Des coutumes païennes de Norvège dans une loi chrétienne

Pour connaître les pratiques païennes, il est souvent utile d’étudier des textes de lois chrétiennes qui interdisent ces pratiques. En effet, pour interdire il faut nommer et parfois décrire ce qu’on interdit.

Le document étudié ici est la Eiðsifaþingslǫg: Kristinn réttr hinn forni (« Loi de l’assemblée du district d’Eiðsifa [en Norvège] : le droit chrétien a raison par rapport à l’antiquité »), écrit en 1268. En voici les extraits les plus intéressants :

« 24.1 : Aucune personne n’est autorisée à avoir dans sa maison un bâton [taillé de manière à représenter une divinité = stafr] ou un piédéstal [sur lequel se trouvent des représentation des divinités = stallr ; c’est un « autel domestique » différent de l’autel en extérieur, nommé hörgr], ou de la magie [= vit] ou un sacrifice [= blót], ou ce qui appartient à la tradition païenne [= hæiðins siðar].

24.2 : A présent, si on découvre, dans une maison qui n’est pas verrouillée, un sacrifice [= blót], ou une offrande de nourriture [= matblót], ou une effigie [= leirblót] formée d’argile ou de pâte à laquelle on a donné forme humaine, il [le propriétaire] devra s’innocenter par un serment de bon droit [= lýritt]. Il aura une amende de trois pièces si le serment est invalide [parce que le nombre minimum de témoins valides n’est pas atteint].

24.3 : Mais si cela est découvert dans [un lieu] avec un verrou, ou dans une cuve, un coffre, des boîtes ou des caisses, alors celui qui possède la clé sera mis hors-la-loi [= exilé et déchu de la totalité de ses droits : c’est la peine maximale en droit scandinave ancien]. »

Pour illustrer ceci, un leirblot (figurine d’argile) daté du IVe ou Ve siècle, découvert à Spangereid dans la province de Vest-Adger, dans un contexte rituel (avec de la vaisselle décorée, des os humains incinérés, et un rouet à filer le lin) :

Leirblot (figurine d’argile) trouvée à Spangereid (Norvège). IVe ou Ve siècle.

La question des « effigies ayant forme humaine » se rapproche de pratiques interdites dans l’Indiculus superstitionum et paganiarum, catalogue de pratiques païennes interdites mais encore pratiquées sous Charlemagne chez des Germains du continent et des Gallo-romains. Les points 26 à 29 interdisent les effigies (simulacro) « faites de farine répandue », « faites de tissu », « promenées à travers la campagne », ainsi que « les pieds et les mains faits en bois selon le rite païen » (ex-votos déposés pour demander ou remercier d’une guérison, le membre malade est sculpté dans du bois et laissé dans la source ou le temple).

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Les (re)fondations philosophiques du paganisme grec face au christianisme

Face à la christianisation, des philosophes grecs païens (Porphyre de Tyr et Jamblique) ont donné une fondation philosophique à leur religion : nature et vertus des Dieux et de l’âme humaine, efficacité des rites, crédibilité et cohérence de la Tradition. Une précieuse leçon pour justifier philosophiquement la renaissance des paganismes européens !

Cerises sur le gâteau : 1) le sujet est traité en détail dans un mémoire de sciences des religions nouvellement paru et disponible en lecture intégrale ci-dessous, 2) l’auteur fait partie de la nouvelle génération d’universitaires païens.

L’arbre de Porphyre – représentation du XVIIIe siècle
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Théismes, athéismes et agnosticismes chez les Hindous païens

Les néopaïens occidentaux ont des opinions variées concernant le Divin, et plus spécifiquement concernant les divinités du ou des panthéons dont ils se revendiquent. Les deux opinions les plus courantes sont les suivantes :

A) « Les divinités sont des archétypes, des symboles, des métaphores, … mais n’existent pas réellement ». La conclusion la plus courante est qu’il n’est pas utile de pratiquer les rites qui les honorent ; mais certains le font pour des raisons esthétiques, psychologiques, sociales, politiques, etc. C’est ce qu’on peut nommer la position « athéiste ».

B) « Les divinités existent vraiment et sont complètement distinctes les unes des autres ; d’ailleurs il est irrespectueux de les confondre ». La conclusion la plus courante est qu’il est utile de les honorer, en prenant bien garde à ne pas honorer en même temps Apollon et Belenos ou Hercules et Thorr. C’est ce qu’on peut nommer la position « théiste ».

Les « athéiste » ont tendance à considérer les théistes comme des chrétiens et/ou des idiots ; les « théistes » ont tendance à considérer les athéistes comme des poseurs qui veulent juste se donner un style. Les agnostiques n’ont généralement pas d’avis, donc pas grand-chose à dire. Toute tentative de débat tourne soit (au mieux) à la simple répétition d’opinons et d’arguments bien connus qui ne font pas avancer la question, soit (au pire) aux généralisations et aux insultes.

N’y aurait-il pas des issues plus enrichissantes à cette question ? La philosophie païenne hindoue, qui a été mise très tôt par écrit et qui a continué à évoluer de manière ininterrompue jusqu’à aujourd’hui, a l’avantage d’avoir des racines communes avec les traditions païennes européennes. Elle comporte six principales écoles philosophiques dites « orthodoxes » (âstika, c’est-à-dire basées sur les hymnes rituels des Védas, la plus ancienne tradition sacrée indo-européenne parvenue jusqu’à nous). Les brahmanes, c’est-à-dire les sages de la Tradition hindoue, peuvent donc enseigner des opinions différentes et célébrer les rites ancestraux ensemble. C’est parce que les religions païennes ne sont pas basées sur l’orthodoxie (« la bonne croyance ») mais sur l’orthopraxie (« les bonnes pratiques »). Mais voyons donc voir un peu plus en détail les différentes opinions des brahmanes traditionnels…

L’école Nyâya (qu’on peut traduire par « logique », application de règles de raisonnement) : la connaissance provient de la perception, du raisonnement logique, du raisonnement par comparaison, et des sages de la Tradition. Le cosmos peut se comprendre en faisant usage de son intellect. L’existence des dieux est une des hypothèses pour expliquer le fonctionnement du cosmos, mais elle n’est pas indispensable. Les rites traditionnels sont donc conseillés, mais pas indispensables.

