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Les vraies sources de la tradition celtique

Comme les anciens druides avaient pour coutume de ne pas mettre leur enseignement par écrit, beaucoup pensent que nous ne savons rien de la tradition celtique, tandis que d’autres inventent diverses fariboles qu’ils font passer pour authentiques, au nom d’une prétendue lignée secrète qui aurait traversé les âges (les filiations « néodruidiques », par exemple, ne renvoient qu’à la franc-maçonnerie anglaise et/ou aux travaux du faussaire Edward Williams dit « Iolo Morganwg », fondateur du Gorsedd du Pays de Galles). La méthode qui nous permet de démêler le vrai du faux et de retrouver la source de notre longue mémoire se nomme le reconstructionnisme celtique. Il ne s’agit pas de reconstitution historique, qui vise à reproduire à l’identique les apparences de l’ancien temps, mais d’une démarche qui nous permet de connaître notre héritage authentique afin de pouvoir en adapter l’expression matérielle aux contraintes de notre époque, sans altérer son message. Nous avons pour cela quatre type de sources : l’archéologie, la littérature, les survivances, et enfin les comparaisons.

L’archéologie a fait de nombreux progrès dans les dernières décennies, grâce à l’utilisation des analyses chimiques et génétiques, du satellite, des fouilles préventives systématiques avant chaque grand chantier. Nous savons maintenant que les Celtes de l’Âge du Fer, avant la conquête romaine, construisaient bien des sanctuaires, par exemple à Corent ou à Gournay-sur-Aronde, et ne se contentaient pas de pratiquer leurs cérémonies religieuses auprès des menhirs et des dolmens, érigés par des peuples bien plus anciens que l’arrivée de la culture celtique sur ces terres.

2464396Nous savons aussi qu’ils avaient parfois des statuettes en pierre des Divinités, et sûrement d’autres en bois qui n’ont pas survécu. Certains objets métalliques, comme le chaudron de Gundestrup, nous livrent aussi des représentations de mythes mettant en scène le panthéon celtique de l’Antiquité. Les rites pratiqués dans les sanctuaires ont laissé des traces, et la manière dont ces lieux étaient aménagés nous donnent aussi de précieux indices sur les rites qui s’y déroulaient. Enfin, de nombreux découvertes de l’époque gallo-romaine présentent des particularités fortes, qui parfois se relient directement à des périodes plus anciennes, et souvent ne trouvent aucun autre équivalent dans le monde romain. On est donc parfois bien en présence d’éléments purement celtiques, conservés grâce à l’usage massif de la pierre et des statues en lieu et place de matériaux périssables, et identifiables grâce à l’usage courant de dédicaces écrites. Le pilier des Nautes, retrouvé dans les fondations de la cathédrale Notre-Dame de Paris, et représentant plusieurs Divinités gauloises, en est le meilleur exemple. pilier-nautesQuelques tablettes rédigées en gaulois, ainsi que des noms de personnes ou de lieux inclus dans des textes latins, nous permettent également d’avoir une bonne idée de ce qu’était la langue gauloise, et de savoir qu’une personne se définissait avant tout par sa filiation (X fils ou fille de Y). On a même retrouvé le calendrier de Coligny, rédigé en gaulois, plaçant les fêtes religieuses selon un calendrier complexe basé sur le rythme du soleil, de la lune, des planètes et des constellations.

 

