniques. Saturne étant une divinité agricole, nous vous proposons d’honorer Freyr ; certains choisissent Hel, d’autres Loki dont nous n’encourageons pas le culte).

semaine

« The Seven Saxon Gods » (Oliver Goldsmith, 1839, d’après Olaus Magnus, 1555)

CE RITE NOUS PERMET DE MESURER CE QUE NOUS ACCOMPLISSONS CHAQUE JOUR. Sunna conduit chaque fois le même Soleil, Mani nous rappelle que chaque jour est différent du précédent par la Lune qui varie. Les autres Divinités nous rappellent nos objectifs : victoire, apprentissage, sécurité, amour, prospérité, pour nous et aussi pour les nôtres. Comme les Anciens, n’hésitons pas à faire savoir à divins alliés quand nous pensons qu’ils ne nous ont pas aidé. Sachons aussi prendre nos responsabilités, en reconnaissant nos erreurs pour les racheter par nos actes le jour suivant.

Tiré de « Jour après Nuit – vivre au quotidien dans la tradition germano-scandinave », un fascicule du clan Ostara à paraître cette année. Vous pouvez retrouver ici le fascicule sur Les Douze Nuits de Yule concernant les festivités du solstice d’hiver.

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Stoïcisme Nordique du Lundi Matin (n°2)

La même sagesse infuse une nouvelle fois la pensée germano-scandinave et gréco-romaine. Le Chat Poron se joint dont à l’empereur Marc-Aurèle et au dieu Odin en postant avec un peu d’avance ce deuxième épisode.

« Le matin, quand tu as de la peine à te lever, voici la réflexion que tu dois avoir présente à l’esprit : « Je me lève pour faire mon œuvre d’homme ; je vais remplir les devoirs pour lesquels je suis né et j’ai été envoyé en ce monde. Pourquoi donc faire tant de difficultés ? Ai-je été créé pour rester ainsi chaudement sous des couvertures ?

— Mais cela me fait plus de plaisir !

— Es-tu donc né pour le plaisir uniquement ? N’est-ce pas au contraire pour toujours travailler et toujours agir ? Ne vois-tu pas que les plantes, les oiseaux, les fourmis, les araignées, les abeilles concourent, chacune dans leur ordre, à l’ordre universel ? Et toi, tu refuserais d’accomplir tes fonctions d’homme ! Tu ne t’élancerais pas avec ardeur à ce qui est si conforme à ta nature !

— Mais, diras-tu, il faut bien que je me repose.

— D’accord ; le repos est nécessaire ; mais la nature a mis aussi des bornes à ce besoin, comme elle en a mis au besoin de manger et de boire. En cela pourtant, tu vas au-delà des bornes, et tu dépasses ce qu’il te faut. Au contraire, quand tu agis, tu n’en fais pas autant ; et tu restes en deçà de ce que tu pourrais faire. Cette négligence tient à ce que tu ne t’aimes pas sérieusement toi-même ; car autrement tu aimerais ta nature. Ceux qui aiment réellement l’art spécial qu’ils cultivent se dessèchent sur les ouvres que cet art leur inspira, oublieux du boire, oublieux du manger. Et toi, tu apprécies ta propre nature moins que le tourneur n’apprécie l’art du tour, moins que le danseur n’apprécie l’art de la danse, moins que l’avare n’apprécie son argent, ou le glorieux, sa vaine gloire : quand tous ces gens-là sont à leur ardeur labeur, ils songent moins à manger ou à dormir qu’à avancer l’œuvre dont ils s’occupent si passionnément. Et toi, tu trouves les devoirs que la société impose à ses membres moins importants et moins dignes de tes soins ! »

(Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même, livre V, I, trad. Barthélémy Saint-Hilaire).

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Et du côté scandinave, donc :

« Il doit se lever tôt, celui qui cherche vengeance,

Ou voudrait les possessions d’un autre.

Le loup qui se repose attrapera peu de viande,

Et l’homme qui dort aussi peu de succès.

