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L’ornithologie comme voie spirituelle

Soleil dans la brume bellovaque. Celle-ci se dissipe sur le chemin du bois, à mi-pente de la colline funéraire où l’on prie la Dame du Tilleul depuis plus longtemps qu’on y lit des livres. Battements de cœur et le sentier s’ouvre enfin parmi les hêtres, au milieu du tapis violacé où la jacinthe était annoncée par la pervenche. Je les salue comme un vieil ami – elles connaissent ce que je suis depuis plus de mille ans. Le maître est là, presque humain, avec un reflet sur le visage que celui qui sait voir seul verra, sans savoir quoi. Les autres sont là aussi, il leur rappelle que le silence des hommes a ici son royaume comme en tout ce qui est sacré : l’amour, le rêve, et la mort. Des murmures s’accrochent encore à nos pas tandis que nous avançons pour fuir la grand’route (loués soient les chemins de traverse qui nous sauvent du contre-sens).

Première station. Le mauvais œil du maître leur cloue le bec comme un cercueil. Chante, muse, ce qui est : chante-le comme miroir de ce qui fut et de ce qui sera. Chante ce qui est permanent, chante ce qui est éphémère ; chante, dans ce qui est permanent, ce qui change à chaque instant pour permettre cette permanence ; chante, dans ce qui est éphémère, ce qui toujours perdure pour permettre ce changement. Chante l’instant qui passe et l’éternel retour des formes.

450px-morninglight_28807131512629Chante, car de tout ce que disent les hommes, ce qui a le plus de valeur a d’abord été entendu. Mais pour qu’ils entendent, il faut déjà qu’ils écoutent ! Notre époque de raisonneurs aime surtout parler, plus que toute autre chose… Parfois elle pense, souvent c’est pire. Mais écouter ? Qui écoute encore de nos jours ? Qui sait écouter pour comprendre avec les oreilles ? On écoute les bons élèves d’autres élèves. La source, elle, semble être passée de mode. Le vrai rythme pourtant est celui des astres et du souffle, l’harmonie profonde est celle qui unit les contraires : elle les lie par la grande loi où l’aveugle sent le hasard, le borgne, le dieu, et le voyant, le cosmos. Nul mot ne se pose dessus ; sous ce poème, les feuilles sont encore vertes, et l’arbre vit.

Parfois le doigt du maître guide l’oeil vers sa proie, le plus souvent c’est le regard lui-même qui mène le regard. Cette autorité instinctive, loin des idoles rouillées qui demandent qu’on les couvre d’argent, cache sous l’écorce une âme d’or. Seulement de temps à autres un nom franchit la barrière de ses lèvres. Et le son devient chose.

Le chant, lui, n’est pas transcriptible. Seul un patient travail permet de le graver en soi ; aucun calepin ne s’interpose pour protéger de ce poinçonnage. Le savoir offert gracieusement à celui qui veut s’immerger dans les bois, cette « donnée » à portée de celui qui voudra se prendre au jeu, perce notre crâne et orne de ses entrelacs le revers du cuir chevelu. Comme un tatouage initiatique, l’information est surtout transformation. Puis la marche continue, de station en station, des bois aux champs en passant par les restes du vieux bocage, d’une époque où le mot « limite » avait un sens. S’y succèdent, comme en transe, ceux qu’on voit et entend, ceux qu’on voit passer sans les entendre, ceux qu’on entend chanter sans jamais les apercevoir, et ceux qu’on entend ni ne voit mais qui pourtant sont bien là. Surtout eux, d’ailleurs : les Esprits du sol, Ancêtres de pierre dont les os sont la craie blanche et le sombre silex de ce pays, eux qui vivent dans ce terroir et voient leurs vivants congénères y porter la mort, ayant relégué la vie à l’arrière-plan.

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D’autres que moi ont déjà décrété le recours aux forêts, car l’avenir naîtra de ceux qui trouveront pour sanctuaire la source de la plus longue mémoire, celle qui ne se tarit pas. Je rappellerai seulement que pour être invulnérable, il faudra aussi désoublier la langue des oiseaux. Reforgeons l’épée spirituelle, terrassons le dragon vautré sur son trésor. Alors nous comprendrons que ce que proclament sans cesse nos cousins à plumes, sous mille formes qui toujours reviennent, tient en deux mots : l’amour, et le je-suis-ici.

 

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La nature, cette force qui terrorise l’Homme

La transition écologique, ce n’est pas un monde d’éoliennes au garde à vous plantées dans le gazon bien ras ou le champ d’OGM bien carré. C’est dépasser enfin la peur que nous inspire le foisonnement de la vie. Alors, et alors seulement, nous pourrons envisager une société d’écologie intégrale.