Naturellement, ces éléments archéologiques restent trop peu nombreux, et le problème est surtout de savoir comment les interpréter. Nous disposons pour cela, encore une fois malgré le tabou sur l’écriture de l’enseignement druidique, de textes d’auteurs grecs et latins décrivant leurs voisins, ainsi que de cycles mythologiques irlandais et gallois, mis par écrit peu de temps après leur christianisation, et peu altérés. Les textes grecs et latins, un temps accusés d’être totalement mensongers, nous apportent de précieux éléments, même si certains sont à prendre avec un peu de recul, par exemple lorsqu’ils parlent des sacrifices humains, alors que l’archéologie nous apprend qu’il s’agissait d’une mesure exceptionnelle, généralement de nature judiciaire, chose répandue dans toutes les sociétés de cette époque. On apprend en tout cas que les druides forment une classe d’érudits étudiant pendant vingt ans des domaines aussi divers que la théologie, la philosophie, l’astronomie, les mathématiques, le droit, et la médecine. Ils sont assistés par deux autres classes : la première est celle des vates, des devins qui prédisent l’avenir, exercent la médecine par les plantes, et procèdent aux rites. La deuxième est celle des bardes, qui apprennent la musique, le chant, la poésie, et les mythes et les épopées du passé. Tous ces savants conseillent et sont assistés par des « chevaliers », une classe dirigeante et combattante. Les textes irlandais et gallois, eux, confirment l’existence d’une classe druidique basée sur le savoir, travaillant en partenariat avec des nobles combattants dont le roi est issu. Ces textes nous transmettent aussi de nombreux mythes, mettant en scène des figures divines qui se recoupent parfois avec les dieux gaulois que l’archéologie ou les textes latins nous décrivent. Ce panthéon riche et complexe varie en fonction du lieu et des époques, chaque Divinité féminine ou masculine revêtant plusieurs noms et plusieurs aspects. Tous les textes, en tout cas, confirment la doctrine druidique qui nous préconise qu’il faut « honorer les dieux, ne rien faire de mal, et cultiver le courage », ainsi que celle de la transmigration des âmes jusqu’à l’accomplissement de sa destinée. cucc81-chulainn-erinsaga-fullDe grands héros comme l’Irlandais Cù Chulainn atteignent ainsi la gloire éternelle par leur courage sans faille, et sont accueillis au pays de l’éternelle jeunesse, où ils dégustent les pommes d’or en compagnie de nos Divinités. Ce cycle de vie et de mort est rythmé par des rites dont les principaux sont ceux des saisons, correspondant aux quatre grandes fêtes de cycles mythologiques irlandais : Samhain (31 octobre), Imbolc (1er février), Bealtaine (1er mai), et Lughnasad (1er août). Ces fêtes correspondent à des annotations sur le calendrier de Coligny, qui les place dans un cycle luni-solaire qui fait qu’elles sont mobiles sur un intervale de quelques semaines selon l’année en cours.