L’école Vaisheshika (qu’on peut traduire par l’étude des « particularités » de chaque objet perceptible) : la connaissance provient uniquement de la perception et du raisonnement logique. Le cosmos est constitué de particules microscopiques indivisibles (les atomes). Les dieux, s’ils existent, sont donc aussi constitués d’atomes. Les rites traditionnels sont donc facultatifs, et leur utilité ne peut être prouvée que par l’observation ou le raisonnement.

L’école Sâmkhya (qu’on peut traduire par « l’énumération » des composantes du cosmos) : la connaissance provient de la perception, du raisonnement logique, et des sages de la Tradition. Le karma [qu’on pourrait très grossièrement traduire par « destin »] est le principe de fonctionnement du cosmos ; mais l’existence des dieux, elle, n’est pas prouvée. Les rites traditionnels sont donc nécessaires et utiles, sauf cela est contredit par l’observation ou le raisonnement.

L’école Yoga (qu’on peut traduire par « l’union » du corps et de l’esprit) : la connaissance provient de la perception, du raisonnement logique, et des sages de la Tradition. Une grande importance est accordée à la pratique de l’éthique quotidienne et des exercices spirituels. Le Divin est la part suprême, inchangée, immatérielle de chacun d’entre nous. Les rites traditionnels sont donc nécessaires et utiles, sauf si ils sont contredits par l’observation ou le raisonnement ; et nos expériences spirituelles personnelles sont plus importantes que la tradition [Note : « le yoga » pratiqué en Occident est une version restreinte, simplifiée, et désacralisée du hatha yoga, qui lui-même n’est qu’une des sous-écoles de la philosophie Yoga].

L’école Mîmâmsâ (qu’on peut traduire par « l’interprétation » de la Tradition) : la connaissance provient de la perception, du raisonnement logique, du raisonnement par comparaison, des hypothèses provisoires, et des sages de la Tradition. Sa particularité est d’exiger un grand nombre de preuves différentes pour valider définitivement une affirmation. Pour être acceptée en tant que vérité, il faut qu’une opinion soit à la fois 1) vérifiable par nos sensations, 2) impossible à réfuter logiquement, et 3) cohérente avec toutes les autres vérités. Comme il extrêmement difficile de prouver quelque chose, la Tradition fait office de repère provisoire, car elle a prouvé sa viabilité par l’épreuve du temps. En ce qui concerne les dieux, les mythes donnent des réponses incomplètes, métaphoriques et parfois contradictoires sur leur nature ; mais toutes les traditions insistent sur l’importance de les honorer selon les rituels ancestraux. Il n’y a donc pas de vérité prouvée sur les dieux, mais il est de la plus haute importance de les honorer selon les rites les plus antiques possibles, car c’est ce qui maintient l’harmonie du cosmos, de la société, et de chaque personne humaine.

L’école Vedanta (qu’on peut traduire par « le dépassement de la Tradition ») : pour certaines variantes (les variantes dualistes), la connaissance provient en premier lieu des sages de la Tradition, puis de la perception, et enfin du raisonnement logique. Pour la variante non-dualiste (Advaita Vedanta, la plus courante), la connaissance provient de la perception, du raisonnement logique, des sages de la Tradition, des comparaisons, des hypothèses provisoires, et enfin de la preuve par l’absence de perception contraire. Il existe de nombreuses variantes du Vedanta, mais toutes considèrent que le Divin est la cause du cosmos. Les divergences concernent le fait de savoir si le Divin et le cosmos sont une seule et même chose (non-dualisme, aussi nommé monisme) ou deux choses différentes (dualisme). Dans les courants non-dualistes, les divinités ne sont pas – ou pas totalement – distinctes les unes des autres, mais les humains non plus… Tout comme, dans la plupart des écoles bouddhistes, les divinités n’existent pas réellement, mais les humains non plus. L’opinion du Vedanta concernant les rites est variable : pour les dualistes, les rites traditionnels sont utiles s’ils sont pratiqués avec dévotion, car ils nous rapprochent du Divin. Pour les non-dualistes, les rites traditionnels sont nécessaires à l’harmonie de toute société humaine, utiles à tous ceux qui n’ont pas pleinement réalisé leur unité avec le cosmos, et ne deviennent facultatifs que pour une infime minorité d’éveillés spirituels.

Naturellement, toutes ces opinions ne seront jamais exprimées ou prises en compte tant que nous resterons dans un débat limité aux idéologies abrahamiques : le judaïsme, le christianisme, l’Islam, mais aussi les laïcismes post-chrétiens (le libéralisme des Lumières, l’athéisme marxiste, et le néopaganisme occidental).

Si nous voulons réellement avoir une attitude païenne, c’est-à-dire qui ne soit pas limitée par les idéologies abrahamiques, il nous faut donc à la fois revenir aux sources de nos traditions ET nous inspirer des traditions païennes ininterrompues qui existent encore de par le monde. En ayant pleinement conscience que les laïcismes post-chrétiens ne sont qu’une autre forme d’idéologie abrahamique, pas un antidote.