Source : La nature, cette force qui terrorise l’Homme

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Deux textes authentiques sur l’oracle runique

En matière de divination par les runes, les fantaisies personnelles assénées comme des vérités et les pratiques issues de la Kabbale judéo-chrétienne ont le vent en poupe sur internet. Le prétexte en est bien souvent que, comme « on a aucune source écrite », il faudrait soit tout réinventer, soit faire confiance aveuglément à des gourous qui descendraient d’une lignée de sorcières top secrète ou auraient une révélation cosmique  (et souvent des bouquins à vendre qui comme par hasard correspondent parfaitement aux attentes consuméristes du public visé). Par chance, ce n’est pas exactement le cas. Le premier exemple est de Tacite, auteur romain du Ier siècle qui décrit les coutumes des Germains.

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Une interprétation contemporaine par Aranna Renard

« Il n’est pas de pays où les auspices et la divination soient plus en crédit [qu’en Germanie]. Leur manière de consulter le sort est très simple : ils coupent un rameau à un arbre fruitier, et le divisent en plusieurs morceaux qu’ils marquent de différents signes, et qu’ensuite ils jettent pêle-mêle sur une étoffe blanche. Immédiatement, le prêtre de la communauté si c’est une consultation publique, le père de famille lui-même si c’est une affaire privée, invoque les Divinités, et, regardant le ciel, il lève trois morceaux, et fait son pronostic d’après le signe dont ils sont empreints. Si le sort veut qu’on s’abstienne, on ne consulte plus de tout le jour sur la même affaire ; s’il permet d’agir, on exige encore que les auspices confirment sa réponse : car on sait aussi, chez ces peuples, interroger le chant et le vol des oiseaux. »

Tacite, la Germanie, X (trad.du Chat Poron, d’après J.-L. Burnouf, 1859, les Editions du Porte-Glaive, 1990, et New Northvegr Center, 2015).

Ensuite, concernant le fait de discuter à tort et à travers de ce type de pratiques ésotériques, et pire encore de les monnayer sur internet, l’avis d’Odin à ce sujet nous est bien connu :

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Odin (Lindby, ère viking)

« Quand tu as essayé
De suivre la trace des runes,
Celles que les Puissances
Firent pour les Divinités,
Et qu’a colorées l’Immense Chantre,
Il vaut mieux rester silencieux. »
Havamal, 80 (trad. du Chat Poron, d’après H.A. Bellows, B. Thorpe, et Y. Kodratoff)

C’est cette strophe qui sera la ligne directrice du blog en matière d’articles sur les runes. Le commentaire d’Yves Kodratoff à ce sujet est d’ailleurs plein de bon sens :

« Cela ne contredit-il pas l’autorisation de transmettre des connaissances ? Non, parce qu’il y a d’autres façons que verbales de transmettre des connaissances et ces autres modes de communication sont les plus sages. Vous allez me dire que j’ai fait un livre sur les runes, moi aussi. Si vous le lisez, vous verrez que je me contente de rétablir des connaissances qui ont été étouffées par l’immense brouhaha qui accompagne maintenant l’usage des runes. Je ne dis jamais comment les utiliser, ce qu’on me reproche, mais vous connaissez maintenant la raison de ma discrétion.« 

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Pourquoi « protéger la nature » est-il souvent perçu comme contraire à la modernité ?

La philosophie politique et sociale, tout spécialement celle qui est d’obédience libérale, estime que la modernité se caractérise par l’accès à un ordre social « autonome », régi par des lois qu’il se donne lui-même ; ceci à la différence des autres sociétés, qui sont réputées guidées par un ordre « hétéronome », sur lequel l’homme n’a donc pas de prise. On trouve par exemple cette thèse chez Luc Ferry (1992), Marcel Gauchet (1985) ou Louis Dumont (1977).

Que l’ordre des sociétés soit ancré dans la nature implique que l’homme se voit attribuer une nature, une identité, une « essence » fixe, dont il ne peut pas sortir. La source de cette fixité diffère d’une société à l’autre : culte des ancêtres, religion, ordre sacré, ordre hiérarchique des castes, etc. Avec la modernité démocratique la nature de l’homme est devenu un problème, quelque chose à quoi on admet ne pas avoir de réponse claire. C’est l’objet d’une recherche, d’une enquête, faite d’essais et d’erreurs, dans le domaine de l’organisation humaine comme dans celui de la transformation de la nature.

La « protection de la nature » réactive donc un dangereux principe prémoderne, qui vise à sacraliser la nature, et donc restreindre le pouvoir des hommes. […]

On ne peut « défendre la nature » sans lui attribuer une valeur, ou importance, or la valeur est la composante majeure du sacré. « Sauver la biodiversité » a bien un sens dès lors qu’une large fraction de celle-ci est en danger… et qu’en outre la perturbation massive des écosystèmes terrestres et marins fragilise les sociétés humaines qui en dépendent). Il s’agit bien de limiter le « droit à l’expérimentation », comme le prouvent les controverses autour du principe de précaution, entre les partisans de la géo-ingénierie et ceux qui considèrent que l’instrument est trop grossier, quand il est mis en regard de la fragilité de la biosphère. On a bien un problème de valeur, d’une part, et de droit à expérimenter, de l’autre.

