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Le paganisme celtique du Barzhaz Breizh (I : les serments)

Le Barzhaz Breizh (« bardit de Bretagne ») est un recueil de chants bretons collectés au XIXe siècle par le marquis Théodore Hersart de la Villemarqué (Kervarker, en breton). L’authenticité de ces chants a longtemps été mise en doute, polémique entretenue par le fait que le marquis, vexé, avait refusé de montrer ses carnets de collectage. La thèse doctorale de Donatien Laurent, spécialiste de la littérature orale bretonne ayant eu accès aux fameux carnets grâce à l’arrière-petit-fils de Théodore, a tranché la question. Ce sont des chants authentiques, qui semblent simplement avoir été compilés et corrigés en assemblant plusieurs versions incomplètes.

Outre leurs qualités poétiques et musicales (louées par Georges Sand et par le mouvement culturel breton), on y trouve de nombreux exemples de ce qui semble être des survivances du paganisme celtique des Bretons de l’Antiquité : hymnes rituels, voeux, serments sacrés, prophéties, fragments de mythes, recommandations de bon comportement avec les génies locaux, etc.

Le Barzhaz Breizh, édition Coop Breizh.

Chacune de ces catégories fera l’objet d’un article à part. Commençons aujourd’hui avec les serments. Pour rappel, la parole donnée est un des fondements indispensables des religions et des sociétés celtiques païennes (comme c’est le cas, plus largement, dans l’ensemble du monde indo-européen païen). Le serment est ce qui fonde toute relation harmonieuse entre les personnes et entre les communautés. Le parjure se diminue donc lui-même, en détruisant son honneur et sa parole, c’est-à-dire la force sacrée qui l’habite… Mais, pire encore, en créant le doute par rapport à la valeur des serments, il fragilise aussi la société et l’ordre cosmique tout entier, en les faisant retourner vers chaos primordial, avant que celui-ci ne soit organisé par les dieux des Celtes. Tout serment a donc une valeur sacrée dans la religion celtique.

Venons-en à présent aux chants du Barzhaz Breizh qui contiennent de tels serments. Ils sont au nombre de deux : « le tribut de Nominoé » (Drouk-kinnig Nevenoe) et « le Faucon » (ar Falc’hun).

Drouk-kinnig Nevenoe, chanté par Yann-Fañch Kemener avec l’accent du pays vannetais

Premier extrait : Le tribut de Nominoé (II, §21-22). « Je le jure par la tête de ce sanglier, et par la flèche qui l’a percé ; avant que je lave le sang de ma main droite, j’aurai lavé la plaie du pays ! » (Me hen toue penn ar gouez-mañ, / Hag ar saezh a flemmaz anezhañ, / Kent ma gwalc’hin gwad va dorn dehoù, / Am bo gwalc’het gouli ar vro !)

=> Ce chant a pour contexte la Bretagne du IXe siècle. Les chefs bretons avaient accepté de verser à l’empereur franc Charlemagne un tribut annuel en pièces d’or, en échange du maintien de leur indépendance. Sous le règne de son descendant Charles le Chauve, un noble breton nommé Nominoé (Nevenoe) est chargé d’empêcher les raids de guerriers bretons contre les territoires francs, et de veiller au bon paiement du tribut annuel. Il acquiert donc un certain pouvoir en Bretagne, prenant le titre de comte des Bretons. Une année, Karo, le fils d’un ozac’h meur (chef de clan) des Monts d’Arrée, va porter le tribut dans la ville de Rennes, mais le poids d’or n’y est pas, et l’intendant franc lui coupe la tête pour « faire le poids ». Le vieux père de Karo est fou de douleur, et se présente dans la demeure de Nominoé, réclamant vengeance pour ce crime. Nominoé rentre à ce moment de la chasse, une tête de sanglier à la main, et prononce ces mots. Ayant tenu « ce serment terrible et sanglant » et « lavé la plaie du pays » en menant une guerre victorieuse pour chasser les Francs, il deviendra le premier roi de toute la Bretagne armoricaine, et sera surnommé Tad ar Vro, le Père de la Patrie.

