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Réflexions sur le Corps

Toutes les traditions européennes, et bien d’autres au-delà, accordent au corps un rôle fondamental. Pour commencer, il est notre véhicule dans le cycle de la Vie, indispensable au cheminement de notre être dans son ensemble. En tant que tel, il est le principal facteur qui détermine nos capacités d’action, donc la concrétisation de nos choix éthiques, car une bonne intention non-réalisée est littéralement irréelle, nulle et non-avenue. Il est donc un élément à part entière de notre identité. De plus, le corps symbolise parfaitement les liens qui nous unissent à notre lignée : nous l’héritons de nos Ancêtres, mais c’est notre responsabilité de le préserver et de le développer.

Guède

Dans les pratiques dites « magiques », le plan physique revêt une grande importance. Par le biais des Esprits, on peut se métamorphoser ou transformer autrui, projeter son double sous une forme animale pour voyager dans des endroits bien matériels, provoquer ou guérir des maladies… On retrouve ici le fameux « l’esprit domine la matière » dont les courants new-age sont friands. Cependant, on observe que les états de transe permettant ces opérations sont induits par une modification des processus physiologiques : jeûne ou privation de sommeil, danses et sauts, modulation de la respiration, substances psychoactives, vibrations des tambours ou des chants. Ces techniques, pour être maîtrisées, nécessitent donc d’avoir une bonne condition physique, sans laquelle la sensibilité spirituelle est au mieux inutile, au pire dangereuse.

Il est intéressant de constater que les philosophies hindoues, héritières d’une tradition païenne ininterrompue, considèrent aussi que le corps et l’esprit sont profondément intriqués, que les sens et même la pensée sont des phénomènes physiques. Le bouddhisme, qui a passé les doctrines hindoues au crible de la réflexion logique et de l’expérimentation par la méditation, a conservé et même renforcé cette vision des choses… Or, c’est également ce que nous apprennent les recherches menées en neurobiologie depuis plus de deux siècles, et qui se sont accélérées depuis que des scanners plus perfectionnés sont disponibles : notre cerveau et nos nerfs fonctionnent par des influx électro-chimiques, réagissant à notre environnement selon les structures établies par nos gènes et notre mode de vie. Nos émotions peuvent affecter notre santé de manière psychosomatique, mais à l’inverse les influences externes auxquelles on s’expose influencent profondément le fonctionnement de notre cerveau (y compris par le système nerveux entérique qui relie intestin et cerveau, et qui est très sensible aux variations de flore intestinale).

Système nerveux entérique

L’alimentation et le sommeil devraient donc être des priorités pour tout païen conscient. Les habitudes sous-jacentes à la société post-industrielle sont extrêmement néfastes pour notre santé physique comme mentale. Sans même parler de la foule d’additifs, les produits de l’industrie agro-alimentaire sont généralement trop caloriques, trop sucrés, trop salés, trop riches en matières grasses délétères ; mais pauvre en vitamines, en minéraux, en fibres et en acides gras essentiels. Les produits animaux, en particulier, tendent à concentrer les toxines à cause de leur position dans la chaîne alimentaire, et sont beaucoup trop présents dans notre alimentation (55% de l’apport calorique français, sachant que la fourchette conseillée par l’OMS est entre 15% et 30%).

Ainsi, dès que j’invite des frères et soeurs de clan chez moi ou même quand nous allons camper près de notre clairière, nous tenons à préparer nous-même le repas à partir d’aliments bruts, ce qui revient d’ailleurs bien moins cher. Nous favorisons les céréales complètes et les protéines végétales (légumineuses type pois et lentilles, oléagineux type noix et noisettes) en-dehors des grandes fêtes où nous pouvons nous permettre d’avoir de la viande de qualité correcte. Pour rappel, de plus en plus de viandes importées, y compris d’origine européenne, ne sont pas soumis à nos normes sanitaires : traitements antibiotiques sans contrôle vétérinaire, fourrage aux OGM sans obligation d’étiquetage, etc.

Quant au sommeil, une foule d’étude lie les cycles irréguliers et la fatigue chronique à des risques accrus de diabète, de maladies cardiovasculaires, de cancers et de maladies psychiatriques comme la dépression clinique, ainsi qu’au déclin de la mémoire et des capacités cognitives. Les lumières blanches ou bleues, type écrans d’ordinateurs ou de téléphones, participent au dérèglement de l’horloge biologique quand elles sont utilisées juste avant le coucher. Autant que possible, je dîne tôt, en quantités raisonnables, et j’ai une heure limite à partir de laquelle je ne fais rien d’autre que régler les dernières tâches qui ne peuvent attendre le lendemain. Ensuite, je m’accorde une 30 à 60 minutes de lumière tamisée et d’activités plus calmes (douche, lecture, méditation) qui permettent d’être interrompues dès que le pic de fatigue se fait sentir. Ça ne compte pas vraiment comme du temps perdu, puisqu’en général le gain de temps à l’endormissement représente la moitié de cette phase-tampon.

