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Les Dieux et le Monde expliqués par un païen européen de l’Antiquité !

Rares sont les traités théologiques de l’Antiquité païenne qui soient parvenu jusqu’à nous : « Des Dieux et du Monde », de Salluste, en fait partie. C’est donc un document intéressant dans la résurgence de nos religions traditionnelles, bien qu’assez méconnu. Le traité en lui-même est relativement bref, ce qui en rend sa lecture plutôt rapide. Néanmoins, comme seule la traduction anglaise de Thomas Taylor (1793) est disponible en ligne à l’heure actuelle, et que le texte est tout de même très dense intellectuellement, le but de cet article est de proposer un résumé des principales idées exposées, et des raisonnements qui les étayent. Chacun pourra donc prendre connaissance de ce qu’est une théologie païenne européenne. On sait qu’il en existait un très grand nombre, variable selon les peuples et les époques, car certaines nous sont parvenues, tandis que nous avons des échos de plusieurs autres qui ont été perdues. Toutes ces théologies, en tout cas, proposaient des réponses aux grandes questions religieuses :

1) Quelle est la nature et le destin des Dieux et du Monde ?

2) Qu’arrive t-il à notre individualité au moment de la mort ?

3) Quel sens ont nos mythes et nos rites, si décriés par les religions abrahamiques ?

4) Comment expliquer le fait que ces religions abrahamiques aient, au moins un temps, triomphé en Europe au détriment de nos religions traditionnelles ?

Des Dieux et du Monde

Couverture de la traduction française de Maria Meunier (éditions Theurgia University)

Ces quatre problèmes sont particulièrement épineux (surtout le dernier), et il n’est pas aisé d’avancer même de simples hypothèses plausibles. Voilà donc, comme source d’inspiration, la théologie de Salluste, philosophe néoplatonicien de langue grecque ayant vécu il y a 17 siècles, au moment où les intellectuels païens tentaient d’apporter leur contribution théorique à la tentative de restauration des cultes traditionnels menée par l’empereur romain Julien le Philosophe. Cette théologie n’est donc pas celle des néoplatoniciens dans leur ensemble (qui regroupaient une grande diversité d’opinions), ni celle des philosophes grecs qui pouvaient appartenir à d’autres grandes écoles (stoïcisme, épicurisme, cynisme, pour ne citer que celles-ci), et encore moins celle de tous les Grecs païens qui n’étaient pas forcément philosophes : d’autres grands mouvements ont marqué la pensée religieuse grecque, en particulier les cultes à mystères, dont l’orphisme qui était très influent à une certaine époque.

Peut-on donc tirer quoi que ce soit d’utile de ce traité de Salluste, qui ressemble un débris insignifiant de la pensée grecque, surtout si on ne pratique pas la religion traditionnelle hellénique ? Certainement ! Nous savons que les écoles de pensée grecque avaient pour la plupart des équivalents ailleurs dans le monde indo-européen (spécialement en Inde dont les traités philosophiques ont été pour beaucoup mis par écrit et bien conservés), mais aussi chez les Celtes (les enseignements druidiques étant comparés par plusieurs auteurs aux doctrines de Pythagore).

Que nous soyons ou non de tradition grecque, « Des Dieux et du Monde » de Salluste est donc au moins un exemple, possiblement une source d’inspiration, et pourquoi pas une base solide pour développer des théologies païennes européennes pour notre époque.

Introduction

Plutôt que d’aborder chaque chapitre chronologiquement, cet article tentera de résumer la réponse apportée par Salluste aux 4 grandes questions exposées en introduction. Qu’il me soit simplement permis d’insister sur le premier chapitre, qui sont les conditions que l’auteur énonce pour pouvoir comprendre et interpréter son discours. Rien d’extravagant à ces exigences : elles se résument principalement à avoir reçu une bonne éducation et à disposer de capacités de raisonnement suffisantes, c’est-à-dire 1) connaître la langue qui est utilisée, 2) les mythes grecs auxquels il fait référence, et 3) les règles de la logique. A son époque, cela ne va pas de soi, précisément parce que les Galiléens avaient tendance à s’opposer à tout ce qui, pour un philosophe hellénique, constituaient « l’éducation » (paideia), à savoir :

  • la rhétorique : art de bien s’exprimer et de bien comprendre autrui, ce qui était considéré comme un artifice diabolique visant à induire en erreur son interlocuteur, en présentant de manière attirante des mensonges opposés à la vérité biblique ;

  • la mythologie : patrimoine littéraire et symbolique d’une importance capitale, puisqu’il portait l’identité et la vision du monde de toute une civilisation (les Galiléens n’y voyaient que des délires, ou les faits et gestes de démons dépravés) ;

  • la logique : là encore, au IVe siècle de leur ère, les Galiléens y voyaient une rivale de la Foi, seule capable de sauver du péché.

Voici donc les trois pré-requis : la maîtrise du bon langage, de la mythologie ancestrale, et du raisonnement logique. Attaquons la suite.

La Naissance de Vénus, Botticelli (1484)

La Naissance de Vénus, par Sandro Botticelli (1484)

1) D’où viennent les Dieux et le Monde, et quelle sera leur destinée ?

(chapitres II, V, VII, IX, XIII, XVII)

Tout ce qui existe dans le Monde a nécessairement une cause. Cette cause elle-même a une cause. En remontant ainsi, nous parvenons logiquement à une Cause Première. Elle est unique car une cause a toujours de multiples effets, donc en faisant le chemin à l’envers à partir de tout ce que nous observons, nous parvenons forcément à une seule cause. Toutes les choses participent à la nature de cette Cause Première dont ils sont les conséquences. L’ensemble de toutes ces choses existantes forme le Bien, car il ne peut par définition y avoir plus grand bien que tout ce qui existe. C’est donc du Bien, qui est la Cause Première, que tout dérive et dont tout fait partie, en premier lieu les Dieux (nier l’existence des Dieux comme intermédiaires entre nous et la Cause Première, c’est méconnaître la distance qu’il y a entre elle et nous, et donc la rabaisser terriblement !).

Les Dieux sont incréés, éternels, immatériels, immuables et omniprésents. Ils partagent une même essence. Il existe des Dieux supra-mondains, à l’origine des âmes rationnelles. Il existe aussi des Dieux mondains, qui sont engagés dans le fonctionnement du Monde.

Ces Dieux mondains sont au nombre de Douze, répartis en quatre types. Zeus, Poséïdon et Héphaïstos sont les créateurs du Monde. Déméter, Héra et Artémis, elles, animent le monde. Hermès, Aphrodite et Apollon l’harmonisent ; tandis que Hestia, Athéna et Arès le gardent. Les autres Dieux sont en fait des aspects de ces Douze grands, en particulier lorsque les mythes décrivent un dieu comme « enfanté » par un autre.

