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Fêtes et rites de passage dans la tradition germano-scandinave

Certains moments de la journée (aube, midi, crépuscule, minuit) sont particulièrement sacrés. De la même manière, certaines journées sont plus sacrées que d’autres. Dans notre tradition, elles correspondent aux jours de fête, répartis le long de l’année et célébrant l’été qui revient après l’hiver, d’autre part aux rites de passage, qui marquent les grands moments de notre vie et qui célèbrent le fait que les générations se succèdent, chacun devenant tour à tour héritier puis Ancêtre.

Fêtes

LE CYCLE DES SAISONS EST LE CYCLE LE PLUS ÉVIDENT À COMPRENDRE ET À CÉLÉBRER. Nous l’expérimentons chaque année : la Nature meurt chaque automne pour renaître au printemps. Pour suivre l’écoulement de ce cycle, les Anciens ont utilisé différents systèmes, basés sur la chevauchée de Mani et de Sunna dans le ciel, tirant les astres d’argent et d’or. Ces calendriers luni-solaires, souvent complexes, ont varié au fil des époques et selon les peuples. Aujourd’hui, tous les peuples germano-scandinaves ont adopté un calendrier solaire.

Nous vous proposons donc quatre célébrations-clé avec leur date la plus courante dans le calendrier moderne. Vos propres recherches, ou notre prochain fascicule « Été comme hiver : vivre aujourd’hui le cycle des saisons dans la tradition germano-scandinave », vous permettront d’approfondir le sens de ces fêtes, de comprendre quand les fêter précisément selon les différents systèmes, et d’en découvrir d’autres, connues seulement par certaines branches de notre tradition.

VIEUX NORROIS

VIEIL ALLEMAND

VIEIL ANGLAIS

FRANÇAIS

DATE

Vettnaett

Wintarnahtan

Winternyhton

Nuits d’hiver

3I/1O

Jólablót, Vénaett

Julbluot,Wîhnahtan

Ġeōlablōt, Wēohnython

Blot de Yule, Nuits sacrées

2I/12

Sumardagurinn fyrsti

Sumartag furisto

Sumordaeġ fyrst

Premier jour d’été

30/O4

Alþing / Midsumar

Alding / Mittsumar

Ealllþing / Midsumor

Grande assemblée, Mi-été

2I/O6

Invitez vos proches à ces dates pour partager un banquet et trinquer en l’honneur des Êtres locaux, de vos Ancêtres, et de nos Divinités. Faites trois tours de table avec la boisson, dédiés chacun à une catégorie d’Amis. Ciblez vos remerciements : au plus grand arbre du jardin, à un Ancêtre récemment décédé, une Divinité qui a été généreuse avec vous depuis la dernière fête.

mariage asatru

Mariage célébré par le godi Hilmar Orn Hilmarsson de l’Asatruarfelagid en Islande

Rites de passage

LE CYCLE DE LA VIE EST RYTHMÉ PAR DES RITES DE PASSAGE. Nous avons très peu de vraies traces de ces pratiques, qui variaient beaucoup selon les époques et les peuples, et dans une même société. Un garçon ne devient pas un homme-artisan comme il devient un homme-guerrier, un mariage princier ou paysan n’ont pas la même symbolique, un ami d’Odin part armé, brûlé avec une effigie de navire, alors qu’un ami de Freyr est enseveli avec provisions et richesses. Le plus important est de mettre en place des cérémonies sobres et cohérentes avec votre mode de vie.

Après la naissance, la mère chuchote à l’enfant les noms de ses Dises (son nom, celui de sa mère, de la mère de sa mère, etc). Elle le tend au père : « [nom du père], VOICI NOTRE FILS/FILLE. L’ACCEPTES-TU DANS TA LIGNÉE ? », celui-ci répond en le prenant dans ses bras : « ANCÊTRES, JE VOUS PRÉSENTE [nom de l’enfant], FILS/FILLE DE [nom du père], FILS DE [nom du père du père], ETC ». Les invités trinquent pour souhaiter à l’enfant succès, sagesse, santé, amour, prospérité.

Lors d’un mariage, les époux prêtent serment sur un anneau selon le contrat prévu à l’avance. L’homme dit ensuite : « [nom de la femme], FILLE DE [nom de son père], JE SOUHAITE TE PRENDRE POUR ÉPOUSE. ACCEPTES-TU DE VEILLER SUR LES CLÉS DU FOYER ? ». La femme prend ces clés et donne une arme : « nom de l’homme], FILS DE [nom de son père], JE SOUHAITE TE PRENDRE POUR ÉPOUX. ACCEPTES-TU DE DÉFENDRE NOTRE FOYER ? ». Ils échangent ensuite leurs alliances. Les invités trinquent enfin à la santé du couple, formulant chacun un souhait. Pour la nuit de noce, l’époux bénit son épouse avec un marteau de Thor, pour que l’union soit féconde.

Les funérailles, dans notre tradition, peuvent aussi bien se faire par enterrement que par incinération. L’officiant proclame : « ANCÊTRES, ACCUEILLEZ PARMI VOUS, CHEZ HEL, [nom du défunt], FILS / FILLE DE [nom de son père], FILS DE [nom du père du père, etc] ». Si une Divinité était particulièrement proche du défunt, elle peut aussi être invoquée pour l’accompagner dans son dernier voyage. Les personnes présentes trinquent ensuite en l’honneur du défunt, évoquant ses qualités et ses hauts faits. Une gorgée de boisson peut être versée dans l’urne ou la tombe.