Un minimum d’activité physique est également indispensable à notre santé. Je ne parle pas des sportifs plus ou moins dopés, à l’intellect et aux mœurs plus ou moins discutables ; ni du diktat des magazines de modes qui poussent des foules de personnes culpabilisées dans les salles de musculation. Notre organisme est tout simplement adapté à un mode de vie beaucoup plus actif que le nôtre, beaucoup trop récent pour que les processus évolutifs ne fassent effet. Une heure de sport par semaine, ou trois heures de marche, sont le minimum pour ne pas dégrader notre état ; mais on devrait pousser jusqu’à 6h de sport par semaine ou 18h de marche si l’emploi du temps le permet et qu’il n’y a pas de contraintes médicales. 2×45 minutes de sport et 4h30 de marche constituent un bon objectif, auquel j’arrive à peu près à me tenir depuis que j’ai réglé quelques soucis de dos.

La grande question étant : quel sport ? La marche est rarement contre-indiquée, ne nécessite pas d’équipement particulier, et peut parfois se placer dans son emploi du temps quotidien à la place de la voiture ou des transports en commun. On peut aussi opter pour le vélo, qui fait gagner du temps de trajet, ou courir pour optimiser le ratio dépense/durée de l’exercice. Attention aux problèmes de dos ou d’articulation pour la course, le but n’est pas de battre un record mais d’optimiser votre santé ! Si vous avez accès à un club ou à un professeur qui prend en compte vos éventuels problèmes, je conseille particulièrement le yoga, qui fait travailler les muscles, les articulations et le souffle tout en préparant aux techniques de méditation. Les pratiques taoïstes comme le tai-qi ou le qi-gong, plus axées sur le mouvement, peuvent également être de très bons choix. Pour ceux qui souhaiteraient rester dans un cadre plus « local » ou moins spirituel, la danse est une excellente option trop souvent négligée. J’y reviendrai dans un autre article, mais un peuple qui ne danse pas est un peuple mort. Il y a des cercles de danse bretonne un peu partout en France et même dans le monde, qui sont toujours parfaitement ouverts aux débutants. Si vous ne vous sentez pas spécialement d’âme celtique, vous pouvez tout de même chercher si il y a un club de danse traditionnelle (ou moins traditionnelle) près de chez vous, de votre terroir ou d’ailleurs.

Enfin, les arts martiaux ou sports de combat sont à la fois des moyens d’optimiser sa santé, de grandir spirituellement et de développer des capacités nécessaires à l’application de son éthique. Boxe, lutte, gouren, canne, escrime, autodéfense, ainsi que ju-jitsu, karaté, kung fu et autres, la liste est longue. Les goûts personnels sont des facteurs déterminants, mais prêtez surtout attention à l’enseignant et à l’état d’esprit des élèves. Sont-ils là pour la compétition, pour suivre une voie vers la sagesse, pour apprendre à se défendre en cas d’agression réelle, pour se défouler ? N’hésitez pas à venir faire une séance d’essai dans différents clubs ou dojos avant de faire votre choix. Une année de remise en forme active avant d’attaquer ce genre d’activités peut aussi être bénéfique, pour éviter de se démotiver après trois mois de galère sans progresser car on est largué physiquement.

Pour finir, je voudrais aborder deux points trop souvent mis de côté. Comme dit plus haut, l’usage de substances psychoactives est tellement répandu dans le temps et dans l’espace que c’est quasiment une part de la nature humaine. Cela peut se faire dans différentes optiques : thérapeutique, spirituelle, sociale, … Toutefois, la consommation purement hédoniste et l’addiction sont des phénomènes assez rares historiquement, qui ont explosé à partir de l’industrialisation et de l’urbanisation. Malgré le fait que les gouvernements aient décidé de ne pas inclure divers médicaments, l’alcool et le tabac parmi les drogues, il faut bien garder à l’esprit qu’ils en font bien partie, et plutôt dans la catégorie « drogues dures ». De plus, les effets néfastes de leur consommation chronique ou abusive sont très loin d’être négligeables.

