Archives mensuelles : mars 2015

A bout de souffle ?

Dans la plupart des langues indo-européennes, le simple fait d’inspirer est une activité spirituelle. Eh oui, en latin, spiritus signifie « souffle », avant même d’être utilisé pour conceptualiser une part de nous qui serait d’essence différente de la matière. C’est une conception qu’on retrouve chez les Hindous (prâna), les Grecs (pneûma), les Germains (önd, souffle-esprit offert par Odin au premier couple humain), … Naturellement, cela met un peu à mal nos conceptions modernes de la « spiritualité ». Il ne s’agit aucunement de se replier sur soi ou dans la contemplation d’une céleste transcendance, mais bien d’effectuer un acte d’hygiène aussi indispensable que bien manger et bien dormir, ou avoir un minimum d’activité physique (voire simplement se tenir plus ou moins droit). Oui, parce que ce n’est pas parce que la respiration est souvent en « mode automatique » que nous respirons naturellement de manière optimale en toute situation.

Bien respirer, en plus de faciliter l’oxygénation d’un cerveau qui peut en avoir besoin, permet surtout de relâcher des tensions omniprésentes. Malgré le fait qu’on courre au quotidien bien moins de danger que nos Ancêtres, force est de constater que le niveau de stress causé par notre mode de vie est bien supérieur. L’urbanisation croissante, l’isolement social au milieu d’une foule anxiogène et impersonnelle, la désynchronisation de nos cycles biologiques par rapport à ceux des astres, sont autant d’éléments néfastes qu’il nous revient de contrebalancer activement. D’autant plus que ce n’est pas seulement notre « bien-être » subjectif qui est en jeu, mais bien la régulation de notre équilibre physiologique (par exemple en diminuant la concentration sanguine de cortisol, hormone liée au stress). Cela joue sur nos capacités de vision à long terme, sur nos décisions et notre attitude qui en retour influent sur notre entourage, et même sur les maladies cardiovasculaires, les problèmes de dos, la digestion, et sans doute d’autres éléments qu’il reste à découvrir.

En bref, bien respirer, c’est abolir ce qui est bien souvent un facteur limitant au plein développement de notre potentiel physique et intellectuel. C’est en tant que telle que la spiritualité fait sens, s’enracinant à la fois dans une antique vision du monde et dans les défis que nous avons à relever au quotidien. Car la « volonté de puissance » (máttr ok megin à l’époque viking), c’est façonner son masque (personna en latin) pour jouer le mieux possible son rôle dans le cycle de la vie, en adéquation avec l’ordre cosmique. Celui-ci est d’ailleurs nommé Ṛta dans les Védas, de la même racine que notre « rite ».

Mais ne vous inquiétez pas, je commence à m’essouffler donc j’arrête ici les grands discours et pour passer à l’aspect pratique. Naturellement, ce qui suit est très sommaire et donc demandera de la pratique de votre part pour l’adapter, sans oublier que ce n’est qu’une technique parmi d’autres qui peuvent mieux vous convenir. Aussi, dans le Râja Yoga, le prânâyâma (« maîtrise du souffle ») ne s’enseigne qu’une fois acquis les trois étapes précédentes (ascétisme, vertus et postures), donc même si le savoir-faire développé par les yogis indiens peut être intéressant, le sortir de son contexte le dénature forcément dans une certaine mesure.

Le travail du souffle, comme celui de la concentration, peut se faire de nombreuses manières : assis dans diverses postures (de la chaise au lotus en passant par le tailleur), allongé, en marchant, et ainsi de suite. Je vous conseille de commencer assis sur une chaise, si vous pouvez en trouver une assez haute pour que votre bassin soit légèrement surélevé par-rapport à vos genoux :

    • bien avancés de manière à ce que les fesses soient au bord de la chaise (ou, si vous pouvez, assis au fond de la chaise mais avec un support sous les pieds arrières qui les relève de quelques centimètres)

    • en faisant reposer le poids du corps sur les os des deux fesses, bien redressé

    • les épaules ouvertes (mains sur les genoux ou les cuisses selon votre morphologie)

    • la tête relevée pour étirer la nuque, bien en arrière, menton légèrement vers la poitrine

Dans un premier temps, gardez les yeux fermés. Si ça ne vous convient pas, essayez de fixer la flamme d’une bougie, une statuette, ou autre chose (même un joli paysage sur un écran d’ordinateur pour un premier essai, mais bon…).