Ces sources directes sont parfois incomplètes, mais nous pouvons heureusement aussi compter sur de nombreuses survivances. Celles-ci prennent deux formes principales : d’une part des récits populaires, comme le mythe arthurien, les contes, voire même des récits de la vie de certains saints ; et d’autre part des coutumes restées bien vivantes malgré la romanisation et la christianisation, de la France à l’Irlande. Les récits populaires doivent souvent être décodés, mais fournissent des éléments précieux. Le cas du cycle arthurien est le plus connu : il comprend plusieurs œuvres, écrites du XIe au XVIe siècle, dont la plupart du XIIe au XIIIe, en plein Moyen-Âge chrétien. La chevalerie médiévale est pourtant un réceptacle des valeurs celtiques d’héroïsme, de courtoisie, et prend comme un acquis la présence de puissances mystérieuses dans la Nature, qui peuvent aussi bien être favorables que défavorables aux hommes. On y trouvera donc la trace de certains héros ou même Divinités d’antan, comme le Roi-Pêcheur, qui ressemble fort aux dieux Nuada des Irlandais et au dieu Nudd des Gallois. Il est d’ailleurs le gardien du Graal, qui n’est autre que le chaudron de renaissance où sont plongées les âmes des trépassés, et dont elles ressortent pour s’incarner plus tard dans un autre corps. 4757713783_b2f16faf58_bLes contes reprennent souvent des éléments de l’imaginaire celtique, parfois de manière assez explicite comme dans certains chants du Barzhaz Breizh, collectés en Bretagne au début du XIXe siècle. Quant aux vies de saints, beaucoup ont été rédigées bien après la mort du personnage, et y incluent des éléments empruntés à la mythologie celtique. C’est d’autant plus flagrant quand on sait que l’authenticité de beaucoup de saints antiques est douteuse, ceux-ci ayant promus à ce grade sans l’accord de l’Église romaine. Il arrive donc parfois qu’il s’agisse seulement de Divinités ou de hérosch_ne_de_la_vierge_4_viroflay_yvelines. Cela nous amène aux coutumes : de nombreuses processions, sources sacrées, arbres à vœux, ont été intégrés à la religion chrétienne, parfois avec l’ajout d’un nom de saint ou d’une « Notre Dame »  comme unique retouche. Des pratiques rituelles liées aux menhirs et aux dolmens ont parfois même continuité jusqu’au XIXe siècle, voire jusqu’à aujourd’hui, avec la mention explicite de Génies de la nature, sous la forme de korrigans, de fées, etc, accomplissant des vœux. Les fêtes elles-mêmes, décrites dans les textes irlandais, ont survécu à divers degrés dans le monde celtique actuel et dans une moindre mesure dans certains terroirs francophones, nous apportant ainsi de précieuses coutumes concrètes et enracinées. Enfin, dans les pays où la langue celtique s’est préservée, comme en Irlande, nous disposons de codes de loi coutumière (par exemple le code de Brehon) mis très tôt par écrit, qui nous renseignent sur les coutumes et les valeurs des anciens. En particulier, l’être humain n’est jamais conçu comme un individu qui s’auto-définirait selon ses envies, mais comme une personne qui se définit par le réseau de relations dans lequel elle s’établit. Le premier et le plus important de ces liens est celui de la filiation : l’unité de base de la société est le foyer, lui-même inclus dans un clan (fine en vieil irlandais) regroupement tous les descendants d’un même aïeul. Ces clans sont fédérés au sein de tribus, qui peuvent désigner un roi pour arbitrer leurs différends et les représenter devant les Divinités. La profession joue aussi un rôle important : artisans, hospitaliers, combattants, poètes, médecins, occupent une place à part, devenant dans la société humaine le reflet de leur Divinité patronne dans le panthéon. Une autre source intéressante est la Carmina Gadelica, un recueil d’hymnes et de formules magiques collectés en Écosse gaélique entre 1860 et 1909 et donc plus ou moins christianisés. Cependant, l’esprit celtique transparaît souvent, et ils peuvent donc être ré-adaptés à notre religion. Enfin, même en France, plusieurs éléments sont directement d’héritage celtique : notre gastronomie, notre goût pour les calembours, la galanterie, les jeux de balle tels que le copie_de_insigne_a_lauriers_jaunes_01_xy_ws31795709football ou le rubgy (héritiers de la soule et cousins du hurling irlandais), l’escrime, l’équitation et le tir à l’arc, la savate française et la lutte bretonne (gouren), la chanson française, la musique bretonne et toutes nos danses traditionnelles, etc. Ce sont autant d’héritages qui nous relient à nos Divinités et à nos Ancêtres. De même, les vieilles traditions de chasse, de pêche, d’artisanat, de paysannerie et jardinage, d’herboristerie, de couture, de boulangerie, de tenue de maison et d’hospitalité, transmis de génération en génération, jouent ce rôle pour ceux qui les pratiquent.