Tiré de « Jour après Nuit – vivre au quotidien dans la tradition germano-scandinave », un fascicule du clan Ostara à paraître cette année. Nous dédions ce présent fascicule à Yngvi-Freyr, dieu procréateur, à qui serment fut prêté lors des fêtes de Yule d’écrire un ouvrage sur notre tradition et de travailler chaque jour afin d’obtenir sagesse et propsérité pour les nôtres. Vous pouvez retrouver ici le fascicule sur Les Douze Nuits de Yule concernant les festivités du solstice d’hiver.

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Hefnatafl & hydromel : traditions germano-scandinaves

Les « loisirs » des Anciens étaient des moyens de développer leur patrimoine. Le jeu d’échecs (tafl) et le brassage d’hydromel en sont deux bonnes illustrations. Une activité intellectuelle comme le tafl permet de développer son cerveau, mais est était aussi une manière de s’élever socialement car c’est un attribut royal. Brasser l’hydromel est une activité artisanale qui permet de produire de la boisson enivrante, mais c’est aussi un acte magico-religieux qui renouvelle les liens entre les Divinités du ciel et de la terre, entre le divin et l’humain, et aussi au sein du clan.

TAFL

LE JEU DE TAFL, OU « ÉCHECS SCANDINAVES », EST L’ACTIVITÉ FAVORITE DES ASES, NOS DIVINITÉS DU CIEL. C’est un loisir positif, qui accroît les capacités de raisonnement, et qui est fermement ancré dans notre tradition. Au début de la nouvelle ère qui suivra le Ragnarök, les Divinités survivantes retrouveront le plateau de jeu et les pièces d’échecs en or utilisées à Asgard. Cela symbolise le fait que les sources de notre tradition ne changent pas plus que les grandes constantes de l’Univers. Notre génération peut et doit les redécouvrir, pour forger sa destinée.

Le hefnatafl est la variante de tafl la plus connue, mais il en existe plusieurs. Tous ont en commun la présence de deux camps inégaux. L’un, moins nombreux, protège un roi au centre du plateau, tandis que l’autre l’encercle. Le but des attaquants est d’empêcher le roi de s’échapper par un des angles, après quoi on passe à la revanche où la situation est inversée. Le vainqueur est celui qui gagne à la fois comme attaquant et comme défenseur. Nous apprenons ainsi que celui qui refuse de baisser les bras, et ne recule devant aucun sacrifice, peut sauver l’essentiel… Ainsi, profitant du cours du Destin, il peut attendre une occasion favorable où reprendre le dessus. Pour vous entraîner à ce jeu, vous trouverez les règles et un plateau virtuel sur ce site : http://hnefatafl.fr

Avant chaque partie, vous pouvez dire cette invocation : « SALUT À VOUS, PUISSANTS ASES, SOUVERAINS DU CIEL ! INSPIREZ-MOI VOTRE SAGESSE QUAND J’AVANCE MES PIÈCES SUR LA TABLE DU DESTIN ».

tafl

brasser SON propre HYDROMEL

L’HYDROMEL EST LA BOISSON DE L’INSPIRATION DIVINE, QU’ODIN RÉCUPERA LORS D’UN DE SES NOMBREUX VOYAGES. Ce mélange d’eau et de miel fermenté est un des premiers alcools produits par l’être humain. Notre tradition considère qu’il est issu de la salive mélangée des Ases et des Vanes, Divinités du ciel et de la terre, et il est donc utilisé pour trinquer de manière rituelle. Il est rare d’en trouver en France, mais demandez à vos apiculteurs locaux. Sinon, achetez leur miel !

Il est assez facile d’en produire dans votre propre maisonnée, comme jadis. Un ou deux essais suffisent pour avoir une boisson correcte. Vous pourrez ensuite perfectionner vos techniques, essayer différents miels et herbes aromatiques, voire récupérer des fûts des chêne pour le vieillissement. Ainsi, vous pourrez partager, avec nos Amis et vos invités, la boisson de la demeure, vibrante manifestation de votre héritage et du bon goût germanique. Voici un exemple de guide détaillé : https://fr.wikibooks.org/wiki/Livre_de_cuisine/Boissons/Hydromel. Comme l’eau a une grande influence, préférez l’eau de source si celle de votre robinet est chlorée.

Cette invocation aidera la fermentation : « ODIN, DIEU DE L’INSPIRATION, QUE LES RAYONS DU SOLEIL, ET L’EAU D’ICI, RÉJOUISSENT ASES ET VANES, ET TOUS LES MEMBRES DU CLAN, MORTS OU VIVANTS ! »

Tiré de « Jour après Nuit – vivre au quotidien dans la tradition germano-scandinave », un fascicule du clan Ostara à paraître cette année. Nous dédions ce présent fascicule à Yngvi-Freyr, dieu procréateur, à qui serment fut prêté lors des fêtes de Yule d’écrire un ouvrage sur notre tradition et de travailler chaque jour afin d’obtenir sagesse et propsérité pour les nôtres. Vous pouvez retrouver ici le fascicule sur Les Douze Nuits de Yule concernant les festivités du solstice d’hiver.

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Le cycle des nuits et des jours dans la tradition germano-scandinave

DANS NOTRE TRADITION, LE TEMPS N’EST PAS LINÉAIRE, MAIS CYCLIQUE. Les cycles de la respiration, des jours, des lunaisons et des saisons, s’imbriquent les uns dans les autres. Ils forment ainsi le cycle de la Vie : au sein de la longue lignée du clan, chacun passe tour à tour du statut d’héritier à celui d’Ancêtre. Plus largement encore, après la grande bataille du Ragnarök, Divinités et Humains se retrouveront pour débuter une nouvelle ère cosmique. Ce paradigme est donc au cœur de notre spiritualité, et nous l’honorons depuis l’aube des temps par les rites de passage (naissance, mariage, décès) et les grandes fêtes rythmant le calendrier annuel.