Le but va être d’allonger au maximum le souffle, pour en augmenter l’amplitude et abaisser votre fréquence cardiaque (c’est donc contraire au zazen japonais de l’école Sôto qui consiste à « juste s’asseoir », et que certains jugent plus efficace, mais parfois la simplicité est plus difficile d’accès). Pour cela, inspirez par le nez, le plus profondément et le plus lentement possible, en gonflant bien l’abdomen. N’hésitez pas à vraiment forcer le mouvement dans le bas ventre d’une manière qui vous paraîtra ridiculement artificielle au début. Pareil, lors de l’expiration, expulsez par le nez un maximum d’air des poumons, en insistant jusqu’au bout. Vous découvrirez rapidement que quand on croît être arrivé au bout, on peut encore pousser un dernier souffle en exhalant par la bouche.

Une fois que vous avez bien le truc pour gonfler à bloc le bas du ventre, vous pourrez aller plus loin dans l’inspiration en gonflant aussi le thorax, puis même en montant jusqu’aux clavicules. Lors de l’expiration, videz d’abord uniquement le thorax avant d’expirer l’air par les abdominaux. Faites toujours cela le plus lentement et le plus profondément possible, en vous concentrant sur vos sensations. Vous remarquerez que cela demande tellement d’attention que la petite voix dans votre tête et les pensées parasites tendent à s’espacer puis à se suspendre, faute de mémoire vive disponible.

La petite astuce qui aide bien pour ralentir au maximum la fréquence respiratoire est de laisser un tout petit instant d’apnée poumons pleins et poumons vides. Attention, à partir de la demi-seconde (à la louche), cela a tendance au contraire à vous précipiter lors de la reprise de la respiration et à produire l’effet inverse. Focaliser son attention sur le contact de l’air avec les muqueuses respiratoires aide aussi à mener le processus plus loin.

Bien sûr, j’en entends au fond qui me demandent : et on fait ça combien de temps ? Pour commencer, cinq à dix minutes suffisent. L’important étant de pratiquer très régulièrement (genre, tous les soirs juste avant d’aller se coucher, ça fait un bon break et diminue le temps d’endormissement). Ensuite, monter jusqu’à vingt-trente minutes est un bon objectif, mais laissez les choses venir. La clé, c’est la régularité quitte à viser bas, et de se laisser l’occasion de faire des « pics » les jours où ils se produisent. Vous pouvez vous minuter, en ce qui me concerne quand c’est avant d’aller au lit j’utilise la méthode des bâillements : au bout du troisième bâillement, fin de la séance.

Notez bien entendu que le plein gonflement des poumons et l’expiration profonde peut s’utiliser n’importe où et même le plus souvent possible dans la vie de tous les jours. En particulier dans les situations anxiogènes et/ou dans les transports en commun, salles d’attente, … où on a « rien à faire » (maintenant, si).

http://pratiquer-la-meditation.com/comment-mediter-comment-bien-sasseoir-sur-une-chaise-pour-mediter/

http://france.wildmind.org/posture/chaise

http://fr.wikihow.com/méditer

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Jare Gody : équinoxe & musique polak

Trois morceaux de musique traditionnelle pour accompagner Jare Gody, la célébration polonaise de l’équinoxe de printemps.

Plus de détails sur les rites de Jare Gody dans un prochain article, n’hésitez pas à vous abonner par mail (en haut à gauche) ou par la page Facebook du Chat Poron !

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Idisenthing en Liddle Franke

Suite à divers imprévus, je me suis retrouvé à célébrer le blot aux Dises du clan Île-de-France de l’association Les Enfants d’Yggdrasill (association reconstructionniste des traditions germano-scandinaves) en ce premier week-end de mars sous la (presque) pleine lune.

Après des retrouvailles à la gare du coin et une promenade dans les ruelles de cette vieille ville de l’Essonne pour acquérir une grosse miche de pain paysan, nous sommes arrivés à quatre à l’orée du bois pour accueillir un nouvel invité. Le soleil était déjà bien haut dans le ciel, et en cette saison il ne risquait pas de monter encore… mais le creux de notre estomac, lui, commençait à s’agrandir. Une fois le matériel déchargé des voitures, nous avons remonté à pied le sentier forestier comme des saumons remontent un ruisseau, et vu que les giboulées de mars finissaient de s’écouler de l’étang au fond du bois, ce n’était pas vraiment une métaphore. Heureusement, le lieu du thing, avec ses trois troncs en guise de bancs, se situe au sec, à mi-pente d’une petite colline.