Pour finir, afin d’être sûrs de ne pas faire fausse route ou de passer à côté d’éléments qui n’auraient été conservés ni par l’archéologie, ni par les textes, ni par les survivances, il convient de raisonner par comparaison avec d’autres religions proches et mieux préservées. Nous avons que la langue celtique fait partie de la famille des langues indo-européennes, fortement apparentées. Or, les différentes mythologies et religions indo-européennes que nous connaissons montrent également une structure similaire. Cette théorie, nommée « trifonctionnalité » par le chercheur Georges Dumézil, nous permet à la fois d’avoir un cadre général pour mieux comprendre la vision du monde celtique, et aussi d’éclairer certaines zones d’ombre. Par exemple, nous savons que la vision de la société se baisait sur trois grandes classes : la première, celle des savants, des magiciens et des poètes, correspond bien aux druides et à leurs assistantes vates et bardes. La deuxième, celle des guerriers et des dirigeants, correspond à l’aristocratie gauloise dont nous parlent les textes latins sous le nom de « chevaliers », ainsi qu’aux héros des épopées irlandaises et galloises. Elle donnera d’ailleurs la chevalerie européenne une fois christianisée. La troisième est celles des producteurs : paysans et éleveurs, artisans, commerçants. Chaque classe dispose de coutumes propres et de Divinités patronnes, la société divine reflétant la société humaine. On trouve aussi une autre triade, celle de la pensée, de la parole et de l’action, qui se retrouve par exemple dans la devise des Fianna d’Irlande : « par la force de nos membres, par la pureté de nos cœurs, que nos actes suivent nos paroles ». Cette triade se retrouve aussi dans la répartition des rôles entre Sunplusofficiants dans les rites de l’Inde antique. Grâce à l’ancienneté de ses textes (3500 ans environ pour le Rig Veda, un recueil d’hymnes sacrés) et à la pratique ininterrompue de cette tradition jusqu’à aujourd’hui, l’Inde constitue aussi une source d’une importance primordiale. On  trouve même au Pakistan la tribu des Kalash, qui ont une mythologie et un mode de vie restés très proches des plus anciens textes védiques, et dont les pratiques religieuses sont donc une source inestimable. Pour autant, il n’est pas question de tout reprendre en bloc : nous disposons déjà des éléments celtiques décrits précédemment, qui ne sont pas remis en question. Pour combler les zones d’ombre, nous pouvons nous baser sur une méthode simple, celle du comparatisme : si un élément se trouve en Inde et dans d’autres traditions indo-européennes sur lesquelles nous avons des sources (par exemple la Grèce antique, la Scandinavie, Rome, ou les pays baltes qui furent convertis très tardivement), et alors il est très probable qu’il en ait été de même chez les Celtes, si cela ne contredit pas d’autres éléments dont nous sommes certains. Par exemple, nous avons ainsi une idée du style des hymnes chantés aux Divinités lors des rites, par1506490_1681592518795833_4475357171819027077_n comparaison entre les hymnes védiques indiens et les hymnes homériques grecs. Nous pouvons même avoir une bonne idée du principal rite d’offrande aux Divinités, en comparant la procédure indienne avec les sources gréco-romaines, et les indices trouvés en Scandinavie, d’autant plus que rien de tout cela ne contredit les fouilles archéologiques effectuées dans les sanctuaires. Il est aussi possible de reconstituer le banquet en l’honneur des Ancêtres, faisant là-encore écho à la fois à des découvertes archéologiques, à des coutumes survivant dans divers pays celtiques, au symbel scandinave et au symposion grec. Même le culte domestique, aux Génies de la demeure, aux âmes des Ancêtres et aux Divinités familiales, très bien décrit chez les Romains, se retrouve en Inde, en Scandinavie, et trouve un écho dans des coutumes celtiques ayant survécu par-delà les siècles.

C’est par ce travail minutieux, et en respectant cet ordre d’importance donnée aux sources, qu’il est possible d’affirmer que nous connaissons et pratiquons une religion celtique contemporaine. Pas en reproduisant à l’identique tout cela, mais en refusant les fariboles et les inventions présentées comme authentiques. On ne peut adapter que ce qu’on connaît. Les modes bouddhisto-amérindiennes, la Wicca de contrebande amalgamée au New Age, l’occultisme judéo-chrétien introduit par le biais d’un « néo-druidisme » né dans les cercles de la franc-maçonnerie anglaise, ne font pas partie de la tradition celtique. Au contraire, l’archéologie, la littérature, les survivances et la comparaison avec le reste du monde indo-européen nous fournissent largement de quoi construire une religion vivante, fidèle à la vision du monde traditionnelle, et adaptée à notre contexte.

Matolitus

A l’heure actuelle, en France, le groupe appliquant cette méthode avec le plus de rigueur est la Celtiacon Certocredaron Credima, qui dispose de trois sanctuaires : en Bretagne, en Île-de-France, et en Provence. Vous pouvez les contacter pour plus d’informations ou pour participer à leurs rites.

