Articles tagués : Europe

Une « Echelle de Tolérance Ethnique et Culturelle » pour le paganisme

Dans toutes les religions, il y a des questions à propos desquelles tous les pratiquants ne sont pas d’accord. Malheureusement, l’une des questions les plus controversées dans le paganisme tourne autour de l’ouverture de chaque tradition aux personnes qui ne sont pas de cette origine (ethniquement ou culturellement). Sans surprise, il s’agit d’une question très chargée sur le plan émotionnel, et il est souvent difficile de mener des discussions courtoises sur les diverses positions qui peuvent être soutenues. Pour essayer de supprimer une partie de l’émotivité manifeste qui accompagne souvent ce sujet, et pour tenter de clarifier la gamme des points de vue, Jarnsaxa Thorskona, une pratiquante du paganisme germano-scandinave (Asatru), a créé une échelle assez basique qui fournit des résumés des points de vue les plus courants qu’elle a rencontrés dans sa tradition, numérotés de 1 à 6.  Elle est utilisée dans les milieux Asatru anglophones sous le nom de « Jarnsaxa scale« . En voici une traduction en français, avec un vocabulaire élargi à l’ensemble des traditions païennes.

Les descriptions sont écrites du point de vue de celui qui soutient cette position. Il convient de noter qu’aux extrémités les plus éloignées de l’échelle, les croyances retenues peuvent apparaître comme plus extrêmes, le but est de l’indiquer sans dénigrer les personnes qui soutiennent ces points de vue. L’auteur a également essayé d’éliminer autant que possible que possible les invectives, les jugements de valeur, et les sentiments en jeu dans l’affaire.

Le traducteur/adaptateur voudrait également noter que, s’il existe vraisemblablement une corrélation entre la position d’une personne donnée sur cette échelle et ses idées politiques, il n’en est aucunement question ici. Vous noterez aussi que les positions n’ont pas de nom, justement pour éviter de se focaliser sur des étiquettes afin de se concentrer uniquement sur le détail des positions tenues. Dans les faits, beaucoup de gens considèrent que la position 1 est « universaliste » et la position 6 « identitaire » (folkish en anglais). Certains nomment les positions 3 et 4 « tribalistes », « culturalistes », « traditionnalistes », etc (dénominations qu’on peut éventuellement voir étendues aux positions 2 à 5).

* * * * * *

Une « Echelle de Tolérance Ethnique et Culturelle » pour le paganisme

1. Ma tradition religieuse est une religion ouverte à laquelle tout le monde peut adhérer. Il y a, cependant, certaines choses qui doivent être faites d’une certaine manière, certains points de la théologie qui doivent être strictement respectés, et certaines croyances qui doivent être partagées. Quiconque n’est pas d’accord avec tous ces points n’est tout simplement pas de ma religion et peut être considéré comme un « traître » envers mes Divinités. L’un des points sur lesquels tout le monde doit être d’accord est que ma tradition religieuse est ouverte aux gens de toutes les origines : ceux qui pensent autrement ne sont pas les bienvenus, et devraient être dénoncés pour qu’il n’y ait pas confusion entre leurs croyances et celles des vrais païens de ma tradition. Je refuse de participer à des rites aux côtés de personnes qui ne sont pas de cet avis.

The Troth

The Troth, organisation païenne germano-scandinave basée aux Etats-Unis. Les membres ont des positions généralement comprises entre les degrés 1 et 3 de l’échelle.

2. Toute personne qui veut pratiquer ma tradition religieuse peut le faire, indépendamment de son héritage génétique ou culturel. Les individus ont la liberté de choisir de suivre n’importe quelle religion, et je vais défendre ce droit pour le faire respecter. Tout le monde est le bienvenu dans mon groupe de pratique, et je suis prêt à participer à des rites aux côtés de n’importe quelle personne qui veut honorer mes Divinités.

Asatruarfelagid

L’Ásatrúarfélagið est une organisation païenne scandinave basée en Islande. Les membres ont des positions généralement comprises entre les degrés 1 et 4 de l’échelle. Il n’est possible d’être affilié à cette organisation qu’à condition d’être résident fiscal islandais, et l’organisation refuse tout lien avec des organisations étrangères.

3. Comme les liens avec les Divinités sont souvent liés à nos ancêtres (culturels ou génétiques), il est plus difficile pour ceux d’une origine différente de pratiquer ma tradition religieuse, mais ce n’est pas impossible. J’accepte que les Dieux et les Déesses puissent appeler qui ils veulent, et je suis prêt à participer à des rites aux côtés de n’importe quelle personne qui veut honorer mes Divinités.

Midgard Group, Raven's Knoll Kindred

10e édition du Midgard Gathering au Canada, un rassemblement païen basé sur la tradition germano-scandinave. Beaucoup de groupes autonomes nord-américains, qui représentent une grande part des pratiquants à l’échelle mondiale, sont en position 3 ou 4 sur cette échelle (de même que les représentants de nombreuses religions traditionnelles indigènes de la planète)

4. Seuls ceux qui sont de la même origine ethnique que moi peuvent vraiment pratiquer ma tradition religieuse. Cela ne signifie pas que les membres des autres groupes ethniques soient d’une quelconque manière « inférieurs » à ceux de mon groupe ethnique, mais seulement qu’ils sont différents. Les membres de tous les groupes ethniques ont la même liberté de mener une vie digne, et les théologies et les panthéons liés à un héritage autre que le mien sont tout aussi valables et importants pour la marche du monde. De même, toutes les traditions religieuses de groupes ethniques autres que le mien me sont aussi fermées. J’attache une très grande valeur au fait de suivre la tradition religieuse liée à mon origine culturelle et ethnique, car ces facteurs ont un grand impact sur ce que nous sommes. Parce que je reconnais et respecte la validité des différentes traditions, cependant, je suis prêt à participer à des rites aux côtés de ceux qui veulent honorer mes Divinités sans faire partie de ma tradition ou de mon groupe ethnique.

Asatru Folk Assembly

L’Asatru Folk Assembly, organisation païenne germano-scandinave basée aux Etats-Unis. Les membres ont des positions généralement comprises entre les degrés 3 à 5 de l’échelle.


5. Seuls ceux qui sont de la même origine ethnique que moi peuvent pratiquer ma tradition religieuse, et ma race doit rester séparée des autres races. Cela ne veut pas dire que les gens des autres races sont d’une quelconque manière « inférieurs », seulement qu’ils sont différents et que nous avons l’obligation de garder notre sang pur, en l’honneur de nos Divinités. Il peut cependant être utile de s’allier avec des membres d’autres races qui ont les mêmes valeurs. Je ne participerai à des rites qu’aux côtés de personnes de mon groupe ethnique.

Odinic Rite

The Odinic Rite, organisation païenne germano-scandinave (« odiniste ») basée au Royaume-Uni. La ligne directrice de l’association correspond à la position 5 de cette échelle.

6. Seuls ceux qui sont de la même origine ethnique que moi peuvent pratiquer ma tradition religieuse, et ma race est supérieure à toutes les autres races. Nous sommes les seuls véritables humains, et nous avons l’obligation de garder notre sang pur. Si le seul moyen d’y parvenir est de débarrasser le monde des races inférieures, alors qu’il en soit ainsi. Seuls les véritables membres de ma race peuvent vénérer nos Divinités.