D’une certaine manière, c’est le fait d’avoir démontré la valeur de sa parole qui lui a permis, en prouvant et en augmentant la force sacrée qui l’habitait, de devenir le pilier d’un nouvel ordre social dont il a garanti et incarné l’harmonie et la robustesse… comme le faisaient les rois celtes païens de l’Antiquité. De la même manière, ceux qui veulent aujourd’hui faire renaître les traditions celtiques devront s’appuyer sur la valeur sacrée du serment pour structurer leurs communautés, car sans communautés les rites ancestraux n’ont ni sens ni valeur. Tout particulièrement, il est vital que des meneurs engagent leur personne et leur force sacrée en proclamant publiquement leur volonté d’accomplir des faits dignes de louange, et surtout en réalisant concrètement ces projets. C’est de cette manière qu’ils pourront être de véritables « piliers de la communauté », et faire rayonner pleinement le potentiel de notre religion celtique, qui est de relier à la fois les humains aux dieux et les humains entre eux.

Nominoé prête serment. Illustration de John Tenniel pour Ballads of Britanny (1865).

Deuxième extrait : Le faucon (v. 23-24 et 33-36). « Je ne payerai pas, je le jure par les charbons rouges de ce feu, par saint Cado et par saint Jean ! […] – Avant le jour ils auront querelle et bataille ! Nous le jurons par la mer et la tonnerre ! Nous le jurons par la lune et les étoiles ! Nous le jurons par le Ciel et la Terre ! » (Na rin ket m’hen toue ruz-glaou-tan, / Sant Kadoù kerkoulz ha Sant Yann ! […] – Kent an deiz kavfont trouz ha kann, / Nini hen toue mor ha taran ! / Nini hen toue stered ha loar ! / Nini hen toue neñv ha douar !)

=> Ce chant a pour contexte la Bretagne du XIe siècle. L’intendant du royaume, un Normand nommé par Edwige de Normandie (veuve du duc Geoffroi Ier de Bretagne et soeur du duc Richard de Normandie), a levé des taxes injustes et contraires à la coutume, affamant le peuple breton pour s’enrichir. Les paysans, outrés par cet affront à la tradition et bien décidés à ne pas laisser leurs familles mourir de faim, se soulèvent avec une violence telle qu’un édit ducal encadrera sévèrement les modalités de fixation et de collecte des taxes. Ces libertés concrètes du peuple breton seront âprement défendues par la suite, jusque dans les termes négociés par la duchesse Anne de Bretagne au moment de l’union du duché de Bretagne et du royaume de France. Le non-respect de ces clauses par Louis XIV provoqua la première révolte des Bonnets Rouges en 1675. Lorsque le régime républicain refusa de les reconnaître, les considérant comme des « privilèges », le peuple breton prit à nouveau les armes, lors de la longue guérilla de la Chouannerie (1791-1805, avec des actions ponctuelles jusqu’en 1813, et de nouvelles insurrections en 1815 et 1832). C’est aussi le non-respect de ce principe qui sera la cause de la deuxième révolte des Bonnets Rouges en 2013-2014, aboutissant au retrait de la taxe nationale sur les véhicules de transport de marchandises, dite « éco-taxe », qui avait été imposée sans consultation du peuple breton.

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« Ar Bonedoù Ruz », une pièce écrite par Goulc’han Kervella pour le théâtre Ar Vro Bagan

Pour revenir au serment en question : il concerne donc des paysans luttant pour leurs coutumes ancestrales et la survie de leurs familles. La victoire est à portée de main, mais seulement si tous s’unissent pour prendre les armes, et si personne ne fait défaut en rentrant chez lui face aux hommes d’armes envoyés pour les mater. En prêtant serment, ils s’engagent donc à ne pas trahir leurs compagnons de lutte, et créent une confiance mutuelle basée sur un lien sacré qui les rend invincibles. Les éléments (la mer et le tonnerre, la lune et les étoiles, le ciel et la terre) sont invoqués de manière poétique et saisissante, comme dans un serment païen de l’ancien temps, par exemple dans ce serment irlandais, ou dans le serment des jeunes éphèbes athéniens qui s’engageaient à défendre la terre de leurs pères, les armes à la main (condition indispensable de la citoyenneté, donc de la démocratie).