Quelques feuilles mortes, petit bois et journaux défraîchis plus tard, sans compter les minutes à souffler en se relayant pour gagner quelques précieuses minutes, nous avons pu regarder danser les flammes pendant que nous dégustions des tartines de magret de canard (fumé à la main par notre généreux chef cuistot du jour). J’ai transféré dans son chaudron de cuivre la soupe au panais et au fenouil faite la veille avec ma grand-mère de passage à la maison. Dans le doute, je ne l’avais pas assaisonnée en me disant qu’on verrait sur place, et j’ai bien fait puisqu’on y a rajouté bon nombre de tranches de magret, certes délicieux mais élaboré au mépris des injonctions télévisuelles telles que « surveillez votre hypertension » ou « ne mangez pas trop gras, trop salé, trop sucré ».

Cuisine

Une fois l’écuelle de chacun bien remplie, on versa de la bière rousse dans la corne jusqu’à ce qu’elle déborde de mousse, et je l’ai levée vers ce soleil qui annonçait la fin de l’hiver en invoquant les ancêtres de notre lignée maternelle. Ainsi commença le premier repas de l’Idisenthing, l’assemblée en l’honneur de nos sages et bienveillantes Matrones (dísir en vieux norrois) qui veillent sur nous depuis des temps immémoriaux, sous le regard du vieux bouleau dressé à mi-chemin de l’étang et du sanctuaire qui nous surplombait.

Pour digérer, outre diverses discussions concernant les voyages en Islande, le brassage, les tabacs à pipe et autres, débuta un petit tournoi amical de tafl, précurseur des échecs chez les Scandinaves. Ce fut pour la plupart l’occasion de découvrir ses règles, pas très compliquées mais un peu surprenantes puisque le jeu est asymétrique : un des joueurs est l’attaquant norvégien qui tente de capturer le roi de Suède entouré de sa garde personnelle ; l’autre doit au contraire faire sortir le roi par un des coins du plateau. On doit donc chaque fois remporter la première manche, puis la revanche en échangeant les camps, pour réellement gagner la partie. Ce qui n’empêcha pas notre cadette d’être sacrée reine du tafl, même après l’arrivée d’une autre invitée.

Tafl d'après-repas

Étant déjà un peu plus nombreux et disposant donc d’un deuxième tambour, nous en avons profité pour réviser (ou apprendre) un peu nos gammes, ainsi que le chant utilisé pour débuter la cérémonie du blot une fois que nous serions en haut dans le vé, entouré par les dieux et déesses. Ensuite, place à un atelier « confection de torches artisanales », afin que chacun en ait une lors de la procession crépusculaire.

La méthode est assez simple : faire fondre des bougies dans une casserole (attention : vous ne pourrez sans doute jamais la réutiliser à usage alimentaire), couper des bandes de chiffon assez longues pour faire plusieurs fois le tour de la branche de votre choix, tremper les bandes de tissu dans la cire fondue (si possible maintenue entre 40 et 60°C, pour éviter de vous brûler) et les enrouler au bout du bâton en serrant bien à chaque tour. Il suffit de répéter l’opération plusieurs fois pour accroître la durée de vie de votre torche (nous avons fait une quinzaine de tours de tissu imbibé).

Confection de torches artisanales

Ensuite, nous avons mis à cuire la bouillie de seigle (rugmelsgrød en danois, le bon vieux grau de nos campagnes), accompagnée d‘herbes et de divers légumes, dont des poireaux rincés dans l’étang sacré. Enfin, nous sommes partis à deux pour chercher un des participants qui travaillait dans un magasin du coin ce samedi et finissait tard pour nous ramener le poisson invendu plutôt que de le jeter. Sur le chemin, nous avons croisé les deux derniers invités, et un charmant rayon de soleil sur des bouleaux. Une fois tous réunis, tandis que le grand incendie prenait le ciel à l’ouest, personne n’eût guère la présence d’esprit de prendre des photos. Les tambours ont commencé à résonner avec nos pas et nos gorges en grimpant vers le vé à la rencontre des Ases et des Vanes, accompagnés par nos Dises. Les femmes jetèrent nos torches dans le foyer de pierres gravées, et elles nous invitèrent à pénétrer dans le sanctuaire quand le chaudron garni des tranches de saumon commença à bouillonner. Nerthus la Généreuse, Ran et Eir qui accueillent et soulagent notre espèce, Frouwa la Dise des Vanes, Wigithonar le porteur du marteau, et toute la longue lignée de nos Matrones, détentrices des secrets des plantes de la terre et du feu des cœurs, furent honorées par nos libations d’hydromel, de bière, de cidre et de vin répandus sur le sol et les poteaux sculptés qui délimitent le vé.