* * * * * *

On voit donc que cet éventail de possibilités est bien plus large que la simple opposition entre « universalistes » et « identitaires ». Un très médiocre article du Monde des religions parlait du néopaganisme français comme d’un « Janus à deux visages » (le néopaïen français est soit un wiccan éclectique qui n’a donc aucune cohérence intellectuelle,  soit un adorateur de divinités celtiques ou germaniques qui est donc un militant raciste potentiellement violent). S’il fallait reprendre une image de ce type, ce serait plutôt au moins vers les représentations de divinités gauloises tricéphales qu’il faudrait se tourner. Ou vers le dieu hindou Brahma et ses six têtes.

Cernunnos de Condat

Divinité gallo-romaine de Condat-sur-Trincou, dite « Cernunnos » (la tête du mileu possède des orifices permettant d’y installer une paire de cornes).

Publicités
Catégories : Chroniques de l'Âge de Fer | Étiquettes : , , , , , , | 14 Commentaires

Les Dieux et le Monde expliqués par un païen européen de l’Antiquité !

Rares sont les traités théologiques de l’Antiquité païenne qui soient parvenu jusqu’à nous : « Des Dieux et du Monde », de Salluste, en fait partie. C’est donc un document intéressant dans la résurgence de nos religions traditionnelles, bien qu’assez méconnu. Le traité en lui-même est relativement bref, ce qui en rend sa lecture plutôt rapide. Néanmoins, comme seule la traduction anglaise de Thomas Taylor (1793) est disponible en ligne à l’heure actuelle, et que le texte est tout de même très dense intellectuellement, le but de cet article est de proposer un résumé des principales idées exposées, et des raisonnements qui les étayent. Chacun pourra donc prendre connaissance de ce qu’est une théologie païenne européenne. On sait qu’il en existait un très grand nombre, variable selon les peuples et les époques, car certaines nous sont parvenues, tandis que nous avons des échos de plusieurs autres qui ont été perdues. Toutes ces théologies, en tout cas, proposaient des réponses aux grandes questions religieuses :

1) Quelle est la nature et le destin des Dieux et du Monde ?

2) Qu’arrive t-il à notre individualité au moment de la mort ?

3) Quel sens ont nos mythes et nos rites, si décriés par les religions abrahamiques ?

4) Comment expliquer le fait que ces religions abrahamiques aient, au moins un temps, triomphé en Europe au détriment de nos religions traditionnelles ?

Des Dieux et du Monde

Couverture de la traduction française de Maria Meunier (éditions Theurgia University)

Ces quatre problèmes sont particulièrement épineux (surtout le dernier), et il n’est pas aisé d’avancer même de simples hypothèses plausibles. Voilà donc, comme source d’inspiration, la théologie de Salluste, philosophe néoplatonicien de langue grecque ayant vécu il y a 17 siècles, au moment où les intellectuels païens tentaient d’apporter leur contribution théorique à la tentative de restauration des cultes traditionnels menée par l’empereur romain Julien le Philosophe. Cette théologie n’est donc pas celle des néoplatoniciens dans leur ensemble (qui regroupaient une grande diversité d’opinions), ni celle des philosophes grecs qui pouvaient appartenir à d’autres grandes écoles (stoïcisme, épicurisme, cynisme, pour ne citer que celles-ci), et encore moins celle de tous les Grecs païens qui n’étaient pas forcément philosophes : d’autres grands mouvements ont marqué la pensée religieuse grecque, en particulier les cultes à mystères, dont l’orphisme qui était très influent à une certaine époque.

Peut-on donc tirer quoi que ce soit d’utile de ce traité de Salluste, qui ressemble un débris insignifiant de la pensée grecque, surtout si on ne pratique pas la religion traditionnelle hellénique ? Certainement ! Nous savons que les écoles de pensée grecque avaient pour la plupart des équivalents ailleurs dans le monde indo-européen (spécialement en Inde dont les traités philosophiques ont été pour beaucoup mis par écrit et bien conservés), mais aussi chez les Celtes (les enseignements druidiques étant comparés par plusieurs auteurs aux doctrines de Pythagore).

Que nous soyons ou non de tradition grecque, « Des Dieux et du Monde » de Salluste est donc au moins un exemple, possiblement une source d’inspiration, et pourquoi pas une base solide pour développer des théologies païennes européennes pour notre époque.

Introduction

Plutôt que d’aborder chaque chapitre chronologiquement, cet article tentera de résumer la réponse apportée par Salluste aux 4 grandes questions exposées en introduction. Qu’il me soit simplement permis d’insister sur le premier chapitre, qui sont les conditions que l’auteur énonce pour pouvoir comprendre et interpréter son discours. Rien d’extravagant à ces exigences : elles se résument principalement à avoir reçu une bonne éducation et à disposer de capacités de raisonnement suffisantes, c’est-à-dire 1) connaître la langue qui est utilisée, 2) les mythes grecs auxquels il fait référence, et 3) les règles de la logique. A son époque, cela ne va pas de soi, précisément parce que les Galiléens avaient tendance à s’opposer à tout ce qui, pour un philosophe hellénique, constituaient « l’éducation » (paideia), à savoir :

  • la rhétorique : art de bien s’exprimer et de bien comprendre autrui, ce qui était considéré comme un artifice diabolique visant à induire en erreur son interlocuteur, en présentant de manière attirante des mensonges opposés à la vérité biblique ;

  • la mythologie : patrimoine littéraire et symbolique d’une importance capitale, puisqu’il portait l’identité et la vision du monde de toute une civilisation (les Galiléens n’y voyaient que des délires, ou les faits et gestes de démons dépravés) ;

  • la logique : là encore, au IVe siècle de leur ère, les Galiléens y voyaient une rivale de la Foi, seule capable de sauver du péché.

Voici donc les trois pré-requis : la maîtrise du bon langage, de la mythologie ancestrale, et du raisonnement logique. Attaquons la suite.

La Naissance de Vénus, Botticelli (1484)

La Naissance de Vénus, par Sandro Botticelli (1484)

1) D’où viennent les Dieux et le Monde, et quelle sera leur destinée ?

(chapitres II, V, VII, IX, XIII, XVII)

Tout ce qui existe dans le Monde a nécessairement une cause. Cette cause elle-même a une cause. En remontant ainsi, nous parvenons logiquement à une Cause Première. Elle est unique car une cause a toujours de multiples effets, donc en faisant le chemin à l’envers à partir de tout ce que nous observons, nous parvenons forcément à une seule cause. Toutes les choses participent à la nature de cette Cause Première dont ils sont les conséquences. L’ensemble de toutes ces choses existantes forme le Bien, car il ne peut par définition y avoir plus grand bien que tout ce qui existe. C’est donc du Bien, qui est la Cause Première, que tout dérive et dont tout fait partie, en premier lieu les Dieux (nier l’existence des Dieux comme intermédiaires entre nous et la Cause Première, c’est méconnaître la distance qu’il y a entre elle et nous, et donc la rabaisser terriblement !).