Si vous êtes actuellement en état d’addiction au tabac, à l’alcool, ou à quoi que ce soit (à part peut-être un traitement médical en cours et non-remplaçable par d’autres approches), vous devriez mettre bien en haut de votre liste de priorités le fait d’arriver à une consommation non-journalière – ou au moins de réduire les doses. Je ne vais pas jouer au moralisateur puisque ce n’est pas « mal » en soi : simplement je considère qu’il est de mon devoir en tant qu’indigène de faire ce que je peux pour convaincre mes frères et sœurs de cesser de s’empoisonner jour après jour, et de libérer leur volonté de ces entraves pour accomplir pleinement leur destin.

Pour finir cette masturbation intellectuelle sur une note plus concrète, deuxième point tendancieux : le sexe et la nudité. Les païens n’ont pas de « péché de luxure ». Le plaisir sexuel est parfaitement normal et favorable au bon développement d’un organisme sain, et se défaire de certaines inhibitions et névroses collectives à ce niveau-là est plutôt une bonne idée. Idem, je suis fondamentalement opposé au « slut-shaming » et à ce mouvement antijupes qui va en s’accélérant dans certaines villes  : disons que mes habitudes sont plutôt plages naturistes de la Baltique et saunas collectifs sans arrières-pensées que cosplay transgenre de Batman. Pour autant, l’hypersexualisation de la femme à des fins publicitaires, le « si t’as pas couché avant x ans t’as raté ta vie, on est plus au Moyen-Âge » (x diminuant visiblement d’un an tous les dix ans), ne m’enchantent pas spécialement. L’éloge de l’infidélité et du divorce au bout de dix ans, sous prétexte d’épanouissement personnel, non plus. En fait, tout ce qui tend à faire du « sex, drugs & rock’n’roll » (donc du culte de l’ego et du plaisir facile) le but suprême et universel de l’existence m’inspire à peu près autant de sympathie que le puritanisme le plus étroit… même en remplaçant rock’n’roll par n’importe quelle chapelle du metal.

Spartiate, Veme siècle avant l'ère commune (?)

Spartiate, Ve siècle avant l’ère commune (?)

Pour le bien-être de chacun et de notre société il me semble qu’il y a un minimum de responsabilités à avoir dans le couple, surtout au niveau des enfants adultérins, des maladies sexuellement transmissibles, etc. Je n’ai rien contre le fait d’avoir plusieurs partenaires sexuels, mais pas sans dialogue et confiance réciproque. Un cadre familial stable, où on peut compter sur des relations inter-partenaires (et, le cas échéant, parents-enfants) assez fiables pour ne pas se poignarder dans le dos ou faire ses valises un beau matin, est tout simplement un rempart indispensable contre l’insécurité matérielle et affective dont se servent les multinationales pour nous manipuler et nous refourguer leurs merdes. Des fringues superflues aux sites de rencontre en passant par la parfumerie et autres cosmétiques, c’est toute une industrie qui se nourrit de notre solitude ou de notre insécurité affective, sans même parler de la prostitution et de la pornographie. Au passage, cette dernière, à haute fréquence, via le lien corps-esprit abordé en début d’article, est bien connue pour provoquer des dérèglements neurochimiques du système de récompense… c’est-à-dire une addiction, avec tout ce qui va avec (troubles de la libido, problèmes relationnels, dépression, etc). Je me sens clairement mieux depuis que je fais confiance à mon imagination en l’absence de ma partenaire.

Bref, prenez soin de vous. Et pas seulement avec du vernis à ongles, ou des rituels de soin trop cools. On vit dans un environnement toxique à tous les niveaux, et notre premier devoir en tant qu’êtres vivants est de faire ce qu’on peut pour ne pas se laisser détruire à petits feux.

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Eclipse solaire – vendredi 20 mars 2015

Dans deux semaine, le vendredi 20 mars 2015, aura lieu en Europe une éclipse solaire. Elle sera complète uniquement dans les îles Féroé, entre l’Islande et l’Écosse, mais au moins 80% du disque sera masqué dans toute la France. La pénombre aura lieu en début de matinée, plus ou moins entre 9h30 et 11h30 (avec un léger décalage selon l’endroit). Que ferez-vous à ce moment-là ? En général la réponse que je reçois est « pas grand-chose ». Sauf de la part de mes amis de la clairière armoricaine d’Ael Ys en baie de Douarnenez, pour qui l’ancrage dans le terroir passe aussi par les anciens cultes astraux qui signifiaient tant pour les druides et, avant eux, les bâtisseurs des mégalithes. Il se trouve au passage que ça tombe au moment des superbes grandes marées de l’équinoxe de printemps, une des deux dates à laquelle ils accueillent de nouveaux cheminants, du coup je me permets de vous inviter à les contacter si vous êtes intéressés. [Rectification du 05/03/2015 :] Les druides de la Celtiacon Certocredaron Credima procéderont aussi (en privé) aux déclamations et hymnes adéquats dans leur nemeton.