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Différencier « clairières néodruidiques » et « clans celtiques »

« Une clairière néodruidique est une institution moderne (datant de la fin du XVIIIe siècle) qui vise à procurer des initiations néodruidiques et à se retrouver entre personnes ayant reçues lesdites initiations, selon un mode de fonctionnement similaire à la franc-maçonnerie.

Un clan celtique est un groupe de personnes, liées par une fraternité de sang ou par une fraternité jurée, qui pratiquent au quotidien les traditions celtiques, en particulier en matière de rites et d’éthique. Cela se fait sur le modèle des institutions tribales celtiques, qui remontent à l’Antiquité et ont continué après la fin de l’institution druidique et par-delà la christianisation. C’est la forme qui est préférée par la majorité des païens celtiques reconstructionnistes aujourd’hui dans le monde, sauf peut-être chez les francophones.

Ceux qui optent pour une forme clanique considèrent en général que le titre de « druide » ne peut se porter qu’après vingt années de pratique et d’étude intensives des savoirs druidiques (lesquels sont pour la plupart à reconstituer), cette période devant mener à un apprentissage exhaustif, et ce uniquement par voie orale. Conclusion évidente : 99%, si ce n’est 99,99%, si ce n’est la totalité, des gens qui se donnent un tel titre ne remplissent pas ce critère.

Pour ce qui nous concerne, après dix années de lectures universitaires, de pratique régulière des rites, et d’échanges avec les néodruides francophones les plus pointus comme avec les reconstructionnistes gaéliques les plus sérieux, nous estimons que nous serions seulement tout juste en mesure de commencer à essayer de reconstituer le fameux corpus, qui serait à apprendre entièrement par coeur par le candidat au rang de druide.

Autant dire que ce n’est pas pour tout de suite, et possiblement pas pour notre génération – mais comme les structures claniques ont par essence une vocation transgénérationnelle, ce n’est pas un si gros problème. Notre génération pose les bases d’une communauté fonctionnelle, solidaire, et vivante. La génération suivante structurera cette communauté et verra en merger des leaders talentueux, dévoués et bien formés. La génération qui viendra encore après celle-ci aura le terrain prêt pour une éclosion complète et naturelle d’une institution druidique qui sera à la fois issue des plus anciennes et plus authentiques traditions, apte à exercer pleinement ses responsabilités dans les défis inouïs de son époque, et dédiée à bâtir un avenir pour les générations futures des siècles à venir. »

(communication du clan Beltan concernant le très intéressant projet « Paroles de druides« )

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Les Européens indigènes ne sont pas des « Occidentaux »

Nous pourrions affirmer que notre culture est occidentale. Mais tandis que les cultures non-occidentales sont toujours de quelque part, l’Occident ne semble être nulle part, ou partout. Suivant la direction du soleil couchant, nous pourrions traverser toute la planète sans pour autant le trouver. En comparaison de toute communauté locale singulière, aussi proche ou éloignée soit-elle, l’Occident fait figure de « monde extérieur », de « société globale » ou de « majorité ». C’est un monde caractérisé de manière négative, par l’expérience de la non-appartenance ou de l’aliénation, un monde où l’uniformité de masse a dépassé la diversité de la tradition, et dans lequel tout homme existe non pour les autres, mais uniquement pour lui-même. De manière plus positive, peut-être, l’idée d’Occident évoque l’image de la personnalité autonome et l’esprit de la liberté individuelle, deux pierres angulaires de la philosophie politique libérale avec laquelle le monde occidental est largement identifié.

« L’individu occidental », comme son frère « l’homme économique », est un être constitué indépendamment et préalablement à son implication dans un réseau de relation quel qu’il soit. C’est pourquoi rien de tel qu’un « Occidental » ne peut exister, dans la mesure où le suffixe -al implique l’appartenance à un lieu ou à un peuple, au point d’en faire un ingrédient de l’identité personnelle. Faire partie de l’Occident, c’est refuser d’admettre que l’appartenance, comprise en ce sens, puisse avoir la moindre influence sur l’identité personnelle.

(Tim Ingold, Marcher avec les dragons, p. 267)

 

L’Occident n’est pas l’Europe, et l’Europe n’est pas l’Occident. L’Occident est, précisément, ce qu’il y a de plus fondamentalement opposé à la civilisation européenne traditionnelle, tout comme l’Occident est opposé à toutes les civilisations traditionnelles de la planète.

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Le Cycle de Mai – partie 1

Scène de quête du 1er Mai en Lorraine (Trimazo)

   Sur les terres de France, le Cycle de Mai s’ouvre dans la nuit qui mène au 1er Mai. Ce n’est pas sous le nom de Beltane qu’on le célèbre. On le nomme généralement, tout simplement, Le Mai. En Bretagne c’est plutôt Kala-Hañv, Moselle germanique Hexenaat, et Walpurgisnacht en Alsace.


   Dans presque toute la France, alors que la nuit est déjà bien entamé, les jeunes hommes de tous lieux allaient aux bois couper un jeune arbre, un rameau ou un bouquet, pour le déposer sur la façade de la maison de la fille convoitée (en amour, amitié, ou vindicte), ou bien l’accrocher sur la porte, la fenêtre ou sur le toit, voire sur la cheminée parfois! L’essence utilisé définissait le sentiment voulant être partagé. Il y a des variations régionales, mais on retrouve généralement, de manière non exhaustive :
_Le chêne ; sentiments fort
_Le charme ; tu es charmante
_Le hêtre ; tu es douce / je te fais confiance
_Le cerisier ; fille facile
_Le houx ; fille désagréable
_Une charogne ; ….
   Les jeunes femmes honorées d’un Mai élogieux organisaient l’arrosage de leur aimable donateur le dimanche suivant. Pour qu’il se fasse reconnaitre, il fallait simplement qu’elles se parent d’un morceau de leur Mai (ruban, fleure, branche) dans l’après-midi ou le soir au bal. Ainsi le jeune homme verra son cadeau accepté et pourra « se faire connaitre » devant la belle et se faire payer une « compensation ».
   Durant cette nuit, il n’était pas rare que les jeunes hommes se laissent aller à quelques querelles et fourberies…
   La tradition du muguet est toute récente et nous vient des marchands de fleures d’Ile-de-France. Elle s’est répandu avec l’avènement du capitalisme vers la fin du XIXe siècle.

