Archives mensuelles : septembre 2020

Des coutumes païennes de Norvège dans une loi chrétienne

Pour connaître les pratiques païennes, il est souvent utile d’étudier des textes de lois chrétiennes qui interdisent ces pratiques. En effet, pour interdire il faut nommer et parfois décrire ce qu’on interdit.

Le document étudié ici est la Eiðsifaþingslǫg: Kristinn réttr hinn forni (« Loi de l’assemblée du district d’Eiðsifa [en Norvège] : le droit chrétien a raison par rapport à l’antiquité »), écrit en 1268. En voici les extraits les plus intéressants :

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Les (re)fondations philosophiques du paganisme grec face au christianisme

Face à la christianisation, des philosophes grecs païens (Porphyre de Tyr et Jamblique) ont donné une fondation philosophique à leur religion : nature et vertus des Dieux et de l’âme humaine, efficacité des rites, crédibilité et cohérence de la Tradition. Une précieuse leçon pour justifier philosophiquement la renaissance des paganismes européens !

Cerises sur le gâteau : 1) le sujet est traité en détail dans un mémoire de sciences des religions nouvellement paru et disponible en lecture intégrale ci-dessous, 2) l’auteur fait partie de la nouvelle génération d’universitaires païens.

L’arbre de Porphyre – représentation du XVIIIe siècle
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Théismes, athéismes et agnosticismes chez les Hindous païens

Les néopaïens occidentaux ont des opinions variées concernant le Divin, et plus spécifiquement concernant les divinités du ou des panthéons dont ils se revendiquent. Les deux opinions les plus courantes sont les suivantes :

A) « Les divinités sont des archétypes, des symboles, des métaphores, … mais n’existent pas réellement ». La conclusion la plus courante est qu’il n’est pas utile de pratiquer les rites qui les honorent ; mais certains le font pour des raisons esthétiques, psychologiques, sociales, politiques, etc. C’est ce qu’on peut nommer la position « athéiste ».

B) « Les divinités existent vraiment et sont complètement distinctes les unes des autres ; d’ailleurs il est irrespectueux de les confondre ». La conclusion la plus courante est qu’il est utile de les honorer, en prenant bien garde à ne pas honorer en même temps Apollon et Belenos ou Hercules et Thorr. C’est ce qu’on peut nommer la position « théiste ».

Les « athéiste » ont tendance à considérer les théistes comme des chrétiens et/ou des idiots ; les « théistes » ont tendance à considérer les athéistes comme des poseurs qui veulent juste se donner un style. Les agnostiques n’ont généralement pas d’avis, donc pas grand-chose à dire. Toute tentative de débat tourne soit (au mieux) à la simple répétition d’opinons et d’arguments bien connus qui ne font pas avancer la question, soit (au pire) aux généralisations et aux insultes.

N’y aurait-il pas des issues plus enrichissantes à cette question ? La philosophie païenne hindoue, qui a été mise très tôt par écrit et qui a continué à évoluer de manière ininterrompue jusqu’à aujourd’hui, a l’avantage d’avoir des racines communes avec les traditions païennes européennes. Elle comporte six principales écoles philosophiques dites « orthodoxes » (âstika, c’est-à-dire basées sur les hymnes rituels des Védas, la plus ancienne tradition sacrée indo-européenne parvenue jusqu’à nous). Les brahmanes, c’est-à-dire les sages de la Tradition hindoue, peuvent donc enseigner des opinions différentes et célébrer les rites ancestraux ensemble. C’est parce que les religions païennes ne sont pas basées sur l’orthodoxie (« la bonne croyance ») mais sur l’orthopraxie (« les bonnes pratiques »). Mais voyons donc voir un peu plus en détail les différentes opinions des brahmanes traditionnels…

L’école Nyâya (qu’on peut traduire par « logique », application de règles de raisonnement) : la connaissance provient de la perception, du raisonnement logique, du raisonnement par comparaison, et des sages de la Tradition. Le cosmos peut se comprendre en faisant usage de son intellect. L’existence des dieux est une des hypothèses pour expliquer le fonctionnement du cosmos, mais elle n’est pas indispensable. Les rites traditionnels sont donc conseillés, mais pas indispensables.

L’école Vaisheshika (qu’on peut traduire par l’étude des « particularités » de chaque objet perceptible) : la connaissance provient uniquement de la perception et du raisonnement logique. Le cosmos est constitué de particules microscopiques indivisibles (les atomes). Les dieux, s’ils existent, sont donc aussi constitués d’atomes. Les rites traditionnels sont donc facultatifs, et leur utilité ne peut être prouvée que par l’observation ou le raisonnement.