Ce Monde est incorruptible, c’est-à-dire qu’il ne sera pas détruit lors d’une « Apocalypse » pour laisser place à un « Paradis ». L’argument avancé est que ce serait sous-estimer l’intelligence des Dieux que de supposer qu’ils auraient fait quelque chose qui devrait être défait par la suite. De plus, Salluste avance le principe de conservation de la matière : rien ne peut réellement être détruit ni créé, par conséquent le Monde ne peut pas cesser d’exister pour laisser place à un autre Monde.

Dieux créateurs

Zeus, Poséïdon et Héphaïstos

Dieux animateurs

Déméter, Héra et Artémis

Dieux harmoniseurs

Hermès, Aphrodite et Apollon

Dieux gardiens

Hestia, Athéna et Arès

Tableau 1: Les quatre catégories des Douze Dieux du Monde

 

2) Que nous arrive t-il après la mort ?

(chapitres VIII, XIX, XX, XXI)

Comme expliqué précédemment, notre âme rationnelle (liée à la faculté de raisonner) provient des Dieux supra-mondains. Les Douze Dieux mondains, plus proches de nous car étant à l’origine du Monde, sont à la source de notre corps et de notre âme irrationnelle (liée à la faculté de sentir et d’imaginer). Lorsque nous mettons notre corps et notre âme irrationnelle au service de notre âme rationnelle, imitant en cela les Dieux, nous pratiquons la vertu. Celui agit ainsi verra, après sa mort, son âme rationnelle, c’est-à-dire son véritable lui-même, s’unir avec les Dieux pour jouir éternellement de leur parfait bonheur.

Salluste - des Dieux et du Monde

Origine et destinée des Dieux, du Monde, et des âmes vertueuses (selon Salluste)

Celui qui agit contrairement à la vertu verra son âme rationnelle passer dans un autre corps humain (car les animaux n’ont pas d’âme rationnelle), et ce corps humain sera malade ou difforme comme punition si sa vie précédente a été particulièrement peu vertueuse. L’âme rationnelle de celui qui a commis des crimes graves peut aussi être tourmentée par des démons vengeurs entre deux incarnations. Ces démons cependant procèdent eux aussi du Bien, car ils n’infligent pas les châtiments à cause d’une nature mauvaise, mais dans le but louable de purifier les âmes.

Enfin, il faut noter que les Dieux, dans leur grande sagesse, ont généré l’exact nombre d’âmes rationnelles nécessaires au nombre d’humains qui naîtra dans le Monde. Les âmes rationnelles, qui sont immortelles, ne sont donc ni détruites, ni générées au fur et à mesure.

3) Quel sens ont les mythes et les rites traditionnels ?

(chapitres III, IV, XIV, XV, XVI)

Les mythes sont des récits inspirés par les Dieux et transmis par la tradition. Lorsqu’ils semblent grotesques, immoraux, incohérents, … ils sont en fait semblables aux Dieux et au Monde, c’est-à-dire qu’ils ne peuvent être réellement compris que par le sage, grâce à de longues réflexions. De la même manière que l’âme d’un homme n’est pas visible ni par les yeux, ni du premier abord, mais seulement par l’âme et grâce à une longue approche.

Salluste considère qu’il existe cinq types de mythes : théologiques, physiques, spirituels, matériels, et mixtes. Les mythes théologiques ne concernent que la nature des Dieux (Cronos qui dévore ses enfants signifie l’unité des Dieux, de la même manière que toute vérité est unie aux autres dans la Vérité). Les mythes physiques sont ceux qui nous renseignent sur la marche du Monde (Cronos, interprété comme Chronos, « le Temps », dévore ses enfants : cela signifie que le Temps est père de tout et aussi destructeur de tout). Les mythes spirituels nous renseignent sur le fonctionnement et la nature de l’âme humaine (on dirait aujourd’hui : mythes psychologiques, domaine exploré par Jung avec sa théorie des archétypes de l’inconscient collectif). Les mythes matériels nous parlent du fonctionnement du Monde (chaque dieu représente un élément : le ciel, la terre, la foudre, le feu, le soleil, le vin, etc). Les mythes mixtes réunissent ces différents éléments dans leur narration, ils sont particulièrement prisés lors des rites initiatiques car ils ont pour but d’unifier ces différents niveaux, et donc d’unir l’initié aux Dieux et au Monde. Ces rites ont lieu à des moments déterminés de l’année, qui ont une valeur symbolique permettant de mieux comprendre la nature des Dieux et du Monde depuis notre point de vue humain soumis au temps et aux saisons.

Types de mythes :

Enseignements à propos de :

Mythes théologiques

La nature des Dieux

Mythes physiques

La marche du Monde

Mythes psychlogiques

Le fonctionnement de l’esprit humain

Mythes matériels

Le fonctionnement du Monde

Mythes mixtes

Tous ces éléments (rites initiatiques)

Tableau 2: Les cinq types de mythes et leurs enseignements

Pantheon

Panthéon de Rome (photo prise par Per Palmkvist Knudsen, licence CC BY-SA 2.5)

Passons enfin aux rites. Quel sens ont-ils aux yeux du sage ? D’une part, les Dieux sont à l’origine de tout ce que nous possédons, il est donc juste de leur en sacrifier une fraction. D’autre part, le but de la prière est de nous rapprocher des Dieux, et le sacrifice est une manière d’y parvenir réellement, car la parole a besoin d’être accompagnée d’actes pour produire son effet sur nous, sans quoi elle n’est que superficielle. De plus, le lien qui nous unit aux Dieux est celui de la vie, et il est donc plus efficace d’utiliser un matériel vivant pour faire résonner ce lien (un animal si nous mangeons de la viande, des végétaux dans le cas contraire). Dans tous les cas, le sacrifice doit se faire en conformité avec la tradition des générations successives qui nous relient aux Dieux, et d’une manière belle et harmonieuse. La symbolique permet en effet de renforcer l’effet du rite sur notre âme : le temple est à l’image du ciel, l’autel à l’image de la terre, et l’offrande à l’image de la part irrationnelle de notre âme, que nous soumettons à la part rationnelle de notre âme, elle-même à l’image des Dieux.

 

Ces éléments du rite :

Symbolisent ces éléments du Monde :

Temple

Ciel

Autel

Terre

Offrande

Âme irrationnelle

Dieux

Âme rationnelle

Tableau 3: Correspondances symboliques entre les éléments du rite et du Monde

Attention à ne pas confondre les offrandes avec un simple marchandage terre-à-terre. Les Dieux ne sont ni « énervés » par l’impiété, ni apaisés par les rites. Ils ne sont aucunement soumis aux passions humaines, ou affectés par nos actes. En réalité, l’impie se coupe simplement de la contemplation des Dieux et des dons que celle-ci apporte, tandis que les rites nous rapprochent des Dieux.

4) Pourquoi cette théologie si sage et vertueuse a t-elle été remplacée par celle du christianisme ?

