Fêtes

Fêtes et rites de passage dans la tradition germano-scandinave

Certains moments de la journée (aube, midi, crépuscule, minuit) sont particulièrement sacrés. De la même manière, certaines journées sont plus sacrées que d’autres. Dans notre tradition, elles correspondent aux jours de fête, répartis le long de l’année et célébrant l’été qui revient après l’hiver, d’autre part aux rites de passage, qui marquent les grands moments de notre vie et qui célèbrent le fait que les générations se succèdent, chacun devenant tour à tour héritier puis Ancêtre.

Fêtes

LE CYCLE DES SAISONS EST LE CYCLE LE PLUS ÉVIDENT À COMPRENDRE ET À CÉLÉBRER. Nous l’expérimentons chaque année : la Nature meurt chaque automne pour renaître au printemps. Pour suivre l’écoulement de ce cycle, les Anciens ont utilisé différents systèmes, basés sur la chevauchée de Mani et de Sunna dans le ciel, tirant les astres d’argent et d’or. Ces calendriers luni-solaires, souvent complexes, ont varié au fil des époques et selon les peuples. Aujourd’hui, tous les peuples germano-scandinaves ont adopté un calendrier solaire.

Nous vous proposons donc quatre célébrations-clé avec leur date la plus courante dans le calendrier moderne. Vos propres recherches, ou notre prochain fascicule « Été comme hiver : vivre aujourd’hui le cycle des saisons dans la tradition germano-scandinave », vous permettront d’approfondir le sens de ces fêtes, de comprendre quand les fêter précisément selon les différents systèmes, et d’en découvrir d’autres, connues seulement par certaines branches de notre tradition.

VIEUX NORROIS

VIEIL ALLEMAND

VIEIL ANGLAIS

FRANÇAIS

DATE

Vettnaett

Wintarnahtan

Winternyhton

Nuits d’hiver

3I/1O

Jólablót, Vénaett

Julbluot,Wîhnahtan

Ġeōlablōt, Wēohnython

Blot de Yule, Nuits sacrées

2I/12

Sumardagurinn fyrsti

Sumartag furisto

Sumordaeġ fyrst

Premier jour d’été

30/O4

Alþing / Midsumar

Alding / Mittsumar

Ealllþing / Midsumor

Grande assemblée, Mi-été

2I/O6

Invitez vos proches à ces dates pour partager un banquet et trinquer en l’honneur des Êtres locaux, de vos Ancêtres, et de nos Divinités. Faites trois tours de table avec la boisson, dédiés chacun à une catégorie d’Amis. Ciblez vos remerciements : au plus grand arbre du jardin, à un Ancêtre récemment décédé, une Divinité qui a été généreuse avec vous depuis la dernière fête.

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Mariage célébré par le godi Hilmar Orn Hilmarsson de l’Asatruarfelagid en Islande

Rites de passage

LE CYCLE DE LA VIE EST RYTHMÉ PAR DES RITES DE PASSAGE. Nous avons très peu de vraies traces de ces pratiques, qui variaient beaucoup selon les époques et les peuples, et dans une même société. Un garçon ne devient pas un homme-artisan comme il devient un homme-guerrier, un mariage princier ou paysan n’ont pas la même symbolique, un ami d’Odin part armé, brûlé avec une effigie de navire, alors qu’un ami de Freyr est enseveli avec provisions et richesses. Le plus important est de mettre en place des cérémonies sobres et cohérentes avec votre mode de vie.

Après la naissance, la mère chuchote à l’enfant les noms de ses Dises (son nom, celui de sa mère, de la mère de sa mère, etc). Elle le tend au père : « [nom du père], VOICI NOTRE FILS/FILLE. L’ACCEPTES-TU DANS TA LIGNÉE ? », celui-ci répond en le prenant dans ses bras : « ANCÊTRES, JE VOUS PRÉSENTE [nom de l’enfant], FILS/FILLE DE [nom du père], FILS DE [nom du père du père], ETC ». Les invités trinquent pour souhaiter à l’enfant succès, sagesse, santé, amour, prospérité.

Lors d’un mariage, les époux prêtent serment sur un anneau selon le contrat prévu à l’avance. L’homme dit ensuite : « [nom de la femme], FILLE DE [nom de son père], JE SOUHAITE TE PRENDRE POUR ÉPOUSE. ACCEPTES-TU DE VEILLER SUR LES CLÉS DU FOYER ? ». La femme prend ces clés et donne une arme : « nom de l’homme], FILS DE [nom de son père], JE SOUHAITE TE PRENDRE POUR ÉPOUX. ACCEPTES-TU DE DÉFENDRE NOTRE FOYER ? ». Ils échangent ensuite leurs alliances. Les invités trinquent enfin à la santé du couple, formulant chacun un souhait. Pour la nuit de noce, l’époux bénit son épouse avec un marteau de Thor, pour que l’union soit féconde.

Les funérailles, dans notre tradition, peuvent aussi bien se faire par enterrement que par incinération. L’officiant proclame : « ANCÊTRES, ACCUEILLEZ PARMI VOUS, CHEZ HEL, [nom du défunt], FILS / FILLE DE [nom de son père], FILS DE [nom du père du père, etc] ». Si une Divinité était particulièrement proche du défunt, elle peut aussi être invoquée pour l’accompagner dans son dernier voyage. Les personnes présentes trinquent ensuite en l’honneur du défunt, évoquant ses qualités et ses hauts faits. Une gorgée de boisson peut être versée dans l’urne ou la tombe.