Il doit se lever tôt, celui dont les ouvriers sont peu,

Afin de se mettre de lui-même à son ouvrage.

Beaucoup reste inachevé pour le lève-tard,

Car l’entrain est une richesse à moitié gagnée. »

Odin (Havamal, 58-59, trad. Chat Poron d’après H. A. Bellows)

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Stoïcisme Nordique du Lundi Matin (n°1)

Salutations ! Voici la nouvelle rubrique du Chat Poron : le Stoïcisme Nordique du Lundi Matin. L’idée est simple : on sait tous que le lundi matin, c’est le lundi matin, avec tout ce que ça implique. Pour tenter de surmonter l’insurmontable, votre serviteur a deux méthodes : le Havamal (« Dit du Très Haut », un poème scandinave attribué au dieu Odin et qui est une suite de conseils donné à l’homme qui vise la sagesse, autrement dit au philosophe) ; et l’école gréco-romaine de la philosophie stoïcienne (fondée par Zénon en Grèce, et dont les principaux continuateurs seront l’esclave grec Epictète auteur du manuel du même nom, l’homme politique et écrivain romain Sénèque par les lettres à ses amis, et l’empereur romain Marc-Aurèle lui-même dans ses Pensées).

L’idée est donc, chaque semaine, de mettre en regard une ou deux strophes du Havamal (ou éventuellement un passage d’une saga scandinave) et un fragment de philosophie stoïcienne, qui comme vous pouvez les constater se rejoingnent souvent, à tel point que je m’aventurerais presque jusqu’à dire que le monde germano-scandinave païen était stoïcien, ou alors que les Stoïciens gréco-romains avaient tout simplement une mentalité germanique.

« Si quelque dieu te disait que tu mourras demain, ou si ce n’était demain, au plus tard après-demain, tu ne ferais pas grande différence de mourir le troisième jour au lieu de mourir le second, à moins que tu ne fusses de la plus insigne lâcheté. En effet, que serait un tel sursis ? Eh bien ! pense absolument de même que ce n’est pas grand état de mourir après de longues années, plutôt que demain. »
– Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même, livre IV, XLVI

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« La richesse meurt, les gens meurent,
Toi-même dans peu de temps tu périras,
Mais je sais une chose qui point ne meurt :
La renomée bien méritée de celui qui l’acquiert. »
– Havamal, 75 (trad. Chat Poron)

Comme Dubrinertos de la Claririère Garganioii nous le rappelle, le monde celte n’est pas en reste non plus, car la tradition orale irlandaise attribue cette phrase au héros Cuchulainn : « Ne serais-je au monde qu’un jour et qu’une nuit, peu m’importe, pourvu que restent après moi mon histoire et le récit de mes hauts faits. »

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Dendrolâtrie : le culte des arbres

Il est très courant das les religions traditionnelles de vénérer des arbres, soit directement, soit comme réceptacle de la présence d’une divinité (on le voit encore aujourd’hui dans le chamanisme mongol, shintoïsme, hindouïsme, animisme africain, etc). La chose est aussi encore bien vivante en Europe, avec le sapin de Noël et la couronne de houx, mais aussi avec des arbres intégrés dans les cultes chrétiens, comme les chênes pouilleux, les arbres à clous (souvent des chênes ou des tilleuls), ou les chênes de la vierge.

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Arbre à clous, Herchies, Belgique

 

On pense parfois que ce culte des arbres, en Europe, aurait été uniquement d’origine celtique ou germanique. Ce texte de l’auteur romain Pline l’Ancien nous prouve le contraire :

« Les arbres ont été les temples des divinités ; et encore aujourd’hui les campagnes, conservant dans leur simplicité les rites anciens, consacrent le plus bel arbre à un dieu. Et, dans le fait, les images resplendissantes d’or et d’ivoire ne nous inspirent pas plus d’adoration que les bois sacrés et leur profond silence. Chaque espèce d’arbre demeure toujours dédiée à une même divinité, le chêne à Jupiter, le laurier à Apollon, l’olivier à Minerve, le myrte à Vénus, le peuplier à Hercule. Bien plus, les Sylvains, les Faunes, des déesses, des divinités spéciales sont, dans nos croyances, chargées du soin des forêts, comme d’autres divinités président au ciel. » (Pline l’Ancien, Histoire Naturelle 12, 3-5)

Rappellons qu’en l’an 743, le concile de Leptines interdit encore, dans son Indiculus superstitionum et paganiarum, « les sacrifices dans les bois qu’on nomme nemeton » (point VI).