(chapitres X, XI, XII, XVIII)

C’est une question de la plus haute importance, mais à laquelle il n’est pas aisé de répondre, et sur laquelle les Galiléens modernes ne se privent pas d’appuyer. Si les Dieux sont bons et auteurs de toute chose, comment se fait-il que nous soyons témoins de choses mauvaises ? En réalité, rien dans ce Monde n’est mauvais par essence. Ce sont simplement nos intellects qui, ne possédant pas le degré de perfection des Dieux, sont parfois dans l’erreur concernant ce qui est bon. Nous commettons donc des choses mauvaises par ignorance.

Toutes les bonnes institutions humaines, issues des Dieux (arts et sciences, vertus et prières, sacrifices et initiations, lois et gouvernements, jugements et peines) sont là pour combattre cette ignorance et nous guider vers le Bien. Mais les défaillances du gouvernement, de l’éducation parentale, et de l’instruction académique peuvent entraîner l’âme vers le vice, c’est-à-dire que la raison n’est plus ce qui prédomine. Le désir n’est alors pas seulement orienté vers les choses bonnes, et la colère pas uniquement vers les choses mauvaises. Cette absence de sens de la justice au niveau individuel peut finir par déboucher, au niveau collectif, sur des formes de gouvernement injustes. Si le pouvoir politique est détenu par un seul homme, mais qu’il n’est pas un homme sage (c’est ce qui s’est produit en particulier avec l’empereur romain Théodose, auteur de l’édit d’interdiction des cultes traditionnels), c’est une tyrannie. Cette forme de gouvernement est la plus désastreuse qui soit : le vice et l’impiété peuvent alors s’installer pour de nombreux siècles, en attendant que les âmes rationnelles d’une minorité d’hommes vertueux restaurent peu à peu de bonnes institutions.

Décadence et restauration de la vertu divine selon Salluste

Une explication de la domination temporaire du christianisme en Europe

Cette période d’impiété ne doit pas pourtant pas nous conduire à accuser les Dieux d’avoir fait une œuvre imparfaite. Il est inévitable que l’impiété prédomine dans certains lieux à certaines périodes de l’Histoire du Monde, parce que tous les endroits et moments du Monde ne peuvent pas être reliés aux Dieux de manière égale. Dans un corps, par exemple, le cerveau est plus haut placé que les autres parties du corps, dispose des cinq sens, et héberge la faculté de raisonner. Les autres membres ne participent qu’à un seul des sens et sont placés plus bas. De même, il existe des jours fastes et néfastes dans le calendrier, et à plus grande échelles, des périodes de plusieurs siècles qui peuvent être fastes ou néfastes.

C’est la loi naturelle qui fait que l’Europe a connu une période d’impiété, dominée par l’ignorance des mythes et le mépris des rites. C’est par cette même loi naturelle que nous savons qu’il nous est possible de nous exercer à la vertu, pour participer à la restauration d’institutions vertueuses, fidèles à ce qui a été conservé de la tradition comme à ce que la sagesse nous permet de percevoir du Bien, qui est la Cause Première des Dieux et du Monde.

Conclusion

Voilà pour la théologie de Salluste. Et vous, quelle est votre avis concernant ces quatre grandes questions ? La résurgence contemporaine de nos religions traditionnelles appelle nécéssairement à y trouver des réponses, qui ne soient pas des dogmes uniques, mais autant de tentatives de comprendre le divin.

Pour vous donner un exemple actuel, le blog Latitudes Spirituelles est une initiative particulièrement intéressante, surtout dans son Abécédaire du Petit Père Païen, qui nous offre autant de partager ses recherches sur différents sujets : « un appel sans mots, une convocation impersonnelle s’était manifestée dans mon ventre, et mes glandes endoctrines m’instillaient la conviction que l’Univers était vivant, bien plus profond qu’on ne pourrait jamais l’imaginer, et doté d’une immense conscience, qui, pour être muette, n’en dépassait pas moins tout langage. »

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Les persécutions romaines des chrétiens : faute morale ou légitime défense ?

De nombreux Galiléens aujourd’hui reprochent aux païens contemporains les persécutions des chrétiens sous l’Empire Romain, qui ont eu lieu essentiellement entre 112 et 311 (soit entre 865 et 1064 Ab Urbe Condita, selon la notation romaine).

L’historiographie occidentale s’est d’abord basée sur des « témoignages » chrétiens bien postérieurs aux faits, visant à donner une légitimité à l’Eglise catholique et orthodoxe, née du sacrifice de vertueux martyrs. C’est, de nos jours, le point de vue le plus relayé, bien qu’un peu édulcoré : des païens sanguinaires et intolérants prenaient plaisir à traquer et torturer d’innocents chrétiens, pour les jeter ensuite aux fauves. Jusque dans un manuel d’Histoire récent pour les collégiens en classse de 6e, c’est le point de vue chrétien qui est présenté (par le biais d’un texte fictionnel rédigé du point de vue d’une chrétienne à Lyon en 177, en se basant visiblement sur l’Histoire écclésiastique d’Eusèbe de Césarée, rédigée vers 324).

Martyre chrétien livre d'Histoire en 6e

Même pour la Seconde Guerre Mondiale, période chargée émotionnellement aujourd’hui, les collégiens ont accès aux différents points de vue, par la reproduction de documents de communication du régime national-socialiste, et même (ou du moins était-ce le cas au moins jusqu’en 2012) par une lettre d’un jeune Français engagé en Russie au sein de la Légion des Volontaires Français contre le bolchévisme. Mais pour ce qui est du point de vue des autorités ayant appliqué le droit romain contre des Galiléens, néant.

N’aurait-il pas été possible de mettre en place une perspective romaine sur les chrétiens de l’époque ? Ce n’est pourtant pas si difficile. Beaucoup d’écrits ont certes été perdus ou détruits, mais pas tous. On a conservé, entres autres, les lettres du préfet Pline le Jeune à l’empereur Trajan aux alentours de 121, où il explique vouloir épargner le plus possible d’accusés, repousser d’office les témoignages anonymes, et admettre à bras ouverts tout repentir (Pline le Jeune, Lettres, X, 97-98) ; on peut reconstituer à partir de citations le Discours véritable de Celse, qui propose un point de vue philosophique sur les doctrines des Galiléens de son époque ; et enfin l’empereur Julien II le Philosophe a rédigé un traité Contre les Galiléens (d’autres ouvrages ont disparu suite à leur interdiction, tels que le Discours ami de la vérité contre les chrétiens de Hiéroclès, ou le traité Contre les chrétiens de Porphyre de Tyr).