Tiré de « Jour après Nuit – vivre au quotidien dans la tradition germano-scandinave », un fascicule du clan Ostara à paraître cette année. Nous dédions ce présent fascicule à Yngvi-Freyr, dieu procréateur, à qui serment fut prêté lors des fêtes de Yule d’écrire un ouvrage sur notre tradition et de travailler chaque jour afin d’obtenir sagesse et propsérité pour les nôtres. Vous pouvez retrouver ici le fascicule sur Les Douze Nuits de Yule concernant les festivités du solstice d’hiver.

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Rite des étudiants à Minerve Pallas

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Dans le calendrier religieux de la Rome antique, le 19 mars marquait le début du festival des Quinquatries Majeures (un jour à l’origine, étendu à cinq jours ensuite). C’était la naissance de Minerve, déesse de la sagesse, des techniques, et de la stratégie. Elle était honorée en ce jour par les étudiants, les professeurs, et les médecins.

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Aujourd’hui, elle patronne encore l’Institut de France, qui n’est rien moins que l’entité regroupant l’Académie Française, l’Académie des Sciences, l’Académie des Beaux-Arts, l’Académie des inscriptions et Belles-Lettres (Histoire et archéologie), et l’Académie des sciences morales et politiques.

En tant qu’étudiant français, dans un système éducatif issu des écoles et universités romaines, il semble logique de rendre cet hommage à Minerve Pallas (son aspect de jeune fille). Ne pratiquant jusqu’ici pas les rites gallo-romains, ceci est une proposition et un premier essai, qui semble selon mes vérifications ornithomantiques avoir été accepté comme valide (avec deux bâtonnets d’encens et une double offrande de vin en expiation supplémentaire). Le Mercure Gaulois, divinité favorite des Gallo-romains, messager des Dieux, interprète (et selon mon interprétation patron de la langue française) est honoré dans la préface, mais il s’agit-là d’un choix personnel. Si votre foyer suit le rite romain de manière courante, Vesta et/ou Janus font d’excellents choix.

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Préparation :
* L’officiant prend une douche (si possible un bain) pour se purifier juste avant le rituel. Il met les habits reflétant le mieux son statut social. Si le rite se passe hors du foyer, se laver les mains avec un peu d’eau, puis s’en asperger le front de quelques gouttelettes avec les doigts. Dans tous les cas, un récipient d’eau doit être à disposition de l’officiant pour la suite du rite.
* Les participants arrivent ensuite au lieu du rituel, ou, s’il a lieu dans un foyer, placent l’idole de Minerve sur l’autel. Cette idole peut être un olivier ou des branches d’olivier, une statuette, un dessin, etc.
* L’officiant allume ou fait allumer un feu, ou une bougie sur l’autel.

Préface :
* L’officiant couvre sa tête (capuche, un chapeau, une écharpe, etc) sauf si c’est une femme. Chacun est tourné vers l’autel, derrière l’officiant, hommes tête nue, femmes tête couverte.
* L’officiant allume ensuite un bâton d’encens, ou ajoute de l’encens dans l’encensoir, disant : « MERCURE GAULOIS, EN T’OFFRANT CET ENCENS JE TE PRIE AVEC DE BONNES PRIÈRES, POUR QUE TU VEUILLES ÊTRE PROPICE À CE RITE ». Il est possible de réciter un des hymnes homériques à Hèrmès.
* Il verse du vin dans la patère : « MERCURE GAULOIS, COMME EN T’OFFRANT CET ENCENS DE BONNE PRIÈRES FURENT BIEN PRIÉES, POUR LA MÊME RAISON SOIS HONORÉ PAR CETTE LIBATION DE VIN ».
* L’officiant verse ensuite le contenu de la patère sur le feu, ou dans la terre, si c’est possible. Si elle est petite, il peut transférer son contenu dans un autre récipient pour pouvoir poursuivre le rite, et rendre le tout à la terre après le rite. On peut honorer d’autres entités pour la préface (Vesta, Janus, Lares, etc)

Précation :
* L’officiant se purifie à nouveau les mains. Il touche ensuite l’autel, ou tend la main vers l’idole s’il n’y a pas d’autel, disant : « MINERVE PALLAS, PARCE QU’IL EST OPPORTUN POUR LES ÉTUDIANTS DE T’OFFRIR DU VIN ET DES BISCUITS EN CETTE FÊTE SACRÉE DU PREMIER JOUR DES QUINQUATRIES MAJEURES, AFIN QUE LEURS ÉTUDES LEUR APPORTENT LA SAGESSE, POUR CETTE RAISON SOIS HONORÉE PAR CES OFFRANDES ».

Reddition :
* L’officiant verse du vin dans la patère, disant : « MINERVE PALLAS, SOIS HONORÉE PAR CETTE OFFRANDE, SOIS HONORÉE PAR CETTE LIBATION DE VIN ».
* L’officiant dépose ensuite sur l’autel les biscuits, disant : « MINERVE PALLAS, SOIS HONORÉE PAR CETTE OFFRANDE, SOIS HONORÉE PAR CETTE OBLATION DE BISCUITS ».
* Il est aussi possible de faire des offrandes à d’autres entités.
* Les offrandes qui sont destinées à être consumées, enfouies ou mises ce côté pour être déposées plus tard, le sont à ce moment-là.

Profanation :
* L’officiant touche de la main les offrandes restantes, pour que les humains puissent les manger.

Expiation :
* L’officiant allume un bâton d’encens, et dit, levant les mains vers le ciel : « DIEUX IMMORTELS, SI VOUS AVEZ ÉTÉ OFFENSÉS PAR DES ERREURS COMMISES DURANT CE RITE, RECEVEZ CET ENCENS EN EXPIATION DES ERREURS DES HUMAINS MORTELS ». On peut aussi offrir du vin ou des biscuits, par précaution.