Les Dieux sont incréés, éternels, immatériels, immuables et omniprésents. Ils partagent une même essence. Il existe des Dieux supra-mondains, à l’origine des âmes rationnelles. Il existe aussi des Dieux mondains, qui sont engagés dans le fonctionnement du Monde.

Ces Dieux mondains sont au nombre de Douze, répartis en quatre types. Zeus, Poséïdon et Héphaïstos sont les créateurs du Monde. Déméter, Héra et Artémis, elles, animent le monde. Hermès, Aphrodite et Apollon l’harmonisent ; tandis que Hestia, Athéna et Arès le gardent. Les autres Dieux sont en fait des aspects de ces Douze grands, en particulier lorsque les mythes décrivent un dieu comme « enfanté » par un autre.

Ce Monde est incorruptible, c’est-à-dire qu’il ne sera pas détruit lors d’une « Apocalypse » pour laisser place à un « Paradis ». L’argument avancé est que ce serait sous-estimer l’intelligence des Dieux que de supposer qu’ils auraient fait quelque chose qui devrait être défait par la suite. De plus, Salluste avance le principe de conservation de la matière : rien ne peut réellement être détruit ni créé, par conséquent le Monde ne peut pas cesser d’exister pour laisser place à un autre Monde.

Dieux créateurs

Zeus, Poséïdon et Héphaïstos

Dieux animateurs

Déméter, Héra et Artémis

Dieux harmoniseurs

Hermès, Aphrodite et Apollon

Dieux gardiens

Hestia, Athéna et Arès

Tableau 1: Les quatre catégories des Douze Dieux du Monde

 

2) Que nous arrive t-il après la mort ?

(chapitres VIII, XIX, XX, XXI)

Comme expliqué précédemment, notre âme rationnelle (liée à la faculté de raisonner) provient des Dieux supra-mondains. Les Douze Dieux mondains, plus proches de nous car étant à l’origine du Monde, sont à la source de notre corps et de notre âme irrationnelle (liée à la faculté de sentir et d’imaginer). Lorsque nous mettons notre corps et notre âme irrationnelle au service de notre âme rationnelle, imitant en cela les Dieux, nous pratiquons la vertu. Celui agit ainsi verra, après sa mort, son âme rationnelle, c’est-à-dire son véritable lui-même, s’unir avec les Dieux pour jouir éternellement de leur parfait bonheur.

Salluste - des Dieux et du Monde

Origine et destinée des Dieux, du Monde, et des âmes vertueuses (selon Salluste)

Celui qui agit contrairement à la vertu verra son âme rationnelle passer dans un autre corps humain (car les animaux n’ont pas d’âme rationnelle), et ce corps humain sera malade ou difforme comme punition si sa vie précédente a été particulièrement peu vertueuse. L’âme rationnelle de celui qui a commis des crimes graves peut aussi être tourmentée par des démons vengeurs entre deux incarnations. Ces démons cependant procèdent eux aussi du Bien, car ils n’infligent pas les châtiments à cause d’une nature mauvaise, mais dans le but louable de purifier les âmes.

Enfin, il faut noter que les Dieux, dans leur grande sagesse, ont généré l’exact nombre d’âmes rationnelles nécessaires au nombre d’humains qui naîtra dans le Monde. Les âmes rationnelles, qui sont immortelles, ne sont donc ni détruites, ni générées au fur et à mesure.

3) Quel sens ont les mythes et les rites traditionnels ?

(chapitres III, IV, XIV, XV, XVI)

Les mythes sont des récits inspirés par les Dieux et transmis par la tradition. Lorsqu’ils semblent grotesques, immoraux, incohérents, … ils sont en fait semblables aux Dieux et au Monde, c’est-à-dire qu’ils ne peuvent être réellement compris que par le sage, grâce à de longues réflexions. De la même manière que l’âme d’un homme n’est pas visible ni par les yeux, ni du premier abord, mais seulement par l’âme et grâce à une longue approche.

Salluste considère qu’il existe cinq types de mythes : théologiques, physiques, spirituels, matériels, et mixtes. Les mythes théologiques ne concernent que la nature des Dieux (Cronos qui dévore ses enfants signifie l’unité des Dieux, de la même manière que toute vérité est unie aux autres dans la Vérité). Les mythes physiques sont ceux qui nous renseignent sur la marche du Monde (Cronos, interprété comme Chronos, « le Temps », dévore ses enfants : cela signifie que le Temps est père de tout et aussi destructeur de tout). Les mythes spirituels nous renseignent sur le fonctionnement et la nature de l’âme humaine (on dirait aujourd’hui : mythes psychologiques, domaine exploré par Jung avec sa théorie des archétypes de l’inconscient collectif). Les mythes matériels nous parlent du fonctionnement du Monde (chaque dieu représente un élément : le ciel, la terre, la foudre, le feu, le soleil, le vin, etc). Les mythes mixtes réunissent ces différents éléments dans leur narration, ils sont particulièrement prisés lors des rites initiatiques car ils ont pour but d’unifier ces différents niveaux, et donc d’unir l’initié aux Dieux et au Monde. Ces rites ont lieu à des moments déterminés de l’année, qui ont une valeur symbolique permettant de mieux comprendre la nature des Dieux et du Monde depuis notre point de vue humain soumis au temps et aux saisons.

Types de mythes :

Enseignements à propos de :

Mythes théologiques

La nature des Dieux

Mythes physiques

La marche du Monde

Mythes psychlogiques

Le fonctionnement de l’esprit humain

Mythes matériels

Le fonctionnement du Monde

Mythes mixtes

Tous ces éléments (rites initiatiques)

Tableau 2: Les cinq types de mythes et leurs enseignements

Pantheon

Panthéon de Rome (photo prise par Per Palmkvist Knudsen, licence CC BY-SA 2.5)

Passons enfin aux rites. Quel sens ont-ils aux yeux du sage ? D’une part, les Dieux sont à l’origine de tout ce que nous possédons, il est donc juste de leur en sacrifier une fraction. D’autre part, le but de la prière est de nous rapprocher des Dieux, et le sacrifice est une manière d’y parvenir réellement, car la parole a besoin d’être accompagnée d’actes pour produire son effet sur nous, sans quoi elle n’est que superficielle. De plus, le lien qui nous unit aux Dieux est celui de la vie, et il est donc plus efficace d’utiliser un matériel vivant pour faire résonner ce lien (un animal si nous mangeons de la viande, des végétaux dans le cas contraire). Dans tous les cas, le sacrifice doit se faire en conformité avec la tradition des générations successives qui nous relient aux Dieux, et d’une manière belle et harmonieuse. La symbolique permet en effet de renforcer l’effet du rite sur notre âme : le temple est à l’image du ciel, l’autel à l’image de la terre, et l’offrande à l’image de la part irrationnelle de notre âme, que nous soumettons à la part rationnelle de notre âme, elle-même à l’image des Dieux.