Pour résumer, leurs arguments, bien qu’ils soient nombreux, s’articulent autour de deux points :

1) le choix délibéré des Galiléens de contrevenir aux fondements de la loi et de la citoyenneté romaine, en refusant le service militaire et le culte impérial, est une attaque contre les fondements même de l’empire, ce qui le fragilise face aux barbares ;

2) leurs dogmes sont absurdes d’un point de vue philosophique, et la multiplication ddes Galiléens est un facteur de régression de la pensée, des arts, et des sciences, sans compter que leur fanatisme les pousse à rechercher inutilement le martyre, alors qu’on ne leur demande que de respecter la loi.

Ces deux arguments se sont avérés entièrement fondés, puisqu’en 496 l’empire d’Occident est tombé, que les écoles philosophiques ont été fermées, que les temples ont été saccagés, que la maîtrise artistique et technique accumulée pendant des siècles a été brutalement perdue (et que la recherche scientifique a été paralysée en Europe pendant des siècles, cf. Galilée et l’héliocentrisme, pourtant bien accepté au IIe s.), etc.

Diptyque des Symmaques et des Nicomaques, début du Ve s.

Diptyque des Symmaques et des Nicomaques (ivoire, début du Ve s.) : la partie de gauche a été plaquée comme garniture d’un reliquaire après la défiguration de celle qu’on suppose avoir été une prêtresse de Cybèle ravivant la flamme sacrée.

Il suffit de comparer deux diptyques d’ivoire ouvragé, l’un réalisé au début du Ve s. par les Nicomaques et des Symmaques (deux familles de l’aristocratie romaine demeurées païennes), l’autre réalisé en 506 pour le consul chrétien Aerobindus. Celui des Symmaques et des Nicomaques a une finesse et une sensualité dans les drapés qui montre que l’ensemble du savoir-faire classique a été transmis et perfectionné au fil des siècles. Le diptyque d’Aerobindus, lui, a des personnages aux proportions peu fidèles, des traits standardisés et inexpressifs, les personnages sont placés de face dans une perspective anti-naturelle, et les vêtements comme les cheveux voient leur volume totalement écrasé.

Diptyque du consul Aerobindus, 506

Diptyque du consul Aerobindus, 506

Les fameuses « grandes persécutions » sont des épiphénomènes certes tragiques mais fort limités dans le temps comme dans leur intensité. En nombre de victimes, ils sont nettement inférieurs aux condamnations à mort émises suite à l’édit de Théodose contre les païens européens, ce qu’eux-même voyaient bien venir de loin…

Et ceci, sans compter le fait que, à peine le christianisme toléré dans l’empire, commencent déjà les premières frictions violentes entre chrétiens : dès 317, soit quatre (!) années après l’édit de Milan de 313 qui arrête poursuites judicaires contre les chrétiens, les donatistes s’opposent en Afrique du nord aux catholiques, jugeant ces derniers trop conciliants avec ceux qui avaient accepté de participer au culte impérial pour éviter les condamnations ; l’Egise obtient du pouvoir impérial qu’il fasse usage de la force pour rétablir l’ordre. Les violences religieuses inter-chrétiennes ne s’arrêteront plus pendant des siècles : affrontements entre nicéens et ariens s’opposant sur la nature du Christ, croisade contre les Albigeois, extermination des Hussites, guerres de Religion, etc. L’ouvrage Décadence, de Michel Onfray, est une description assez exhaustive de l’essor et de la domination des Galiléens sur l’Europe, le tout mis en parallèle avec les méfaits de leurs cousins les Islamistes.

Sans que cela signifie un appel à violence contre nos concitoyens chrétiens, il ne nous est pas nécesssaire en tant que païens de condamner moralement les décisions administratives prises sous l’empire romain. Il s’agisssait d’une politique visant à empêcher les excès des Galiléens de détruire toute une civilisation, et de provoquer des vagues d’ignorance et de violence sectaire. Pour cela, l’arsenal judiciaire en place a été utilisé, sans acharnement particulier dû aux opinions des condamnés, qui l’étaient selon le droit commun. Nous déplorons, comme le préfet Pline le Jeune, l’entêtement absurde qui a conduit ces personnes à rechercher la condamnation à mort dans le but de faire de la publicité pour leur dogme.

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Stoïcisme Nordique du Lundi Matin (n°2)

La même sagesse infuse une nouvelle fois la pensée germano-scandinave et gréco-romaine. Le Chat Poron se joint dont à l’empereur Marc-Aurèle et au dieu Odin en postant avec un peu d’avance ce deuxième épisode.

« Le matin, quand tu as de la peine à te lever, voici la réflexion que tu dois avoir présente à l’esprit : « Je me lève pour faire mon œuvre d’homme ; je vais remplir les devoirs pour lesquels je suis né et j’ai été envoyé en ce monde. Pourquoi donc faire tant de difficultés ? Ai-je été créé pour rester ainsi chaudement sous des couvertures ?

— Mais cela me fait plus de plaisir !

— Es-tu donc né pour le plaisir uniquement ? N’est-ce pas au contraire pour toujours travailler et toujours agir ? Ne vois-tu pas que les plantes, les oiseaux, les fourmis, les araignées, les abeilles concourent, chacune dans leur ordre, à l’ordre universel ? Et toi, tu refuserais d’accomplir tes fonctions d’homme ! Tu ne t’élancerais pas avec ardeur à ce qui est si conforme à ta nature !

— Mais, diras-tu, il faut bien que je me repose.

— D’accord ; le repos est nécessaire ; mais la nature a mis aussi des bornes à ce besoin, comme elle en a mis au besoin de manger et de boire. En cela pourtant, tu vas au-delà des bornes, et tu dépasses ce qu’il te faut. Au contraire, quand tu agis, tu n’en fais pas autant ; et tu restes en deçà de ce que tu pourrais faire. Cette négligence tient à ce que tu ne t’aimes pas sérieusement toi-même ; car autrement tu aimerais ta nature. Ceux qui aiment réellement l’art spécial qu’ils cultivent se dessèchent sur les ouvres que cet art leur inspira, oublieux du boire, oublieux du manger. Et toi, tu apprécies ta propre nature moins que le tourneur n’apprécie l’art du tour, moins que le danseur n’apprécie l’art de la danse, moins que l’avare n’apprécie son argent, ou le glorieux, sa vaine gloire : quand tous ces gens-là sont à leur ardeur labeur, ils songent moins à manger ou à dormir qu’à avancer l’œuvre dont ils s’occupent si passionnément. Et toi, tu trouves les devoirs que la société impose à ses membres moins importants et moins dignes de tes soins ! »

(Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même, livre V, I, trad. Barthélémy Saint-Hilaire).

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Et du côté scandinave, donc :

« Il doit se lever tôt, celui qui cherche vengeance,

Ou voudrait les possessions d’un autre.

Le loup qui se repose attrapera peu de viande,

Et l’homme qui dort aussi peu de succès.

Il doit se lever tôt, celui dont les ouvriers sont peu,

Afin de se mettre de lui-même à son ouvrage.