Est-il antimoderne pour autant ? Pas forcément. Tout d’abord parce que « l’expérimentation » n’a pas de raison de prendre forcément la forme qu’elle a en physique, où l’on travaille sur des propriétés éternelles et immuables, indestructibles. Ensuite on peut retourner aux critiques leur propre argument, en pointant du doigt le caractère extrêmement limité du monde qu’ils nous offrent. En effet dans leur ordre tout est permis du moment que la « valeur ajoutée » – au sens économique

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Algues vertes (Finistère, 2009)

– augmente : voilà qui est extrêmement restrictif. N’est-ce pas la sacralisation d’une certaine essence de l’humanité ? Luc Ferry et Alain Renaut le reconnaissant, les institutions libérales qu’ils décrivent découlent de « l’affirmation de l’existence d’une nature humaine commune » (Ferry & Renaut, 2007 : 476). Ce peut aussi être un acte de la volonté que de déboulonner l’Homo economicus, et de montrer que sa rationalité, sous l’angle écologique, est irrationnelle. De montrer que ce à quoi il tient est absurde, que ce soit sous l’angle de la démocratie ou de l’universalité. Car l’humanité entière ne saurait parvenir à vivre comme les Occidentaux. 

Il est évident ici que l’auteur, fort de son titre de docteur ès philosophie et argumentant en faveur de la biodiversité à destination d’un public politico-scientifique bien placé, ne saurait poser un conflit irrémédiable entre protection de la Nature et modernité… et encore moins y prendre parti contre ladite modernité. Là où sa pensée est intéressante, c’est qu’elle met en lumière, d’un point de vue compatible avec la pensée occidentale contemporaine, le fait que l’idéologie libérale est bien une idéologie et non le point de vue objectif qu’elle prétend être. Son culte de la valeur ajoutée, adossé au mythe de la croissance économique infinie dans un monde fini, sont de purs dogmes qui s’avèrent en plus dangereux et mortifères.

Au contraire, nos traditions ancestrales portent en elles une profonde rationalité. Autant que nous pouvons, il convient donc pour le traditionnaliste actuel de marcher sur ses deux jambes : savoir plaider notre cause avec les mots de l’ennemi à l’intérieur-même de son système en utilisant ses contradictions, tout en pensant le monde avec nos propres concepts et échelles de valeur.

Pour lire l’intégralité de l’article de Fabrice Flipo sur le site de la Société Française d’Ecologie : http://www.sfecologie.org/regards/2014/10/14/r61-f-flipo-nature-et-modernite/

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Le Hamster d’Alsace

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Aire de répartition de Cricetus cricetus

Le Hamster d’Alsace (Cricetus cricetus, aussi nommé Hamster d’Europe, Grand Hamster, Marmotte de Strasbourg ou Kornfàrel / « petit cochon des blés » en alsacien) est un rongeur présent en Europe de l’Est et en Asie centrale. A noter qu’il ne s’agit pas du hamster domestique, Mesocricetus aureus, originaire de Syrie. En Europe de l’Ouest, le Grand Hamster n’est présent que dans certaines zones très limitées, comme en Belgique, en Alsace ou très faiblement en Allemagne : en effet, il n’habite que les plaines limoneuses, c’est-à-dire les terres les plus fertiles quand elles sont bien arrosées. Considéré comme un nuisible, des actions massives d’empoisonnement au phosphure d’aluminium et de traque dans les terriers ont été menées à partir des années 60… si bien que, en 1993, il a dû être déclaré « espèce protégée » pour éviter son extinction totale du territoire français. En effet, l’urbanisation croissante et la monoculture de maïs intensive dans la plaine d’Alsace (servant à nourrir le bétail européen en mélange avec du soja OGM américain) ont détruit ses habitats naturels à une vitesse fulgurante.

Or, il joue un rôle important dans le fonctionnement de son écosystème, car il est la proie de nombreux rapaces et serpents, dont la survie devient à son tour remise en question. Ses terriers abandonnés favorisent aussi la survie de plusieurs espèces rares de crapauds, eux aussi déjà menacés par l’agriculture industrialisée. Et surtout, il favorise la dispersion de nombreuses plantes à graines en les stockant sous terre dans des conditions favorables pour germer… d’où son nom de hamstern (qui signifie « faire des réserves » en allemand).

Ce hamster est aussi un exemple, dans la mesure où il n’hésite pas à défendre ses petits et son terrier… parfois même, dit-on, face à un berger allemand !

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Wolfsangel : la « rune du loup »

Wolfsangel (piège à loup)La « rune du loup » est le sujet de beaucoup d’interrogations, de fantasmes et de réactions de rejet. Et pour cause : elle ne retranscrit aucun son, n’est expliquée par aucun poème runique, n’apparaît dans aucune inscription pré-chrétienne… mais a été utilisée comme emblème par plusieurs organisations affiliées au parti nazi.