Nombre de rites quotidiens existent également pour vivre en harmonie avec les siens, les autres, et notre environnement. Il s’agit de vivre chaque journée plus intensément, en étant conscients des liens qui nous unissent aux puissances sacrées des Neuf Mondes que porte Yggdrasill, l’arbre cosmique. Vivre selon notre tradition, c’est tout simplement faire briller en nous le très ancien symbole de la roue solaire. C’est jouer notre rôle dans la danse de cet astre triomphant, qui renaît chaque matin pour que continue la Vie dont il est la source. Ainsi, nous perpétuons le souvenir de nos Ancêtres, mais surtout nous forgeons jour après nuit, par nos Paroles et nos Actions, un destin à la hauteur de ce que nous souhaitons léguer à nos héritiers, de sang ou de cœur.

Roue solaire

Pour nous, chaque journée est un symbole d’espoir invincible. De la même manière qu’après chaque nuit vient un nouveau jour, après chaque hiver vient un nouvel été, après chaque vieille génération en vient une plus jeune, et après la fin de notre Univers un nouvel ordre cosmique renaîtra. C’est aussi ce qui fait que notre antique tradition, un temps réduite au silence, est aujourd’hui en plein renouveau. Cela nous enseigne donc que nous sommes toujours capables de nous relever, quelles que soient les épreuves qui puissent nous submerger.

A l’aube des temps, les Ases, nos Divinités du ciel, confièrent à Sunna le devoir de conduire le char solaire pour compter les jours. Tous ces cycles ont donc pour nous un sens sacré, et cette étincelle de Vie qui est en nous n’est pas le simple fruit du hasard. C’est le fruit d’un Destin qui nous dépasse, mais dont nous faisons pourtant partie, ce qui nous rend libres et responsables de nos choix. En tant que porteurs de cette puissance divine, nous pouvons donc nous reconnecter au quotidien à cette source primordiale. Pour cela, nous devons être fidèles, par nos Pensées, par nos Paroles, et surtout par nos Actions, aux valeurs morales qu’incarnent nos Divinités.

Jour après nuit, nous pouvons tendre vers l’idéal de nos Ancêtres, dont la sagesse nous guide par-delà les générations. Ils survivent en nous, et nous prouvent aussi que nous survivrons à travers nos héritiers. Pour que cela soit possible, notre relation avec les Êtres de notre terre est primordiale, puisque nulle vie ne peut prospérer sans la Terre généreuse qui l’abrite et la nourrit.

Tiré de « Jour après Nuit – vivre au quotidien dans la tradition germano-scandinave », un fascicule du clan Ostara à paraître cette année. Nous dédions ce présent fascicule à Yngvi-Freyr, dieu procréateur, à qui serment fut prêté lors des fêtes de Yule d’écrire un ouvrage sur notre tradition et de travailler chaque jour afin d’obtenir sagesse et propsérité pour les nôtres. Vous pouvez retrouver ici le fascicule sur Les Douze Nuits de Yule concernant les festivités du solstice d’hiver.

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Jours de la semaine dans la tradition germano-scandinave

CHAQUE JOUR DE LA SEMAINE EST LIÉ À UNE DIVINITÉ PARTICULIÈRE. Les correspondances sont assez évidentes dans les langues germaniques actuelles, de la même manière qu’en français les noms des jours font référence à des divinités latines (Lundi = Luna, Mardi = Mars, etc).

FRANÇAIS

VIEUX FRANCIQUE

VIEIL HAUT-ALLEMAND

VIEIL ANGLAIS

VIEUX NORROIS

DIVINITÉ HONORÉE

ASTRE

Dimanche

Sunnundag

Sunnuntag

Sunnandæġ

Sunnudagr

Sunna

Soleil

Lundi

Mânendag

Mânetag

Mōnandæg

Mánadagr

Mani

Lune

Mardi

Tiusdag

Zîostag

Tiwesdæġ

Týsdagr

Tyr

Mars

Mercredi

Wuodansdag

Wôtanstag

Wēdnesdæġ

Óðinsdagr

Odin

Mercure

Jeudi

Thonarsdag

Donarstag

Þunresdæġ

Þórsdagr

Thor

Jupiter

Vendredi

Frîadag

Frijatag

Frīġedæġ

Frjádagr

Freyja/Frigg

Vénus

Samedi

?

Sunnuaband

Sæternesdæg

Laugardagr

Freyr (?)