Beaucoup reste inachevé pour le lève-tard,

Car l’entrain est une richesse à moitié gagnée. »

Odin (Havamal, 58-59, trad. Chat Poron d’après H. A. Bellows)

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Stoïcisme Nordique du Lundi Matin (n°1)

Salutations ! Voici la nouvelle rubrique du Chat Poron : le Stoïcisme Nordique du Lundi Matin. L’idée est simple : on sait tous que le lundi matin, c’est le lundi matin, avec tout ce que ça implique. Pour tenter de surmonter l’insurmontable, votre serviteur a deux méthodes : le Havamal (« Dit du Très Haut », un poème scandinave attribué au dieu Odin et qui est une suite de conseils donné à l’homme qui vise la sagesse, autrement dit au philosophe) ; et l’école gréco-romaine de la philosophie stoïcienne (fondée par Zénon en Grèce, et dont les principaux continuateurs seront l’esclave grec Epictète auteur du manuel du même nom, l’homme politique et écrivain romain Sénèque par les lettres à ses amis, et l’empereur romain Marc-Aurèle lui-même dans ses Pensées).

L’idée est donc, chaque semaine, de mettre en regard une ou deux strophes du Havamal (ou éventuellement un passage d’une saga scandinave) et un fragment de philosophie stoïcienne, qui comme vous pouvez les constater se rejoingnent souvent, à tel point que je m’aventurerais presque jusqu’à dire que le monde germano-scandinave païen était stoïcien, ou alors que les Stoïciens gréco-romains avaient tout simplement une mentalité germanique.

« Si quelque dieu te disait que tu mourras demain, ou si ce n’était demain, au plus tard après-demain, tu ne ferais pas grande différence de mourir le troisième jour au lieu de mourir le second, à moins que tu ne fusses de la plus insigne lâcheté. En effet, que serait un tel sursis ? Eh bien ! pense absolument de même que ce n’est pas grand état de mourir après de longues années, plutôt que demain. »
– Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même, livre IV, XLVI

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« La richesse meurt, les gens meurent,
Toi-même dans peu de temps tu périras,
Mais je sais une chose qui point ne meurt :
La renomée bien méritée de celui qui l’acquiert. »
– Havamal, 75 (trad. Chat Poron)

Comme Dubrinertos de la Claririère Garganioii nous le rappelle, le monde celte n’est pas en reste non plus, car la tradition orale irlandaise attribue cette phrase au héros Cuchulainn : « Ne serais-je au monde qu’un jour et qu’une nuit, peu m’importe, pourvu que restent après moi mon histoire et le récit de mes hauts faits. »

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Rite des étudiants à Minerve Pallas

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Dans le calendrier religieux de la Rome antique, le 19 mars marquait le début du festival des Quinquatries Majeures (un jour à l’origine, étendu à cinq jours ensuite). C’était la naissance de Minerve, déesse de la sagesse, des techniques, et de la stratégie. Elle était honorée en ce jour par les étudiants, les professeurs, et les médecins.

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Aujourd’hui, elle patronne encore l’Institut de France, qui n’est rien moins que l’entité regroupant l’Académie Française, l’Académie des Sciences, l’Académie des Beaux-Arts, l’Académie des inscriptions et Belles-Lettres (Histoire et archéologie), et l’Académie des sciences morales et politiques.

En tant qu’étudiant français, dans un système éducatif issu des écoles et universités romaines, il semble logique de rendre cet hommage à Minerve Pallas (son aspect de jeune fille). Ne pratiquant jusqu’ici pas les rites gallo-romains, ceci est une proposition et un premier essai, qui semble selon mes vérifications ornithomantiques avoir été accepté comme valide (avec deux bâtonnets d’encens et une double offrande de vin en expiation supplémentaire). Le Mercure Gaulois, divinité favorite des Gallo-romains, messager des Dieux, interprète (et selon mon interprétation patron de la langue française) est honoré dans la préface, mais il s’agit-là d’un choix personnel. Si votre foyer suit le rite romain de manière courante, Vesta et/ou Janus font d’excellents choix.

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Préparation :
* L’officiant prend une douche (si possible un bain) pour se purifier juste avant le rituel. Il met les habits reflétant le mieux son statut social. Si le rite se passe hors du foyer, se laver les mains avec un peu d’eau, puis s’en asperger le front de quelques gouttelettes avec les doigts. Dans tous les cas, un récipient d’eau doit être à disposition de l’officiant pour la suite du rite.
* Les participants arrivent ensuite au lieu du rituel, ou, s’il a lieu dans un foyer, placent l’idole de Minerve sur l’autel. Cette idole peut être un olivier ou des branches d’olivier, une statuette, un dessin, etc.
* L’officiant allume ou fait allumer un feu, ou une bougie sur l’autel.

Préface :
* L’officiant couvre sa tête (capuche, un chapeau, une écharpe, etc) sauf si c’est une femme. Chacun est tourné vers l’autel, derrière l’officiant, hommes tête nue, femmes tête couverte.
* L’officiant allume ensuite un bâton d’encens, ou ajoute de l’encens dans l’encensoir, disant : « MERCURE GAULOIS, EN T’OFFRANT CET ENCENS JE TE PRIE AVEC DE BONNES PRIÈRES, POUR QUE TU VEUILLES ÊTRE PROPICE À CE RITE ». Il est possible de réciter un des hymnes homériques à Hèrmès.
* Il verse du vin dans la patère : « MERCURE GAULOIS, COMME EN T’OFFRANT CET ENCENS DE BONNE PRIÈRES FURENT BIEN PRIÉES, POUR LA MÊME RAISON SOIS HONORÉ PAR CETTE LIBATION DE VIN ».
* L’officiant verse ensuite le contenu de la patère sur le feu, ou dans la terre, si c’est possible. Si elle est petite, il peut transférer son contenu dans un autre récipient pour pouvoir poursuivre le rite, et rendre le tout à la terre après le rite. On peut honorer d’autres entités pour la préface (Vesta, Janus, Lares, etc)

Précation :
* L’officiant se purifie à nouveau les mains. Il touche ensuite l’autel, ou tend la main vers l’idole s’il n’y a pas d’autel, disant : « MINERVE PALLAS, PARCE QU’IL EST OPPORTUN POUR LES ÉTUDIANTS DE T’OFFRIR DU VIN ET DES BISCUITS EN CETTE FÊTE SACRÉE DU PREMIER JOUR DES QUINQUATRIES MAJEURES, AFIN QUE LEURS ÉTUDES LEUR APPORTENT LA SAGESSE, POUR CETTE RAISON SOIS HONORÉE PAR CES OFFRANDES ».