La grande lune, chariot du dieu Mani, se leva sur nous alors que nous dégustions le plat dont le fumet était monté vers les cieux étoilés pendant le blot, et que la corne continuait de faire le tour l’assemblée pour honorer la présence de chacun dans cette forêt. Au fil des discussions qui s’éparpillaient tandis que l’assemblée se clairsemait entre départs et fatigue après une dure semaine, je finis à presque chuchoter avec mon dernier compagnon dans une nuit bien avancée. Signe du printemps, nous avons fini par cesser d’alimenter le feu sans pour autant frissonner, et le grand orbe d’argent était si plein que nous y voyions presque comme en plein jour malgré les braises fumantes qui n’émettaient plus guère de lumière.

Le lendemain matin, nous éveillant dans la forêt, nous avons offert les reste de seigle et de saumon à la fille de la source qui règne sur l’étang, avant de laver le chaudron et de se mettre en route. Les bouteilles de verre cliquetaient dans les sacs poubelles alors que nos pas s’enfonçaient dans la boue du chemin qui luisait sous le soleil de mars, mais sur nos visages était un sourire discret… et dans nos cœurs la joie de nos Dises dûment honorées.

Derniers rayons de soleil sur les bouleaux

 https://lacailleach.wordpress.com/2014/05/04/disir-hamingja-quelques-pensees/ : un article (en français) de synthèse et d’hypothèses sur les Dises et leur lien avec la hamingja.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Matrones sur le culte gallo-romain et germanique des Matrones et  https://en.wikipedia.org/wiki/Dísablót avec une vue d’artiste de l’ancienne procession du Disablot aux flambeaux et des photos du Disting suédois à Uppsala en 2008

– Le passage de la Heimskringla qui parle du Disting dans les temps anciens

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Réflexions sur le Corps

Toutes les traditions européennes, et bien d’autres au-delà, accordent au corps un rôle fondamental. Pour commencer, il est notre véhicule dans le cycle de la Vie, indispensable au cheminement de notre être dans son ensemble. En tant que tel, il est le principal facteur qui détermine nos capacités d’action, donc la concrétisation de nos choix éthiques, car une bonne intention non-réalisée est littéralement irréelle, nulle et non-avenue. Il est donc un élément à part entière de notre identité. De plus, le corps symbolise parfaitement les liens qui nous unissent à notre lignée : nous l’héritons de nos Ancêtres, mais c’est notre responsabilité de le préserver et de le développer.

Guède

Dans les pratiques dites « magiques », le plan physique revêt une grande importance. Par le biais des Esprits, on peut se métamorphoser ou transformer autrui, projeter son double sous une forme animale pour voyager dans des endroits bien matériels, provoquer ou guérir des maladies… On retrouve ici le fameux « l’esprit domine la matière » dont les courants new-age sont friands. Cependant, on observe que les états de transe permettant ces opérations sont induits par une modification des processus physiologiques : jeûne ou privation de sommeil, danses et sauts, modulation de la respiration, substances psychoactives, vibrations des tambours ou des chants. Ces techniques, pour être maîtrisées, nécessitent donc d’avoir une bonne condition physique, sans laquelle la sensibilité spirituelle est au mieux inutile, au pire dangereuse.

Il est intéressant de constater que les philosophies hindoues, héritières d’une tradition païenne ininterrompue, considèrent aussi que le corps et l’esprit sont profondément intriqués, que les sens et même la pensée sont des phénomènes physiques. Le bouddhisme, qui a passé les doctrines hindoues au crible de la réflexion logique et de l’expérimentation par la méditation, a conservé et même renforcé cette vision des choses… Or, c’est également ce que nous apprennent les recherches menées en neurobiologie depuis plus de deux siècles, et qui se sont accélérées depuis que des scanners plus perfectionnés sont disponibles : notre cerveau et nos nerfs fonctionnent par des influx électro-chimiques, réagissant à notre environnement selon les structures établies par nos gènes et notre mode de vie. Nos émotions peuvent affecter notre santé de manière psychosomatique, mais à l’inverse les influences externes auxquelles on s’expose influencent profondément le fonctionnement de notre cerveau (y compris par le système nerveux entérique qui relie intestin et cerveau, et qui est très sensible aux variations de flore intestinale).