Saturne

Nous vous proposons donc, à la fin de chaque jour, de remercier la divinité en question. Étant donné que l’année commence en hiver, l’ancien calendrier fait commencer les jours à la tombée de la nuit, vous pouvez donc faire cette courte salutation au crépuscule, ou le plus vite possible après. L’idéal est de la faire auprès de votre autel domestique, face à une bougie allumée, mais cela peut se faire n’importe où. Voici quelques exemples :

Dimanche : « SUNNA, CONDUCTRICE DU CHAR D’OR, ROUE SOLAIRE, FLAMME DU CIEL, CLARTÉ DES ELFES, TOI QUI DONNE LE COMPTE DES JOURS, MERCI D’AVOIR VEILLÉ SUR CELUI-CI. SALUT À TOI, SUNNA ! »

Lundi : « MANI, CONDUCTEUR DU CHAR D’ARGENT, ROUE LUNAIRE, TÉMOIN DES ASSEMBLÉES, GRAND BUVEUR, TOI QUI DONNE LE COMPTE DES NUITS, MERCI D’AVOIR VEILLÉ SUR CELLE-CI. SALUT À TOI, MANI ! »

Mardi : « TYR, ASE MANCHOT ESTROPIÉ PAR LE LOUP, ÉTOILE DANS LA NUIT, GARDIEN DES TEMPLES ET DES SERMENTS, TOI LE PLUS COURAGEUX DES DIEUX, MERCI D’AVOIR VEILLÉ SUR NOS VICTOIRES. SALUT À TOI, TYR ! »

Mercredi : « ODIN, ASE AUX CORBEAUX, HABITUÉ DES CHEMINS, SACRIFIÉ À TOI-MÊME POUR OBTENIR LES RUNES, TOI LE PLUS SAGE DES DIEUX, MERCI D’AVOIR VEILLÉ SUR NOS APPRENTISSAGES. SALUT À TOI, ODIN ! »

Jeudi : « THOR, AMI DES HUMAINS, CONDUCTEUR DU CHARIOT, PORTEUR DU MARTEAU, PUISSANT SANCTIFICATEUR, TOI LE PLUS FORT DES DIEUX, MERCI D’AVOIR VEILLÉ SUR NOTRE SÉCURITÉ. SALUT À TOI, THOR ! »

Vendredi : « FREYJA, MATRONE DES VANES, TRUIE GÉNÉREUSE, MAÎTRESSE DES TUÉS, TOI LA PLUS BELLE DES DÉESSES, MERCI D’AVOIR VEILLÉ SUR NOS AMOURS. SALUT À TOI, FREYJA ! » (Certains dédient ce jour à Frigg. Hors de Scandinavie, Frigg et Freyja sont remplacées par une seule déesse, nommée Friga, Frea, Perchten, Frau Holle, Fraud Gode … selon les endroits).

Samedi : « FREYR, MAÎTRE DE LA PLUIE, DU SOLEIL, ET DES FRUITS DE LA TERRE, ROI DES ELFES, TOI QUI AS ENGENDRÉ DE GRANDES LIGNÉES, MERCI D’AVOIR VEILLÉ SUR NOTRE PROSPÉRITÉ. SALUT À TOI, FREYR ! » (Samedi est d’étymologie variable dans les différentes langues germaniques. Saturne étant une divinité agricole, nous vous proposons d’honorer Freyr ; certains choisissent Hel, d’autres Loki dont nous n’encourageons pas le culte).

semaine

« The Seven Saxon Gods » (Oliver Goldsmith, 1839, d’après Olaus Magnus, 1555)

CE RITE NOUS PERMET DE MESURER CE QUE NOUS ACCOMPLISSONS CHAQUE JOUR. Sunna conduit chaque fois le même Soleil, Mani nous rappelle que chaque jour est différent du précédent par la Lune qui varie. Les autres Divinités nous rappellent nos objectifs : victoire, apprentissage, sécurité, amour, prospérité, pour nous et aussi pour les nôtres. Comme les Anciens, n’hésitons pas à faire savoir à divins alliés quand nous pensons qu’ils ne nous ont pas aidé. Sachons aussi prendre nos responsabilités, en reconnaissant nos erreurs pour les racheter par nos actes le jour suivant.

Tiré de « Jour après Nuit – vivre au quotidien dans la tradition germano-scandinave », un fascicule du clan Ostara à paraître cette année. Vous pouvez retrouver ici le fascicule sur Les Douze Nuits de Yule concernant les festivités du solstice d’hiver.

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Stoïcisme Nordique du Lundi Matin (n°2)

La même sagesse infuse une nouvelle fois la pensée germano-scandinave et gréco-romaine. Le Chat Poron se joint dont à l’empereur Marc-Aurèle et au dieu Odin en postant avec un peu d’avance ce deuxième épisode.

« Le matin, quand tu as de la peine à te lever, voici la réflexion que tu dois avoir présente à l’esprit : « Je me lève pour faire mon œuvre d’homme ; je vais remplir les devoirs pour lesquels je suis né et j’ai été envoyé en ce monde. Pourquoi donc faire tant de difficultés ? Ai-je été créé pour rester ainsi chaudement sous des couvertures ?

— Mais cela me fait plus de plaisir !

— Es-tu donc né pour le plaisir uniquement ? N’est-ce pas au contraire pour toujours travailler et toujours agir ? Ne vois-tu pas que les plantes, les oiseaux, les fourmis, les araignées, les abeilles concourent, chacune dans leur ordre, à l’ordre universel ? Et toi, tu refuserais d’accomplir tes fonctions d’homme ! Tu ne t’élancerais pas avec ardeur à ce qui est si conforme à ta nature !

— Mais, diras-tu, il faut bien que je me repose.