Divination :
* L’officiant ou un augure s’assurent que le rite et l’expiation ont été suffisants. Cela peut se faire par diverses méthodes : soit par l’observation (changement météorologique type vent, pluie ou arc-en-ciel ; animaux, etc), soit par le hasard (dés, pile-ou-face, cartomancie, etc). Si besoin, nouvelle expiation.

Banquet :
* Les participants consomment les offrandes restantes, se portant mutuellement des toasts. L’officiant peut enlever son couvre-chef. Il est possible de porter des toasts à d’autres entités.

Selon la coutume, les étudiants offrent également un cadeau à leurs enseignants. J’ai aussi honoré le fondateur de mon école et le génie tutélaire de ma promotion.

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Merci à un mien ami pour les illustrations (que Minerve lui soit propice et lui accorde la sagesse pour parvenir à la victoire) ; et aux membres de l’association Pharia, consacrée aux spiritualités méditerrannéennes antiques, pour leurs lumières. Si votre héritage gallo-romain vous intéresse, le 18 juin aura lieu le premier pélerinage groupé à Mercure Dumiatis en son temple du Puy-de-Dôme.

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Schieweschlawe : rite carnavalesque

Il s’agit d’une coutume alémanique très ancienne, qui se déroule le dimanche suivant le carnaval de Mardi Gras.

  • Une arabesque lumineuse

La fête du lancement des disques est restée extrêmement vivante à Offwiller à travers les siècles. Plusieurs semaines avant le carnaval, les préparatifs commencent. Jeunes gens, associations, villageois et conseillers municipaux ramassent du bois mort dans la forêt communale et le déposent dans une clairière qui domine le village (le «Schiewebarri»). Là, sept grandes pierres plates sont dressées de manière à former autant de tremplins dirigés vers la vallée.

Le jour venu, un grand feu est allumé dès l’après-midi. Au village, une atmosphère étrange, feutrée par la neige qui persiste encore en ce mois de février, indique que derrière les petits carreaux des fenêtres se réjouissent des personnes qui se livrent aux ultimes préparatifs de la fête.

A la tombée de la nuit, le ciel rougeoyant annonce le début des festivités. Les habitants sortent un à un des maisons. Tous se rendent à travers la forêt au Schiewebarri, en empruntant la rue de l’Eglise ou le sentier du « Monnesepel ». Les lanceurs portent en bandoulière des chapelets de disques. A la main, ils tiennent des bâtons flexibles de noisetier ou de châtaignier de 1,50 m de long environ.

Les disques en bois de hêtre d’un diamètre de 10 à 12 cm et percés au centre d’un trou de 1 cm, ont été achetés chez le menuisier du village. Mais il y a quelques années encore, chaque famille taillait ses propres disques dans des rondelles de bois de hêtres dont on amincissait les bords à coups de hachette. Le trou du centre était percé soit à la tarière, soit au fer rouge.

                   

Les disques, fixés solidement sur les bâtons, sont ensuite placés dans l’énorme bûcher. Le bord aminci s’enflamme. Le lanceur brandit ensuite le disque rougeoyant en le faisant tournoyer au-dessus de sa tête. Il s’approche d’une de ces tables de pierre. Après plusieurs moulinets, le disque est frappé avec dextérité contre la pierre : il rebondit en lançant des étincelles et le voilà parti dans l’air comme une étoile filante qui décrit une gracieuse courbe lumineuse vers la vallée. De nos jours, tous les villageois, sans distinction d’âge, participent à la fête. Quant aux visiteurs, ils ne se contentent pas de stimuler les autochtones mais cherchent eux aussi à éprouver leur talent. Car, bien entendu, il s’agit de lancer son disque avec adresse haut et loin et de lui faire suivre une trajectoire harmonieuse.

Les femmes restent pour la plupart spectatrices, mais n’en encouragent pas moins leurs compagnons par de joyeuses acclamations. Il y a les virtuoses qui envoient leurs disques avec une aisance nonchalante et recueillent des cris et des sifflements d’admiration. ais il y a aussi les maladroits qui expédient leur disque dans le mauvais sens, au beau milieu de la foule, et dont la malencontreuse performance est saluée par des huées et des rires.

Toute la veillée est ainsi rythmée par de petites émotions. Des étincelles voltigent sans cesse autour des gens, et quand une rafale de vent soulève les braises, c’est la fuite générale sous les arbres. La conscience d’un certain danger, ce brin d’excitation qui anime la fête, lui confère un charme saisissant. Cette fête offre souvent l’occasion de réunir la famille et d’inviter au spectacle les amateurs de folklore vivant. C’est aussi à cette occasion que sont dégustés dans chaque foyer les traditionnels beignets qui, par leur forme, rappellent les disques du Schieweschlawe.
  • Le Carnaval des paysans

Quel que soit le lieu où le lancement des disques était pratiqué, la date des festivités était toujours la même. Il s’agit du premier dimanche de Carême, appelé Carnaval des paysans ou Vieux carnaval. Il semble que ce fait soit en relation avec l’introduction du carême de quarante jours au Vème siècle. A partir du milieu du IVème siècle, on ne jeûnait plus les dimanches. Pour compléter le nombre de jours de jeûne, on avança alors le carême au mercredi des cendres. Les fêtes de printemps ou de Carnaval cessèrent donc à partir du dimanche Estomihi qui obtint le nom de « Herrenfâssenacht ». Mais la population tint ferme au dimanche Invocavit, sans doute parce que l’origine en était une fête païenne plus ancienne.