Le Wolfsangel (« hameçon à loup ») est en fait un piège à loup médiéval utilisé en Allemagne. Sa forme rappelle celle de la rune Eiwaz (« if »), mais l’alphabet runique n’était plus utilisé depuis plusieurs siècles, à cause de la christianisation et du passage à l’alphabet latin. Ce symbole de Wolfsangel était donc utilisé pour délimiter des frontières (surtout sur les bornes forestières), puis pour identifier les garde-chasse. Il a donc également été utilisé en héraldique, pour des fiefs (puis des villes-libres) en zones frontalières et/ou boisées.  Armoires de Burgwedel (Basse-Saxe)

Lors de la révolte des paysans (Bauernkrieg) pendant la Guerre de Trente Ans au XVIIe siècle, il a aussi servi de symbole de ralliement aux paysans insurgés contre l’avidité des seigneurs-brigands qui rançonnaient la populace, et contre des ecclésiastiques qui monnayaient souvent la promesse du paradis chrétien.

Au XXe siècle, comme d’autres symboles runiques, il a été ré-utilisé par des organisations liées au parti nazi. Florian Geyer, un des meneurs de la révolte paysanne, était en effet une figure mise en avant par le parti nazi (tout comme d’autres mouvements anticatholiques de l’époque, tels que les Wandervögel ou les Jeunesses Communistes). Cela ne signifie pas pour autant que Wolfsangel ou la compagnie noire de Florian Geyer doivent être jetés aux oubliettes de l’Histoire… Souvenons-nous plutôt des traditions européennes qui condamnent fermement les accapareurs de richesses et l’avidité sans limite, et sachons plutôt piéger ces « jeunes loups » de la finance et de la politique qui nous réduisent à la misère et détruisent notre terre, comme le loup Fenrir qui veut dévorer le cosmos, ou ses rejetons Hati et Sköll qui tentent chaque jour d’avaler le Soleil et la Lune.

Borne frontalière (Deister, Basse-Saxe)

Borne frontalière (Deister, Basse-Saxe)

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Honorer les animaux dans la tradition germano-scandinave

Note : ceci est un extrait d’un fascicule en cours de rédaction sur une manière de pratiquer au quotidien la tradition germano-scandinave. L’impératif est utilisé par soucis de concision.

Les dieux et déesses de la tradition germano-scandinave sont liés à divers animaux, que ce soit considéré sous un aspect purement symbolique ou plus « idolâtre ». Quand vous les croisez ou les mangez, prenez le temps de saluer la divinité en question.

Saluez aussi la Terre généreuse, source de toute vie, à chaque repas qu’elle vous offre.

Odin

Corbeaux : Hugin et Munin (« pensée » et « mémoire »), les deux corbeaux d’Odin, prennent leur envol chaque matin pour revenir au soir, porteurs de nouvelles. Loin d’être considérés comme maléfiques, ces oiseaux étaient tenus en haute estime par nos ancêtres, et toutes les recherches récentes confirment l’intelligence surprenante de ces oiseaux, capable de communiquer des informations complexes à leurs pairs (telles que « les humains habillés en rouge sont mal intentionnés »).

Saluez Odin quand vous croisez un corbeau ou une corneille.

Odin sur son trône, illustration tirée du manuel de mythologie d'Alexander Murray publié en 1865

Odin sur son trône, illustration tirée du manuel de mythologie d’Alexander Murray publié en 1865

Canidés : Odin a deux loups, Geki et Freki, auxquels il donne sa part de nourriture au festin de la Valhalla, se contentant de voire du vin. S’il est plutôt rare de croiser des loups, nos chiens domestiques se trouvent appartenir à la même espèce, Canis lupus.

Saluez Odin quand vous croisez un chien.

Thor

Caprins : Le chariot de Thor est tiré par deux boucs, Tanngrisnir (le montreur de dents) et Tanngjostr (le grinceur de dents). Ceux-ci peuvent être mangés, puis revenir à la vie une fois sanctifiés par son marteau, à condition que leurs os soient intacts. Un paysan chez qui il est invité à dîner ébrèche d’ailleurs avec son couteau le tibia d’un d’entre eux, qui boîte une fois ressuscité. Le jeune garçon devient alors le valet de Thor, en compensation.

On peut voir cela comme un symbole des troupeaux de moutons, qui permettent de nourrir année après année un clan possédant des terres inaptes à être cultivées mais assez arrosées par la pluie (que cause Mjöllnir, le marteau de Thor) pour servir de pâturage. Cependant, si ces terres sont « grattées jusqu’à l’os » par de trop grands troupeaux, elles s’appauvrissent et le clan perd son autonomie alimentaire, devenant le « valet » de ceux chez qui il doit se fournir à manger ou émigrer.

Saluez Thor au moment de manger de l’agneau, ou du fromage de chèvre, rendant hommage à l’animal qui vous fournit votre nourriture.

Freyr

Porcs : Freyr chevauche le sanglier Gullinbursti. Les cochons sont des animaux fouisseurs, entretenant un lien naturel avec la terre dont Freyr est gardien de la fertilité.

Saluez-le au moment de manger du porc, y compris en charcuterie, ou du sanglier. Saluez aussi Freyja, dont un des noms en vieux norrois est Syn, la Truie (capable d’allaiter des portées de dix petits).