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La Promenade au crépuscule de Caspar David Friedrich

 

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« Spaziergang im Abenddämmerung » (1830-35), Caspar David Friedrich

Caspar David Friedrich (1774-1840) est un peintre allemand profondément mystique. Ses écrits sur l’art attestent de sa foi panthéiste attachée au culte de la nature. Dieu habite les arbres, les bois, les cours d’eau et son omniprésence doit se ressentir dans le paysage sublime que l’artiste peint. Ce paysage doit saisir la présence divine qui l’occupe, et non reproduire la seule réalité visible. Toute sa vie, Caspar David Friedrich fut un chrétien mystique, tout en étant très attiré par la mythologie germanique et les mégalithes. Sa dernière oeuvre, celle-ci, est son seul paysage où il se représente lui-même. Il se présente arrêté seul au crépuscule, dans une humble posture, face à un vieux dolmen. Testament de ce peintre, dont le corps repose aujourd’hui au Walhalla près de Leipzig, cette oeuvre illustre le glissement progressif de ce génie allemand, d’un catholicisme de plus en plus romantique à une forme de néopaganisme embryonnaire. Lente conversion que sa correspondance épistolaire avec son ami le peintre Carl Gustav Carus laisse entrevoir. Après ce crépuscule, dont l’âge industriel fut la nuit, nous accueillons les premiers rayons d’une renaissance occidentale.

Pour autant, on ne peut pas dire que Caspar David Friedrich ait réellement adhéré au paganisme germanique,  qu’il s’agisse de celui de l’époque pré-chrétienne ou de la manière dont il revit aujourd’hui. C’est seulement à la toute fin de sa carrière que la mythologie germanique en tant que telle commence à être connue : l’ouvrage fondateur, Deutsche Mythologie de Jacob Grimm, paraît en 1835. La Chanson des Nibelungen est connue, mais sous sa forme médiévale et christianisée, du même niveau que le mythe arthurien (Brynhild est une princesse plutôt qu’une valkyrie, et son mariage a lieu à l’église). A son époque, donc, il n’y a guère que quelques sources éparses, et le lien avec la mythologie scandinave, mieux conservée (quoi qu’encore peu connue elle aussi) n’est pas encore une évidence. L’idée que l’antique religion germanique soit praticable dans un cadre contemporain n’avait jamais été explicitement formulée.

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« Steinzeit Grab » (env. 1820), Carl Gustav Carus. Mégalithe de Rügen, île sacrée de la mer Baltique.

Son « paganisme sans rites » s’inscrit plutôt dans les mouvements du panthéisme philosophique (« Dieu est la Nature », position qui n’a été explicitement condamnée par l’Eglise catholique qu’en 1864 et pouvait donc jusque là se concilier plus ou moins aisément avec le christianisme, ce qui est d’ailleurs encore assez courant actuellement) et du nationalisme romantique (chaque peuple est dépositaire d’une culture propre qu’il a le devoir de préserver, développer et transmettre). D’autres peintres contemporains adhérant à ces idées constituent ce qu’on a nommé le paysagisme romantique allemand : Carl Gustav Carus, Peder Balke, Christian Clausen Dahl, Schinkel et Karl Friedrich Lessing.

S’ils avaient vécu un siècle plus tard, à une époque où des groupes se revendiquant du paganisme germanique avaient eu le temps d’émerger (encore qu’ils étaient souvent fort éloignés du paganisme antique), peut-être qu’ils les auraient rejoints. Qui sait ? Tout ce qui nous pouvons dire, c’est qu’ils ont participé à un mouvement général dans l’Allemagne (et plus largement l’Europe) de l’époque, qui a abouti aux actuelles résurgences des différents paganismes européens. Dont le paganisme germanique, qui certainement leur aurait le plus parlé. En ce sens, ils peuvent être considéré comme des précurseurs.