   Au petit matin, il était courant d’aller cueillir la rosée sur l’herbe fraiche avant la levée du jour à l’aide d’un torchon propre. Cette eau de Mai, a pour vertu, disait-on, d’adoucir la peau et donner un teint frais. Nettoyer les pis des vaches et chèvres avec donnerait davantage de lait. Marcher nu-pieds dans la rosée rendrait plus endurant au longues marches, c’est pour ça que certain éleveurs y faisaient marcher leurs bête très tôt ce matin là, pour les préparer à l’estivage. Et s’y rouler entièrement nu permettrait d’attirer de potentiels partenaires… En tout cas on ne peut pas nier l’aspect vivifiant de cette pratique.
   Jusque là, au grand damne des néo-païens, à part de manière trop sporadique, il n’a pas été répertorié en France de feu de joie ni de « sabbat de sorcières » cette nuit là (pratiques et croyances plutôt germanique, et très christianisé). Tout au plus quelques pratiques magique, souvent infructueuse, de paysans désespéré. Comme le fait d’aller couper une poignet de l’herbe des prés du voisin à la serpe, et la déposer dans son propre fumier pour s’approprier son abondance.

J’ai omis de dire que les jeunes gens, la veille du Mai, nettoyaient, et apprêtaient les puis et les fontaines d’un Mât de Mai (généralement un épicéa), de rubans et de guirlandes de fleures de branche et mobiles de coquilles d’œufs. Le lendemain on venait y cueillir l’eau pour la boire et en donner aux animaux domestiques. Elle avait pour vertu de prévenir des maladies. Il était bon de se nettoyer les yeux avec. On aspergeait les maisons, les étables et écuries avec pour les protéger de la foudre et des incendies. Par contre, hormis dans les territoires germanique, on ne se baignait pas dans les fontaines.

Mât de Mai sur fontaine de village

Autre fait important du Mai, c’est la quête de la Reine de Mai (Trimazo en Lorraine). Assez généralisé en France, cette tradition revêt un grand nombre de noms et de formes différentes. La Reine est tantôt immobile sur une chaise, tantôt ambulante, parfois en couple, portant un Mai on non, etc… Mais invariablement c’est une enfant (moins de 15 ans), vêtue de blanc, parait et couronnée de fleures, le visage caché, accompagné de servantes avec qui elle va, en chantant et dansant, quêter quelques menus sous et friandises pour finir en collation en fin de tournée.

Exemple anglais de Reine de Mai immobile et ses servantes, à Great Rollright, 1938

Ainsi s’achève le 1er jour de Mai.

(Ceci est une description générale à ne pas prendre au pied de la lettre. Il existe un bon tier du territoire français si ce n’est plus, où le Mai n’est pas célébré, ou pas de cette manière. Le mieux est de se renseigner au niveau local pour prendre connaissance des pratiques spécifique au territoire. Ce genre de source est facilement accessible sur des blogs de reconstitution folklorique local, ou en médiathèque. Le rayon « régionalisme » y est souvent bien rempli. Le site gallica.bnf.fr offre aussi de nombreux documents folklorique régionaux)

En Résumé

Nettoyage et décoration des points d’eau publique importants la veille par la jeunesse.
Offrande de Mai par les jeunes hommes dans la nuit.
Cueillette de la rosée pour se vivifier.
Cueillette des eaux vives pour prévenir des maux et soigner les yeux.
Quête de la Reine de Mai par les enfants.

Analyse

   Comme on peut le voir, c’est la jeunesse qui est mise à l’honneur dans cette fête. Et la nature bien entendu. Les chants de quête nous informent sur l’égard apporté aux plantes fleurissante et aux céréales si grande. Ce ne serait pas une surinterprétation que de considérer ces chants comme des formules magiques pour faire fructifier la nature, et surtout les récoltes. La quête serait un rite d’abondance où les habitants du village serait mis à contribution. S’ils n’offraient rien, ils recevaient des formules comminatoire, mais s’ils offraient des friandises, alors c’était des louages.
   Les rites lié à l’eau et au fontaines ne sont pas une composante exclusive au Mai, ils soulignent simplement l’importance et la puissance de ce jour. Le fait d’y ériger un Mai est une pratique sociale, et non spirituelle. Cela dit, dans le pays messin, le Mai a « vertu de provoquer des rêves annonciateur ». Peut-on lié cela avec l’eau et aux pratiques magique gallo-romaine de divination dans les sanctuaires dédié aux fontaines sacrées et à Lugus, dieu (d’apparence jeune) bien connu pour son rapport aux sources, au soin des yeux et à la divination? L’idée me plait beaucoup, mais sans élément suffisant on ne peut rien affirmer.
   Quant aux offrandes de Mai des jeunes hommes dans la nuit, comme le dit Van Gennep en singeant Freud : « Le Mai aux filles, [serait] l’explosion temporaire périodique des sentiments refoulés en période normal ». C’est la meilleure explication que j’ai pu trouver. Pourquoi à cette date en particulier? Pas la moindre idée. Il serait un peu trop facile de l’associer directement à une ancienne tradition celtique ou romaine hypothétique. Néanmoins je pense que c’est simplement parce que le moment y est propice. Ces nuits raccourcissent, se réchauffent, les travaux à la ferme ne sont pas encore laborieux, et les arbres et les plantes sont en frondaison et floraison. Le tout à l’entré d’un nouveau mois, toutes les conditions sont réunis pour en faire une jour particulier!
   Je n’ai pas parlé des bûchers, car comme dit, ils n’y en a pas en France en cette période. Sauf en Bretagne, héritière des traditions brittonique des Cornouailles. Ces bûchers sont généralement pratiqué durant les cycles de carnaval, de pâque, et de la saint Jean. Nous en parlerons donc au moment venu.