Dans la tradition germano-scandinave, on associe le frêne à Odin ; le sureau, le genévrier et le lin à sa compagne ; le chêne à Thor ; le sorbier et les céréales à son épouse Sif ; la camomille sauvage à Balder ; les pommiers à Idunn. Les bouleaux et les ifs, symbolisés par les runes b (Berkana) et ï (Eïwaz), ont également tendance à être la demeure d’un esprit, de même que les prunelliers ou les aubépines, représentés par la rune th (Thurisaz).

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Arbre sacré, source de Madron, Cornouaille britannique

Chez les Gaulois, on associe le chêne à Taranis (Maxime de Tyr, Dissertations, VIII, 8 : « Les Celtes rendent un culte à Zeus, mais l’image de Zeus, chez les Celtes, est un grand chêne »). C’est sans doute pour cette raison, et pour le caractère sacré du gui de chêne, que leur abattage était interdit sans autorisation d’un druide ; et pour cette raison aussi que le mot français chêne vient d’un des trois mots gaulois le désignant (cassanos, deruos, tannos) et non du latin quercus. Les autres arbres ont des liens moins nets avec une divinité, mais le pommier (immortalité, cf. Avallon = Ynys Afallach en gallois, l’île des pommes), le noisetier (sagesse), le hêtre (inscriptions « Deo Fago », au dieu hêtre, en Gaule Aquitaine), sont également sacrés. Dans l’alphabet oghamique irlandais, cinq signes ont clairement un nom d’arbre : le chêne, le sorbier, l’aulne, le noisetier et le bouleau. Chez les Gallois, Yspaddaden Penkawr, l’équivalent du Balor gaélique, le chef des Géants, a un  nom qui signifie très exactement « Aubépine, Chef-des-Géants ». Enfin, en Bretagne, les buissons d’ajoncs servent de refuge aux âmes des morts, il faut donc éviter de les déranger pendant la nuit (particulièrement le 31 octobre et le 30 avril, quand le voile entre les mondes est le plus fin).

Quant aux Baltes, le chêne y est aussi associé au dieu du tonnerre, Perkûnas. Dans les Balkans, le bouleau est associé au personnage de Baba Marta, le grand-mère du printemps.

Dans tous les cas, les manières de procéder au culte des arbres sont assez simples : ne pas les abattre, ne les tailler que si besoin ou pour collecter un peu de bois à usage rituel conformément aux traditions, déposer des offrandes (rubans autour des branches sans trop les serrer, dépôt de fleurs ou de biscuits, libations). La prière n’a guère besoin d’être longue, il suffit par exemple de le toucher de la main droite en disant « Salut à toi, arbre sacré ! Je te remercie pour tes bienfaits ».

Notez aussi que, si vous vivez en appartement, il est souvent possible d’avoir des versions bonsaï de ces arbres ; bien que le débat reste ouvert pour savoir si c’est bien respectueux ou conforme aux traditions européennes, le Chat Poron en est assez partisan comme solution alternative.

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Les vraies caractéristiques de la spiritualité germanique résurgente (B. Linzie)

Traduction de la partie 4.4 de l’essai « Germanic spirituality » de Bil Linzie, un des théoriciens et premiers pratiquants du reconstructionnisme germano-scandinave aux Etats-Unis. Vous pouvez trouver un résumé de cet essai de 50 pages, et un lien pour le télécharger en entier dans sa version originale en anglais, ici, la traduction de l’introduction , et la traduction des parties 4.1 , 4.2 et 4.3 en cliquant dessus.