(par Rafael Coughlin & le Chat Poron)

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« Hünengrab nahe Vordinborg » (1824-25), Johan Christian Dahl

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Wolfsangel : la « rune du loup »

Wolfsangel (piège à loup)La « rune du loup » est le sujet de beaucoup d’interrogations, de fantasmes et de réactions de rejet. Et pour cause : elle ne retranscrit aucun son, n’est expliquée par aucun poème runique, n’apparaît dans aucune inscription pré-chrétienne… mais a été utilisée comme emblème par plusieurs organisations affiliées au parti nazi.

Le Wolfsangel (« hameçon à loup ») est en fait un piège à loup médiéval utilisé en Allemagne. Sa forme rappelle celle de la rune Eiwaz (« if »), mais l’alphabet runique n’était plus utilisé depuis plusieurs siècles, à cause de la christianisation et du passage à l’alphabet latin. Ce symbole de Wolfsangel était donc utilisé pour délimiter des frontières (surtout sur les bornes forestières), puis pour identifier les garde-chasse. Il a donc également été utilisé en héraldique, pour des fiefs (puis des villes-libres) en zones frontalières et/ou boisées.  Armoires de Burgwedel (Basse-Saxe)

Lors de la révolte des paysans (Bauernkrieg) pendant la Guerre de Trente Ans au XVIIe siècle, il a aussi servi de symbole de ralliement aux paysans insurgés contre l’avidité des seigneurs-brigands qui rançonnaient la populace, et contre des ecclésiastiques qui monnayaient souvent la promesse du paradis chrétien.

Au XXe siècle, comme d’autres symboles runiques, il a été ré-utilisé par des organisations liées au parti nazi. Florian Geyer, un des meneurs de la révolte paysanne, était en effet une figure mise en avant par le parti nazi (tout comme d’autres mouvements anticatholiques de l’époque, tels que les Wandervögel ou les Jeunesses Communistes). Cela ne signifie pas pour autant que Wolfsangel ou la compagnie noire de Florian Geyer doivent être jetés aux oubliettes de l’Histoire… Souvenons-nous plutôt des traditions européennes qui condamnent fermement les accapareurs de richesses et l’avidité sans limite, et sachons plutôt piéger ces « jeunes loups » de la finance et de la politique qui nous réduisent à la misère et détruisent notre terre, comme le loup Fenrir qui veut dévorer le cosmos, ou ses rejetons Hati et Sköll qui tentent chaque jour d’avaler le Soleil et la Lune.

Borne frontalière (Deister, Basse-Saxe)

Borne frontalière (Deister, Basse-Saxe)

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Honorer les lieux sacrés dans la tradition germano-scandinave

Lieux sacrés

CERTAINS TYPES D’ENDROITS SONT SACRÉS DANS NOTRE TRADITION. Il n’était pas question pour nos ancêtres d’y passer sans s’acquitter d’une offrande à l’entité qui possédait l’endroit, souvent considéré comme n’appartenant que partiellement à Midgard, le monde des Humains.

L’EAU DOUCE, INDISPENSABLE À LA VIE, ÉTAIT DOTÉE DE POUVOIRS MAGIQUES, VOIRE D’UNE VOLONTÉ PROPRE.

SOURCES : Elles avaient pour la plupart des vertus curatives contre un mal spécifique. De ces cultes locaux subsiste la tradition de jeter une pièce dans les fontaines pour obtenir bonne fortune : si une source se trouve près de chez vous, ou si vous avez un puits sur vos terres, saluez l’esprit qui l’habite quand vous allez y puiser. Pour recevoir sa bénédiction, jetez-y une pièce, prenez un peu d’eau dans votre paume droite, et aspergez-vous en le front ou la partie du corps ayant besoin d’être soulagée. Vous pouvez offrir une représentation de l’organe à guérir pour appuyer votre demande par un ex-voto.