Sont invoqués aussi dans ce serment : Saint Cado, Saint Jean, et les braises du feu autour duquel les paysans sont assemblés dans la nuit. Saint Cado (vieux-breton Catuog, qui signifie « le combatif ») est le saint patron des lutteurs ; d’ailleurs son pardon, sa fête annuelle, célébrée à Gouenac’h aux alentours de l’équinoxe d’automne, comporte un tournoi de lutte traditionnelle bretonne (gouren). Quant à Saint Jean, il est fêté au moment du solstice d’été par un grand feu de joie (tantad, littéralement « feu-père »), apparenté au feu sacré irlandais de Bealtaine ou à un autre rite spécifique au solstice d’été. Le serment, prononcé sur ce feu sacré rassembleur, place donc ceux qui le prêtent en lien intime à la fois avec les forces cosmiques (mer et tonnerre, lune et étoiles, ciel et terre) et avec leurs camarades de lutte. Jusqu’à ce que la tradition soit rétablie dans son bon droit, jusqu’à ce que l’ordre social redevienne aussi harmonieux que l’ordre naturel dans lequel il doit se placer.

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Tournoi de la Saint Cadou (2013), rituel de la prestation de serment. Photographie : Eric Legret.

Pour conclure, rappelons-nous que, puisque le temps des serments sacrés et héroïque n’a pas cessé à la christianisation mais a perduré pendant tout le Moyen-Âge, il peut donc perdurer aussi ici et maintenant – à condition que nous prenions notre destinée en main, pour aligner nos actes à nos paroles, et nos paroles à nos pensées. Bretons, Celtes, Européens : le temps des serments n’appartient pas au passé ! Il appartient à ce que la tradition a de plus sacré, à ce qui ne passe jamaispour peu que nous ayons le courage d’être des hommes et des femmes dignes de nom.

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Kroaz Du (étendard médiéval de la nation bretonne) pavoisé aux abords d’un tantad (feu de la Saint Jean).
Crédit photo : Kadmael ar Bleiz.

(pour comparaison, des exemples de serments en vieil irlandais : https://www.sengoidelc.com/category/oaths/)

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Les (re)fondations philosophiques du paganisme grec face au christianisme

Face à la christianisation, des philosophes grecs païens (Porphyre de Tyr et Jamblique) ont donné une fondation philosophique à leur religion : nature et vertus des Dieux et de l’âme humaine, efficacité des rites, crédibilité et cohérence de la Tradition. Une précieuse leçon pour justifier philosophiquement la renaissance des paganismes européens !

Cerises sur le gâteau : 1) le sujet est traité en détail dans un mémoire de sciences des religions nouvellement paru et disponible en lecture intégrale ci-dessous, 2) l’auteur fait partie de la nouvelle génération d’universitaires païens.

L’arbre de Porphyre – représentation du XVIIIe siècle
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Jours de la semaine dans la tradition germano-scandinave

CHAQUE JOUR DE LA SEMAINE EST LIÉ À UNE DIVINITÉ PARTICULIÈRE. Les correspondances sont assez évidentes dans les langues germaniques actuelles, de la même manière qu’en français les noms des jours font référence à des divinités latines (Lundi = Luna, Mardi = Mars, etc).

FRANÇAIS

VIEUX FRANCIQUE

VIEIL HAUT-ALLEMAND

VIEIL ANGLAIS

VIEUX NORROIS

DIVINITÉ HONORÉE

ASTRE

Dimanche

Sunnundag

Sunnuntag

Sunnandæġ

Sunnudagr

Sunna

Soleil

Lundi

Mânendag

Mânetag

Mōnandæg

Mánadagr

Mani

Lune

Mardi

Tiusdag

Zîostag

Tiwesdæġ

Týsdagr

Tyr

Mars

Mercredi

Wuodansdag

Wôtanstag

Wēdnesdæġ

Óðinsdagr

Odin

Mercure

Jeudi

Thonarsdag

Donarstag

Þunresdæġ

Þórsdagr

Thor

Jupiter

Vendredi

Frîadag

Frijatag

Frīġedæġ

Frjádagr

Freyja/Frigg

Vénus

Samedi

?