Ravivement Païen

   (C’est toujours très délicat de donner des pistes de « repaganisation » de nos traditions, parce que chaque individualité a son propre ressenti et ses propres convictions, ce qui entraine fatalement des désaccords. Mais une chose est certaine, c’est que le paganisme est, à la base, une pratique sociale, particulière a un territoire, et non individuelle. Donc si on veut repopulariser le paganisme, il va falloir mettre nos égos de côté et commencer à penser à l’échelle de nos communauté, de nos villes et villages, voire de nos cantons, à minima. Le but étant de reprendre le fil là où il a été brisé, il serait donc malvenu de falsifier nos traditions par des ajouts extérieurs simplement parce qu’ils nous plaisent (type beltane, dieux nordiques et consort). Là où il y aura matière à débat, c’est quels dieux honorer, où quand comment, et quel mythe rattacher à quel rite.)

   Déjà, la veille du 1er Mai, commencer par se remparer de l’espace publique, et ne pas avoir honte d’aller entretenir et décorer les fontaines. Parler longtemps à l’avance de cet événement à son entourage, y aller entre amis, en faire un moment partagé aussi conviviale que la décoration du sapin de noël en famille. Le but est de donner envie aux jeunes de nous imiter et refaire ça les années suivantes. Rajouter des effigies de Grannos et Sirona (ou nom équivalent selon la région), statuettes ou simple planches avec leur nom au sommet des fontaines serait une belle initiative! Un premier pas vers la matérialisation du paganisme.

Enfants décorant la fontaine d’un Mai

Dans la nuit du 30 avril, inciter les jeunes hommes et femmes célibataires à aller déposer un rameau décoré avec un mot ou un bouquet de fleure confectionné par leurs soins sur le rebord de la fenêtre ou au pied de la porte de la personne convoitée. Bien leur faire comprendre que la saint valentin c’est une tradition récente en France, répandu par le capitalisme, comme pour le muguet, et qui nous vient de Grande Bretagne!
Le rite de cueillette de la rosée, et se rincer le visage avec, a ça d’important qu’elle permet avant tout de marquer ce jour comme particulier, et par ce geste d’ablution nous fait entrer dans un jour sacré. S’il n’est pas possible d’avoir accès à la rosée, on peut faire un macérat léger de plantes médicinales de saison cueilli la veille, simple suggestion. Le plus important me semble être de se réveiller avant le lever du soleil, et faire ses ablutions (pour les plus scrupuleux dans l’observance des rites).
Pour la Reine de Mai, simplement s’y prendre comme décrit dans les livres de folklore locaux (trouvable en librairie et facilement en médiathèque), et juste changer un peu les paroles des chansons de quête, parce qu’on ne quête pas pour la vierge marie… Mais plutôt pour la Bonne Mère, la Bonne Déesse par exemple. En tout cas une divinité régionale qui fait fructifier les récoltes, qui apporte l’abondance.
Perpétuer l’aspersion des maisons (la sienne et celle des voisins si vous êtes sympa hahaa) avec l’eau des fontaines, pour créer de l’animation dans les rues et donc faire vivre l’événement, et rassurer les habitants aussi. Quant à la consommation de l’eau des fontaines, aujourd’hui je la déconseille, à part filtré et bouilli… Se laver les bras et les yeux avec serait une idée. Et tout ça au nom de Grannos (borvo, etc… selon la localité), ou même Lugus? Belenos n’est pas un dieu jeune, contrairement à Grannos, toujours représenté imberbe. En tout cas les Dieux honoré, et la manière de faire en ce jour doivent être débattu. Ce ne sont que des pistes, il faudrait ouvrir un forum pour ces sujets là. Il est important de savoir clairement quoi faire et de savoir en parler correctement.
Terminer la journée par un bal, une soirée au bar ou chez des amis, en se parant et couronnant de fleures pourquoi pas, et retrouver la personne convoitée. Et déguster quelques mets locaux traditionnel, tel que le waldi en Moselle, ou maitrank!

Bal dans une grange de Rupt sur Moselle, Charles Pinot

Sources :
« Le Folklore Français », Arnold Van Gennep
« Le Folklore de France », Paul Sébillot
« Folklore des hautes Vosges », Léopold-François Sauvé

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L’espace sacré dans la tradition celtique

Contribution du clan Beltan au projet « Paroles de druides », thème n°2 : https://parolesdedruidescom.home.blog/2019/12/10/espace-sacre-clan-beltan/

I) Préliminaires

L’espace sacré est un des principaux éléments du rite, qui est la rencontre d’un moment, d’un lieu, d’une assemblée, et d’une liturgie. Le lieu a ceci de particulier que, contrairement aux autres éléments, il subsiste entre les rites, et doit être maintenu en état.