 

Ces éléments du rite :

Symbolisent ces éléments du Monde :

Temple

Ciel

Autel

Terre

Offrande

Âme irrationnelle

Dieux

Âme rationnelle

Tableau 3: Correspondances symboliques entre les éléments du rite et du Monde

Attention à ne pas confondre les offrandes avec un simple marchandage terre-à-terre. Les Dieux ne sont ni « énervés » par l’impiété, ni apaisés par les rites. Ils ne sont aucunement soumis aux passions humaines, ou affectés par nos actes. En réalité, l’impie se coupe simplement de la contemplation des Dieux et des dons que celle-ci apporte, tandis que les rites nous rapprochent des Dieux.

4) Pourquoi cette théologie si sage et vertueuse a t-elle été remplacée par celle du christianisme ?

(chapitres X, XI, XII, XVIII)

C’est une question de la plus haute importance, mais à laquelle il n’est pas aisé de répondre, et sur laquelle les Galiléens modernes ne se privent pas d’appuyer. Si les Dieux sont bons et auteurs de toute chose, comment se fait-il que nous soyons témoins de choses mauvaises ? En réalité, rien dans ce Monde n’est mauvais par essence. Ce sont simplement nos intellects qui, ne possédant pas le degré de perfection des Dieux, sont parfois dans l’erreur concernant ce qui est bon. Nous commettons donc des choses mauvaises par ignorance.

Toutes les bonnes institutions humaines, issues des Dieux (arts et sciences, vertus et prières, sacrifices et initiations, lois et gouvernements, jugements et peines) sont là pour combattre cette ignorance et nous guider vers le Bien. Mais les défaillances du gouvernement, de l’éducation parentale, et de l’instruction académique peuvent entraîner l’âme vers le vice, c’est-à-dire que la raison n’est plus ce qui prédomine. Le désir n’est alors pas seulement orienté vers les choses bonnes, et la colère pas uniquement vers les choses mauvaises. Cette absence de sens de la justice au niveau individuel peut finir par déboucher, au niveau collectif, sur des formes de gouvernement injustes. Si le pouvoir politique est détenu par un seul homme, mais qu’il n’est pas un homme sage (c’est ce qui s’est produit en particulier avec l’empereur romain Théodose, auteur de l’édit d’interdiction des cultes traditionnels), c’est une tyrannie. Cette forme de gouvernement est la plus désastreuse qui soit : le vice et l’impiété peuvent alors s’installer pour de nombreux siècles, en attendant que les âmes rationnelles d’une minorité d’hommes vertueux restaurent peu à peu de bonnes institutions.

Décadence et restauration de la vertu divine selon Salluste

Une explication de la domination temporaire du christianisme en Europe

Cette période d’impiété ne doit pas pourtant pas nous conduire à accuser les Dieux d’avoir fait une œuvre imparfaite. Il est inévitable que l’impiété prédomine dans certains lieux à certaines périodes de l’Histoire du Monde, parce que tous les endroits et moments du Monde ne peuvent pas être reliés aux Dieux de manière égale. Dans un corps, par exemple, le cerveau est plus haut placé que les autres parties du corps, dispose des cinq sens, et héberge la faculté de raisonner. Les autres membres ne participent qu’à un seul des sens et sont placés plus bas. De même, il existe des jours fastes et néfastes dans le calendrier, et à plus grande échelles, des périodes de plusieurs siècles qui peuvent être fastes ou néfastes.

C’est la loi naturelle qui fait que l’Europe a connu une période d’impiété, dominée par l’ignorance des mythes et le mépris des rites. C’est par cette même loi naturelle que nous savons qu’il nous est possible de nous exercer à la vertu, pour participer à la restauration d’institutions vertueuses, fidèles à ce qui a été conservé de la tradition comme à ce que la sagesse nous permet de percevoir du Bien, qui est la Cause Première des Dieux et du Monde.

Conclusion

Voilà pour la théologie de Salluste. Et vous, quelle est votre avis concernant ces quatre grandes questions ? La résurgence contemporaine de nos religions traditionnelles appelle nécéssairement à y trouver des réponses, qui ne soient pas des dogmes uniques, mais autant de tentatives de comprendre le divin.

Pour vous donner un exemple actuel, le blog Latitudes Spirituelles est une initiative particulièrement intéressante, surtout dans son Abécédaire du Petit Père Païen, qui nous offre autant de partager ses recherches sur différents sujets : « un appel sans mots, une convocation impersonnelle s’était manifestée dans mon ventre, et mes glandes endoctrines m’instillaient la conviction que l’Univers était vivant, bien plus profond qu’on ne pourrait jamais l’imaginer, et doté d’une immense conscience, qui, pour être muette, n’en dépassait pas moins tout langage. »

Catégories : Chroniques de l'Âge de Fer, Philosophie, Savoirs | Étiquettes : , , , , , , , | 4 Commentaires

Comment se purifier avant un rituel ?

La pureté rituelle est un pré-requis dans les paganismes indo-européens. C’est un concept qui a pris beaucoup d’importance en Inde et en Perse, comme on peut le voir aujourd’hui dans l’hindouïsme et le zoroastrisme. En Europe, les procédures semblent avoir plus été simples et moins strictes. Il n’empêche pas moins que, pour les traditions européennes dont nous avons des traces écrites de la liturgie, il est indispensable, pour accomplir un rite de manière valable, de se laver au moins les mains à l’eau claire. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’Eglise orthodoxe et l’Eglise catholique romaine accordent une si grande importance à l’eau bénite : il s’agit d’un héritage païen qui continue à irriguer notre société par-delà les sicèles, avec une telle force que la nouvelle foi elle-même a dû s’y conformer (les protestants évangéliques ne s’y trompent pas, la plupart rejettant ce « rite païen »).

Eau bénite

Bénitier à l’entrée de la basilique de Fourvières, à Lugdunum. Certaines choses ne changent pas !

Aujourd’hui, dans un monde entré dans l’Âge de Fer et qui nie toute dimension sacrée au Cosmos, se purifier avant un rite est d’autant plus important. Les souillure, ou miasmata pour reprendre le terme grec, sont absolument partout : dans la publicité omniprésente qui pollue notre inconscient (y compris par le biais des réseaux sociaux), dans les dégâts infligés à la Terre nourricière par le mode de vie occidental à chaque fois que nous nous déplaçons, utilisons un appareil électrique, mangeons un produit de l’industrie agro-alimentaire… Se purifier, c’est le meilleur moyen de nous reconnecter à la source première de notre tradition, pour rejoindre nos Ancêtres de l’Âge d’Or dans leur proximité avec les Dieux. Ceci s’applique à tout païen de tradition européenne, qu’elle soit celtique, slave, germano-scandinave, etc. La grande question est de savoir comment s’y prendre, puisque nous ne connaissons pas toujours avec précision les gestes et les mots des anciens.

Yggdrasill manusrit

L’arbre Yggdrasill, manuscrit AM 738 4to (Islande, env. 1680)

Le plus important est clairement de se laver les mains, comme le soulignent toutes les sources grecques et romaines (des descriptions de l’Iliade aux fragments des Purifications d’Empédocle : c’est une coutume nommée khernips en grec ancien). Le mieux est de le faire « à l’eau claire », c’est-à-dire en versant l’eau sur l’une puis l’autre main, sans les plonger dans le récipient pour le ne pas en souiller le contenu (en intérieur, une bassine placée sous les mains sert à recueillir l’eau pour la remettre à la terre : ne la laissez pas s’écouler dans les canalisations). On peut ensuite aussi s’asperger le front également, en versant d’abord de l’eau dans une main.