Recréer la vision du monde germanique, et la conscience du réseau de relations que cela implique, est un projet auquel s’attèlent en ce moment même un grand nombre de personnes et même quelques groupes. Aujourd’hui, et encore davantage à l’avenir, ces gens seront traités comme des « intégristes » par la plupart… mais pourtant, ils continuent à progresser dans leur démarche, et deviennent même de plus en plus nombreux. D’autres, qui se sont « convertis à l’Asatru » dans le seul but de justifier et promouvoir des opinions politiques basées sur la ségrégation ou le suprémacisme blanc, ont aussi beaucoup de reproches à faire à ceux qu’ils qualifient de « fondamentalistes » ou de « passéistes », mais les deux principaux sont ceux-ci : 1) une absence de dogmatisme, qui pousse les reconstructionnistes à remettre en question toutes les idées qu’on leur propose, en particulier des théories archéologiques dépassées ou pseudo-scientifiques, 2) un refus de blâmer les « autres » (en particulier « les autres races ») pour tous les problèmes du monde. Quoi qu’il en soit, la résurgence de la spiritualité germanique a commencé, et son retour sera inéluctable tant qu’aux moins certains refuseront de dévier le cap dans l’une ou l’autre des directions.

Sachant que la culture, et en particulier le contexte culturel général, est parmi les premières choses qu’un enfant apprenne dans sa vie, il pourrait être prudent que ce soit aussi la première chose qu’on recommande aux nouveaux adhérents. A l’heure actuelle, dans la plupart des groupes et associations, apprendre comment participer à (puis mener) un blot et un symbel est la priorité n°1, tandis que les aspects culturels sont considérés comme peu importants, et se limitent à des éléments en pièces détachées (tel ou tel mythe, tel ou tel fait historique, etc) plutôt que de s’intéresser à la vision du monde globale qui relie ces éléments et les a même façonnés. Si c’était le cas, l’Asatru ne serait plus sujet à des emprunts constants (comme nous l’avons vu précédemment), et la plupart des emprunts datant de la période d’indifférenciation avec la Wicca auraient déjà été mis de côté. On l’a dit ci-dessus, la cérémonie religieuse est une expression de la culture dans un contexte donné : la spiritualité germanique consiste à avoir le bon comportement dans ce même contexte, donc il semblerait raisonnable que la compréhension de la culture précède tout cela.

La spiritualité, donc, est ce qui détermine les expressions de la religion. C’est par l’interaction avec les communautés et familles concernées que les éléments acquièrent un sens, et ces éléments sont alors ce qui permet à la religion de s’exprimer. Tracer un cercle magique façon Wicca au début d’un blot n’a aucun sens dans notre culture, autre que celui d’être un élément emprunté et étranger. D’un autre côté, l’auteur connaît un seidhman [NdT : un pratiquant du seidhr, une forme de magie germanique] qui pratique des cérémonies de soins où il utilise un lasso, qu’il a trouvé par terre lors d’une de ses longues expéditions dans le désert où il ramasse ses herbes médicinales. Il dit que le lasso aide à protéger et maintenir en place l’esprit du patient pendant qu’il est soigné. La communauté où cette pratique a lieu est située dans le Sud-Ouest des Etats-Unis, où il est encore courant de faire un cercle de corde autour des dormeurs pour empêcher les serpents à sonnette d’approcher. Cette corde, parce qu’elle est utilisée de cette manière, dans cette communauté, et parce que le guérisseur l’a trouvée de cette manière, a acquis un sens – parce qu’elle s’intègre et interagit réellement avec le contexte culturel du groupe. C’est tout à fait normal que des groupes Asatru de Hawaii ou de Floride [NdT : ou de France] « acquièrent » ainsi localement des plantes, des fruits, des animaux, des poissons, et ainsi de suite, d’une manière similaire.