Sunnuaband

Sæternesdæg

Laugardagr

Freyr (?)

Saturne

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La Promenade au crépuscule de Caspar David Friedrich

 

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« Spaziergang im Abenddämmerung » (1830-35), Caspar David Friedrich

Caspar David Friedrich (1774-1840) est un peintre allemand profondément mystique. Ses écrits sur l’art attestent de sa foi panthéiste attachée au culte de la nature. Dieu habite les arbres, les bois, les cours d’eau et son omniprésence doit se ressentir dans le paysage sublime que l’artiste peint. Ce paysage doit saisir la présence divine qui l’occupe, et non reproduire la seule réalité visible. Toute sa vie, Caspar David Friedrich fut un chrétien mystique, tout en étant très attiré par la mythologie germanique et les mégalithes. Sa dernière oeuvre, celle-ci, est son seul paysage où il se représente lui-même. Il se présente arrêté seul au crépuscule, dans une humble posture, face à un vieux dolmen. Testament de ce peintre, dont le corps repose aujourd’hui au Walhalla près de Leipzig, cette oeuvre illustre le glissement progressif de ce génie allemand, d’un catholicisme de plus en plus romantique à une forme de néopaganisme embryonnaire. Lente conversion que sa correspondance épistolaire avec son ami le peintre Carl Gustav Carus laisse entrevoir. Après ce crépuscule, dont l’âge industriel fut la nuit, nous accueillons les premiers rayons d’une renaissance occidentale.

Pour autant, on ne peut pas dire que Caspar David Friedrich ait réellement adhéré au paganisme germanique,  qu’il s’agisse de celui de l’époque pré-chrétienne ou de la manière dont il revit aujourd’hui. C’est seulement à la toute fin de sa carrière que la mythologie germanique en tant que telle commence à être connue : l’ouvrage fondateur, Deutsche Mythologie de Jacob Grimm, paraît en 1835. La Chanson des Nibelungen est connue, mais sous sa forme médiévale et christianisée, du même niveau que le mythe arthurien (Brynhild est une princesse plutôt qu’une valkyrie, et son mariage a lieu à l’église). A son époque, donc, il n’y a guère que quelques sources éparses, et le lien avec la mythologie scandinave, mieux conservée (quoi qu’encore peu connue elle aussi) n’est pas encore une évidence. L’idée que l’antique religion germanique soit praticable dans un cadre contemporain n’avait jamais été explicitement formulée.

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« Steinzeit Grab » (env. 1820), Carl Gustav Carus. Mégalithe de Rügen, île sacrée de la mer Baltique.

Son « paganisme sans rites » s’inscrit plutôt dans les mouvements du panthéisme philosophique (« Dieu est la Nature », position qui n’a été explicitement condamnée par l’Eglise catholique qu’en 1864 et pouvait donc jusque là se concilier plus ou moins aisément avec le christianisme, ce qui est d’ailleurs encore assez courant actuellement) et du nationalisme romantique (chaque peuple est dépositaire d’une culture propre qu’il a le devoir de préserver, développer et transmettre). D’autres peintres contemporains adhérant à ces idées constituent ce qu’on a nommé le paysagisme romantique allemand : Carl Gustav Carus, Peder Balke, Christian Clausen Dahl, Schinkel et Karl Friedrich Lessing.

S’ils avaient vécu un siècle plus tard, à une époque où des groupes se revendiquant du paganisme germanique avaient eu le temps d’émerger (encore qu’ils étaient souvent fort éloignés du paganisme antique), peut-être qu’ils les auraient rejoints. Qui sait ? Tout ce qui nous pouvons dire, c’est qu’ils ont participé à un mouvement général dans l’Allemagne (et plus largement l’Europe) de l’époque, qui a abouti aux actuelles résurgences des différents paganismes européens. Dont le paganisme germanique, qui certainement leur aurait le plus parlé. En ce sens, ils peuvent être considéré comme des précurseurs.

(par Rafael Coughlin & le Chat Poron)

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« Hünengrab nahe Vordinborg » (1824-25), Johan Christian Dahl

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Chant d’automne

I

Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !
J’entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.