L’eau devrait être de l’eau de source, si possible puisée directement à une source de votre terroir et stockée à côté de votre autel (ce qui vaudra mieux que de l’eau en bouteille plastique vendue par des multinationales). Certains y ajoutent du sel, élément purificateur ; ou, comme les Grecs, y éteignent un morceau de bois enflammé, geste qui a aussi l’avantage de rappeler la cosmogonie druidique (« Ces druides, et d’autres comme eux, professsent que […] un jour pourtant régneront seuls le feu et l’eau », Strabon, Géographie, IV, IV, 4, trad. Cougny) et scandinave (le grand arbre Yggdrasill, au pied duquel coulent trois sources, relie les neuf mondes qui composent l’Univers, lui-même né de la rencontre entre la glace de Niflheim et le feu de Muspelheim).

On peut imaginer se laver les mains sans paroles, mais on sait qu’il était important pour les anciens d’utiliser des formules consacrées pour chaque geste rituel. D’une part parce que notre religion est ce qui relie les hommes aux dieux et les hommes entre eux, et que les hommes communiquent par la parole. D’autre part parce que l’usage de formules antiques nous permet de nous connecter avec nos Ancêtres, qui sont nos guides pour renouer avec les Dieux en notre période troublée. Et, pour finir, il ne faut pas oublier que, lorsque nous parlons en français ou dans toute autre langue indo-européenne, nous utilisons la langue des *Deywós, des dieux célestes et lumineux. Ce n’est pas le cas dans les autres familles de langues. En proto-sémitique, la racine *?-L, qui a donné Allah en arabe et Elohim en hébreu, était aussi utilisée pour dire « fort, puissant, seigneur, magistrat ». Le mot chinois pour désigner les dieux, shén, signifie dans d’autres langues apparentées « esprit, âme » en insistant sur le côté invisible et immatériel de la chose. En Afrique, chez les Yorubas, une Divinité est un òrìṣà, c’est-à-dire une « tête choisie » pour être un intermédiaire du dieu suprême Olorun (òrì, qui se traduit par « tête », signifie aussi la conscience et la destinée de chaque personne ; c’est un concept très riche mais impossible à traduire réellement dans une langue et une mentalité européenne).

Chaque famille de langue porte dans sa tradition une conception bien particulière du divin, et, par la parole, nous ancrons notre spiritualité dans un héritage indo-européen qui donne son vrai sens à nos pensées et à nos actes. Nos Divinités ne sont ni des maîtres dont nous sommes les esclaves, ni une infinité d’entités mystérieuses et invisibles qui sont disséminées un peu partout. Ce sont, comme le soleil, à la fois une métaphore des cycles cosmiques, une source de vie et de réconfort, des points de repère pour s’orienter, et une lumière qui nous permet de percevoir le monde qui nous entoure.

Hands scooping water from stream

Pour en revenir à notre sujet, quelles paroles pouvons-nous donc dire lorsque nous nous lavons les mains à l’eau claire avant un rite ? On peut trouver en Inde une courte prière répondant directement à cet usage, dans l’Atharva Veda. Plus récent de quelques siècles que les hymnes du Rig Veda, l’Atharva Veda est une compilation de formules magiques qui remonterait tout de même à 3000 ou 3500 ans, ce qui reste plus ancien de quelques siècles que les poèmes d’Homère et d’Hésiode, qui sont les plus vieilles sources dont nous disposions en Europe. Puiser dans l’Atharva Veda, c’est donc certes prendre notre inspiration en Inde, mais à une époque où il existe encore peu de différences avec l’Europe, une époque si ancienne que les Baltes et les Slaves, ou les Gaëls et les Britons, commencent seulement à parler des langues différentes et pas seulement des dialectes éloignés d’une même langue. Nous pouvons donc prononcer ces mots en faisant couler l’eau claire sur nos mains :

QUE L’EAU IMMACULÉE LAVE  L’IMPURETÉ,

PURGE, ET ACTES MAUVAIS, ET MAUVAISES PENSÉES.

DE VOS YEUX BIENVEILLANTS, EFFACEZ NOS SOUILLURES,

EAUX RUISSELANT SUR NOUS AVEC DE BONS AUGURES !

(Adapté de l’Atharva Veda, XVI, 1.10-13, trad. Ralph T.H. Griffith)

Il est évident, et plusieurs textes grecs abordent le sujet, que cette purification ne nous lave pas des fautes graves (parjure, meurtre, manquement à l’hospitalité en tant qu’hôte ou en tant qu’invité, profanation d’un lieu consacré). De même, il est important, quand on accompagne le bon geste (se laver les mains) par la bonne parole (la formule ci-dessus), d’y joindre aussi la bonne pensée, c’est-à-dire une pensée tournée vers les Divinités, exempte de colère et d’orgueil, mais aussi de crainte superstitieuse et de soucis du quotidien.

Catégories : Rites, Salutations | Étiquettes : , , , , , , , , , | 4 Commentaires

« L’Occident » et « la démocratie » nous coupent de nos racines !

Un poète Antillais dénonce les mensonges de « l’Occident » et de la « démocratie », appellant l’Homme blanc à se ré-enraciner dans sa propre terre et sa propre culture :

Quand nous considérons l’Occident et sa civilisation, il ne faut point être obnubilé par l’Homme blanc qui est un masque et fait écran, même s’il est, en effet, le tout-premier préposé, le tout-premier attaché au service de cette puissance impersonnelle, qu’il a été formaté par cette puissance qui s’est mise en mouvement il ya de cela 2500 à 3000 ans, et qu’à ce titre, son esprit, sa gestuelle même, son efficace et sa performance tant vantés, en sont venus à s’identifier à ce maître anonyme, abominable. Mais à côté de ces tout-premiers attachés, il y a à présent et partout de par le monde, des rattachés, car l’Occident s’est converti en civilisation mondiale. […]

Depuis à présent plusieurs siècles déjà, où que l’on se tourne, dans toutes les directions et sur toute la surface de la planète, il y a une civilisation et une seule, l’Occident, qui est à l’offensive en vue d’établir et de faire triompher la suprématie d’un mode d’existence, mode d’existence qui ne lui est même pas originel, mais qui lui est survenu, dans des circonstances sur lesquelles j’aurais à méditer dans les temps à venir, mais en tout cas, pour le plus grand malheur de tous, y compris de ses propres peuples. Rien ne lui résiste. Le pire, c’est qu’elle n’apporte pas la vie mais la désolation et la désertification de la terre : uniformité, rationalisation, nivellement, autrement dit la mort de la parole humaine et de l’habiter poétique de la terre. […]

Je sais que nous avons une expérience et une notion extrêmement porteuse, celle du Lakou : […] terre, ciel, choses et gens, rentrent en rapports mutuels et ont existence pour l’homme par la parole. C’est dire combien la parole pour l’homme est essentielle, combien il doit veiller à ce qu’elle demeure vivante, chargée, irriguée sans cesse par le flux constant de ces rapports. Veiller qu’elle ne s’use et ne se dégrade en se transformant en simple outil de communication. Voilà donc la source où nous nous abreuvons et sur laquelle il nous faut veiller. [..]Elle peut ouvrir la voie à une créativité prodigieuse dans tous les domaines de la vie, de l’organisation de la vie en commun, en architecture, bokantaj… bref, un mode poétique d’habiter, un modèle de « démocratie », si l’on tient tant à ce mot.