Système nerveux entérique

L’alimentation et le sommeil devraient donc être des priorités pour tout païen conscient. Les habitudes sous-jacentes à la société post-industrielle sont extrêmement néfastes pour notre santé physique comme mentale. Sans même parler de la foule d’additifs, les produits de l’industrie agro-alimentaire sont généralement trop caloriques, trop sucrés, trop salés, trop riches en matières grasses délétères ; mais pauvre en vitamines, en minéraux, en fibres et en acides gras essentiels. Les produits animaux, en particulier, tendent à concentrer les toxines à cause de leur position dans la chaîne alimentaire, et sont beaucoup trop présents dans notre alimentation (55% de l’apport calorique français, sachant que la fourchette conseillée par l’OMS est entre 15% et 30%).

Ainsi, dès que j’invite des frères et soeurs de clan chez moi ou même quand nous allons camper près de notre clairière, nous tenons à préparer nous-même le repas à partir d’aliments bruts, ce qui revient d’ailleurs bien moins cher. Nous favorisons les céréales complètes et les protéines végétales (légumineuses type pois et lentilles, oléagineux type noix et noisettes) en-dehors des grandes fêtes où nous pouvons nous permettre d’avoir de la viande de qualité correcte. Pour rappel, de plus en plus de viandes importées, y compris d’origine européenne, ne sont pas soumis à nos normes sanitaires : traitements antibiotiques sans contrôle vétérinaire, fourrage aux OGM sans obligation d’étiquetage, etc.

Quant au sommeil, une foule d’étude lie les cycles irréguliers et la fatigue chronique à des risques accrus de diabète, de maladies cardiovasculaires, de cancers et de maladies psychiatriques comme la dépression clinique, ainsi qu’au déclin de la mémoire et des capacités cognitives. Les lumières blanches ou bleues, type écrans d’ordinateurs ou de téléphones, participent au dérèglement de l’horloge biologique quand elles sont utilisées juste avant le coucher. Autant que possible, je dîne tôt, en quantités raisonnables, et j’ai une heure limite à partir de laquelle je ne fais rien d’autre que régler les dernières tâches qui ne peuvent attendre le lendemain. Ensuite, je m’accorde une 30 à 60 minutes de lumière tamisée et d’activités plus calmes (douche, lecture, méditation) qui permettent d’être interrompues dès que le pic de fatigue se fait sentir. Ça ne compte pas vraiment comme du temps perdu, puisqu’en général le gain de temps à l’endormissement représente la moitié de cette phase-tampon.

Un minimum d’activité physique est également indispensable à notre santé. Je ne parle pas des sportifs plus ou moins dopés, à l’intellect et aux mœurs plus ou moins discutables ; ni du diktat des magazines de modes qui poussent des foules de personnes culpabilisées dans les salles de musculation. Notre organisme est tout simplement adapté à un mode de vie beaucoup plus actif que le nôtre, beaucoup trop récent pour que les processus évolutifs ne fassent effet. Une heure de sport par semaine, ou trois heures de marche, sont le minimum pour ne pas dégrader notre état ; mais on devrait pousser jusqu’à 6h de sport par semaine ou 18h de marche si l’emploi du temps le permet et qu’il n’y a pas de contraintes médicales. 2×45 minutes de sport et 4h30 de marche constituent un bon objectif, auquel j’arrive à peu près à me tenir depuis que j’ai réglé quelques soucis de dos.

La grande question étant : quel sport ? La marche est rarement contre-indiquée, ne nécessite pas d’équipement particulier, et peut parfois se placer dans son emploi du temps quotidien à la place de la voiture ou des transports en commun. On peut aussi opter pour le vélo, qui fait gagner du temps de trajet, ou courir pour optimiser le ratio dépense/durée de l’exercice. Attention aux problèmes de dos ou d’articulation pour la course, le but n’est pas de battre un record mais d’optimiser votre santé ! Si vous avez accès à un club ou à un professeur qui prend en compte vos éventuels problèmes, je conseille particulièrement le yoga, qui fait travailler les muscles, les articulations et le souffle tout en préparant aux techniques de méditation. Les pratiques taoïstes comme le tai-qi ou le qi-gong, plus axées sur le mouvement, peuvent également être de très bons choix. Pour ceux qui souhaiteraient rester dans un cadre plus « local » ou moins spirituel, la danse est une excellente option trop souvent négligée. J’y reviendrai dans un autre article, mais un peuple qui ne danse pas est un peuple mort. Il y a des cercles de danse bretonne un peu partout en France et même dans le monde, qui sont toujours parfaitement ouverts aux débutants. Si vous ne vous sentez pas spécialement d’âme celtique, vous pouvez tout de même chercher si il y a un club de danse traditionnelle (ou moins traditionnelle) près de chez vous, de votre terroir ou d’ailleurs.