Sanglier

Cervidés : Après avoir donné son épée pour séduire la Géante Gerdr, Freyr a pour seule arme des bois de cerf, qui lui serviront d’arme contre le Géant Surtr au Ragnarök.

Saluez Freyr au moment de manger du chevreuil ou du cerf, ou si vous les croisez dans la nature.

Freyja

Félins : Le char de Freyja est tiré par deux « chats » scandinaves, qui s’apparentaient davantage à des lynx. Bien plus que de paresseux animaux d’apparat ou des substituts affectifs, les félins avaient pour nos ancêtres un rôle vital, en chassant les rongeurs qui apportaient diverses maladies et emportaient les réserves de vivres dans un échange peu avantageux.

Saluez donc Freyja quand vous croisez un chat.

Freyja dans son char tiré par ses chats, par Nils Blommér (1852).

Freyja dans son char tiré par ses chats, par Nils Blommér (1852).

Rapaces : On dit que Freyja possède le pouvoir de se transformer en faucon, secret qu’elle peut enseigner à ceux qu’elle en juge dignes. Loin d’être uniquement des fins chasseurs, ces rapaces sont aussi fréquemment charognards, et en tant que tels servent de messagers aux divinités qui se partagent les morts au combat, Freyja étant celle qui choisit en premier.

Saluez-la quand vous croisez un faucon, un aigle, un hibou ou une chouette.

Heimdall

Ovins : Heimdall est associé au bélier. Un de ses noms, Gullintanni (Dents d’Or) pourrait aussi être lié au fait que les dents des béliers jaunissent avec l’âge.

Saluez-le quand vous mangez du mouton, ou que vous mangez du fromage de brebis.

Njordh

Produits de la mer : Njordh, seigneur de Noatun (« l’enclos des navires »), est le maître de la fertilité des mers, qui nourrissait souvent les populations côtières.

Saluez Njordh en entendant les mouettes, et au moment de manger ou pêcher du poisson, des crustacés, ou des coquillages. Pour les poissons d’eau douce, saluez plutôt l’esprit de la rivière.

Ostara

Lagomorphes : Bien que les associations traditionnelles du lièvre et du printemps puissent être plus récentes que l’Antiquité, c’est aujourd’hui une idée bien ancrée.

Saluez donc Ostara, déesse de l’aube et du printemps, au moment du manger du lapin ou du lièvre, ou lorsque vous en croisez un.

Sunna

Palmipèdes et volailles : Les associations entre l’astre solaire et les canards sont peu nombreuses chez les Germains, mais plus courantes chez d’autres peuples indo-européens. Le coq, quant à lui, et connu pour acclamer bruyamment le petit matin.

Saluez Sunna, déesse solaire, au moment de manger de la volaille, du canard (y compris son foie gras), ou des œufs. Faites-le également en croisant des cygnes, des canards colvert ou des poules d’eau.

Audhumla

Bovins : Les vaches ou les bœufs ne sont associés à aucune divinité particulière, Ase ou Vane. Cependant, ce sont des animaux tenus en haute estime par les peuples indo-européens, et dans notre tradition la vache cosmique Audhumla est le premier être vivant, qui nourrit Buri, grand-père d’Odin.

Saluez-donc Audhumla, la nourricière, le principe premier de la Vie, au moment de manger du bœuf, du veau, ou de consommer des produits laitiers, ainsi que lorsque vous croisez des vaches.

Audhumla léchant Buri (manuscrit islandais du XVIIIe siècle)

Audhumla léchant Buri (manuscrit islandais du XVIIIe siècle)

Tous les Ases et les Vanes

Équidés : La plupart des Ases ont un destrier comme monture ; et Freyr, le plus puissant des Vanes, est lié au culte de l’étalon comme symbole de fertilité. Nourrir un cheval était très coûteux, et il servait non seulement aux voyages (physiques comme chamaniques), mais aussi et surtout au combat. Le seul poème runique conservé sur la rune e (Ehwaz), le poème anglo-saxon, en parle comme étant le principal signe de la noblesse. C’était l’animal dont le sacrifice revêtait la plus haute valeur sacrée, d’où le tabou contre la consommation de viande de cheval mis en place par les missionnaires chrétiens.

Saluez de manière générale toute l’assemblée divine des Ases et des Vanes au moment de manger du cheval, ou lorsque vous en croisez un.

Tiré de « Jour après Nuit – vivre au quotidien dans la tradition germano-scandinave », un fascicule du clan Ostara à paraître cette année. Vous pouvez retrouver ici le fascicule Les Douze Nuits de Yule concernant les festivités du solstice d’hiver.

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Végétalisme et tradition

Bien qu’il semble que la question de la viande et des produits animaux soit hélas devenue une « barricade à deux côtés », je vais commencer par devoir avouer que je suis à la fois un sinistre quasi-abstinent de bonne chair et, à l’occasion, un immonde assassin de gentils êtres vivants sensibles.