Je ne fais pas l’éloge de la démocratie, l’une des dernières vessies à laquelle s’accrochent les saltimbanques de ce monde en perdition, « heureuse » trouvaille des historiens-idéologues de l’Antiquité grecque qui leur a permis d’occulter (ou tout du moins d’estomper) la réalité foisonnante, sauvage et divine des anciens Grecs derrière l’effigie de marbre idéalisée de la démocratie athénienne. Cette idée de la démocratie, fort opportunément réapparue à l’époque moderne, a été la maitre-pièce pour mettre à la raison, en tout premier lieu, les peuples d’Europe eux-mêmes, avant de poursuivre sa carrière outre-Atlantique et dans le reste du monde. La démocratie est à l’image de ce monde–ci : ce qu’elle fait mine de donner d’une main, elle le reprend de l’autre. […]

J’observe d’ailleurs avec intérêt que la mise en cause de la démocratie est le fil rouge qui relie les révoltes de ces derniers temps dans les différents pays européens. C’est donc le signe qu’elle est en crise, même si l’on ne songe qu’à la rafistoler, à colmater, en quelque sorte, les voies d’eaux. Serions-nous donc, comme toujours, d’éternels supplétifs… ou les derniers suppôts … ? Alors, la sempiternelle question, on croirait des enfants perdus dans un jeu de quille maté : « par quoi la remplacer ? » Je n’en sais rien fout’. Et d’abord pourquoi vouloir « la remplacer » ? Inventez. Habitez votre demeure avec votre corps, votre propre parole.

Monchoachi est un poète martiniquais. Il est à l’initiative d’une revue nommée Lakouzémi dont les deux premiers et uniques numéros sont intitulés »Éloge de la servilité » et « Retour à la parole sauvage ».

Interview complète à cette adresse : https://lundi.am/Entretien-avec-Monchoachi-la-parole-sauvage-a-l-assaut-de-l-occident

Monchoachi

Catégories : Chroniques de l'Âge de Fer, Poésie | Étiquettes : , , , | Poster un commentaire

Comment être lu par une centaine de personnes sans créer de blog

Bandeau 1TC

D’après une oeuvre de Mario Marchal (vision contemporainede la trifonctionnalité)

La réponse est simple : Un Tiers Chemin – ARS TRADITIONIS vous ouvre ses colonnes ! N’hésitez pas à nous contacter par ce formulaire pour rejoindre notre joyeuse équipe ou proposer un article. Toute personne respectanr la charte qui suit est la bienvenue.

1. Présentation
Un Tiers Chemin – ARS TRADITIONIS est un journal électronique collectif fondé en 2014, consacré à l’information et à la discussion concernant les arts, rites, et savoirs traditionnels. Par traditionnels, nous entendons enracinés dans une manière d’être au monde qui est héritée, partagée et transmise au sein d’une communauté délimitée. Cette délimitation, loin d’être une forme d’exclusion et encore moins de supériorité, est au contraire pour nous une garantie de respect de l’autre, puisque cela permet d’en reconnaître la valeur sans chercher à l’englober ou le soumettre à nos critères. Face à l’idéologie du Même, nous prônons l’harmonie des contraires.
Nos valeurs sont basées sur la déclaration de Vilnius du Congrès Européen des Religions Indigènes : « A une époque où le monde est en équilibre précaire au bord de bouleversements écologiques et économiques, pour beaucoup à cause d’un individualisme sans limite et d’une avidité effrénée, nos traditions promeuvent des modèles spirituels et sociaux très différents : la vie en harmonie, équilibre et modération avec la Terre ; l’importance de la famille et de la coopération collective ; le respect et les hommages rendus à toute forme de vie. Nous poussons tous les peuples et toutes les nations à placer le bien-être de la Terre – qui est, littéralement, notre Vivante Mère – au-dessus de toutes les autres priorités. Nous envoyons ce message en toute fraternité, amour, et respect ». En bref, d’autres mondes sont possibles : ils existent encore, et ont besoin de nous pour cela.
Pour l’équilibre de notre planète, nous estimons qu’il est souhaitable, pour tous les déracinés, de renouer avec leur héritage indigène (patrimoine culturel, identité ethnique, et ressources naturelles), de le partager au sein de leurs communautés, et de le transmettre par des institutions propres. Les Européens, dont le déracinement a engendré de nombreux maux à l’échelle mondiale et les a conduit à déraciner d’autres groupes humains, constituent à nos yeux une communauté traditionnelle à part entière, de mêmes que les diverses communautés européennes. L’enracinement, c’est maintenant !
2. Fonctionnement
L’équipe de rédaction est ouverte à toute personne francophone qui partage ces valeurs et est : soit enracinée dans une communauté traditionnelle, et qui souhaite diffuser des informations concernant son héritage ; soit en relation avec une communauté traditionnelle qui souhaite diffuser des informations concernant son héritage, et lui donne un mandat dans ce but. Cette équipe de rédaction est composée de toutes les personnes ayant publié un article il y a un an et un jour maximum. Celle-ci peut, à la majorité, inclure ou non une personne en faisant la demande et remplissant un des deux critères, ou exclure un membre de l’équipe de rédaction. En cas d’égalité lors du vote, la décision sera du ressort du plus ancien membre de l’équipe de rédaction.
Il sera évidemment possible à l’équipe de rédaction d’adapter ce fonctionnement au fil de l’évolution du journal et de son développement… car, nous en sommes convaincus, nos traditions ont de l’avenir.

Avatar 1TC.jpg

Peinture rupestre de la Cueva del Castillo (datée d’environ 40.000 ans)

 

3. Moyens techniques
L’équipe de rédaction dispose du site internet http://www.1tierschemin.wordpress.com et de la page Facebook « Un Tiers Chemin – Arts, Rites et Savoirs Traditionnels ». Elle pourra faire usage d’autres médias adaptés, tels qu’une chaîne Youtube, un compte Twitter, des publications au format papier ou numérique, un autre site internet, une structure associative selon les lois d’un État francophone.