Tout l’hiver va rentrer dans mon être : colère,
Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
Mon cœur ne sera plus qu’un bloc rouge et glacé.

J’écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ;
L’échafaud qu’on bâtit n’a pas d’écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd.

Il me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu’on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
Pour qui ? — C’était hier l’été ; voici l’automne !
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.

II

J’aime de vos longs yeux la lumière verdâtre,
Douce beauté, mais tout aujourd’hui m’est amer,
Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l’âtre,
Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.

Et pourtant aimez-moi, tendre cœur ! soyez mère,
Même pour un ingrat, même pour un méchant ;
Amante ou sœur, soyez la douceur éphémère
D’un glorieux automne ou d’un soleil couchant.

Courte tâche ! La tombe attend ; elle est avide !
Ah ! laissez-moi, mon front posé sur vos genoux,
Goûter, en regrettant l’été blanc et torride,
De l’arrière-saison le rayon jaune et doux !

Charles Baudelaire, Chant d’automne (1861)

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Phénomènes naturels dans la tradition germano-scandinave

Note : ceci est un extrait du fascicule du clan Ostara « Jour après nuit : vivre au quotidien dans la tradition germano-scandinave », prochainement disponible

Phénomènes naturels

LA SACRALITÉ DES FORCES DE LA NATURE EST UN ASPECT IMPORTANT DE LA VIE SPIRITUELLE POUR L’IMMENSE MAJORITÉ DES PAÏENS EUROPÉENS, même si voir notre religion comme simple vénération des phénomènes météorologiques peut sembler réducteur à certains d’entre nous. Quoi qu’il en soit, apprendre à regarder le monde qui nous entoure d’un œil à la fois neuf et ancien, être sensible au temps qui passe comme au temps qu’il fait, est un moyen de se reconnecter aux énergies primordiales qui constituent les Neuf Mondes. Toutefois, il ne suffit pas de décréter ce qui est divin et ce qui ne l’est pas pour réellement changer nos schémas mentaux : c’est un travail de long terme, qui se bâtit au quotidien par nos pensées, nos paroles et nos actes.

CHAQUE FOIS QUE VOUS ÊTES CONFRONTÉS À UN PHÉNOMÈNE NATUREL, PRENEZ DONC UN INSTANT POUR SALUER LA DIVINITÉ QUI Y EST ASSOCIÉE.

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ARC-EN-CIEL : Salut à toi, Heimdall, gardien de Bifröst, l’arc-en-ciel qui sert de pont entre Midgard, monde des humains, et Asgard, monde de nos dieux !

TONNERRE : Salut à toi, Thor, porteur de Mjöllnir, le marteau qui repousse les Géants, consacre, et fertilise la Terre généreuse par la pluie !

CIEL ÉTOILÉ : Salut à toi, Frigg, maîtresse d’Asgard, grande tisseuse qui sait le destin de tous !

RAFALES DE VENT : Salut à toi, Odin, hurleur, toi qui mène la Chasse sauvage en chevauchant Sleipnir, ton destrier à huit pattes !

CHUTE DE NEIGE : Salut à toi, Skadhi, déesse skieuse, maîtresse de l’Hiver !

ÉCLAIRCIE : Salut à toi, Sunna, conductrice du char solaire !

LUNE : Salut à toi, Mani, conducteur du char lunaire !

PETIT À PETIT, CELA PERMETTRA D’ENTAMER UNE VRAIE RÉFLEXION SUR VOTRE RAPPORT À VOTRE ENVIRONNEMENT, et sur un confort quotidien que nos ancêtres auraient considéré comme luxueux : nous craignons rarement pour notre vie lors des tempêtes, des sécheresses, ou des chutes de neige abondantes.

AU MINIMUM, VOUS POUVEZ CHOISIR DE SALUER LE PHÉNOMÈNE LIÉ À LA DIVINITÉ DONT VOUS VOUS SENTEZ LE PLUS PROCHE. C’est à la fois un bon début, et un premier pas simple à effectuer si ces pratiques ne vous semblent pas naturelles, ou que vous oubliez trop souvent à votre goût. Ensuite, une fois l’habitude prise, vous verrez que votre regard approfondi vous permettra de voir la sacralité dans chaque phénomène.