Les lieux sacrés sont donc d’abord ceux que la tradition nous prescrit de respecter et de protéger : sanctuaires antiques (Indiculus Superstitionum Et Paganiarum, IV ; J.-L. BRUNAUX, Les religions gauloises), sources et fontaines (ISEP, XI ; J. LACROIX, Le celtique dēvo- et les eaux sacrées), pierres levées (ISEP, VII), bois et arbres sacrés (ISEP, VI ; MAXIME DE TYR, Dissertations, VIII, 8 ; E. ASTIER, La sacralisation de l’espace par le centre dans l’idéologie celtique), sépultures des ancêtres (ISEP, I & XXV)… Pour la survivance de la sacralité de ces lieux, on peut consulter les ouvrages de Dominique Camus, comme Tombes guérisseuses, arbres à souhaits et lieux sacrés en Bretagne ; on trouvera aussi, dans de nombreux cas, des indices concernant la christianisation de lieux de culte celtique sous le vocable d’un saint catholique auquel sera dédié la chapelle, église, ou cathédrale (P. WALTER, Saint-Corentin et l’anguille de la fontaine ; D. GRICOURT & D. HOLLARD, Les saints jumeaux héritiers des dioscures celtiques : Lugle et Luglien et autres frères apparentés ; P. LAJOYE, Raven et Rasiphe : des jumeaux mythologiques ?). A ces lieux sacrés traditionnels, il faut ajouter l’autel domestique et, de manière élargie, la demeure et son terrain (ISEP, XVII & XXIII & XXVIII), ainsi que, le cas échéant, le sanctuaire dans lequel un groupe contemporain célèbre ses rites.

On notera que les religions abrahamiques n’ont en général pas d’espace sacré à la base. Le judaïsme en a un seul, le Temple de Jérusalem, dont la destruction a donné une place un peu plus importante aux lieux de rassemblement et d’enseignement, les synagogues. De même, l’islam n’en a qu’un, la Mecque, reprise directe de ce sanctuaire païen arabe ; les mosquées sont essentiellement des lieux de rassemblement et des « collecteurs » qui canalisent les prières vers la Mecque, dont la direction est toujours indiquée par un minbar. Quant au christianisme, il n’a à l’origine pas d’espace sacré, et ne développera que plus tard le recueillement sur les sépultures des martyrs, puis la transformation de sanctuaires païens en cathédrales, églises et chapelles. Les formes de christianisme et d’Islam qui recherchent un retour à leur pureté originelle (protestantisme évangélique, Témoins de Jéhovah, Frères Musulmans, salafisme) sont d’ailleurs fermement opposées aux espaces sacrés, hérités des religions païennes.

Au contraire, les religions traditionnelles ont un rapport à l’espace qui ancre localement le sacré. Chaque espace sacré possède une sacralité qui lui est propre, et n’est pas qu’un portail vers un Sacré unique, et encore moins un simple lieu conventionnel de rassemblement des fidèles. Le lieu fait partie intégrante du rite en modulant l’expression de la liturgie ; et, inversement, le rite va entraîner une modification du lieu, en l’aménageant de manière à ce que la liturgie puisse s’y dérouler, en y laissant des offrandes votives, et enfin en chargeant le lieu de puissance sacrée. C’est la raison pour laquelle un endroit récemment consacré est moins puissant qu’un sanctuaire antique dans lequel des rites ont été régulièrement célèbrés pendant des siècles, voire des millénaires, et c’est aussi la raison pour laquelle célébrer ses rites en un lieu donné leur confère davantage de force que de changer de lieu à chaque fois.

[Puisque nous parlons « d’espace sacré », il peut être important de faire une courte digression concernant le « sacré » celtique. Il s’agit en réalité de deux concepts différents, bien que reliés. Comme souvent, seul l’irlandais a conservé les deux termes : noíb (gaulois noibos, gallois nwyf, breton *noav) et síd (gaulois *sedos ou *sedon, gallois hedd conservé dans le sens de « paix, repos », breton *hez conservé sous la forme du forme du verbe désuet hezañ = « cesser, être en paix, demeurer »).

Le noibos vient d’une racine signifiant aussi « brillant, éclatant », et son descendant gallois nwyf a le sens de « vigueur, passion ». En irlandais, il a gardé le sens de « sacré », et a été utilisé pour traduire le terme chrétien de « saint ». C’est l’équivalent du grec ancien hieros ou du germanique *hailaz : une force vitale qui circule entre les lieux de ce monde et avec les autres mondes, entre les humains et avec les dieux, ancêtres et génies. Chaque endroit a donc plus ou moins de sacralité noibos selon les moments et selon les rites qui s’y déroulent.

Le sedos, au contraire, est presque littéralement une « demeure », si ce n’est un « lieu de repos ». C’est un lieu qui est séparé de l’activité humaine et profane : il est dédié à une divinité, et devient sa propriété exclusive à tous points de vue, à tel point qu’il ne fait même plus partie du monde des mortels. C’est l’équivalent du grec ancien hagios ou du germanique *wihaz. Un endroit donné n’est pas plus ou moins sedos : il l’est complètement ou ne l’est pas. Selon les moments, toutefois, le ou les habitants du sedos peuvent permettre à des humains d’y pénétrer, ou au contraire l’interdire strictement.]