Le débat a déjà fait couler des cargos entiers d’encre numérique, il est donc impossible et peu utile de l’aborder sous tous ses aspects (l’existence ou non de la souffrance animale, la légitimité pour H. sapiens d’en décider et/ou de l’engendrer, etc). Je voudrais simplement présenter un tiers chemin un peu complexe, qui est davantage un sentier sinueux où il faut savoir éviter les branches épineuses et les flaques boueuses.

L'auteur décline tout responsabilité si vous le suivez sur ce tiers chemin.

L’auteur décline tout responsabilité si vous le suivez sur ce tiers chemin.

D’un point de vue très factuel, les points les plus importants sont ceux qui touchent aux problèmes écologiques et socio-économiques, les deux étant intimement liés. J’espère que je ne vous apprends rien en vous disant que près de 50% des apports protéiques du bétail français (y compris vaches laitières et oeufs, n’en déplaise aux végétariens-non-végétaliens) sont constitués de soja importé d’Outre-Atlantique, ce qui représente deux à trois millions de tonnes par an. Bien entendu, là-bas, les OGM et la grosse monoculture sont la norme, sans même parler de déforestation amazonienne ou de conditions de travail proches du servage au bas Moyen-Âge. Même d’un point de vue purement financier, à moyen terme cela représente une dépendance colossale à des importations qui mettent les éleveurs dans une situation périlleuse en cas de variation des cours.

Le cadre étant posé, on peut au passage légitimement se demander si la « tradition » qu’on évoque au moment de se manger un saucisson sec ou un steak est bien pertinente. Nos ancêtres mangeaient assez rarement de la viande, et leur cassoulet ou leur choucroute n’avait bien souvent que quelques morceaux de couenne comme seul apport animal. Le lait de vache, quant à lui, a été généralisé et promu comme aliment indispensable seulement dans l’après-guerre, pour écouler les surplus d’une production de plus en plus intensive qui commençait déjà à marcher sur la tête. Même chose pour le fameux yaourt, dont le Français moyen consomme 21 kilos par an, qui n’est devenu un produit de grande consommation qu’à partir des années 50, voire 60.

Donc, les anciens consommaient finalement assez peu de viande et de produits laitiers par rapport à nous (plutôt dans la fourchette des 15 à 30% d’apports caloriques d’origine animale, conformément aux recommandations de l’OMS, par rapport à une moyenne française actuelle de 55%). Certains objectent qu’ils le faisaient dès qu’ils en avaient les moyens. La vraie question étant : se seraient-ils précipités pour dévorer des bêtes dégénérées par une sélection intensive, transformés en machines à produire chroniquement malades et abattues à l’adolescence ? L’autonomie de leur maisonnée, de leur clan, de leur village, est un point fondamental pour toute communauté pérenne. Or, le modèle agricole actuel fait de l’élevage intensif un noeud coulant au cou de notre souveraineté alimentaire. Quant niveau écologique, cela revient à peu près à aller chier dans la citerne d’eau potable de nos descendants. Comment ceux-ci pourraient-ils pratiquer le culte des Ancêtres avec un tel héritage ?

Pour autant, certains arguments en faveur du végétalisme sont tout à fait biaisés. Le pâturage, et même la très controversée chasse au gros gibier, sont des pratiques favorables à la biodiversité et au bon fonctionnement des écosystèmes. Sans pâturage, les zones de prairies, riches en variétés rares d’arbustes, de fleurs, d’insectes, … tendent à se transformer en jeunes forêts semblables aux 12 millions d’hectares dont nous disposons déjà. Depuis l’extinction d’espèces comme les chevaux sauvages ou le bison d’Europe (sauf partiellement en Pologne), il est nécessaire que des espèces domestiquées prennent le relai, d’autant plus qu’elles permettent de produire des calories à partir de zones humides ou pentues difficilement cultivables (sauf si vous aimez l’herbe et les roseaux), ce qui en retour éviter d’avoir à défricher des forêts pour en faire des champs. En ce qui concerne la chasse, même problème, à cause de l’absence de grands prédateurs comme le loup ou l’ours, il est nécessaire de réguler la population de cervidés et surtout de sangliers, pour éviter la propagation de maladies et la destruction massive de jeunes arbres.

Y'a des alternatives au pâturage, hein : soit vous ressuscitez les aurochs, soit vous commencez à brouter dès demain matin

Deux alternatives au pâturage : ressusciter les aurochs de Lascaux, ou commencer à brouter dès demain matin

Évidemment, il faut pour cela que ces activités soient pratiquées convenablement, selon nos coutumes indigènes. Cela exclut donc d’office l’élevage industriel. Je vous entends déjà me dire que les produits animaux issus d’élevages bio, en plein air, de programmes de chasse contrôlée, … coûtent les yeux de la tête et qu’on ne peut pas facilement se le permettre. Eh bien, justement, vous comprenez donc pourquoi les anciens ne s’en gavaient pas quotidiennement. Réserver la viande pour les jours de fête, c’est renouer en profondeur avec nos traditions. C’est aussi redonner son vrai sens aux « sacrifices animaux » tant décriés par la bien-pensance Galiléenne : quand on abat moins d’un animal par an et par mini-famille moderne de quatre personnes, le minimum est de ritualiser un tant soit peu la chose et de l’intégrer dans le grand cycle de la vie. Cela permet au passage de prendre un peu de recul sa propre mortalité, tant mise au placard dans une société devenue incapable de gérer le deuil de manière adulte et responsable.