Reddition :
* L’officiant verse du vin dans la patère, disant : « MINERVE PALLAS, SOIS HONORÉE PAR CETTE OFFRANDE, SOIS HONORÉE PAR CETTE LIBATION DE VIN ».
* L’officiant dépose ensuite sur l’autel les biscuits, disant : « MINERVE PALLAS, SOIS HONORÉE PAR CETTE OFFRANDE, SOIS HONORÉE PAR CETTE OBLATION DE BISCUITS ».
* Il est aussi possible de faire des offrandes à d’autres entités.
* Les offrandes qui sont destinées à être consumées, enfouies ou mises ce côté pour être déposées plus tard, le sont à ce moment-là.

Profanation :
* L’officiant touche de la main les offrandes restantes, pour que les humains puissent les manger.

Expiation :
* L’officiant allume un bâton d’encens, et dit, levant les mains vers le ciel : « DIEUX IMMORTELS, SI VOUS AVEZ ÉTÉ OFFENSÉS PAR DES ERREURS COMMISES DURANT CE RITE, RECEVEZ CET ENCENS EN EXPIATION DES ERREURS DES HUMAINS MORTELS ». On peut aussi offrir du vin ou des biscuits, par précaution.

Divination :
* L’officiant ou un augure s’assurent que le rite et l’expiation ont été suffisants. Cela peut se faire par diverses méthodes : soit par l’observation (changement météorologique type vent, pluie ou arc-en-ciel ; animaux, etc), soit par le hasard (dés, pile-ou-face, cartomancie, etc). Si besoin, nouvelle expiation.

Banquet :
* Les participants consomment les offrandes restantes, se portant mutuellement des toasts. L’officiant peut enlever son couvre-chef. Il est possible de porter des toasts à d’autres entités.

Selon la coutume, les étudiants offrent également un cadeau à leurs enseignants. J’ai aussi honoré le fondateur de mon école et le génie tutélaire de ma promotion.

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Merci à un mien ami pour les illustrations (que Minerve lui soit propice et lui accorde la sagesse pour parvenir à la victoire) ; et aux membres de l’association Pharia, consacrée aux spiritualités méditerrannéennes antiques, pour leurs lumières. Si votre héritage gallo-romain vous intéresse, le 18 juin aura lieu le premier pélerinage groupé à Mercure Dumiatis en son temple du Puy-de-Dôme.

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Dendrolâtrie : le culte des arbres

Il est très courant das les religions traditionnelles de vénérer des arbres, soit directement, soit comme réceptacle de la présence d’une divinité (on le voit encore aujourd’hui dans le chamanisme mongol, shintoïsme, hindouïsme, animisme africain, etc). La chose est aussi encore bien vivante en Europe, avec le sapin de Noël et la couronne de houx, mais aussi avec des arbres intégrés dans les cultes chrétiens, comme les chênes pouilleux, les arbres à clous (souvent des chênes ou des tilleuls), ou les chênes de la vierge.

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Arbre à clous, Herchies, Belgique

 

On pense parfois que ce culte des arbres, en Europe, aurait été uniquement d’origine celtique ou germanique. Ce texte de l’auteur romain Pline l’Ancien nous prouve le contraire :

« Les arbres ont été les temples des divinités ; et encore aujourd’hui les campagnes, conservant dans leur simplicité les rites anciens, consacrent le plus bel arbre à un dieu. Et, dans le fait, les images resplendissantes d’or et d’ivoire ne nous inspirent pas plus d’adoration que les bois sacrés et leur profond silence. Chaque espèce d’arbre demeure toujours dédiée à une même divinité, le chêne à Jupiter, le laurier à Apollon, l’olivier à Minerve, le myrte à Vénus, le peuplier à Hercule. Bien plus, les Sylvains, les Faunes, des déesses, des divinités spéciales sont, dans nos croyances, chargées du soin des forêts, comme d’autres divinités président au ciel. » (Pline l’Ancien, Histoire Naturelle 12, 3-5)

Rappellons qu’en l’an 743, le concile de Leptines interdit encore, dans son Indiculus superstitionum et paganiarum, « les sacrifices dans les bois qu’on nomme nemeton » (point VI).

Dans la tradition germano-scandinave, on associe le frêne à Odin ; le sureau, le genévrier et le lin à sa compagne ; le chêne à Thor ; le sorbier et les céréales à son épouse Sif ; la camomille sauvage à Balder ; les pommiers à Idunn. Les bouleaux et les ifs, symbolisés par les runes b (Berkana) et ï (Eïwaz), ont également tendance à être la demeure d’un esprit, de même que les prunelliers ou les aubépines, représentés par la rune th (Thurisaz).

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Arbre sacré, source de Madron, Cornouaille britannique

Chez les Gaulois, on associe le chêne à Taranis (Maxime de Tyr, Dissertations, VIII, 8 : « Les Celtes rendent un culte à Zeus, mais l’image de Zeus, chez les Celtes, est un grand chêne »). C’est sans doute pour cette raison, et pour le caractère sacré du gui de chêne, que leur abattage était interdit sans autorisation d’un druide ; et pour cette raison aussi que le mot français chêne vient d’un des trois mots gaulois le désignant (cassanos, deruos, tannos) et non du latin quercus. Les autres arbres ont des liens moins nets avec une divinité, mais le pommier (immortalité, cf. Avallon = Ynys Afallach en gallois, l’île des pommes), le noisetier (sagesse), le hêtre (inscriptions « Deo Fago », au dieu hêtre, en Gaule Aquitaine), sont également sacrés. Dans l’alphabet oghamique irlandais, cinq signes ont clairement un nom d’arbre : le chêne, le sorbier, l’aulne, le noisetier et le bouleau. Chez les Gallois, Yspaddaden Penkawr, l’équivalent du Balor gaélique, le chef des Géants, a un  nom qui signifie très exactement « Aubépine, Chef-des-Géants ». Enfin, en Bretagne, les buissons d’ajoncs servent de refuge aux âmes des morts, il faut donc éviter de les déranger pendant la nuit (particulièrement le 31 octobre et le 30 avril, quand le voile entre les mondes est le plus fin).

Quant aux Baltes, le chêne y est aussi associé au dieu du tonnerre, Perkûnas. Dans les Balkans, le bouleau est associé au personnage de Baba Marta, le grand-mère du printemps.

Dans tous les cas, les manières de procéder au culte des arbres sont assez simples : ne pas les abattre, ne les tailler que si besoin ou pour collecter un peu de bois à usage rituel conformément aux traditions, déposer des offrandes (rubans autour des branches sans trop les serrer, dépôt de fleurs ou de biscuits, libations). La prière n’a guère besoin d’être longue, il suffit par exemple de le toucher de la main droite en disant « Salut à toi, arbre sacré ! Je te remercie pour tes bienfaits ».

Notez aussi que, si vous vivez en appartement, il est souvent possible d’avoir des versions bonsaï de ces arbres ; bien que le débat reste ouvert pour savoir si c’est bien respectueux ou conforme aux traditions européennes, le Chat Poron en est assez partisan comme solution alternative.

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A quoi peut encore servir la politique ?