— D’accord ; le repos est nécessaire ; mais la nature a mis aussi des bornes à ce besoin, comme elle en a mis au besoin de manger et de boire. En cela pourtant, tu vas au-delà des bornes, et tu dépasses ce qu’il te faut. Au contraire, quand tu agis, tu n’en fais pas autant ; et tu restes en deçà de ce que tu pourrais faire. Cette négligence tient à ce que tu ne t’aimes pas sérieusement toi-même ; car autrement tu aimerais ta nature. Ceux qui aiment réellement l’art spécial qu’ils cultivent se dessèchent sur les ouvres que cet art leur inspira, oublieux du boire, oublieux du manger. Et toi, tu apprécies ta propre nature moins que le tourneur n’apprécie l’art du tour, moins que le danseur n’apprécie l’art de la danse, moins que l’avare n’apprécie son argent, ou le glorieux, sa vaine gloire : quand tous ces gens-là sont à leur ardeur labeur, ils songent moins à manger ou à dormir qu’à avancer l’œuvre dont ils s’occupent si passionnément. Et toi, tu trouves les devoirs que la société impose à ses membres moins importants et moins dignes de tes soins ! »

(Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même, livre V, I, trad. Barthélémy Saint-Hilaire).

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Et du côté scandinave, donc :

« Il doit se lever tôt, celui qui cherche vengeance,

Ou voudrait les possessions d’un autre.

Le loup qui se repose attrapera peu de viande,

Et l’homme qui dort aussi peu de succès.

Il doit se lever tôt, celui dont les ouvriers sont peu,

Afin de se mettre de lui-même à son ouvrage.

Beaucoup reste inachevé pour le lève-tard,

Car l’entrain est une richesse à moitié gagnée. »

Odin (Havamal, 58-59, trad. Chat Poron d’après H. A. Bellows)

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Stoïcisme Nordique du Lundi Matin (n°1)

Salutations ! Voici la nouvelle rubrique du Chat Poron : le Stoïcisme Nordique du Lundi Matin. L’idée est simple : on sait tous que le lundi matin, c’est le lundi matin, avec tout ce que ça implique. Pour tenter de surmonter l’insurmontable, votre serviteur a deux méthodes : le Havamal (« Dit du Très Haut », un poème scandinave attribué au dieu Odin et qui est une suite de conseils donné à l’homme qui vise la sagesse, autrement dit au philosophe) ; et l’école gréco-romaine de la philosophie stoïcienne (fondée par Zénon en Grèce, et dont les principaux continuateurs seront l’esclave grec Epictète auteur du manuel du même nom, l’homme politique et écrivain romain Sénèque par les lettres à ses amis, et l’empereur romain Marc-Aurèle lui-même dans ses Pensées).

L’idée est donc, chaque semaine, de mettre en regard une ou deux strophes du Havamal (ou éventuellement un passage d’une saga scandinave) et un fragment de philosophie stoïcienne, qui comme vous pouvez les constater se rejoingnent souvent, à tel point que je m’aventurerais presque jusqu’à dire que le monde germano-scandinave païen était stoïcien, ou alors que les Stoïciens gréco-romains avaient tout simplement une mentalité germanique.

« Si quelque dieu te disait que tu mourras demain, ou si ce n’était demain, au plus tard après-demain, tu ne ferais pas grande différence de mourir le troisième jour au lieu de mourir le second, à moins que tu ne fusses de la plus insigne lâcheté. En effet, que serait un tel sursis ? Eh bien ! pense absolument de même que ce n’est pas grand état de mourir après de longues années, plutôt que demain. »
– Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même, livre IV, XLVI

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« La richesse meurt, les gens meurent,
Toi-même dans peu de temps tu périras,
Mais je sais une chose qui point ne meurt :
La renomée bien méritée de celui qui l’acquiert. »
– Havamal, 75 (trad. Chat Poron)

Comme Dubrinertos de la Claririère Garganioii nous le rappelle, le monde celte n’est pas en reste non plus, car la tradition orale irlandaise attribue cette phrase au héros Cuchulainn : « Ne serais-je au monde qu’un jour et qu’une nuit, peu m’importe, pourvu que restent après moi mon histoire et le récit de mes hauts faits. »

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Dendrolâtrie : le culte des arbres

Il est très courant das les religions traditionnelles de vénérer des arbres, soit directement, soit comme réceptacle de la présence d’une divinité (on le voit encore aujourd’hui dans le chamanisme mongol, shintoïsme, hindouïsme, animisme africain, etc). La chose est aussi encore bien vivante en Europe, avec le sapin de Noël et la couronne de houx, mais aussi avec des arbres intégrés dans les cultes chrétiens, comme les chênes pouilleux, les arbres à clous (souvent des chênes ou des tilleuls), ou les chênes de la vierge.

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Arbre à clous, Herchies, Belgique

 

On pense parfois que ce culte des arbres, en Europe, aurait été uniquement d’origine celtique ou germanique. Ce texte de l’auteur romain Pline l’Ancien nous prouve le contraire :

« Les arbres ont été les temples des divinités ; et encore aujourd’hui les campagnes, conservant dans leur simplicité les rites anciens, consacrent le plus bel arbre à un dieu. Et, dans le fait, les images resplendissantes d’or et d’ivoire ne nous inspirent pas plus d’adoration que les bois sacrés et leur profond silence. Chaque espèce d’arbre demeure toujours dédiée à une même divinité, le chêne à Jupiter, le laurier à Apollon, l’olivier à Minerve, le myrte à Vénus, le peuplier à Hercule. Bien plus, les Sylvains, les Faunes, des déesses, des divinités spéciales sont, dans nos croyances, chargées du soin des forêts, comme d’autres divinités président au ciel. » (Pline l’Ancien, Histoire Naturelle 12, 3-5)

Rappellons qu’en l’an 743, le concile de Leptines interdit encore, dans son Indiculus superstitionum et paganiarum, « les sacrifices dans les bois qu’on nomme nemeton » (point VI).