Finalement, c’est un peu le mot de la fin : responsabilité. Et dans l’affaire, il faut bien admettre, même en étant partisan du tiers chemin, que le végétalisme est une meilleure option que la consommation de produits animaux industriels (et en quantités industrielles), tout simplement car il faudrait encore beaucoup de nouveaux convertis pour équilibrer la balance. A tel point que ça vaudrait presque la peine d’endurer le préchi-précha moralisateur des plus fanatiques d’entre eux.

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Ôstarmânoth et blot à Tio

Pour le premier jour de la Lune d’Ôstara (Ôstarmânoth), le clan Liddel Franke des Enfants d’Yggdrasill s’est réuni dans la forêt sacrée qui se trouve sur ses terres, afin de placer ses actions à venir sous l’égide de Tio. A la fois sage et hardi, il est le plus courageux de nos Dieux, donc le plus apte à assurer le succès. Sous les bourgeons, les pervenches avaient étendu leur réseau violacé, marquant l’arrivée du printemps. Après des offrandes de gâteaux au Grand’arbre Fourchu qui domine le bois, et à la vieille Mère-Bouleau qui protège le lieu des banquets, nous avons dédié une corne de bière, infusée maison au genièvre et à l’aspérule selon l’ancienne coutume, aux Esprits des Lieux.
Un timide rayon de soleil a ensuite lui sur notre tardif pique-nique du midi. Vers la fin de celui-ci, une invitée (que nous n’avions pas pu récupérer à la gare à cause de son retard de deux heures) a appelé afin de demander quelques précisions supplémentaires sur l’itinéraire. En d’autres termes, elle était visiblement totalement perdue. S’ensuivit une trépidante aventure, impliquant des portables qui ne captent pas – oui, parce qu’il n’y a pas toujours de réseau en forêt, en tout cas pas celui que captent vos smartphones – et des olifants qui s’avérèrent être d’utiles substituts.
Pendant que nous allumions le feu, Baldric, un nouveau membre du clan, entreprit de poursuivre l’érection d’un haraho (cairn) au bord de l’étang sacré, en l’honneur des Esprits locaux, et plus particulièrement de la Fille de la Source. A l’intérieur, pour le consacrer, furent disposées diverses offrandes, enveloppées dans le voile des fumigations rituelles pendant que résonnaient la peau du tambour et des gorges. Après ceci, il fut entouré de pieux pour le désigner comme wîh (consacré), demeure inviolable des Esprits. Notre Ancienne Coutume est avant tout un ensemble de principes permettant de vivre en harmonie avec notre environnement ; et il nous importe que, sur nos terres, certains lieux appartiennent clairement à d’autres qu’aux humains.

Haraho-Dîks : le cairn de l'étang

Haraho-Dîks : le cairn de l’étang

Ensuite, tout en répétant les chants rituels du Sigiblot (le Blot pour la Victoire) en l’honneur de nos Divinités, nous avons confectionné une croix solaire pour porter le feu dans leur grand Wîh en haut de la colline. Deux massives branches furent attachées par des bandes de tissu enduites de cire fondue avant d’être mises à reposer contre un bouleau en attendant que vienne la lueur rougeoyante du crépuscule. Pendant ce temps, alors que les rayons dorés devaient de plus en plus obliques et que le brasier finissait de crépiter, on conta une nouvelle fois l’enchaînement du Feniwulf, le Grand Loup, par Tio qui y laissa sa main droite pour sauver le cosmos de sa voracité. Car, comme nous l’apprennent les poèmes runiques, Tio est l’Anse manchot, blessé par le loup, et celui qui règne sur les temples ; Tio est aussi une étoile, il garde bien la fidélité des nobles, sa course continue toujours au-dessus des brumes nocturnes car jamais il ne faiblit ; et le forgeron doit souvent souffler.
Enfin, alors que Sunna incendiait le ciel d’occident, son effigie terrestre s’embrasa, saluée par nos cris. Nos pas, rythmés par le tambour, portèrent au sommet la Clarté des Elfes pour la déposer dans le cercle de pierres runiques, sous le regard de Wuodan et de Thonar, gardiens du seuil, de Frouwa, déesse du foyer, et de tous les dieux et déesses du Wîh. L’énigmatique dernier vers du poème runique norvégien, sur lequel on peut longuement s’arracher les cheveux, prit soudain soudain un sens assez concret : à cause de l’humidité du bois, réussir à faire prendre durablement le feu sacré n’allait pas être de tout repos. A plat ventre dans la boue pour échapper à l’épaisse fumée, nous nous sommes relayés sans relâche pour maintenir à la force de nous poumons un flux d’air constant pour attiser les braises.
En cela, nous étions unis par notre fidélité à un but commun, guidés par la même étoile polaire qui règne sur les temples. L’idée d’abandonner et de retourner dîner en contrebas nous parcourut un instant comme le brouillard s’avance dans le soir, mais nous nous sommes remis à l’ouvrage en retroussant nos manches pour forger notre noble destin. Enfin, les flammes dansèrent dans le cercle runique, et nous autour de celui-ci. Pour célébrer la victoire, et en préparation de celles à venir, forts de cette leçon de bravoure, furent partagées entre les hommes et les dieux la sainte bière et le cidre caché au pied des arbres par le Renard de Pâques (oui, l’Osterfuchs est une tradition franque assez sympathique). Baldric, pour la première fois, menait la cérémonie, et j’ai une fois de plus été surpris de constater comme la pratique de nos coutumes nous poussent à nous dépasser pour accomplir ce dont on ne se serait pas cru capable quelques lunes plus tôt.