"Malvhina Well - 2007 Well Dressing - geograph.org.uk - 423192" by Bob Embleton. Licensed under CC BY-SA 2.0 via Wikimedia Commons - https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Malvhina_Well_-_2007_Well_Dressing_-_geograph.org.uk_-_423192.jpg#/media/File:Malvhina_Well_-_2007_Well_Dressing_-_geograph.org.uk_-_423192.jpg

« Malvhina Well – 2007 Well Dressing – geograph.org.uk – 423192 » by Bob Embleton. Licensed under CC BY-SA 2.0 via Wikimedia Commons

COURS D’EAU : Ils étaient vus comme des divinités locales, auquel on offrait des chefs d’œuvres d’artisanat ou des prises de guerre. Quand vous longez ou franchissez un fleuve, une rivière ou un ruisseau, saluez-le par son nom. Si c’est un cours d’eau que vous traversez souvent, vous pouvez demander son assistance pour votre vie professionnelle ou scolaire : en cas de réussite, brisez rituellement un objet fabriqué par un artisan local ou vous-même, et jetez-le dedans en remerciement.

LACS, ÉTANGS ET MARAIS : Ce sont des passages vers les mondes inférieurs. Ils sont souvent liés à des entités féminines (la halle de Frigg, épouse d’Odin, se nomme Fensalir, la maison des marais). Saluez les esprits qui les habitent si vous les longez, les traversez, ou avant de vous y baigner. Vous pouvez également demander leur assistance en échange d’une offrande.

LES SOMMETS ET POINTS CULMINANTS DE CHAQUE RÉGION, PROCHES DU CIEL, POSSÈDENT ÉGALEMENT UNE AURA PARTICULIÈRE : C’EST SOUVENT LÀ QUE SE TROUVAIT UN VÉ, UN SANCTUAIRE DÉLIMITÉ PAR UNE ENCEINTE SACRÉE.

COLLINES : Au sommet d’une colline, si l’endroit n’est pas déjà traditionnellement consacré à une divinité particulière, saluez celle de votre choix en regardant le ciel. Si possible, laissez une offrande.

Temple-musée construit en 1869 au Donon (Alsace) pour abriter les vestiges archéologiques du sanctuaire antique

Temple-musée construit en 1869 au Donon (Alsace) pour abriter les vestiges archéologiques du sanctuaire antique

PIC MONTAGNEUX : En le voyant à l’horizon, saluez l’entité qui y règne. Il peut parfois s’agir d’une divinité plutôt que d’un esprit : on sait par exemple que les Vosges sont le domaine du dieu Vosegus ; tandis que Skadi est considérée par certains comme la maîtresse des massifs de Scandinavie, par d’autres comme la déesse des montagnes de manière générale. Si escaladez une montagne, prenez de quoi faire une offrande. Les habitués savent que leurs colères peuvent être aussi promptes que terribles.

ÎLES : Elles sont, à leur manière, des points culminants, sans quoi elles seraient immergées. En tant que morceaux de terre au milieu d’une mer ou d’un cours d’eau, elles symbolisent ces parcelles des autres mondes qui se trouvent dans Midgard. Beaucoup d’entre elles sont des vés (par exemple l’île danoise de Seeland, mais plus près de chez nous l’île de la Cité au milieu de la Seine ou l’île de Sein au large de la Bretagne). Saluez « la divinité qui possède l’endroit » (même si vous ne savez pas laquelle) avant d’y poser le pied. Particulièrement pour celles encore sauvages, prévoyez également une offrande.

LE CULTE DES ARBRES OCCUPE UNE PLACE IMPORTANTE DANS NOTRE TRADITION.

Ces pratiques sont encore vivantes aujourd’hui par le biais des arbres à vœux. Rien d’étonnant quand on sait que le premier couple humain, Ask et Embla, proviennent de deux essences d’arbres.

Certains végétaux sont dédiés à une divinité en particulier. Le frêne à Odin ; le sureau, le genévrier et le lin à sa compagne ; le chêne à Thor ; le sorbier et les céréales à son épouse Sif ; la camomille sauvage à Balder ; les pommiers à Idunn. Les bouleaux et les ifs, symbolisés par les runes b (Berkana) et ï (Eïwaz), ont également tendance à être la demeure d’un esprit, de même que les prunelliers ou les aubépines, représentés par la rune th (Thurisaz).

Si un des arbres mentionnés ci-dessus se trouve dans votre jardin ou à proximité de votre demeure, vous pouvez vous rendre régulièrement à son pied pour y déposer des offrandes, et nouer un ruban dans ses branches ou autour de son tronc.