  • Une célébration de l’équinoxe du printemps

Cette tradition qui se pratiquait autrefois dans tous les villages situés sur la ligne des collines pré-vosgiennes, dans le Kochersberg et en Forêt Noire, s’était fixée précisément là où une éminence naturelle permettait à l’arabesque rougeoyante de rendre son plus bel effet.

Le document le plus ancien concernant le lancement de disque date du 4 mars 1090 et relate qu’un couvent a été incendié à Lorsch (Allemagne) par un disque enflammé lancé lors d’une fête d’équinoxe de printemps. Mais ses origines sont plus anciennes encore puisqu’un capitulaire de Charlemagne de 742 interdisait déjà de tels feux en raison des dangers qu’ils présentaient pour les habitations.

Certains admettent que la fête du lancement de disques enflammés correspond à une invention autonome remontant au Moyen-Age. D’autres voient dans cette coutume un reste de culte solaire de la Gaule antique où le Dieu soleil Vichnon était profondément vénéré. D’autres enfin pensent qu’il pourrait s’agir de survivances d’anciens rites. Nos ancêtres, dans leur vision du monde, voyaient deux forces qui s’affrontaient : le monde favorable de l’été et le monde hostile de l’hiver. Pour eux, c’était un éternel combat entre lumière et ténèbres, entre la vie et la mort. Les rites qu’ils pratiquaient tel le Schiewesclawe devaient favoriser les forces magiques ainsi que le réveil de la nature. Bien plus, les disques enflammés projetés dans la nuit devaient également chasser le froid de l’hiver et les mauvais esprits. Chaque lanceur formulait des vœux de prospérité pour la saison à venir.

En réussissant à lancer son disque haut et loin, on pensait s’attirer les faveurs des Dieux. La fête du lancement de disques enflammés célèbre l’équinoxe de printemps. A partir de cette date les journées commencent à être plus longues que les nuits. Dans la préhistoire, les Européens appelaient déjà la renaissance du soleil par toutes sortes de manifestations visuelles. Les villageois perpétuent ainsi une pratique issue de la nuit des temps. Comme leurs ancêtres, ils lancent vers la coupole céleste des centaines de petits soleils qui sont autant de lueurs d’espoirs, autant de prières pour un retour rapide du printemps.

  • Authenticité


L’originalité du lancement de disques enflammés aurait pu pousser la municipalité à donner une envergure commerciale à la fête. Mais sur ce point, les villageois sont unanimes : le Schieweschlawe doit rester authentique ! Aussi, les festivités ne sont entourées d’aucune publicité, d’aucun commerce, d’aucune attraction particulière. Le lancement des disques est pratiquée à la manière d’antan. Ainsi, c’est toujours dans le noir le plus total que les lanceurs montent à la clairière. Sur place, aucune boisson n’est vendue malgré la forte chaleur dégagée par le bûcher. C’est qu’autrefois, les familles venaient sur les lieux munies de torches et d’eau fraîche.

En réalité, seule l’Amicale des Sapeurs-Pompiers organise tous les ans sur autorisation de la municipalité une buvette et un buffet dans la rue de l’Eglise, au départ du chemin de terre menant à la clairière. Il est possible d’y acquérir bâton et disques. Les sapeurs proposent également aux hôtes du vin chaud et des beignets artisanaux.

Enfin, dès l’après-midi, des démonstrations de fabrication de disques sont faites au Musée d’Arts et Traditions populaires du village. Les spectateurs pourront également se familiariser avec le Schieweschlawe avant de s’y adonner personnellement.

Bien évidemment, la municipalité procède à la sécurisation de la clairière afin que soient évités les risques d’incendie et d’accident.Le Schieweschlawe connaît tous les ans un vif succès. Les spectateurs viennent de toute la région pour y assister. Nombreuses sont les chaînes de télévisions et les radios qui viennent couvrir les festivités qui, parce qu’elles ont su rester authentiques à Offwiller, méritent d’être signalées.

  • Recommandations

Il est conseillé aux visiteurs de s’équiper de bonnes chaussures, de vieux vêtements (retombées de braises, fumées) et d’une lampe de poche pour accéder à la clairière.

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Comment fêter les Douze Nuits de Yule ?

Vous pouvez trouver à cette adresse la version 2015 du guide « Les Douze Nuits de Yule, fêter le solstice d’hiver dans la tradition germano-scandinave », réalisé par le Clan Ostara : Les Douze Nuits de Yule

L’année est sans doute le meilleur moyen de saisir la nature cyclique de notre existence. On est souvent trop habitué à la succession des aubes et des crépuscules, et trop occupé au quotidien, pour les célébrer dignement. La lune a été bannie de notre vision du monde ; et les évènements de la vie, de la naissance au décès, sont trop espacés pour faire transparaître nettement la courbure du temps qui les relie.

Le calendrier annuel, lui, montre clairement le flux et le reflux des jours et des nuits. Il comporte un point d’inflexion fondamental : la période du solstice d’hiver, où les jours sont les plus courts mais pourtant marquent le début du racourcissement des longues nuits glacées. Des constructions mégalithiques telles que le cairn de Gavrinis ou le tumulus de Newgrange sont orientées au lever du soleil à cette date, indiquant qu’elle est considérée comme sacrée en Europe depuis au moins 5500 ans. Aucune trace de sa célébration par des druides ne nous est parvenue, mais les traditions baltiques (Kučios et Kaledos), slaves (Korochun ou Koliada), romaines (Saturnales, puis le Dies Natalis Solis Invicti) et scandinaves (Jul) montrent qu’ils s’agissait d’une période particulière dans le calendrier européen.