TIWAZ

TIWAZ est une étoile qui garde bien la fidélité des nobles, sa course continue toujours au-dessus des brumes nocturnes car jamais il ne faiblit.

Un oracle runique à l’antique a aussi été demandé, concernant les actions à entreprendre pour favoriser la connaissance et la compréhension de nos traditions. Comme souvent, la réponse fut assez lapidaire : continuez votre course au-dessus des brumes nocturnes, et ne faiblissez point.
Heel Tio ! Merci pour ton courage qui nous montre la direction à suivre. Tu seras encore longtemps honoré, toi, nos autres Divinités, nos Ancêtres et les bienveillants Esprits de ces lieux.
Si vous souhaitez avoir plus d’informations sur les célébrations de la Walburganaht le 9 mai, rendez-vous ici : http://www.enfants-yggdrasill.fr ou ici : https://www.facebook.com/1tierschemin !

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Mars chez les Gallo-Roumains

Les Romains ont nommé le premier mois du printemps, celui qui commence leur année, d’après le dieu Mars, né le premier du mois (dies natalis Marti / Feriae Martis). On l’honorait donc de diverses manières, principalement par une danse processionnelle en habits pourpres, puis en organisant un festin à base de viande de coq, l’animal qui salue l’aurore et le printemps.

Cela peut sembler étrange d’invoquer un dieu guerrier pour fêter l’arrivée du printemps… mais il faut se souvenir que Mars est aussi le patron des jeunes hommes, et le père des jumeaux fondateurs de Rome, Romulus et Remus. De même, en Gaule, Mars est souvent honoré sous le nom de Mars Toutatis, le Père de la Tribu. César disait que chez les Gaulois,  « Mars tient l’empire de la guerre ; c’est à lui, quand ils ont résolu de combattre, qu’ils font voeu d’ordinaire de consacrer les dépouilles de l’ennemi. Ils lui sacrifient ce qui leur reste du bétail qu’ils ont pris, le surplus du butin est placé dans un dépôt public ; et on peut voir, en beaucoup de villes de ces monceaux de dépouilles, entassées en des lieux consacrés ». On peut donc lui dire, dans la Gaule aujourd’hui de langue romane, : « Dépose pour un moment ta lance et ton bouclier, puissant Dieu des Combats, dégage ta brillante chevelure du casque qui te couvre, et viens ! » (Ovide, les Fastes, Livre III).

Le dieu Mars, avec son fils (Cupidon ?)

Les entités plus féminines et champêtres n’étaient pas en reste, puisque c’était aussi celle de la fête de Matronalia. On honorait Juno Lucina (la mère de Mars) et les mères de famille qu’elle protège, auxquelles on offrait des couronnes de fleur. La formule consacrée était « Tu nous donnas la lumière, Mère Lucine ! », ou « viens, et exauce le vœu des parturientes » si une femme était proche d’accoucher dans la maisonnée.

Enfin, on invoquait la nymphe Egeria, épouse du successeur de Romulus, qu’elle conseilla avec sagesse dans la mise en place de bon nombre de coutumes romaines : « Nymphe qui es au service de Diane dans les bois et les lacs, instruis-moi ! Nymphe, épouse de Numa, viens m’aider à célébrer ton action ».

Mon frère de sang m’a appris que chez lui, en Roumanie, il existe aussi toutes sortes de coutumes pour le 1er mars. En particulier, on fabrique des talismans nommés mărțișor, à partir de deux cordelettes de couleur entrelacées (l’une blanche ; et l’autre rouge, bleue ou noire selon les villages), nouées autour d’un objet porte-bonheur : pièce, ail séché, coquille d’escargot, perles de verre, … La fête elle-même s’appelle Baba Marta, le mars de Mère-Grand, où un personnage du même nom parcourt le pays de fort mauvaise humeur. Chaque mărțișor est censé la mettre de meilleure humeur : on est donc bien en présence d’un rite d’apaisement de ce qui est potentiellement négatif, plutôt que de confrontation. Les Bulgares ont une tradition similaire, où le bouleau remplace la grand-mère, faisant ainsi écho au symbolisme de cet arbre sacré.

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