L’école Sâmkhya (qu’on peut traduire par « l’énumération » des composantes du cosmos) : la connaissance provient de la perception, du raisonnement logique, et des sages de la Tradition. Le karma [qu’on pourrait très grossièrement traduire par « destin »] est le principe de fonctionnement du cosmos ; mais l’existence des dieux, elle, n’est pas prouvée. Les rites traditionnels sont donc nécessaires et utiles, sauf cela est contredit par l’observation ou le raisonnement.

L’école Yoga (qu’on peut traduire par « l’union » du corps et de l’esprit) : la connaissance provient de la perception, du raisonnement logique, et des sages de la Tradition. Une grande importance est accordée à la pratique de l’éthique quotidienne et des exercices spirituels. Le Divin est la part suprême, inchangée, immatérielle de chacun d’entre nous. Les rites traditionnels sont donc nécessaires et utiles, sauf si ils sont contredits par l’observation ou le raisonnement ; et nos expériences spirituelles personnelles sont plus importantes que la tradition [Note : « le yoga » pratiqué en Occident est une version restreinte, simplifiée, et désacralisée du hatha yoga, qui lui-même n’est qu’une des sous-écoles de la philosophie Yoga].

L’école Mîmâmsâ (qu’on peut traduire par « l’interprétation » de la Tradition) : la connaissance provient de la perception, du raisonnement logique, du raisonnement par comparaison, des hypothèses provisoires, et des sages de la Tradition. Sa particularité est d’exiger un grand nombre de preuves différentes pour valider définitivement une affirmation. Pour être acceptée en tant que vérité, il faut qu’une opinion soit à la fois 1) vérifiable par nos sensations, 2) impossible à réfuter logiquement, et 3) cohérente avec toutes les autres vérités. Comme il extrêmement difficile de prouver quelque chose, la Tradition fait office de repère provisoire, car elle a prouvé sa viabilité par l’épreuve du temps. En ce qui concerne les dieux, les mythes donnent des réponses incomplètes, métaphoriques et parfois contradictoires sur leur nature ; mais toutes les traditions insistent sur l’importance de les honorer selon les rituels ancestraux. Il n’y a donc pas de vérité prouvée sur les dieux, mais il est de la plus haute importance de les honorer selon les rites les plus antiques possibles, car c’est ce qui maintient l’harmonie du cosmos, de la société, et de chaque personne humaine.

L’école Vedanta (qu’on peut traduire par « le dépassement de la Tradition ») : pour certaines variantes (les variantes dualistes), la connaissance provient en premier lieu des sages de la Tradition, puis de la perception, et enfin du raisonnement logique. Pour la variante non-dualiste (Advaita Vedanta, la plus courante), la connaissance provient de la perception, du raisonnement logique, des sages de la Tradition, des comparaisons, des hypothèses provisoires, et enfin de l’absence de perception. Il existe de nombreuses variantes du Vedanta, mais toutes considèrent que le Divin est la cause du cosmos. Les divergences concernent le fait de savoir si le Divin et le cosmos sont une seule et même chose (non-dualisme, aussi nommé monisme) ou deux choses différentes (dualisme). Dans les courants non-dualistes, les divinités ne sont pas – ou pas totalement – distinctes les unes des autres, mais les humains non plus… Tout comme, dans la plupart des écoles bouddhistes, les divinités n’existent pas réellement, mais les humains non plus. L’opinion du Vedanta concernant les rites est variable : pour les dualistes, les rites traditionnels sont utiles s’ils sont pratiqués avec dévotion, car ils nous rapprochent du Divin. Pour les non-dualistes, les rites traditionnels sont nécessaires à l’harmonie de toute société humaine, utiles à tous ceux qui n’ont pas pleinement réalisé leur unité avec le cosmos, et ne deviennent facultatifs que pour une infime minorité d’éveillés spirituels.

Naturellement, toutes ces opinions ne seront jamais exprimées ou prises en compte tant que nous resterons dans un débat limité aux idéologies abrahamiques : le judaïsme, le christianisme, l’Islam, mais aussi les laïcismes post-chrétiens (le libéralisme des Lumières, l’athéisme marxiste, et le néopaganisme occidental).

Si nous voulons réellement avoir une attitude païenne, c’est-à-dire qui ne soit pas limitée par les idéologies abrahamiques, il nous faut donc à la fois revenir aux sources de nos traditions ET nous inspirer des traditions païennes ininterrompues qui existent encore de par le monde. En ayant pleinement conscience que les laïcismes post-chrétiens ne sont qu’une autre forme d’idéologie abrahamique, pas un antidote.

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