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Le Blaireau, le Porc-épic et le Renard : ouste !

Les anciens calendriers du nord de l’Europe font commencer la saison claire début mai. Dans la tradition rhénane, en particulier telle qu’elle a été conservée en Pennsylvanie, les Géants du givre tentent, pendant la première demi-lune qui suit le premier jour de mai, de renverser l’ordre cosmique et de prendre le contrôle de la partie claire de l’année. C’est vraisemblablement en lien avec les textes scandinaves qui parlent du Fimbulvetr, le Terrible-Hiver, qui durera trois ans consécutifs et annoncera la fin de notre ère dans un chaos fratricide où les traditions seront profanées.

Butzemann des hauts de Saverne

Le treizième jour de mai, c’est le Blaireau du Treize (Drizehdàcks en alsacien, Drizehdax en franconien) qui surgit des zones sauvages situées hors du Mettelgàrt, le domaine des Humains. Dünner, le plus fort des Dieux, fait usage de sa massue-tonnerre pour lui infliger la correction qu’il mérite. Après qu’il se soit carapaté pour lécher ses plaies, le lendemain arrive Vatzehvedder, le Porc-épic du Quatorze. Cette fois, Dünner monte la garde et apprend au Butzemann, l’Esprit protecteur de chaque territoire habité des Humains, à le repousser, puisqu’il est moins virulent que le Blaireau du Treize si on sait comment s’y prendre. Alors que Porc-épic Quatorze rumine son humiliation, arrive dans les vingt-quatre heures suivantes le Fufzehfucks (Fuffzehfux en franconien), le dernier Géant du givre. Celui-ci est particulièrement rusé et prend la forme d’un goupil, le Renard Quinze, qui s’approche lentement de l’enclos des Humains et le franchit subrepticement. Heureusement, le Butzemann veille au grain et repousse courageusement ce vil couard qui glapit en s’enfuyant. Si nécessaire, par exemple si les forces de l’hiver sont plus coriaces qu’à l’accoutumée ou le Butzemann local un peu naïf, Dünner lui donne un coup de main.

Fosse à offrandes Saverne 16 mai 2015C’est d’ailleurs ce qui s’est passé cette année en Alsace, puisque nous avons eu droit à un bel orage. Le 16 mai, profitant d’une promenade dans les Vosges, nous avons donc procédé à une cérémonie d’offrande à Wogesen (Vosegus en latin), le maître des Esprits du massif qui domine la plaine jusqu’au Rhin. Après une belle marche, nous sommes arrivés à un endroit particulièrement propice possédant un petit autel moussu, un immense frêne en guise d’Arbre-Monde qui était entouré de branches de chêne pour bénir l’endroit, des roches propices à l’accueil des Esprits, et également une fosse à offrandes. Les fumigations et invocations d’usage furent suivis de libation de bière en l’honneur des Ancêtres d’un participant, de Guldzàhn qui veille sur l’arc-en-ciel dans son château au sommet du Himmelsbarg (la montagne céleste), de Dünner notre ami protecteur et de son père Wuäti, et bien évidemment de Wogesen et des siens.

Cette année encore, l’été et nos fidèles alliés ont vaincu les Géants du givre, porteurs du chaos et ennemis de la vie. Alors que la lueur des bougies dédiées à nos Ancêtres et nos Descendants ont vacillé avec le vent qui soufflait en haut des Vosges, celle en l’honneur de nos vivants Amis a fièrement tenu tête aux éléments. Aussi longtemps que nous vivrons, entretenant notre mémoire et la transmettant à ceux qui nous suivent, perdureront nos coutumes : respect de la parole donnée, hospitalité et harmonie de nos communautés, honneurs rendus à nos terres sacrées au fil des saisons.

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Les fêtes de mai : Belotennia, Hexenacht, Floraliae, …

Le mois de mai approche de la Gaule, et avec lui son cortège de festivités. La préparation de celles-ci, ainsi que la nature qui revit, se liguent pour tenir les coussinets du Chat Poron loin de son clavier. Ceci étant, ne serait-ce que par sens du devoir, pas question de ne pas donner ne serait-ce qu’une petite vue d’ensemble de ce qui se trame par chez nous.

Petit selfie printanier

Petit autoportrait à la mode moderne (dit « selfie » en anglois)

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Ôstarmânoth et blot à Tio

Pour le premier jour de la Lune d’Ôstara (Ôstarmânoth), le clan Liddel Franke des Enfants d’Yggdrasill s’est réuni dans la forêt sacrée qui se trouve sur ses terres, afin de placer ses actions à venir sous l’égide de Tio. A la fois sage et hardi, il est le plus courageux de nos Dieux, donc le plus apte à assurer le succès. Sous les bourgeons, les pervenches avaient étendu leur réseau violacé, marquant l’arrivée du printemps. Après des offrandes de gâteaux au Grand’arbre Fourchu qui domine le bois, et à la vieille Mère-Bouleau qui protège le lieu des banquets, nous avons dédié une corne de bière, infusée maison au genièvre et à l’aspérule selon l’ancienne coutume, aux Esprits des Lieux.
Un timide rayon de soleil a ensuite lui sur notre tardif pique-nique du midi. Vers la fin de celui-ci, une invitée (que nous n’avions pas pu récupérer à la gare à cause de son retard de deux heures) a appelé afin de demander quelques précisions supplémentaires sur l’itinéraire. En d’autres termes, elle était visiblement totalement perdue. S’ensuivit une trépidante aventure, impliquant des portables qui ne captent pas – oui, parce qu’il n’y a pas toujours de réseau en forêt, en tout cas pas celui que captent vos smartphones – et des olifants qui s’avérèrent être d’utiles substituts.
Pendant que nous allumions le feu, Baldric, un nouveau membre du clan, entreprit de poursuivre l’érection d’un haraho (cairn) au bord de l’étang sacré, en l’honneur des Esprits locaux, et plus particulièrement de la Fille de la Source. A l’intérieur, pour le consacrer, furent disposées diverses offrandes, enveloppées dans le voile des fumigations rituelles pendant que résonnaient la peau du tambour et des gorges. Après ceci, il fut entouré de pieux pour le désigner comme wîh (consacré), demeure inviolable des Esprits. Notre Ancienne Coutume est avant tout un ensemble de principes permettant de vivre en harmonie avec notre environnement ; et il nous importe que, sur nos terres, certains lieux appartiennent clairement à d’autres qu’aux humains.