"Arbre votif de La Mazaurie, Cussac, Haute-Vienne, France" by Le grand Cricri - Own work. Licensed under GFDL via Wikimedia Commons

« Arbre votif de La Mazaurie, Cussac, Haute-Vienne, France » by Le grand Cricri – Own work. Licensed under GFDL via Wikimedia Commons

De plus, de manière générale les forêts appartiennent au dieu Vidar, et sont des lieux sauvages très prisés par les Elfes. Les clairières, surtout celles où poussent les champignons (les « ronds de fée » du folklore), sont souvent leur domaine. Saluez-les en entrant dans une clairière, ou en passant la lisière d’une forêt. Laissez-leur une offrande si vous mangez ou buvez chez eux ; mais ramassez tous vos emballages plastiques, cannettes, capsules de bière et bouteille de verre.

HORS DU TRIPTYQUE « EAUX/SOMMETS/FORÊTS », CERTAINS LIEUX SONT ÉGALEMENT EN CONTACT AVEC DES ENTITÉS LEUR CONFÉRANT UNE DIMENSION SACRÉE. ILS ONT EN COMMUN D’ËTRE DES FRONTIERES ENTRE LES MONDES.

CARREFOURS ET CIMETIÈRES : Saluez Odin, dieu des voyages et seigneur des Draugar, les morts sans repos. Saluez également vos ancêtres si vous passez près d’un cimetière où ils reposent. N’hésitez pas à partager symboliquement un repas avec eux, ni à faire des libations sur leur tombe.

GROTTES : Les lieux souterrains, de manière générale, sont des passages vers les mondes du dessous, qui ont longtemps servi de lieux rituels, d’abris ou de sépultures. Ils sont souvent le domaine de Nains. Si possible, faites en entrant une offrande d’une pièce ou une libation (pas d’aliments, si vous souhaitez épargner l’odeur de putréfaction aux prochains passants).

MÉGALITHES : Érigés il y a des milliers d’années, ils sont encore aujourd’hui entourés de légendes concernant le « peuple caché » des Elfes et des Nains, qu’il s’agisse de menhirs, de dolmens ou de cairns. En vous y rendant, saluez l’esprit qui y réside, et Freyr qui règne sur le monde auquel il mène. Vous pouvez également demander son assistance en échange d’une offrande : leur domaine de prédilection reste de trouver un partenaire ou d’avoir un enfant, mais on dit qu’ils peuvent aussi guérir des maladies ou procurer des richesses. Notez que certaines formations rocheuses ou « grosses pierres » d’origines naturelles peuvent également avoir ces propriétés. Renseignez-vous sur le folklore local !

Dolmen de Troldkirken (les mégalithes étaient présents sur toute la façade atlantique, et leur culte a perduré jusqu'après la christianisation)

Dolmen de Troldkirken (les mégalithes étaient présents sur toute la façade atlantique, et leur culte a perduré bien après la christianisation)

AYEZ TOUJOURS AU MOINS UN SAC POUBELLE DANS VOTRE SAC OU VOTRE POCHE, POUR LAISSER TOUS LES LIEUX PRÉ-CITÉS PLUS PROPRES QUE VOUS LES AVEZ TROUVÉS, NE SERAIT-CE QUE D’UN PEU. Les considérer comme sacrés ou saluer des entités est vide de sens si vous vous comportez comme un touriste irrespectueux.

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Religions traditionnelles : ça existe encore aujourd’hui ?

Nombreuses sont les religions traditionnelles bien vivantes à travers le monde : par exemple l’hindouisme en Inde, le taoïsme en Chine, le shintoïsme au Japon, le bönpo au Tibet, le chamanisme amérindien ou sibérien, l’animisme africain, et ainsi de suite. Loin d’être une bizarrerie anecdotique, il s’agit de la forme la plus commune de comportement religieux au cours de l’Histoire, remontant à au moins mille siècles et faisant partie de la définition anthropologique de l’Humanité.

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