Dans la tradition germano-scandinave, on associe le frêne à Odin ; le sureau, le genévrier et le lin à sa compagne ; le chêne à Thor ; le sorbier et les céréales à son épouse Sif ; la camomille sauvage à Balder ; les pommiers à Idunn. Les bouleaux et les ifs, symbolisés par les runes b (Berkana) et ï (Eïwaz), ont également tendance à être la demeure d’un esprit, de même que les prunelliers ou les aubépines, représentés par la rune th (Thurisaz).

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Arbre sacré, source de Madron, Cornouaille britannique

Chez les Gaulois, on associe le chêne à Taranis (Maxime de Tyr, Dissertations, VIII, 8 : « Les Celtes rendent un culte à Zeus, mais l’image de Zeus, chez les Celtes, est un grand chêne »). C’est sans doute pour cette raison, et pour le caractère sacré du gui de chêne, que leur abattage était interdit sans autorisation d’un druide ; et pour cette raison aussi que le mot français chêne vient d’un des trois mots gaulois le désignant (cassanos, deruos, tannos) et non du latin quercus. Les autres arbres ont des liens moins nets avec une divinité, mais le pommier (immortalité, cf. Avallon = Ynys Afallach en gallois, l’île des pommes), le noisetier (sagesse), le hêtre (inscriptions « Deo Fago », au dieu hêtre, en Gaule Aquitaine), sont également sacrés. Dans l’alphabet oghamique irlandais, cinq signes ont clairement un nom d’arbre : le chêne, le sorbier, l’aulne, le noisetier et le bouleau. Chez les Gallois, Yspaddaden Penkawr, l’équivalent du Balor gaélique, le chef des Géants, a un  nom qui signifie très exactement « Aubépine, Chef-des-Géants ». Enfin, en Bretagne, les buissons d’ajoncs servent de refuge aux âmes des morts, il faut donc éviter de les déranger pendant la nuit (particulièrement le 31 octobre et le 30 avril, quand le voile entre les mondes est le plus fin).

Quant aux Baltes, le chêne y est aussi associé au dieu du tonnerre, Perkûnas. Dans les Balkans, le bouleau est associé au personnage de Baba Marta, le grand-mère du printemps.

Dans tous les cas, les manières de procéder au culte des arbres sont assez simples : ne pas les abattre, ne les tailler que si besoin ou pour collecter un peu de bois à usage rituel conformément aux traditions, déposer des offrandes (rubans autour des branches sans trop les serrer, dépôt de fleurs ou de biscuits, libations). La prière n’a guère besoin d’être longue, il suffit par exemple de le toucher de la main droite en disant « Salut à toi, arbre sacré ! Je te remercie pour tes bienfaits ».

Notez aussi que, si vous vivez en appartement, il est souvent possible d’avoir des versions bonsaï de ces arbres ; bien que le débat reste ouvert pour savoir si c’est bien respectueux ou conforme aux traditions européennes, le Chat Poron en est assez partisan comme solution alternative.

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Les vraies caractéristiques de la spiritualité germanique résurgente (B. Linzie)

Traduction de la partie 4.4 de l’essai « Germanic spirituality » de Bil Linzie, un des théoriciens et premiers pratiquants du reconstructionnisme germano-scandinave aux Etats-Unis. Vous pouvez trouver un résumé de cet essai de 50 pages, et un lien pour le télécharger en entier dans sa version originale en anglais, ici, la traduction de l’introduction , et la traduction des parties 4.1 , 4.2 et 4.3 en cliquant dessus.

Recréer la vision du monde germanique, et la conscience du réseau de relations que cela implique, est un projet auquel s’attèlent en ce moment même un grand nombre de personnes et même quelques groupes. Aujourd’hui, et encore davantage à l’avenir, ces gens seront traités comme des « intégristes » par la plupart… mais pourtant, ils continuent à progresser dans leur démarche, et deviennent même de plus en plus nombreux. D’autres, qui se sont « convertis à l’Asatru » dans le seul but de justifier et promouvoir des opinions politiques basées sur la ségrégation ou le suprémacisme blanc, ont aussi beaucoup de reproches à faire à ceux qu’ils qualifient de « fondamentalistes » ou de « passéistes », mais les deux principaux sont ceux-ci : 1) une absence de dogmatisme, qui pousse les reconstructionnistes à remettre en question toutes les idées qu’on leur propose, en particulier des théories archéologiques dépassées ou pseudo-scientifiques, 2) un refus de blâmer les « autres » (en particulier « les autres races ») pour tous les problèmes du monde. Quoi qu’il en soit, la résurgence de la spiritualité germanique a commencé, et son retour sera inéluctable tant qu’aux moins certains refuseront de dévier le cap dans l’une ou l’autre des directions.

Sachant que la culture, et en particulier le contexte culturel général, est parmi les premières choses qu’un enfant apprenne dans sa vie, il pourrait être prudent que ce soit aussi la première chose qu’on recommande aux nouveaux adhérents. A l’heure actuelle, dans la plupart des groupes et associations, apprendre comment participer à (puis mener) un blot et un symbel est la priorité n°1, tandis que les aspects culturels sont considérés comme peu importants, et se limitent à des éléments en pièces détachées (tel ou tel mythe, tel ou tel fait historique, etc) plutôt que de s’intéresser à la vision du monde globale qui relie ces éléments et les a même façonnés. Si c’était le cas, l’Asatru ne serait plus sujet à des emprunts constants (comme nous l’avons vu précédemment), et la plupart des emprunts datant de la période d’indifférenciation avec la Wicca auraient déjà été mis de côté. On l’a dit ci-dessus, la cérémonie religieuse est une expression de la culture dans un contexte donné : la spiritualité germanique consiste à avoir le bon comportement dans ce même contexte, donc il semblerait raisonnable que la compréhension de la culture précède tout cela.