II) Les différents espaces sacrés

Chaque endroit possède son génie (boudig en breton), qui est d’une nature différente en fonction du lieu : génie des bois, des pierres, des eaux. Certains génies sont portés à poser des problèmes aux humains même bien intentionnés, ce sont les duses (gaulois dusios, breton duz ou diminutif duzig). Les génies aquatiques, généralement féminins, sont présents dans tous les plans d’eaux, mais celles des sources sont les plus honorées, en particulier lors de la fête de lustration hivernale nommée Imbolc en Irlande. Quant aux génies des pierres levées, les « nains » (gaulois *corros, breton korr ou diminutif korrigan) ils habitent les sites mégalithiques : contrairement à une idée courante , ces « espaces sacrés » ne sont pas les principaux lieu de culte celtique. On peut y faire des offrandes pour la fertilité de la terre et des gens, mais uniquement en-dehors des grandes fêtes calendaires, en particulier des plus importantes, où les frontières qui séparent notre monde de l’autre monde s’estompent (celles que les Irlandais nomment Samhain et Beltaine, respectivement Kala-Goañv et Kala-Hañv en breton).

Les rites calendaires dédiés aux dieux célestes ont lieu dans un sanctuaire (gaulois nemeton, breton neved) qui est le principal espace sacré de la religion celtique. Les plans de ces nemeta sont à présent connus par les fouilles archéologiques (J.-L. BRUNAUX, Les religions gauloises). Comme leur construction, même à petite échelle, nécessitent un certain investissement en temps, en argent, et la propriété du foncier, les rites peuvent également se célébrer autour du foyer domestique. Il s’agit de l’espace sacré des rites quotidiens, qui est seulement second en importance derrière le sanctuaire collectif. Un petit autel suffit à disposer d’une bougie, d’un encensoir, d’un bol d’eau pour les purifications, d’un bol à offrandes, et le cas échéant de symboles des entités honorées : génie du foyer, ancêtres, et divinité(s) tutélaire(s) de la famille.

Nemeton Berularias

Le Nemeton Berularias, desservi jusqu’en 2017 par Matolitus de la Celtiacon Certocredaron Credima.

Il faut également évoquer un troisième type de sanctuaire, qui n’est ni celui des druides (première fonction indo-européenne), le nemeton, ni celui des gens du commun (troisième fonction indo-européenne), le foyer. C’est celui des nobles et guerriers (deuxième fonction indo-européenne), désignés par César (Commentaires sur la guerre des Gaules) sous le nom de « chevaliers » (equites). De grands enclos ont été retrouvés dans divers endroits en Gaule, avec pour seules traces archéologiques des restes très conséquents de nourriture festive (amphores contenant des boissons alcoolisées, ossements d’animaux abattus pour leur viande) ou d’ustensiles alimentaires, déposés au même moment, en quantités très importantes, et souvent triés par types. Cela fait écho à plusieurs textes classiques (Posidonius d’Apamée à propos du prince Luern, Phylarque à propos d’un certain chef celte nommé Ariamnès) et irlandais (par exemple le Festin de Bricmiu) décrivant explicitement de grands festins à but autant socio-politique que sacré, donnés par des chefs importants (M. POUX, Espaces votifs – espaces festifs. Banquets et rites de libation en contexte de sanctuaires et d’enclos). Il s’agit là de la confirmation qu’il a existé chez les Celtes des lieux dédiés à un rite aristocratique, celui du banquet rituel (gaulois ulidos, breton perunvan *glez / breton vannetais gloé / vieux breton gluet, gallois gwledd, vieil irlandais fled), rite qui était commun avec le reste de l’Europe (vieux norrois sumbl, grec ancien symposion).

III) Les différentes échelles

Pour finir, il faut également prendre en compte le fait que « l’espace sacré » se conçoit également, d’un point de vue celtique, à un niveau plus large, celui de la géographie. Le territoire de chaque peuple est délimité par une frontière qui est analogue aux limites qui caractérisent l’espace sacré du sanctuaire ou du domaine familial (V. RAYDON & C. STERCKX, Saint Goëznou et la fourche du Dagda), et cette frontière est parsemée de lieux de la forme *icuoranda ou *egoranda (P.-Y. LAMBERT, Dictionnaire de la langue gauloise ; J. LACROIX, Les noms d’origine gauloise). Au milieu, en tout cas géopolitique, de ce territoire se trouve un sanctuaire lié au rites de royauté, par exemple Tara en Irlande (E. ASTIER, La sacralisation de l’espace par le centre dans l’idéologie celtique), à partir duquel plusieurs secteurs sont découpés, reliés par ce centre sacré. Ces secteurs sont originellement au nombre de quatre, chacun orienté vers un point cardinal ; l’ancienneté de cette division en quatre est renforcée par le fait qu’elle n’est pas attestée qu’en Irlande, mais aussi dans plusieurs textes indo-iraniens (G. DUMEZIL, Mythe et Épopée vol. 2). Aujourd’hui encore en Bretagne, le grand pèlerinage circulaire du Tro Breizh continue à faire vivre cette ancienne coutume de la circumambulation, transposée du sanctuaire (parcours de circumambulation attestés dans de nombreux fanum gallo-romains, équivalents aux espaces dédiés à cette pratique en Inde, où elle est nommée pradakshina) au pays dans ses anciennes frontières (B. RIO, Les Sept Saints). On notera également, comme intermédiaire au niveau local, la procession circulaire 12km de la Grande Troménie de Locronan, qui fait tous les 7 ans le tour du bois de Neved (gaulois nemeton).

IV) Les espaces sacrés du clan Beltan

Nous nous réunissons fréquemment dans un bois dédié par sa propriétaire aux cultes païens. Nous y avons aménagé une clairière, au centre de laquelle un trou a été creusé à Samonios et consacré comme le centre de notre monde, avant qu’un grand tronc n’y soit érigé. C’est ici que nous faisons nos offrandes aux génies de la forêt quand nous arrivons. Autour du feu où nous nos asseyons pour festoyer, se trouve un poteau qui est arrosé d’une libation en l’honneur des divinités de notre clan. Nous plaçons également une part de viande dans le feu, pour nos ancêtres qui sont invités à partager ce banquet avec nous.