 

4. Lexique
Arts : Ensemble de pratiques, moyens et méthodes ayant pour but d’inspirer des idées, impressions et sentiments intenses ou complexes
Rites : Méthodes en usage dans une communauté concernant la manière de témoigner du respect envers une réalité supérieure
Savoirs : Manière de se représenter de manière ordonnée les choses et leur fonctionnement, et les compétences qui en découlent
Enracinement dans une communauté traditionnelle : Rattachement durable et profond à un ensemble délimité de personnes (partageant l’héritage d’une manière d’être au monde qu’elles transmettent) perçu comme distinct de la somme des vivants qui le composent à un instant donné, et n’ayant pas vocation à englober toute l’Humanité

Catégories : Arts, Chroniques de l'Âge de Fer, Rites, Savoirs | Étiquettes : , , , , , , , | Poster un commentaire

Païens « identitaires » et « universalistes » : un point de vue traditionnel

« Universaliste » ou « identitaire«  ? La question inquisitrice semble devenue incontournable dans le néopaganisme américain, et se répandre en Europe – sans même qu’on prennne le temps de savoir si tout le monde est d’accord sur la définition de ces mots, et y compris dans un cadre se voulant apolitique. Voici donc le point de vue de Robert L. Schreiwer, responsable de l’Urglaawe (« antique croyance », communauté païenne tribaliste, basée sur l’héritage des Deitsch, les Germano-américains de Pennsylvanie). Il est également cadre de l’association américaine The Troth (principale association Asatru du pays ne se revendiquant pas comme identitaire) et rédacteur à Wild Hunt (site d’information païen fortement engagé contre les discriminations raciales).

 

images.duckduckgo.com.jpg

Robert L. Schreiwer, responsable religieux Deitsch

C’est un débat que j’essaye fermement d’empêcher de contaminer l’Urglaawe. Partout où il passe, la division s’ensuit, et les extrêmes mènent la danse. Nous avons notre propre coutume et notre propre chemin, issu de la réalité engendrée par les premiers migrants allemands qui passèrent d’un continent à l’autre et commencèrent à interagir, échanger, et parfois se métisser avec des tribus indigènes, et aussi avec des colons gallois. Nous définissons nos communautés sur la base de valeurs partagées, de l’amitié, et du frith [NdT : terme intraduisible dans les langues latines, mais qui correspond à l’harmonie sociale conformément à la tradition]. Notre point de vue est celui de la culture germano-américaine, mais il n’est pas besoin d’être un Germano-américain pour prendre part à la communauté de l’Uglaawe. Nous ne  sommes, également, pas « universalistes », parce qu’il y a beaucoup de gens (de toutes les origines ethniques) qui ne sont pas prêts à se séparer du point de vue monothéiste.

La sagesse semble être, pour éviter des conflits internes qui ne font qu’encourager à la radicalisation de chaque camp, écraser le débat (syndrome de la « barricade à deux côtés »), et mener à des exclusions à tout va, de suivre ce tiers chemin.

Nos traditions païennes, parce qu’elles sont basées sur une pratique commune et pas sur une pensée commune, nous permettent de faire vivre ensemble nos coutumes sans partager les mêmes opinions politiques. Parce qu’il y a trop à faire pour perdre du temps en chamailleries : bâtir à nouveau des sanctuaires, restaurer nos grandes fêtes sacrées avec leurs danses et leurs jeux, faire vivre les valeurs fondamentales que sont la protection de la Nature, les lois de l’hospitalité, et le respect de la parole donnée.

blogger-image-1239356543

Autel Deitsch à Frau Holle, avec un Irminsûl, la forme germanique de l’Arbre-Monde Yggdrasill (source : The Troth)

Catégories : Chroniques de l'Âge de Fer | Étiquettes : , , , , , , , , , , | 2 Commentaires

A quoi peut encore servir la politique ?

JulianusII-antioch(360-363)-CNG

Classical Numismatic Group, Inc. http://www.cngcoins.com CC BY-SA 3.0

J’aime l’exemple des empereurs romains du Bas-Empire. Contrairement aux idées reçues, ils ne furent point des décadents. Au contraire, la valeur d’un Marc-Aurèle, d’un Julien, d’un Septime Sévère, Claude II, Probus, Aurélien, Valentinien, Théodose, Dioclétien ou d’un Constantin, est d’un rare mérite. Ce sont des hommes d’Etat et des soldats hors pairs, peut-être supérieurs à des Auguste ou des Césars. Pourtant, ils combattaient et régentaient dans le vent. Par leur puissance et leur énergie, ils parvinrent qu’à ralentir la mort d’un corps politique qui pourtant l’était déjà, l’Empire.

De Gaulle, le dernier des grands Français, avait tout compris. Dans « les Chênes qu’on abat… », dialogues avec Malraux, il reconnaît qu’il aura écrit la dernière page de l’Histoire de France, et il sait que ce qui n’est qu’une morphologie politique parmi tant d’autres, la France, était vouée à se transformer considérablement, comme l’Empire Romain du Ve siècle commença lui-même  à se transformer pour voir apparaître de nouvelles formes politiques, et, en quelque sorte, une nouvelle Histoire.

Désormais, à quoi sert donc la politique, si elle n’est plus qu’un théâtre d’ombres jouant au  pouvoir et rêvant à des restaurations impossibles ? Plus grand’chose, assurément. Toutefois, la politique a encore un rôle à jouer.

Si elle ne cherche qu’à retarder, qu’à restaurer, alors elle échouera, et le temps qu’elle fera perdre aux hommes sera catastrophique.  Mais elle peut envisager un autre objet : permettre l’accouchement du monde en germes en protégeant dans le chérubin ce qu’il y a de plus utile. Pour y parvenir, sa dignité sera de se retirer au maximum.

Les Européens, et parmi eux les Français, crèvent de déresponsabilisation. Quand leur corps politique était encore vivant et vivace, ils jetaient leurs yeux au Ciel et voyaient l’Etat, qui les embrassait dans une puissance commune ; il les protégeait, et les projetait. Aujourd’hui, quand leur corps politique n’est plus qu’une fiction, et qu’ils n’ont plus par conséquent qu’une fiction d’Etat, ils persistent à jeter leur yeux au Ciel mais ne voient plus rien. Le Salut par la politique n’est plus ; mais, misérables qu’ils sont, il attendent, à cause d’une trop longue habitude, les genoux à terre et les mains suppliantes. D’où les angoisses actuelles, la turbidité, la nervosité qu’aucune force ne semble pouvoir épancher.

http://www.rochedy.fr/2015/12/a-quoi-peut-servir-la-politique-dans-le-monde-nouveau.html

Catégories : Chroniques de l'Âge de Fer, Ethique, Savoirs | Étiquettes : , , , , , , , , , , | Poster un commentaire

A la limite

 

« Bien sûr, nous sommes résolument cosmopolites. Bien sûr, tout ce qui est terroir, bérets, bourrées, binious, bref, franchouillard ou cocardier, nous est étranger, voire odieux. Bien sûr, nous avons appris à penser à Vienne, à rock’n’roller à Londres, à rêver à Hollywood, à innover à Silicon Valley… » Ainsi parlaient Marc-Georges Bennamou, Pierre Bergé et BHL dans l’édito inaugural de la revue Globe, mensuel branché des années 80.

Trente ans plus tard, voici Limite. Après le libéralisme à deux faces, l’écologie intégrale. Contre l’utopie des nouvelles Babel, l’espérance de Noé sur son arche. Globe rêvait d’un monde ouvert, homogène, traversé d’individus fluides et désaffiliés. Nous préférons un monde divers, multiple, riche de l’incroyable variété de ses paysages et des sociétés qui la peuplent. Et si nous voulons résolument nous réenraciner, si tout ce qui est jet set, offshore, Sofitel et CAC 40, bref, hors-sol ou indifférencié, nous est étranger, voire odieux, c’est que nous sommes nous-mêmes d’une génération précarisée, éparpillée.