Enfin, les arts martiaux ou sports de combat sont à la fois des moyens d’optimiser sa santé, de grandir spirituellement et de développer des capacités nécessaires à l’application de son éthique. Boxe, lutte, gouren, canne, escrime, autodéfense, ainsi que ju-jitsu, karaté, kung fu et autres, la liste est longue. Les goûts personnels sont des facteurs déterminants, mais prêtez surtout attention à l’enseignant et à l’état d’esprit des élèves. Sont-ils là pour la compétition, pour suivre une voie vers la sagesse, pour apprendre à se défendre en cas d’agression réelle, pour se défouler ? N’hésitez pas à venir faire une séance d’essai dans différents clubs ou dojos avant de faire votre choix. Une année de remise en forme active avant d’attaquer ce genre d’activités peut aussi être bénéfique, pour éviter de se démotiver après trois mois de galère sans progresser car on est largué physiquement.

Pour finir, je voudrais aborder deux points trop souvent mis de côté. Comme dit plus haut, l’usage de substances psychoactives est tellement répandu dans le temps et dans l’espace que c’est quasiment une part de la nature humaine. Cela peut se faire dans différentes optiques : thérapeutique, spirituelle, sociale, … Toutefois, la consommation purement hédoniste et l’addiction sont des phénomènes assez rares historiquement, qui ont explosé à partir de l’industrialisation et de l’urbanisation. Malgré le fait que les gouvernements aient décidé de ne pas inclure divers médicaments, l’alcool et le tabac parmi les drogues, il faut bien garder à l’esprit qu’ils en font bien partie, et plutôt dans la catégorie « drogues dures ». De plus, les effets néfastes de leur consommation chronique ou abusive sont très loin d’être négligeables.

Si vous êtes actuellement en état d’addiction au tabac, à l’alcool, ou à quoi que ce soit (à part peut-être un traitement médical en cours et non-remplaçable par d’autres approches), vous devriez mettre bien en haut de votre liste de priorités le fait d’arriver à une consommation non-journalière – ou au moins de réduire les doses. Je ne vais pas jouer au moralisateur puisque ce n’est pas « mal » en soi : simplement je considère qu’il est de mon devoir en tant qu’indigène de faire ce que je peux pour convaincre mes frères et sœurs de cesser de s’empoisonner jour après jour, et de libérer leur volonté de ces entraves pour accomplir pleinement leur destin.

Pour finir cette masturbation intellectuelle sur une note plus concrète, deuxième point tendancieux : le sexe et la nudité. Les païens n’ont pas de « péché de luxure ». Le plaisir sexuel est parfaitement normal et favorable au bon développement d’un organisme sain, et se défaire de certaines inhibitions et névroses collectives à ce niveau-là est plutôt une bonne idée. Idem, je suis fondamentalement opposé au « slut-shaming » et à ce mouvement antijupes qui va en s’accélérant dans certaines villes  : disons que mes habitudes sont plutôt plages naturistes de la Baltique et saunas collectifs sans arrières-pensées que cosplay transgenre de Batman. Pour autant, l’hypersexualisation de la femme à des fins publicitaires, le « si t’as pas couché avant x ans t’as raté ta vie, on est plus au Moyen-Âge » (x diminuant visiblement d’un an tous les dix ans), ne m’enchantent pas spécialement. L’éloge de l’infidélité et du divorce au bout de dix ans, sous prétexte d’épanouissement personnel, non plus. En fait, tout ce qui tend à faire du « sex, drugs & rock’n’roll » (donc du culte de l’ego et du plaisir facile) le but suprême et universel de l’existence m’inspire à peu près autant de sympathie que le puritanisme le plus étroit… même en remplaçant rock’n’roll par n’importe quelle chapelle du metal.

Spartiate, Veme siècle avant l'ère commune (?)

Spartiate, Ve siècle avant l’ère commune (?)

Pour le bien-être de chacun et de notre société il me semble qu’il y a un minimum de responsabilités à avoir dans le couple, surtout au niveau des enfants adultérins, des maladies sexuellement transmissibles, etc. Je n’ai rien contre le fait d’avoir plusieurs partenaires sexuels, mais pas sans dialogue et confiance réciproque. Un cadre familial stable, où on peut compter sur des relations inter-partenaires (et, le cas échéant, parents-enfants) assez fiables pour ne pas se poignarder dans le dos ou faire ses valises un beau matin, est tout simplement un rempart indispensable contre l’insécurité matérielle et affective dont se servent les multinationales pour nous manipuler et nous refourguer leurs merdes. Des fringues superflues aux sites de rencontre en passant par la parfumerie et autres cosmétiques, c’est toute une industrie qui se nourrit de notre solitude ou de notre insécurité affective, sans même parler de la prostitution et de la pornographie. Au passage, cette dernière, à haute fréquence, via le lien corps-esprit abordé en début d’article, est bien connue pour provoquer des dérèglements neurochimiques du système de récompense… c’est-à-dire une addiction, avec tout ce qui va avec (troubles de la libido, problèmes relationnels, dépression, etc). Je me sens clairement mieux depuis que je fais confiance à mon imagination en l’absence de ma partenaire.