Haraho-Dîks : le cairn de l'étang

Haraho-Dîks : le cairn de l’étang

Ensuite, tout en répétant les chants rituels du Sigiblot (le Blot pour la Victoire) en l’honneur de nos Divinités, nous avons confectionné une croix solaire pour porter le feu dans leur grand Wîh en haut de la colline. Deux massives branches furent attachées par des bandes de tissu enduites de cire fondue avant d’être mises à reposer contre un bouleau en attendant que vienne la lueur rougeoyante du crépuscule. Pendant ce temps, alors que les rayons dorés devaient de plus en plus obliques et que le brasier finissait de crépiter, on conta une nouvelle fois l’enchaînement du Feniwulf, le Grand Loup, par Tio qui y laissa sa main droite pour sauver le cosmos de sa voracité. Car, comme nous l’apprennent les poèmes runiques, Tio est l’Anse manchot, blessé par le loup, et celui qui règne sur les temples ; Tio est aussi une étoile, il garde bien la fidélité des nobles, sa course continue toujours au-dessus des brumes nocturnes car jamais il ne faiblit ; et le forgeron doit souvent souffler.
Enfin, alors que Sunna incendiait le ciel d’occident, son effigie terrestre s’embrasa, saluée par nos cris. Nos pas, rythmés par le tambour, portèrent au sommet la Clarté des Elfes pour la déposer dans le cercle de pierres runiques, sous le regard de Wuodan et de Thonar, gardiens du seuil, de Frouwa, déesse du foyer, et de tous les dieux et déesses du Wîh. L’énigmatique dernier vers du poème runique norvégien, sur lequel on peut longuement s’arracher les cheveux, prit soudain soudain un sens assez concret : à cause de l’humidité du bois, réussir à faire prendre durablement le feu sacré n’allait pas être de tout repos. A plat ventre dans la boue pour échapper à l’épaisse fumée, nous nous sommes relayés sans relâche pour maintenir à la force de nous poumons un flux d’air constant pour attiser les braises.
En cela, nous étions unis par notre fidélité à un but commun, guidés par la même étoile polaire qui règne sur les temples. L’idée d’abandonner et de retourner dîner en contrebas nous parcourut un instant comme le brouillard s’avance dans le soir, mais nous nous sommes remis à l’ouvrage en retroussant nos manches pour forger notre noble destin. Enfin, les flammes dansèrent dans le cercle runique, et nous autour de celui-ci. Pour célébrer la victoire, et en préparation de celles à venir, forts de cette leçon de bravoure, furent partagées entre les hommes et les dieux la sainte bière et le cidre caché au pied des arbres par le Renard de Pâques (oui, l’Osterfuchs est une tradition franque assez sympathique). Baldric, pour la première fois, menait la cérémonie, et j’ai une fois de plus été surpris de constater comme la pratique de nos coutumes nous poussent à nous dépasser pour accomplir ce dont on ne se serait pas cru capable quelques lunes plus tôt.

TIWAZ

TIWAZ est une étoile qui garde bien la fidélité des nobles, sa course continue toujours au-dessus des brumes nocturnes car jamais il ne faiblit.

Un oracle runique à l’antique a aussi été demandé, concernant les actions à entreprendre pour favoriser la connaissance et la compréhension de nos traditions. Comme souvent, la réponse fut assez lapidaire : continuez votre course au-dessus des brumes nocturnes, et ne faiblissez point.
Heel Tio ! Merci pour ton courage qui nous montre la direction à suivre. Tu seras encore longtemps honoré, toi, nos autres Divinités, nos Ancêtres et les bienveillants Esprits de ces lieux.
Si vous souhaitez avoir plus d’informations sur les célébrations de la Walburganaht le 9 mai, rendez-vous ici : http://www.enfants-yggdrasill.fr ou ici : https://www.facebook.com/1tierschemin !

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Idisenthing en Liddle Franke

Suite à divers imprévus, je me suis retrouvé à célébrer le blot aux Dises du clan Île-de-France de l’association Les Enfants d’Yggdrasill (association reconstructionniste des traditions germano-scandinaves) en ce premier week-end de mars sous la (presque) pleine lune.

Après des retrouvailles à la gare du coin et une promenade dans les ruelles de cette vieille ville de l’Essonne pour acquérir une grosse miche de pain paysan, nous sommes arrivés à quatre à l’orée du bois pour accueillir un nouvel invité. Le soleil était déjà bien haut dans le ciel, et en cette saison il ne risquait pas de monter encore… mais le creux de notre estomac, lui, commençait à s’agrandir. Une fois le matériel déchargé des voitures, nous avons remonté à pied le sentier forestier comme des saumons remontent un ruisseau, et vu que les giboulées de mars finissaient de s’écouler de l’étang au fond du bois, ce n’était pas vraiment une métaphore. Heureusement, le lieu du thing, avec ses trois troncs en guise de bancs, se situe au sec, à mi-pente d’une petite colline.