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Bénédiction matinale dans la tradition germano-scandinave

Note : ceci est un extrait d’un fascicule en cours de rédaction sur une manière de pratiquer au quotidien la tradition germano-scandinave. L’impératif est utilisé par soucis de concision.

Benediction matinale

IL EST NATUREL DE SALUER LE SOLEIL AU MATIN. Dans notre tradition, c’est la déesse Sunna qui conduit le char solaire. Celui-ci, comme la lune, est poursuivi par un loup géant qui l’attrapera au Ragnarök. Chaque jour qui nous en sépare est béni par un court hymne, afin qu’il soit utilisé pour nous préparer au mieux.

« The Wolves Pursuing Sol and Mani » par John Charles Dollman (1909)

CETTE PRIÈRE PROVIENT DU SIGRDRIFUMAL, UN CHANT TIRÉ DE L’EDDA POÉTIQUE. La valkyrie Brunehilde a été endormie par la piqûre d’une épine magique. Après avoir vaincu le dragon Fafnir, le héros Siegfried la délivre de son sommeil. Lorsqu’elle se réveille, elle lui chante ces deux strophes en lui tendant une corne à boire pleine d’hydromel, la boisson de l’inspiration :

SALUT AU JOUR !

SALUT AUX FILS DU JOUR !

SALUT À LA NUIT ET SES FILLES.

REGARDEZ-NOUS AVEC DES YEUX BIENVEILLANTS, ET ACCORDEZ-NOUS LA VICTOIRE !

SALUT AUX dieux !

SALUT AUX déesses !

SALUT À LA TERRE GÉNÉREUSE.

DONNEZ-NOUS LE BON SENS, L’ÉLOQUENCE ET DES MAINS HABILES À FAIRE LE BIEN !

DÉBUTER AINSI SA JOURNÉE, C’EST S’INSCRIRE DANS NOTRE TRADITION POUR BÉNÉFICIER D’UNE SAGESSE ANTIQUE QUI EST TOUJOURS D’ACTUALITÉ. En effet, la suite du poème contient de précieux conseils révélés à Siegfried. Ils ne sont pas des dogmes, mais des condensés de millénaires d’expérience, issus de temps où la stupidité était synonyme de mort rapide. Alors que nous sommes bombardés de messages publicitaires, c’est un moyen de nous reconnecter à la nature, et à notre propre nature humaine.

NOUS CONSERVONS ENTIÈREMENT NOTRE LIBRE-ARBITRE, NOTRE « VOLONTÉ DE PUISSANCE ». C’est à nous de faire les choix nécessaires pour se forger un destin héroïque. En quelques vers, ce poème nous rappelle que, même sous le regard bienveillant des astres, le succès dépend de nos propres capacités : bon sens, éloquence, habilité. Un journée vécue dans notre tradition consiste donc à les entretenir, à les développer, et à accompagner les siens dans cette voie.

Tiré de « Jour après Nuit – vivre au quotidien dans la tradition germano-scandinave », un fascicule du clan Ostara à paraître cette année. Vous pouvez retrouver ici le fascicule sur Les Douze Nuits de Yule concernant les festivités du solstice d’hiver.

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Hot Cross Buns : Gâteaux pour la lune d’Ostara

Pour ce vendredi d’avant la pleine lune, un article rédigé par ma Souricière bien aimée :

De nombreuses croyances populaires entourent les « Hot cross buns », ces petits gâteaux anglais, traditionnellement cuisinés et consommés le jour du Vendredi Saint. On disait que les consommer ce jour-là préservait la famille de tout désastre, spécialement si on en gardait un accroché au plafond de la cuisine, où il était censé éloigner les mauvais esprits. En partager un avec un ami assurait une amitié renouvelée pour l’année comme le dit une vieille comptine : « Half for you and half for me, between us two good luck shall be ».