La spiritualité, donc, est ce qui détermine les expressions de la religion. C’est par l’interaction avec les communautés et familles concernées que les éléments acquièrent un sens, et ces éléments sont alors ce qui permet à la religion de s’exprimer. Tracer un cercle magique façon Wicca au début d’un blot n’a aucun sens dans notre culture, autre que celui d’être un élément emprunté et étranger. D’un autre côté, l’auteur connaît un seidhman [NdT : un pratiquant du seidhr, une forme de magie germanique] qui pratique des cérémonies de soins où il utilise un lasso, qu’il a trouvé par terre lors d’une de ses longues expéditions dans le désert où il ramasse ses herbes médicinales. Il dit que le lasso aide à protéger et maintenir en place l’esprit du patient pendant qu’il est soigné. La communauté où cette pratique a lieu est située dans le Sud-Ouest des Etats-Unis, où il est encore courant de faire un cercle de corde autour des dormeurs pour empêcher les serpents à sonnette d’approcher. Cette corde, parce qu’elle est utilisée de cette manière, dans cette communauté, et parce que le guérisseur l’a trouvée de cette manière, a acquis un sens – parce qu’elle s’intègre et interagit réellement avec le contexte culturel du groupe. C’est tout à fait normal que des groupes Asatru de Hawaii ou de Floride [NdT : ou de France] « acquièrent » ainsi localement des plantes, des fruits, des animaux, des poissons, et ainsi de suite, d’une manière similaire.

Quelle est la différence entre « acquérir » et « emprunter », alors ? Une des justifications favorites des adeptes du New Age accusés de bidouiller avec l’Asatru est : « Bah, si l’Asatru avait survécu de manière ininterrompue au fil des siècles, il aurait évolué aussi ! ». Le problème avec cet argument est pourtant évident. La personne est accusée de prendre un élément qui a un sens bien particulier dans un contexte donné, et de le transférer tel quel dans un autre contexte où il n’a aucun sens. Les mots clés sont « évoluer » et « adapter ». Ces deux mots sous-entendent que les éléments ont acquis un sens en interagissant avec l’Asatru. Prendre des éléments d’une cérémonie et les faire entrer par effraction dans un contexte germanique revient à court-circuiter complètement les processus de mise en contact, d’interaction, puis d’intégration, qui auraient eu lieu si cela s’était produit de manière naturelle. L’imitation n’est pas beaucoup mieux. La culture, dans une situation d’emprunt, s’exprime forcément d’une manière ou d’une autre en influençant lourdement les personnes aux commandes, de sorte que cela donne quasi-systématiquement de la Wicca superficiellement scandinavisée, ou du christianisme superficiellement scandinavisé, ou du bouddhisme superficiellement scandinavisé, etc. Quand c’est le cas, le processus de reconstruction devient impossible, est purement et simplement remplacé par un processus d’homogénisation avec les modes religieuses du moment [NdT : sous couvert, comme on l’a vu, d’être une « interprétation personnelle », puisque les envies et besoins de la personne prennent source dans un imaginaire intégré à la culture dominante].

Si l’Asatru, en tant que religion résurgente, veut continuer à assumer son destin propre plutôt que d’être un satellite du New Age, ses membres devront avoir des limites claires entre ce qui est Asatru et ce qui ne l’est pas. On devra nécessairement formuler des jugements, et, comme par le passé, passer outre les sentiments de certaines personnes. Les pratiquants, comme ceux des religions traditionnelles amérindiennes, devront sûrement un jour refuser la présence de certaines personnes qui voudront seulement imiter et s’approprier certains aspects sans jamais essayer de comprendre quoi que ce soit hors de leur cadre de pensée. Mais ils devront aussi commencer à remettre en question tout ce qui a été emprunté de manière non-pertinente (pratiques, formules, objets, idées), et prendre la décision de revenir sur ces emprunts, sans hésiter à écarter ce qui est clairement incompatible. Pour guider ces nécessaires débats, voici une proposition de neuf lignes de conduite :

  1. Accepter que l’Ásatrú en tant que vision du monde est probablement complète (même si pas encore totalement bien interprétée) et se tient à elle seule.
    2. Accepter que l’Ásatrú en tant que religion est l’expression de la culture sous-jacente.
    3. La spiritualité Ásatrú est fondée sur une interaction avec le monde réel d’une façon qui conforte le bien-être de la famille et de la communauté.
    4. « La récompense finale » [après la mort] est directement liée aux souvenirs qu’on laisse derrière soi après sa mort.
    5. La famille est la plus petite unité définie dans l’Ásatrú. L’individualisme radical est un concept à la fois étranger et moderne.
    6. La communauté géographique est la dernière ligne de défense pour la famille et, même si elle est « mixte », elle toujours être traitée avec respect.
    7. La terre sur laquelle repose la communauté géographique est sacrée.
    8. La communauté est naturellement divisée en trois classes et chacune des classes doit honorer (‘worship’ ) de façon appropriée – la prière individuelle adressée directement aux dieux est un emprunt à la chrétienté fait il y a mille ans. Les Ancêtres, les Esprits du terroir, les Esprits de la demeure, doivent retrouver leur juste place [NdT : de premiers interlocuteurs et, si besoin, d’intermédiaires].
    9. Il faut développer de nouvelles acquisitions :
    – qui ont une signification locale,
    – qui ne sont pas empruntées telles qu’elles à une autre vision du monde,
    – qui sont cohérentes avec la vision germanique du monde.
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Deux textes authentiques sur l’oracle runique