Quelques feuilles mortes, petit bois et journaux défraîchis plus tard, sans compter les minutes à souffler en se relayant pour gagner quelques précieuses minutes, nous avons pu regarder danser les flammes pendant que nous dégustions des tartines de magret de canard (fumé à la main par notre généreux chef cuistot du jour). J’ai transféré dans son chaudron de cuivre la soupe au panais et au fenouil faite la veille avec ma grand-mère de passage à la maison. Dans le doute, je ne l’avais pas assaisonnée en me disant qu’on verrait sur place, et j’ai bien fait puisqu’on y a rajouté bon nombre de tranches de magret, certes délicieux mais élaboré au mépris des injonctions télévisuelles telles que « surveillez votre hypertension » ou « ne mangez pas trop gras, trop salé, trop sucré ».

Cuisine

Une fois l’écuelle de chacun bien remplie, on versa de la bière rousse dans la corne jusqu’à ce qu’elle déborde de mousse, et je l’ai levée vers ce soleil qui annonçait la fin de l’hiver en invoquant les ancêtres de notre lignée maternelle. Ainsi commença le premier repas de l’Idisenthing, l’assemblée en l’honneur de nos sages et bienveillantes Matrones (dísir en vieux norrois) qui veillent sur nous depuis des temps immémoriaux, sous le regard du vieux bouleau dressé à mi-chemin de l’étang et du sanctuaire qui nous surplombait.

Pour digérer, outre diverses discussions concernant les voyages en Islande, le brassage, les tabacs à pipe et autres, débuta un petit tournoi amical de tafl, précurseur des échecs chez les Scandinaves. Ce fut pour la plupart l’occasion de découvrir ses règles, pas très compliquées mais un peu surprenantes puisque le jeu est asymétrique : un des joueurs est l’attaquant norvégien qui tente de capturer le roi de Suède entouré de sa garde personnelle ; l’autre doit au contraire faire sortir le roi par un des coins du plateau. On doit donc chaque fois remporter la première manche, puis la revanche en échangeant les camps, pour réellement gagner la partie. Ce qui n’empêcha pas notre cadette d’être sacrée reine du tafl, même après l’arrivée d’une autre invitée.

Tafl d'après-repas

Étant déjà un peu plus nombreux et disposant donc d’un deuxième tambour, nous en avons profité pour réviser (ou apprendre) un peu nos gammes, ainsi que le chant utilisé pour débuter la cérémonie du blot une fois que nous serions en haut dans le vé, entouré par les dieux et déesses. Ensuite, place à un atelier « confection de torches artisanales », afin que chacun en ait une lors de la procession crépusculaire.

La méthode est assez simple : faire fondre des bougies dans une casserole (attention : vous ne pourrez sans doute jamais la réutiliser à usage alimentaire), couper des bandes de chiffon assez longues pour faire plusieurs fois le tour de la branche de votre choix, tremper les bandes de tissu dans la cire fondue (si possible maintenue entre 40 et 60°C, pour éviter de vous brûler) et les enrouler au bout du bâton en serrant bien à chaque tour. Il suffit de répéter l’opération plusieurs fois pour accroître la durée de vie de votre torche (nous avons fait une quinzaine de tours de tissu imbibé).

Confection de torches artisanales

Ensuite, nous avons mis à cuire la bouillie de seigle (rugmelsgrød en danois, le bon vieux grau de nos campagnes), accompagnée d‘herbes et de divers légumes, dont des poireaux rincés dans l’étang sacré. Enfin, nous sommes partis à deux pour chercher un des participants qui travaillait dans un magasin du coin ce samedi et finissait tard pour nous ramener le poisson invendu plutôt que de le jeter. Sur le chemin, nous avons croisé les deux derniers invités, et un charmant rayon de soleil sur des bouleaux. Une fois tous réunis, tandis que le grand incendie prenait le ciel à l’ouest, personne n’eût guère la présence d’esprit de prendre des photos. Les tambours ont commencé à résonner avec nos pas et nos gorges en grimpant vers le vé à la rencontre des Ases et des Vanes, accompagnés par nos Dises. Les femmes jetèrent nos torches dans le foyer de pierres gravées, et elles nous invitèrent à pénétrer dans le sanctuaire quand le chaudron garni des tranches de saumon commença à bouillonner. Nerthus la Généreuse, Ran et Eir qui accueillent et soulagent notre espèce, Frouwa la Dise des Vanes, Wigithonar le porteur du marteau, et toute la longue lignée de nos Matrones, détentrices des secrets des plantes de la terre et du feu des cœurs, furent honorées par nos libations d’hydromel, de bière, de cidre et de vin répandus sur le sol et les poteaux sculptés qui délimitent le vé.

La grande lune, chariot du dieu Mani, se leva sur nous alors que nous dégustions le plat dont le fumet était monté vers les cieux étoilés pendant le blot, et que la corne continuait de faire le tour l’assemblée pour honorer la présence de chacun dans cette forêt. Au fil des discussions qui s’éparpillaient tandis que l’assemblée se clairsemait entre départs et fatigue après une dure semaine, je finis à presque chuchoter avec mon dernier compagnon dans une nuit bien avancée. Signe du printemps, nous avons fini par cesser d’alimenter le feu sans pour autant frissonner, et le grand orbe d’argent était si plein que nous y voyions presque comme en plein jour malgré les braises fumantes qui n’émettaient plus guère de lumière.