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Classical Numismatic Group, Inc. http://www.cngcoins.com CC BY-SA 3.0

J’aime l’exemple des empereurs romains du Bas-Empire. Contrairement aux idées reçues, ils ne furent point des décadents. Au contraire, la valeur d’un Marc-Aurèle, d’un Julien, d’un Septime Sévère, Claude II, Probus, Aurélien, Valentinien, Théodose, Dioclétien ou d’un Constantin, est d’un rare mérite. Ce sont des hommes d’Etat et des soldats hors pairs, peut-être supérieurs à des Auguste ou des Césars. Pourtant, ils combattaient et régentaient dans le vent. Par leur puissance et leur énergie, ils parvinrent qu’à ralentir la mort d’un corps politique qui pourtant l’était déjà, l’Empire.

De Gaulle, le dernier des grands Français, avait tout compris. Dans « les Chênes qu’on abat… », dialogues avec Malraux, il reconnaît qu’il aura écrit la dernière page de l’Histoire de France, et il sait que ce qui n’est qu’une morphologie politique parmi tant d’autres, la France, était vouée à se transformer considérablement, comme l’Empire Romain du Ve siècle commença lui-même  à se transformer pour voir apparaître de nouvelles formes politiques, et, en quelque sorte, une nouvelle Histoire.

Désormais, à quoi sert donc la politique, si elle n’est plus qu’un théâtre d’ombres jouant au  pouvoir et rêvant à des restaurations impossibles ? Plus grand’chose, assurément. Toutefois, la politique a encore un rôle à jouer.

Si elle ne cherche qu’à retarder, qu’à restaurer, alors elle échouera, et le temps qu’elle fera perdre aux hommes sera catastrophique.  Mais elle peut envisager un autre objet : permettre l’accouchement du monde en germes en protégeant dans le chérubin ce qu’il y a de plus utile. Pour y parvenir, sa dignité sera de se retirer au maximum.

Les Européens, et parmi eux les Français, crèvent de déresponsabilisation. Quand leur corps politique était encore vivant et vivace, ils jetaient leurs yeux au Ciel et voyaient l’Etat, qui les embrassait dans une puissance commune ; il les protégeait, et les projetait. Aujourd’hui, quand leur corps politique n’est plus qu’une fiction, et qu’ils n’ont plus par conséquent qu’une fiction d’Etat, ils persistent à jeter leur yeux au Ciel mais ne voient plus rien. Le Salut par la politique n’est plus ; mais, misérables qu’ils sont, il attendent, à cause d’une trop longue habitude, les genoux à terre et les mains suppliantes. D’où les angoisses actuelles, la turbidité, la nervosité qu’aucune force ne semble pouvoir épancher.

http://www.rochedy.fr/2015/12/a-quoi-peut-servir-la-politique-dans-le-monde-nouveau.html

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DNH #16 : Les vieilles marmites

Dans la génération des produits technologiques, le plus récent rend obsolète ce qui le précède : le vieux y est toujours un déchet. Dans la génération humaine, en principe, il en va autrementD’une part, le plus récent, c’est-à-dire le bébé, est le moins capable et le plus fragile, d’autre part, le vieux n’est pas périmé, bien au contraire : si l’on veut être un sage, bien vivre, ou simplement bien parler sa langue, il convient de solliciter les conseils des Anciens. Cette supériorité de l’ancien se rencontre du reste dans des objets intermédiaires entre les générations humaines et les générations de produits – des objets qui portent l’empreinte de l’histoire, la patine du patrimoine, et qui se dénichent en brocante ou dans le grenier de grand-mère. Ici, il est facile de reconnaître qu’un vieux meuble est plus beau, plus présent, quoique moins fonctionnel, qu’un meuble IKEA.   

Mais ce que j’appelle la réduction de la généalogie à la technologie nous le fait vite oublier. Elle aboutit à l’inversion du vulnérable et du vénérable – inversion qui se répercute dans le sens aujourd’hui renversé du mot « expérience ». Hier, il s’agissait d’avoir de l’expérience, ce qui supposait la reconnaissance d’un savoir lié au temps, à des contingences irréductibles à tout mode d’emploi. Aujourd’hui, il s’agit plutôt de faire des expériences, c’est-à-dire de toujours chercher du neuf, sans maturation, sans approfondissement possible. Pourquoi cette inversion ? Pour nous dissimuler la précarité sans précédent dans laquelle se trouve la jeunesse.

Car c’est bien la jeunesse qui est la plus vulnérable. Là où le vieux a traversé les épreuves de la vie, et, s’il est arrière-grand-père, été fécond, le jeune doit encore « faire ses preuves » : on se demande ce qu’il va devenir, on redoute que le mal ne le fauche dans sa fleur. Cicéron va jusqu’à souligner que ce ne sont pas les vieillards, au fond, qui sont les plus exposés à la violence de la mort, mais les jeunes gens : « La mort d’un adolescent me donne l’impression d’une flamme vigoureuse étouffée sous des flots d’eau, tandis que celle des vieux m’apparaît comme la lente consomption d’un feu qui s’éteint de lui-même, sans violence. » Mais comme les adolescents sont désormais dans l’angoisse extrême de ne pas s’insérer dans un monde de concurrence et de consommation, et, même s’ils y arrivent, de n’y trouver que la frénésie du vide, on les console en leur faisant croire que la jeunesse est une valeur absolue, et l’on y croit à son tour, puisque la sagesse antique ne peut que pâlir devant la science innovante.

L’adolescent est devenu le chef de famille : c’est lui qui montre aux vieux schnocks le fonctionnement du dernier gadget. Mais cette hauteur ne lui confère aucune autorité vivante, et finit même par le condamner à ne jamais être mûr. Sans vieillard pour lui conter l’existence, il ne lui reste que l’esclavage sur le marché des machines. 

Source : DNH #16 : Les vieilles marmites

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Les fêtes de mai : Belotennia, Hexenacht, Floraliae, …

Le mois de mai approche de la Gaule, et avec lui son cortège de festivités. La préparation de celles-ci, ainsi que la nature qui revit, se liguent pour tenir les coussinets du Chat Poron loin de son clavier. Ceci étant, ne serait-ce que par sens du devoir, pas question de ne pas donner ne serait-ce qu’une petite vue d’ensemble de ce qui se trame par chez nous.

Petit selfie printanier

Petit autoportrait à la mode moderne (dit « selfie » en anglois)

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A bout de souffle ?

Dans la plupart des langues indo-européennes, le simple fait d’inspirer est une activité spirituelle. Eh oui, en latin, spiritus signifie « souffle », avant même d’être utilisé pour conceptualiser une part de nous qui serait d’essence différente de la matière. C’est une conception qu’on retrouve chez les Hindous (prâna), les Grecs (pneûma), les Germains (önd, souffle-esprit offert par Odin au premier couple humain), … Naturellement, cela met un peu à mal nos conceptions modernes de la « spiritualité ». Il ne s’agit aucunement de se replier sur soi ou dans la contemplation d’une céleste transcendance, mais bien d’effectuer un acte d’hygiène aussi indispensable que bien manger et bien dormir, ou avoir un minimum d’activité physique (voire simplement se tenir plus ou moins droit). Oui, parce que ce n’est pas parce que la respiration est souvent en « mode automatique » que nous respirons naturellement de manière optimale en toute situation.