Mais bref, revenons au sujet. A première vue tout ça n’a rien de spécialement vital : il va faire plus sombre, puis moins sombre, et hop, tourne manège. Mais mine de rien, en creusant un peu, c’est quand même un moment assez spécial. D’abord, esthétiquement, c’est toujours relativement appréciable. La prochaine éclipse partielle en Europe est le 21 août 2017, mais peu avant le coucher du soleil, donc pas forcément très visible ; et l’éclipse (quasi-)totale sera pour le 12 août 2026, donc dans un moment. Aussi, les ombres pendant une éclipse partielle se déforment de manière assez rapide et étrange, ce qui est assez surprenant.

De plus, comme me l’a appris Matuos Ballios via le forum Druiidiacto, les anciens Irlandais nommaient le bras de mer qui sépare l’Islande et l’Ecosse la Mer Cronienne (« de Saturne »). Or, c’est par le cycle de Saturne dans le ciel que les druides comptaient leurs siècles de trente ans, et cette planète est entrée le 16 janvier dans la constellation du Scorpion au moment où le Soleil entrait dans la constellation du Verseau. Une telle conjonction, proche d’une éclipse dont le point central passe au pôle Nord d’où viennent les mythiques talismans des dieux (les fameuses « îles au Nord du monde »), mérite qu’on s’y intéresse. En plus, la Lune passe au point de son cycle où elle est la plus proche de la terre le 19 mars au soir… soit le jour même de l’éclipse dans l’ancien calendrier, puisqu’une journée commence par la nuit.

Schéma d'éclipse solaire (Wikimedia Commons)

Mais surtout, pour ce qui nous intéresse ici, c’est l’occasion d’aborder une vieille coutume européenne : celle du charivari lors des éclipses. Qu’avons-nous à faire que nos rustres d’ancêtres fissent du bruit parce qu’ils avaient peur de perdre le Soleil ou la Lune ? Après tout, grâce à la Très-Sainte Science, on sait bien que c’est ridicule et que ça n’arrivera pas. Sauf que, contrairement aux apparence, les traditions ont ici aussi beaucoup à nous apprendre, Occidentaux modernes imbus d’eux-mêmes.

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Saluer les corbeaux quand tombe le soir

Edward Frederick Brewtnall, Three Ravens, 1885

E. Brewtnall, Three Ravens, 1885

Aujourd’hui, c’est Mercredi ; et le mercredi, c’est impie. Pour les Galiléens, du moins. Qu’on prenne pour exemple l’Indiculus superstitionum et paganiarum, établi au XIIIe siècle pour fournir aux curés de campagne et au pouvoir séculier la liste de toutes les coutumes européennes à éradiquer.

Le Mercredi, jour de Mercure (nom donné après la conquête romaine au dieu Lugos, patron des Gaules), était pour les Francs le Wodendag, le jour d’Odin. Les deux dieux partagent un certain nombre de traits, et parmi ceux-ci, le fait d’être accompagné de corbeaux. Ils doivent être fort vilains, alors, s’ils fricotent avec des corbacs, non ? Pensez-vous, cette sale bestiole charognarde qui porte malheur, et qu’on voit tout le temps caricaturée dans des cimetières brumeux à côté de gothiques au moins aussi déplumées que lui…

Il suffit d’une simple recherche d’images sur duckduckgo.com (vous savez, le moteur de recherche qui ne collecte pas vos données personnelles) pour se rendre compte qu’il est à peu près impossible de trouver de vraies images de corbeau. Autres que les photos de reportages animaliers, parce que ça ne se trafique pas, enfin pas trop. Sur tout le reste, dessins, tableaux, vous le verrez toujours courbé de manière improbable, alors qu’anatomiquement parlant il a justement le dos bien droit, avec une posture naturelle dont la dignité a peu d’équivalents dans le règne aviaire.

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Religions traditionnelles : ça existe encore aujourd’hui ?

Nombreuses sont les religions traditionnelles bien vivantes à travers le monde : par exemple l’hindouisme en Inde, le taoïsme en Chine, le shintoïsme au Japon, le bönpo au Tibet, le chamanisme amérindien ou sibérien, l’animisme africain, et ainsi de suite. Loin d’être une bizarrerie anecdotique, il s’agit de la forme la plus commune de comportement religieux au cours de l’Histoire, remontant à au moins mille siècles et faisant partie de la définition anthropologique de l’Humanité.

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