Le lendemain matin, nous éveillant dans la forêt, nous avons offert les reste de seigle et de saumon à la fille de la source qui règne sur l’étang, avant de laver le chaudron et de se mettre en route. Les bouteilles de verre cliquetaient dans les sacs poubelles alors que nos pas s’enfonçaient dans la boue du chemin qui luisait sous le soleil de mars, mais sur nos visages était un sourire discret… et dans nos cœurs la joie de nos Dises dûment honorées.

Derniers rayons de soleil sur les bouleaux

 https://lacailleach.wordpress.com/2014/05/04/disir-hamingja-quelques-pensees/ : un article (en français) de synthèse et d’hypothèses sur les Dises et leur lien avec la hamingja.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Matrones sur le culte gallo-romain et germanique des Matrones et  https://en.wikipedia.org/wiki/Dísablót avec une vue d’artiste de l’ancienne procession du Disablot aux flambeaux et des photos du Disting suédois à Uppsala en 2008

– Le passage de la Heimskringla qui parle du Disting dans les temps anciens

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Mars chez les Gallo-Roumains

Les Romains ont nommé le premier mois du printemps, celui qui commence leur année, d’après le dieu Mars, né le premier du mois (dies natalis Marti / Feriae Martis). On l’honorait donc de diverses manières, principalement par une danse processionnelle en habits pourpres, puis en organisant un festin à base de viande de coq, l’animal qui salue l’aurore et le printemps.

Cela peut sembler étrange d’invoquer un dieu guerrier pour fêter l’arrivée du printemps… mais il faut se souvenir que Mars est aussi le patron des jeunes hommes, et le père des jumeaux fondateurs de Rome, Romulus et Remus. De même, en Gaule, Mars est souvent honoré sous le nom de Mars Toutatis, le Père de la Tribu. César disait que chez les Gaulois,  « Mars tient l’empire de la guerre ; c’est à lui, quand ils ont résolu de combattre, qu’ils font voeu d’ordinaire de consacrer les dépouilles de l’ennemi. Ils lui sacrifient ce qui leur reste du bétail qu’ils ont pris, le surplus du butin est placé dans un dépôt public ; et on peut voir, en beaucoup de villes de ces monceaux de dépouilles, entassées en des lieux consacrés ». On peut donc lui dire, dans la Gaule aujourd’hui de langue romane, : « Dépose pour un moment ta lance et ton bouclier, puissant Dieu des Combats, dégage ta brillante chevelure du casque qui te couvre, et viens ! » (Ovide, les Fastes, Livre III).

Le dieu Mars, avec son fils (Cupidon ?)

Les entités plus féminines et champêtres n’étaient pas en reste, puisque c’était aussi celle de la fête de Matronalia. On honorait Juno Lucina (la mère de Mars) et les mères de famille qu’elle protège, auxquelles on offrait des couronnes de fleur. La formule consacrée était « Tu nous donnas la lumière, Mère Lucine ! », ou « viens, et exauce le vœu des parturientes » si une femme était proche d’accoucher dans la maisonnée.

Enfin, on invoquait la nymphe Egeria, épouse du successeur de Romulus, qu’elle conseilla avec sagesse dans la mise en place de bon nombre de coutumes romaines : « Nymphe qui es au service de Diane dans les bois et les lacs, instruis-moi ! Nymphe, épouse de Numa, viens m’aider à célébrer ton action ».

Mon frère de sang m’a appris que chez lui, en Roumanie, il existe aussi toutes sortes de coutumes pour le 1er mars. En particulier, on fabrique des talismans nommés mărțișor, à partir de deux cordelettes de couleur entrelacées (l’une blanche ; et l’autre rouge, bleue ou noire selon les villages), nouées autour d’un objet porte-bonheur : pièce, ail séché, coquille d’escargot, perles de verre, … La fête elle-même s’appelle Baba Marta, le mars de Mère-Grand, où un personnage du même nom parcourt le pays de fort mauvaise humeur. Chaque mărțișor est censé la mettre de meilleure humeur : on est donc bien en présence d’un rite d’apaisement de ce qui est potentiellement négatif, plutôt que de confrontation. Les Bulgares ont une tradition similaire, où le bouleau remplace la grand-mère, faisant ainsi écho au symbolisme de cet arbre sacré.

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Yule : fêter le solstice d’hiver

L’année est sans doute le meilleur moyen de saisir la nature cyclique de notre existence. On est souvent trop habitué à la succession des aubes et des crépuscules, et trop occupé au quotidien, pour les célébrer dignement. La lune a été bannie de notre vision du monde ; et les évènements de la vie, de la naissance au décès, sont trop espacés pour faire transparaître nettement la courbure du temps qui les relie.

Le calendrier annuel, lui, montre clairement le flux et le reflux des jours et des nuits. Il comporte un point d’inflexion fondamental : la période du solstice d’hiver, où les jours sont les plus courts mais pourtant marquent le début du racourcissement des longues nuits glacées. Des constructions mégalithiques telles que le cairn de Gavrinis ou le tumulus de Newgrange sont orientées au lever du soleil à cette date, indiquant qu’elle est considérée comme sacrée en Europe depuis au moins 5500 ans. Aucune trace de sa célébration par des druides ne nous est parvenue, mais les traditions baltiques (Kučios et Kaledos), slaves (Korochun ou Koliada), romaines (Saturnales, puis le Dies Natalis Solis Invicti) et scandinaves (Jul) montrent qu’ils s’agissait d’une période particulière dans le calendrier européen.

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