Quelle est la différence entre « acquérir » et « emprunter », alors ? Une des justifications favorites des adeptes du New Age accusés de bidouiller avec l’Asatru est : « Bah, si l’Asatru avait survécu de manière ininterrompue au fil des siècles, il aurait évolué aussi ! ». Le problème avec cet argument est pourtant évident. La personne est accusée de prendre un élément qui a un sens bien particulier dans un contexte donné, et de le transférer tel quel dans un autre contexte où il n’a aucun sens. Les mots clés sont « évoluer » et « adapter ». Ces deux mots sous-entendent que les éléments ont acquis un sens en interagissant avec l’Asatru. Prendre des éléments d’une cérémonie et les faire entrer par effraction dans un contexte germanique revient à court-circuiter complètement les processus de mise en contact, d’interaction, puis d’intégration, qui auraient eu lieu si cela s’était produit de manière naturelle. L’imitation n’est pas beaucoup mieux. La culture, dans une situation d’emprunt, s’exprime forcément d’une manière ou d’une autre en influençant lourdement les personnes aux commandes, de sorte que cela donne quasi-systématiquement de la Wicca superficiellement scandinavisée, ou du christianisme superficiellement scandinavisé, ou du bouddhisme superficiellement scandinavisé, etc. Quand c’est le cas, le processus de reconstruction devient impossible, est purement et simplement remplacé par un processus d’homogénisation avec les modes religieuses du moment [NdT : sous couvert, comme on l’a vu, d’être une « interprétation personnelle », puisque les envies et besoins de la personne prennent source dans un imaginaire intégré à la culture dominante].

Si l’Asatru, en tant que religion résurgente, veut continuer à assumer son destin propre plutôt que d’être un satellite du New Age, ses membres devront avoir des limites claires entre ce qui est Asatru et ce qui ne l’est pas. On devra nécessairement formuler des jugements, et, comme par le passé, passer outre les sentiments de certaines personnes. Les pratiquants, comme ceux des religions traditionnelles amérindiennes, devront sûrement un jour refuser la présence de certaines personnes qui voudront seulement imiter et s’approprier certains aspects sans jamais essayer de comprendre quoi que ce soit hors de leur cadre de pensée. Mais ils devront aussi commencer à remettre en question tout ce qui a été emprunté de manière non-pertinente (pratiques, formules, objets, idées), et prendre la décision de revenir sur ces emprunts, sans hésiter à écarter ce qui est clairement incompatible. Pour guider ces nécessaires débats, voici une proposition de neuf lignes de conduite :

  1. Accepter que l’Ásatrú en tant que vision du monde est probablement complète (même si pas encore totalement bien interprétée) et se tient à elle seule.
    2. Accepter que l’Ásatrú en tant que religion est l’expression de la culture sous-jacente.
    3. La spiritualité Ásatrú est fondée sur une interaction avec le monde réel d’une façon qui conforte le bien-être de la famille et de la communauté.
    4. « La récompense finale » [après la mort] est directement liée aux souvenirs qu’on laisse derrière soi après sa mort.
    5. La famille est la plus petite unité définie dans l’Ásatrú. L’individualisme radical est un concept à la fois étranger et moderne.
    6. La communauté géographique est la dernière ligne de défense pour la famille et, même si elle est « mixte », elle toujours être traitée avec respect.
    7. La terre sur laquelle repose la communauté géographique est sacrée.
    8. La communauté est naturellement divisée en trois classes et chacune des classes doit honorer (‘worship’ ) de façon appropriée – la prière individuelle adressée directement aux dieux est un emprunt à la chrétienté fait il y a mille ans. Les Ancêtres, les Esprits du terroir, les Esprits de la demeure, doivent retrouver leur juste place [NdT : de premiers interlocuteurs et, si besoin, d’intermédiaires].
    9. Il faut développer de nouvelles acquisitions :
    – qui ont une signification locale,
    – qui ne sont pas empruntées telles qu’elles à une autre vision du monde,
    – qui sont cohérentes avec la vision germanique du monde.
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