Bref, prenez soin de vous. Et pas seulement avec du vernis à ongles, ou des rituels de soin trop cools. On vit dans un environnement toxique à tous les niveaux, et notre premier devoir en tant qu’êtres vivants est de faire ce qu’on peut pour ne pas se laisser détruire à petits feux.

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« Flamme de l’horizon, éclair du matin … »

Norvège, Jørn Allan Pedersen (C)

Norvège, Jørn Allan Pedersen (C)

Flamme de l’horizon, éclair du matin,
Nuit et Jour entremêlés, jumelle du crépuscule,
Étoile immense qui es la fortune des bergers,
Liqueur écarlate, nous t’invoquerons, Aurore !

Nous invoquerons ta puissance, ô toi
Qui éclipses même les astres protecteurs,
A laquelle les pauvres, les riches, les forts,
Et les rois eux-mêmes disent : porte-moi bonheur !

Fortune qui nous guide, bonne fortune,
Sois fidèle et favorable à cette chanson.
Ô Fortune, accrois la vigueur de notre clan,
Notre noblesse et l’héroïsme de nos proches !

Que la chance soit de notre côté, maintenant,
A l’aube, au grand midi, ô très généreuse,
Et le soit encore au moment du crépuscule
Quand nous serons en compagnie des Dieux.

Puisse la Fortune nous prodiguer la joie,
Ô Dieux, et le bonheur nous attendre ;
Nous t’invoquons, étendard de lumière,
Afin d’avoir tous une heureuse journée.

Ensemble, nous saluons chaque aube
Qui s’élance dans les cieux sur sa monture,
Ce cheval ailé qui traîne un chariot d’or
Où s’entassent des trésors de bonheur.

Que l’Aurore bénie se lève sur nous pour toujours,
Porteuse de courage et d’amitiés renouvelées,
Luisante comme un torrent de beurre fondu.
Que les Dieux nous bénissent à jamais !

(adapté du Rig-Veda, 7.41)

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Eclipse solaire – vendredi 20 mars 2015

Dans deux semaine, le vendredi 20 mars 2015, aura lieu en Europe une éclipse solaire. Elle sera complète uniquement dans les îles Féroé, entre l’Islande et l’Écosse, mais au moins 80% du disque sera masqué dans toute la France. La pénombre aura lieu en début de matinée, plus ou moins entre 9h30 et 11h30 (avec un léger décalage selon l’endroit). Que ferez-vous à ce moment-là ? En général la réponse que je reçois est « pas grand-chose ». Sauf de la part de mes amis de la clairière armoricaine d’Ael Ys en baie de Douarnenez, pour qui l’ancrage dans le terroir passe aussi par les anciens cultes astraux qui signifiaient tant pour les druides et, avant eux, les bâtisseurs des mégalithes. Il se trouve au passage que ça tombe au moment des superbes grandes marées de l’équinoxe de printemps, une des deux dates à laquelle ils accueillent de nouveaux cheminants, du coup je me permets de vous inviter à les contacter si vous êtes intéressés. [Rectification du 05/03/2015 :] Les druides de la Celtiacon Certocredaron Credima procéderont aussi (en privé) aux déclamations et hymnes adéquats dans leur nemeton.

Mais bref, revenons au sujet. A première vue tout ça n’a rien de spécialement vital : il va faire plus sombre, puis moins sombre, et hop, tourne manège. Mais mine de rien, en creusant un peu, c’est quand même un moment assez spécial. D’abord, esthétiquement, c’est toujours relativement appréciable. La prochaine éclipse partielle en Europe est le 21 août 2017, mais peu avant le coucher du soleil, donc pas forcément très visible ; et l’éclipse (quasi-)totale sera pour le 12 août 2026, donc dans un moment. Aussi, les ombres pendant une éclipse partielle se déforment de manière assez rapide et étrange, ce qui est assez surprenant.