Non loin de là, dans ce même bois, se trouve un santuaire-sedos, consacré par un aspirant druide de la Celtiacon Certocredaron Credima. Il est dédié à Cernunnos, qui est vraisemblablement à l’origine du nom du village situé à proximité du bois, sous une forme latinisée et christianisée. Nous n’y pénétrons que pour l’honorer spécifiquement, et nous retirons ensuite dans notre clairière pour les libations et le repas.

Lors de la fête d’Imbolc / Kala-C’hwevrer, nous avons aussi pour coutume d’aller faire une offrande à Sequana.

Ces éléments ont seulement valeur d’exemple, étant donné qu’ils reflètent à la fois notre évolution vers des pratiques plus authentiques, et le changement progressif du centre de gravité géographique du clan, initialement à Lutèce et à présent de plus en plus à l’ouest.

V) Conclusion

Pour résumer cet exposé quelque peu tortueux :

* Le lieu est un des éléments indispensables du rite

* Notre premier devoir vis-à-vis d’un espace sacré est son respect et sa préservation

* Tout espace est plus ou moins sacré dans le sens du noibos (énergie sacrée), mais certains espaces sont sedos (dédiés à une entité et n’appartenant pas au monde des humains)

* Les rites quotidiens se pratiquent auprès de l’autel domestique, et les rites ponctuels près d’un lieu sacré (source, arbre sacré, pierres levées, sépulture, …)

* Le rite aristocratique / guerrier du banquet se pratique normalement dans des enclos spécifiques

* Les grands rites annuels ont normalement lieu dans un nemeton permanent, aménagé et consacré

* Les espaces sacrés sont organisés autour d’un centre, de portions (canoniquement 4, orientées aux points cardinaux), et de limites bien définies. Ils s’emboîtent les uns dans les autres : domaine familial, ville ou village, terroir, nation

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L’ESPACE SACRE, CA CREE (Sente de l’Awen)

Contribution du groupe néodruidique « la Sente de l’Awen » sur le thème de l’espace sacré

Paroles de Druides

L’ESPACE SACRE, CA CREE

De tous temps, les hommes ont ressenti et délimité des espaces, des lieux, comme étant sacrés. En ces lieux, reconnus comme sacrés, furent érigés au fil du temps des mégalithes, des temples, des églises et des cathédrales. Et cette succession chronologique confère à ces lieux un parfum intemporel, un parfum d’éternité.

Il faut toutefois prendre un peu de recul par rapport au mot « sacré », car on l’oppose souvent au « profane » ce qui implicitement peut créer une forme de hiérarchie. Or, nous considérons que la Nature en elle-même est sacrée. Ce qui définit l’espace sacré est donc l’intention que nous y plaçons. L’espace sacré s’appuie ainsi sur un ressenti personnel qui peut être subjectif.

Se réunir en cercle durant un rituel procède de la construction de l’espace sacré, zone délimitée géographiquement dans l’espace, au sein duquel nous nous inscrivons dans une relation au Sacré. L’espace sacré se…

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Dem Gott Ingwin (FR : Au dieu Ingwin)

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Yngvi-Freyr

 

Salut à toi, ô Ingwin, fils de Nerde,

Géniteur de grandes lignées !

 

On dit qu’il est bon de t’invoquer

Pour la fertilité de la terre

Comme pour celle des humains.

 

Il y a trois années de cela,

Lors de la fête des moissons

Qui fut célébrée en ton honneur,

Au sein d’un foyer ami

Qui m’avait offert l’hospitalité

Sur la terre lointaine de Weinland,

Je t’ai fait cette promesse :

Un plein fût de bière de mon pays,

Si jamais tu exauçais le souhait

Que je venais de formuler.

 

Toi, le plus renommé des dieux,

Puissant et de beau visage,

Tu as été généreux pour les miens.

 

Aujourd’hui, en ce lieu sacré

Que fréquentent les elfes,

Tandis que nous célébrons enfin

La fin de longues moissons,

Reçois le premier fût de mon foyer ;

Et puisse ce doux breuvage,

Brassé avec joie par notre famille,

Fermenté sur ma terre natale,

Te réjouir comme Albenheim

Que tu reçus comme présent

Pour ta première dent.

 

Lenn er lost

 

(Les noms propres sont sous leur forme haut-allemande.

Ingwin = vieux-norrois Yngvi-Freyr

Nerde = vieux-norrois Njörðr

Weinland = vieux-norrois Vinland

Albenheim = vieux-norrois Alfheimr)

 

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L’Offrande (Nemeton Renninas)

Paroles de Druides

Une offrande est un don fait par un fidèle, à titre personnel, offert à un dieu pour l’honorer ou un rite célébré lors d’un sacrifice public par un prêtre dûment assermenté pour « nourrir » le dieu dédicataire, mais, que ce soit dans un cas comme dans l’autre, l’homme ne peut offrir aux dieux que ce qu’il a entièrement ou partiellement produit

De fait, donner aux dieux un joli coquillage trouvé sur une plage quelconque ou leur offrir un animal sauvage ne peut, en vérité, être considéré comme une offrande puisque ni le coquillage ni l’animal n’appartiennent à l’homme (mais à la nature) et qu’il n’a même pas prit la peine de le produire. Maintenant, si l’homme en question, ramasse plusieurs coquillages et les assemble en collier pour l’offrir aux dieux, là, cette confection, produite par l’homme, est une véritable offrande.

Voilà pourquoi dans les sacrifices publics d’hier l’omniprésence de l’animal domestique…

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