[…]

On avait rêvé la fin de l’histoire, on se réveille avec le terrorisme islamiste, le changement climatique et le chômage de masse. Le Marché devait nous libérer, et c’est le chaos qui nous traque. Combien de fois, après le 13 novembre, avons-nous entendu la rengaine ? Il faut continuer à vivre comme avant, sans rien remettre en cause. Et de fait, en plein deuil national, les nouvelles de la Bourse nous parvenaient entre deux pages de pub. Consommez braves gens, comme si de rien n’était, et puis Noël approche. L’État-policier au secours de l’impérialisme marchand, le voilà le prix de la sécurité dans le désordre global : toujours plus d’artefacts, et moins de liberté. Nous n’avons connu que la société de marché, mais nous ne serons pas les agents du profit dans l’enclos sécuritaire. C’est une vie décente, plus simple et plus digne que nous voulons défendre. Et cela commence par des lieux et des communs, des solidarités locales et des souverainetés reconquises. Un retour à la politique, en somme, sans déni ni repli. Nous devons cela à nos morts. Ceux de janvier, ceux de novembre. Et ceux qui viendront après

Source : A la limite

(P.S. du Chat Poron : et les binioù vous le rendent bien)

Catégories : Chroniques de l'Âge de Fer | Étiquettes : , , , , , , , | Un commentaire

Le Hamster d’Alsace

diapo000_hamster

Répartition_hamster_d'europe

Aire de répartition de Cricetus cricetus

Le Hamster d’Alsace (Cricetus cricetus, aussi nommé Hamster d’Europe, Grand Hamster, Marmotte de Strasbourg ou Kornfàrel / « petit cochon des blés » en alsacien) est un rongeur présent en Europe de l’Est et en Asie centrale. A noter qu’il ne s’agit pas du hamster domestique, Mesocricetus aureus, originaire de Syrie. En Europe de l’Ouest, le Grand Hamster n’est présent que dans certaines zones très limitées, comme en Belgique, en Alsace ou très faiblement en Allemagne : en effet, il n’habite que les plaines limoneuses, c’est-à-dire les terres les plus fertiles quand elles sont bien arrosées. Considéré comme un nuisible, des actions massives d’empoisonnement au phosphure d’aluminium et de traque dans les terriers ont été menées à partir des années 60… si bien que, en 1993, il a dû être déclaré « espèce protégée » pour éviter son extinction totale du territoire français. En effet, l’urbanisation croissante et la monoculture de maïs intensive dans la plaine d’Alsace (servant à nourrir le bétail européen en mélange avec du soja OGM américain) ont détruit ses habitats naturels à une vitesse fulgurante.

Or, il joue un rôle important dans le fonctionnement de son écosystème, car il est la proie de nombreux rapaces et serpents, dont la survie devient à son tour remise en question. Ses terriers abandonnés favorisent aussi la survie de plusieurs espèces rares de crapauds, eux aussi déjà menacés par l’agriculture industrialisée. Et surtout, il favorise la dispersion de nombreuses plantes à graines en les stockant sous terre dans des conditions favorables pour germer… d’où son nom de hamstern (qui signifie « faire des réserves » en allemand).

Ce hamster est aussi un exemple, dans la mesure où il n’hésite pas à défendre ses petits et son terrier… parfois même, dit-on, face à un berger allemand !

Catégories : Savoirs, Zoologie | Étiquettes : , , , , , , , | Poster un commentaire

Que dire à un jeune de 20 ans (Hélie de Saint-Marc)

Que dire à un jeune de vingt ans ?

Helie_de_St_MarccESO_15

Quand on a connu tout et le contraire de tout,
quand on a beaucoup vécu et qu’on est au soir de sa vie,
on est tenté de ne rien lui dire,
sachant qu’à chaque génération suffit sa peine,
sachant aussi que la recherche,
le doute, les remises en cause
font partie de la noblesse de l’existence.

Pourtant, je ne veux pas me dérober,
et à ce jeune interlocuteur, je répondrai ceci,
en me souvenant de ce qu’écrivait un auteur contemporain :

«Il ne faut pas s’installer dans sa vérité
et vouloir l’asséner comme une certitude,
mais savoir l’offrir en tremblant comme un mystère».

A mon jeune interlocuteur,
je dirai donc que nous vivons une période difficile
où les bases de ce qu’on appelait la Morale
et qu’on appelle aujourd’hui l’Ethique,
sont remises constamment en cause,
en particulier dans les domaines du don de la vie,
de la manipulation de la vie,
de l’interruption de la vie.

Dans ces domaines,
de terribles questions nous attendent dans les décennies à venir.
Oui, nous vivons une période difficile
où l’individualisme systématique,
le profit à n’importe quel prix,
le matérialisme,
l’emportent sur les forces de l’esprit.

Oui, nous vivons une période difficile
où il est toujours question de droit et jamais de devoir
et où la responsabilité qui est l’once de tout destin,
tend à être occultée.

Mais je dirai à mon jeune interlocuteur que malgré tout cela,
il faut croire à la grandeur de l’aventure humaine.
Il faut savoir,
jusqu’au dernier jour,
jusqu’à la dernière heure,
rouler son propre rocher.

La vie est un combat
le métier d’homme est un rude métier.
Ceux qui vivent sont ceux qui se battent.

Il faut savoir
que rien n’est sûr,
que rien n’est facile,
que rien n’est donné,
que rien n’est gratuit.
Tout se conquiert, tout se mérite.
Si rien n’est sacrifié, rien n’est obtenu.

Je dirai à mon jeune interlocuteur
que pour ma très modeste part,
je crois que la vie est un don de Dieu
et qu’il faut savoir découvrir au-delà de ce qui apparaît comme l’absurdité du monde,
une signification à notre existence.

Je lui dirai
qu’il faut savoir trouver à travers les difficultés et les épreuves,
cette générosité,
cette noblesse,
cette miraculeuse et mystérieuse beauté éparse à travers le monde,
qu’il faut savoir découvrir ces étoiles,
qui nous guident où nous sommes plongés au plus profond de la nuit
et le tremblement sacré des choses invisibles.

Je lui dirai
que tout homme est une exception,
qu’il a sa propre dignité
et qu’il faut savoir respecter cette dignité.

Je lui dirai
qu’envers et contre tous
il faut croire à son pays et en son avenir.

Enfin, je lui dirai
que de toutes les vertus,
la plus importante, parce qu’elle est la motrice de toutes les autres
et qu’elle est nécessaire à l’exercice des autres,
de toutes les vertus,
la plus importante me paraît être le courage, les courages,
et surtout celui dont on ne parle pas
et qui consiste à être fidèle à ses rêves de jeunesse.

Et pratiquer ce courage,
ces courages,
c’est peut-être cela

«L’Honneur de Vivre»

Catégories : Arts, Ethique, Poésie | Étiquettes : , , , , , , | Poster un commentaire

Propulsé par WordPress.com.