Mais d’où viennent-ils ? Il est toujours intéressant de regarder d’où proviennent les traditions culinaires qui ont plus ou moins discrètement conservées des symbolismes très fort. Sans entrer dans les détails, d’après la légende, ce serait un moine du 12e siècle qui aurait, pour Pâques, fait des petits pains marqués d’une croix, pains qu’il aurait ensuite distribué aux pauvres. Plus proche de nous, on en retrouve la mention dans un almanach des années 1700. Ceci étant, une croix n’est pas toujours une croix, et il se pourrait que ce petit pain ait également, ô surprise, une origine plus païenne, notamment en relation avec les célébrations de l’équinoxe de printemps.

Croix solaire (symbole courant à l'Age du Bronze il y a 4500 ans, mais présent dès le Néolithique)

Croix solaire (symbole courant à l’Age du Bronze il y a 4500 ans, mais présent dès le Néolithique)

Quand j’étais petite fille et que j’ai découvert cette recette dans le livre de cuisine familial, c’était parce que je cherchais des gâteaux à faire pour Noël. Je ne sais pourquoi, c’est cette recette que je choisis, et scrupuleusement, d’années en années, je m’en tenais à mon interprétation personnelle de la tradition : pour les jours les plus longs, des pains courts (shortbreads) et des pains ronds. La renaissance du soleil va tout aussi bien pour les manger…

Voici la recette que j’ai toujours utilisée, toutes les autres m’ont déçues. Elle est facile, cela va sans dire, vu que j’y parvenais parfaitement petite fille, et sans l’aide de ma génitrice, qui n’a jamais eu la main sucrée. Si je voulais des sablés pour les fêtes, il me fallait les faire, et voilà comment on éduque les jeunes cuisiniers et cuisinières.

Pour environ 12 à 14 petits pains :

450 g de farine blanche
50 g de sucre glace
15 g de levure sèche de boulanger
250 ml de lait tiède
1 oeuf
50 g de beurre mou
100 g de raisins de Corinthe
50g de zeste confits (je n’en ai jamais mis…)
1 pincée de sel
1 c. café de 4 épices (ou autre suivant préférence)

Hot Cross Buns - gâteaux traditionnels du Vendredi Saint

Hot Cross Buns – gâteaux traditionnels du Vendredi Saint

[Note : cette recette se fait aisément avec du lait végétal et au besoin de la margarine pour les personnes qui ne consommeraient pas de produits laitiers.]

Dans un petit bol, diluez la levure avec trois cuillères à soupe de lait tiède et une cuillère à café de sucre ordinaire et laissez le tout dans un endroit tiède jusqu’à ce que le mélange bouillonne.

Tamisez la farine et les épices dans un saladier et creusez un puits au centre. Versez-y la bouillonnante et menaçante mixture que représente la levure.

Battez l’œuf jusqu’à ce qu’il vous supplie et ajoutez le dans un autre bol, avec le sucre et le reste du lait. Mélangez bien.

Ajoutez ensuite le beurre qui doit être mou, mais point lâche et versez la préparation dans le puits de farine. Une pincée de sel, les raisins secs et les zestes ne seront ensuite pas en reste pour rejoindre tout le monde dans le saladier.

Mélangez, mélangez, cela musclera les bras. La pâte sera épaisse et collante.

Laissez la préparation reposer 5 minutes (sous surveillance si vous avez des chatons gloutons à la maison) elle deviendra plus facile à manipuler. Ensuite, prenez la pâte et pétrissez la un peu sur une surface légèrement farinée (les mains aussi cela va sans dire).

Quand la pâte devient plus souple et plus facilement travaillable, elle va retourner dans le bol. Recouvrez d’un torchon et laissez le dans un endroit chaud et sec jusqu’à ce qu’elle ait doublée de volume. On ne dérange pas la pâte pendant qu’elle dort.

Préchauffez le four à 180°C (il est marqué 200°C dans le livre, mais je trouve que cela peut vite mal tourner. Trop de cuisson, c’est fatal). Sortez la pâte et coupez-la en 12 ou 14 morceaux que vous façonnerez avec les mains. Placez-le en rang d’oignons sur une plaque graissée et recouvrez-les avec le torchon : elles reposeront pendant un bon quart d’heure dans l’antre où la pâte a dormi.

À l’aide d’un couteau, marquez les d’une croix et enfournez les pendant 15 minutes.