Bien respirer, en plus de faciliter l’oxygénation d’un cerveau qui peut en avoir besoin, permet surtout de relâcher des tensions omniprésentes. Malgré le fait qu’on courre au quotidien bien moins de danger que nos Ancêtres, force est de constater que le niveau de stress causé par notre mode de vie est bien supérieur. L’urbanisation croissante, l’isolement social au milieu d’une foule anxiogène et impersonnelle, la désynchronisation de nos cycles biologiques par rapport à ceux des astres, sont autant d’éléments néfastes qu’il nous revient de contrebalancer activement. D’autant plus que ce n’est pas seulement notre « bien-être » subjectif qui est en jeu, mais bien la régulation de notre équilibre physiologique (par exemple en diminuant la concentration sanguine de cortisol, hormone liée au stress). Cela joue sur nos capacités de vision à long terme, sur nos décisions et notre attitude qui en retour influent sur notre entourage, et même sur les maladies cardiovasculaires, les problèmes de dos, la digestion, et sans doute d’autres éléments qu’il reste à découvrir.

En bref, bien respirer, c’est abolir ce qui est bien souvent un facteur limitant au plein développement de notre potentiel physique et intellectuel. C’est en tant que telle que la spiritualité fait sens, s’enracinant à la fois dans une antique vision du monde et dans les défis que nous avons à relever au quotidien. Car la « volonté de puissance » (máttr ok megin à l’époque viking), c’est façonner son masque (personna en latin) pour jouer le mieux possible son rôle dans le cycle de la vie, en adéquation avec l’ordre cosmique. Celui-ci est d’ailleurs nommé Ṛta dans les Védas, de la même racine que notre « rite ».

Mais ne vous inquiétez pas, je commence à m’essouffler donc j’arrête ici les grands discours et pour passer à l’aspect pratique. Naturellement, ce qui suit est très sommaire et donc demandera de la pratique de votre part pour l’adapter, sans oublier que ce n’est qu’une technique parmi d’autres qui peuvent mieux vous convenir. Aussi, dans le Râja Yoga, le prânâyâma (« maîtrise du souffle ») ne s’enseigne qu’une fois acquis les trois étapes précédentes (ascétisme, vertus et postures), donc même si le savoir-faire développé par les yogis indiens peut être intéressant, le sortir de son contexte le dénature forcément dans une certaine mesure.

Le travail du souffle, comme celui de la concentration, peut se faire de nombreuses manières : assis dans diverses postures (de la chaise au lotus en passant par le tailleur), allongé, en marchant, et ainsi de suite. Je vous conseille de commencer assis sur une chaise, si vous pouvez en trouver une assez haute pour que votre bassin soit légèrement surélevé par-rapport à vos genoux :

    • bien avancés de manière à ce que les fesses soient au bord de la chaise (ou, si vous pouvez, assis au fond de la chaise mais avec un support sous les pieds arrières qui les relève de quelques centimètres)

    • en faisant reposer le poids du corps sur les os des deux fesses, bien redressé

    • les épaules ouvertes (mains sur les genoux ou les cuisses selon votre morphologie)

    • la tête relevée pour étirer la nuque, bien en arrière, menton légèrement vers la poitrine

Dans un premier temps, gardez les yeux fermés. Si ça ne vous convient pas, essayez de fixer la flamme d’une bougie, une statuette, ou autre chose (même un joli paysage sur un écran d’ordinateur pour un premier essai, mais bon…).

Le but va être d’allonger au maximum le souffle, pour en augmenter l’amplitude et abaisser votre fréquence cardiaque (c’est donc contraire au zazen japonais de l’école Sôto qui consiste à « juste s’asseoir », et que certains jugent plus efficace, mais parfois la simplicité est plus difficile d’accès). Pour cela, inspirez par le nez, le plus profondément et le plus lentement possible, en gonflant bien l’abdomen. N’hésitez pas à vraiment forcer le mouvement dans le bas ventre d’une manière qui vous paraîtra ridiculement artificielle au début. Pareil, lors de l’expiration, expulsez par le nez un maximum d’air des poumons, en insistant jusqu’au bout. Vous découvrirez rapidement que quand on croît être arrivé au bout, on peut encore pousser un dernier souffle en exhalant par la bouche.

Une fois que vous avez bien le truc pour gonfler à bloc le bas du ventre, vous pourrez aller plus loin dans l’inspiration en gonflant aussi le thorax, puis même en montant jusqu’aux clavicules. Lors de l’expiration, videz d’abord uniquement le thorax avant d’expirer l’air par les abdominaux. Faites toujours cela le plus lentement et le plus profondément possible, en vous concentrant sur vos sensations. Vous remarquerez que cela demande tellement d’attention que la petite voix dans votre tête et les pensées parasites tendent à s’espacer puis à se suspendre, faute de mémoire vive disponible.

La petite astuce qui aide bien pour ralentir au maximum la fréquence respiratoire est de laisser un tout petit instant d’apnée poumons pleins et poumons vides. Attention, à partir de la demi-seconde (à la louche), cela a tendance au contraire à vous précipiter lors de la reprise de la respiration et à produire l’effet inverse. Focaliser son attention sur le contact de l’air avec les muqueuses respiratoires aide aussi à mener le processus plus loin.

Bien sûr, j’en entends au fond qui me demandent : et on fait ça combien de temps ? Pour commencer, cinq à dix minutes suffisent. L’important étant de pratiquer très régulièrement (genre, tous les soirs juste avant d’aller se coucher, ça fait un bon break et diminue le temps d’endormissement). Ensuite, monter jusqu’à vingt-trente minutes est un bon objectif, mais laissez les choses venir. La clé, c’est la régularité quitte à viser bas, et de se laisser l’occasion de faire des « pics » les jours où ils se produisent. Vous pouvez vous minuter, en ce qui me concerne quand c’est avant d’aller au lit j’utilise la méthode des bâillements : au bout du troisième bâillement, fin de la séance.

Notez bien entendu que le plein gonflement des poumons et l’expiration profonde peut s’utiliser n’importe où et même le plus souvent possible dans la vie de tous les jours. En particulier dans les situations anxiogènes et/ou dans les transports en commun, salles d’attente, … où on a « rien à faire » (maintenant, si).

http://pratiquer-la-meditation.com/comment-mediter-comment-bien-sasseoir-sur-une-chaise-pour-mediter/

http://france.wildmind.org/posture/chaise

http://fr.wikihow.com/méditer

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