En matière de divination par les runes, les fantaisies personnelles assénées comme des vérités et les pratiques issues de la Kabbale judéo-chrétienne ont le vent en poupe sur internet. Le prétexte en est bien souvent que, comme « on a aucune source écrite », il faudrait soit tout réinventer, soit faire confiance aveuglément à des gourous qui descendraient d’une lignée de sorcières top secrète ou auraient une révélation cosmique  (et souvent des bouquins à vendre qui comme par hasard correspondent parfaitement aux attentes consuméristes du public visé). Par chance, ce n’est pas exactement le cas. Le premier exemple est de Tacite, auteur romain du Ier siècle qui décrit les coutumes des Germains.

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Une interprétation contemporaine par Aranna Renard

« Il n’est pas de pays où les auspices et la divination soient plus en crédit [qu’en Germanie]. Leur manière de consulter le sort est très simple : ils coupent un rameau à un arbre fruitier, et le divisent en plusieurs morceaux qu’ils marquent de différents signes, et qu’ensuite ils jettent pêle-mêle sur une étoffe blanche. Immédiatement, le prêtre de la communauté si c’est une consultation publique, le père de famille lui-même si c’est une affaire privée, invoque les Divinités, et, regardant le ciel, il lève trois morceaux, et fait son pronostic d’après le signe dont ils sont empreints. Si le sort veut qu’on s’abstienne, on ne consulte plus de tout le jour sur la même affaire ; s’il permet d’agir, on exige encore que les auspices confirment sa réponse : car on sait aussi, chez ces peuples, interroger le chant et le vol des oiseaux. »

Tacite, la Germanie, X (trad.du Chat Poron, d’après J.-L. Burnouf, 1859, les Editions du Porte-Glaive, 1990, et New Northvegr Center, 2015).

Ensuite, concernant le fait de discuter à tort et à travers de ce type de pratiques ésotériques, et pire encore de les monnayer sur internet, l’avis d’Odin à ce sujet nous est bien connu :

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Odin (Lindby, ère viking)

« Quand tu as essayé
De suivre la trace des runes,
Celles que les Puissances
Firent pour les Divinités,
Et qu’a colorées l’Immense Chantre,
Il vaut mieux rester silencieux. »
Havamal, 80 (trad. du Chat Poron, d’après H.A. Bellows, B. Thorpe, et Y. Kodratoff)

C’est cette strophe qui sera la ligne directrice du blog en matière d’articles sur les runes. Le commentaire d’Yves Kodratoff à ce sujet est d’ailleurs plein de bon sens :

« Cela ne contredit-il pas l’autorisation de transmettre des connaissances ? Non, parce qu’il y a d’autres façons que verbales de transmettre des connaissances et ces autres modes de communication sont les plus sages. Vous allez me dire que j’ai fait un livre sur les runes, moi aussi. Si vous le lisez, vous verrez que je me contente de rétablir des connaissances qui ont été étouffées par l’immense brouhaha qui accompagne maintenant l’usage des runes. Je ne dis jamais comment les utiliser, ce qu’on me reproche, mais vous connaissez maintenant la raison de ma discrétion.« 

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Identitaires et universalistes : un point de vue traditionnel

« Universaliste » ou « identitaire«  ? La question inquisitrice semble devenue incontournable dans le néopaganisme américain, et se répandre en Europe – sans même qu’on prennne le temps de savoir si tout le monde est d’accord sur la définition de ces mots, et y compris dans un cadre se voulant apolitique. Voici donc le point de vue de Robert L. Schreiwer, responsable de l’Urglaawe (« antique croyance », communauté païenne tribaliste, basée sur l’héritage des Deitsch, les Germano-américains de Pennsylvanie). Il est également cadre de l’association américaine The Troth (principale association Asatru du pays ne se revendiquant pas comme identitaire) et rédacteur à Wild Hunt (site d’information païen fortement engagé contre les discriminations raciales).

 

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Robert L. Schreiwer, responsable religieux Deitsch

C’est un débat que j’essaye fermement d’empêcher de contaminer l’Urglaawe. Partout où il passe, la division s’ensuit, et les extrêmes mènent la danse. Nous avons notre propre coutume et notre propre chemin, issu de la réalité engendrée par les premiers migrants allemands qui passèrent d’un continent à l’autre et commencèrent à interagir, échanger, et parfois se métisser avec des tribus indigènes, et aussi avec des colons gallois. Nous définissons nos communautés sur la base de valeurs partagées, de l’amitié, et du frith [NdT : terme intraduisible dans les langues latines, mais qui correspond à l’harmonie sociale conformément à la tradition]. Notre point de vue est celui de la culture germano-américaine, mais il n’est pas besoin d’être un Germano-américain pour prendre part à la communauté de l’Uglaawe. Nous ne  sommes, également, pas « universalistes », parce qu’il y a beaucoup de gens (de toutes les origines ethniques) qui ne sont pas prêts à se séparer du point de vue monothéiste.

La sagesse semble être, pour éviter des conflits internes qui ne font qu’encourager à la radicalisation de chaque camp, écraser le débat (syndrome de la « barricade à deux côtés »), et mener à des exclusions à tout va, de suivre ce tiers chemin.

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Autel Deitsch à Frau Holle, avec un Irminsûl (source : The Troth)

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