Sources :
http://bakingforbritain.blogspot.ca/2006/04/good-eating-on-good-friday-hot-cross.html

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Eclipse solaire – vendredi 20 mars 2015

Dans deux semaine, le vendredi 20 mars 2015, aura lieu en Europe une éclipse solaire. Elle sera complète uniquement dans les îles Féroé, entre l’Islande et l’Écosse, mais au moins 80% du disque sera masqué dans toute la France. La pénombre aura lieu en début de matinée, plus ou moins entre 9h30 et 11h30 (avec un léger décalage selon l’endroit). Que ferez-vous à ce moment-là ? En général la réponse que je reçois est « pas grand-chose ». Sauf de la part de mes amis de la clairière armoricaine d’Ael Ys en baie de Douarnenez, pour qui l’ancrage dans le terroir passe aussi par les anciens cultes astraux qui signifiaient tant pour les druides et, avant eux, les bâtisseurs des mégalithes. Il se trouve au passage que ça tombe au moment des superbes grandes marées de l’équinoxe de printemps, une des deux dates à laquelle ils accueillent de nouveaux cheminants, du coup je me permets de vous inviter à les contacter si vous êtes intéressés. [Rectification du 05/03/2015 :] Les druides de la Celtiacon Certocredaron Credima procéderont aussi (en privé) aux déclamations et hymnes adéquats dans leur nemeton.

Mais bref, revenons au sujet. A première vue tout ça n’a rien de spécialement vital : il va faire plus sombre, puis moins sombre, et hop, tourne manège. Mais mine de rien, en creusant un peu, c’est quand même un moment assez spécial. D’abord, esthétiquement, c’est toujours relativement appréciable. La prochaine éclipse partielle en Europe est le 21 août 2017, mais peu avant le coucher du soleil, donc pas forcément très visible ; et l’éclipse (quasi-)totale sera pour le 12 août 2026, donc dans un moment. Aussi, les ombres pendant une éclipse partielle se déforment de manière assez rapide et étrange, ce qui est assez surprenant.

De plus, comme me l’a appris Matuos Ballios via le forum Druiidiacto, les anciens Irlandais nommaient le bras de mer qui sépare l’Islande et l’Ecosse la Mer Cronienne (« de Saturne »). Or, c’est par le cycle de Saturne dans le ciel que les druides comptaient leurs siècles de trente ans, et cette planète est entrée le 16 janvier dans la constellation du Scorpion au moment où le Soleil entrait dans la constellation du Verseau. Une telle conjonction, proche d’une éclipse dont le point central passe au pôle Nord d’où viennent les mythiques talismans des dieux (les fameuses « îles au Nord du monde »), mérite qu’on s’y intéresse. En plus, la Lune passe au point de son cycle où elle est la plus proche de la terre le 19 mars au soir… soit le jour même de l’éclipse dans l’ancien calendrier, puisqu’une journée commence par la nuit.

Schéma d'éclipse solaire (Wikimedia Commons)

Mais surtout, pour ce qui nous intéresse ici, c’est l’occasion d’aborder une vieille coutume européenne : celle du charivari lors des éclipses. Qu’avons-nous à faire que nos rustres d’ancêtres fissent du bruit parce qu’ils avaient peur de perdre le Soleil ou la Lune ? Après tout, grâce à la Très-Sainte Science, on sait bien que c’est ridicule et que ça n’arrivera pas. Sauf que, contrairement aux apparence, les traditions ont ici aussi beaucoup à nous apprendre, Occidentaux modernes imbus d’eux-mêmes.

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Religions traditionnelles : ça existe encore aujourd’hui ?

Nombreuses sont les religions traditionnelles bien vivantes à travers le monde : par exemple l’hindouisme en Inde, le taoïsme en Chine, le shintoïsme au Japon, le bönpo au Tibet, le chamanisme amérindien ou sibérien, l’animisme africain, et ainsi de suite. Loin d’être une bizarrerie anecdotique, il s’agit de la forme la plus commune de comportement religieux au cours de l’Histoire, remontant à au moins mille siècles et faisant partie de la définition anthropologique de l’Humanité.

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