De plus, comme me l’a appris Matuos Ballios via le forum Druiidiacto, les anciens Irlandais nommaient le bras de mer qui sépare l’Islande et l’Ecosse la Mer Cronienne (« de Saturne »). Or, c’est par le cycle de Saturne dans le ciel que les druides comptaient leurs siècles de trente ans, et cette planète est entrée le 16 janvier dans la constellation du Scorpion au moment où le Soleil entrait dans la constellation du Verseau. Une telle conjonction, proche d’une éclipse dont le point central passe au pôle Nord d’où viennent les mythiques talismans des dieux (les fameuses « îles au Nord du monde »), mérite qu’on s’y intéresse. En plus, la Lune passe au point de son cycle où elle est la plus proche de la terre le 19 mars au soir… soit le jour même de l’éclipse dans l’ancien calendrier, puisqu’une journée commence par la nuit.

Schéma d'éclipse solaire (Wikimedia Commons)

Mais surtout, pour ce qui nous intéresse ici, c’est l’occasion d’aborder une vieille coutume européenne : celle du charivari lors des éclipses. Qu’avons-nous à faire que nos rustres d’ancêtres fissent du bruit parce qu’ils avaient peur de perdre le Soleil ou la Lune ? Après tout, grâce à la Très-Sainte Science, on sait bien que c’est ridicule et que ça n’arrivera pas. Sauf que, contrairement aux apparence, les traditions ont ici aussi beaucoup à nous apprendre, Occidentaux modernes imbus d’eux-mêmes.

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Mars chez les Gallo-Roumains

Les Romains ont nommé le premier mois du printemps, celui qui commence leur année, d’après le dieu Mars, né le premier du mois (dies natalis Marti / Feriae Martis). On l’honorait donc de diverses manières, principalement par une danse processionnelle en habits pourpres, puis en organisant un festin à base de viande de coq, l’animal qui salue l’aurore et le printemps.

Cela peut sembler étrange d’invoquer un dieu guerrier pour fêter l’arrivée du printemps… mais il faut se souvenir que Mars est aussi le patron des jeunes hommes, et le père des jumeaux fondateurs de Rome, Romulus et Remus. De même, en Gaule, Mars est souvent honoré sous le nom de Mars Toutatis, le Père de la Tribu. César disait que chez les Gaulois,  « Mars tient l’empire de la guerre ; c’est à lui, quand ils ont résolu de combattre, qu’ils font voeu d’ordinaire de consacrer les dépouilles de l’ennemi. Ils lui sacrifient ce qui leur reste du bétail qu’ils ont pris, le surplus du butin est placé dans un dépôt public ; et on peut voir, en beaucoup de villes de ces monceaux de dépouilles, entassées en des lieux consacrés ». On peut donc lui dire, dans la Gaule aujourd’hui de langue romane, : « Dépose pour un moment ta lance et ton bouclier, puissant Dieu des Combats, dégage ta brillante chevelure du casque qui te couvre, et viens ! » (Ovide, les Fastes, Livre III).

Le dieu Mars, avec son fils (Cupidon ?)

Les entités plus féminines et champêtres n’étaient pas en reste, puisque c’était aussi celle de la fête de Matronalia. On honorait Juno Lucina (la mère de Mars) et les mères de famille qu’elle protège, auxquelles on offrait des couronnes de fleur. La formule consacrée était « Tu nous donnas la lumière, Mère Lucine ! », ou « viens, et exauce le vœu des parturientes » si une femme était proche d’accoucher dans la maisonnée.

Enfin, on invoquait la nymphe Egeria, épouse du successeur de Romulus, qu’elle conseilla avec sagesse dans la mise en place de bon nombre de coutumes romaines : « Nymphe qui es au service de Diane dans les bois et les lacs, instruis-moi ! Nymphe, épouse de Numa, viens m’aider à célébrer ton action ».

Mon frère de sang m’a appris que chez lui, en Roumanie, il existe aussi toutes sortes de coutumes pour le 1er mars. En particulier, on fabrique des talismans nommés mărțișor, à partir de deux cordelettes de couleur entrelacées (l’une blanche ; et l’autre rouge, bleue ou noire selon les villages), nouées autour d’un objet porte-bonheur : pièce, ail séché, coquille d’escargot, perles de verre, … La fête elle-même s’appelle Baba Marta, le mars de Mère-Grand, où un personnage du même nom parcourt le pays de fort mauvaise humeur. Chaque mărțișor est censé la mettre de meilleure humeur : on est donc bien en présence d’un rite d’apaisement de ce qui est potentiellement négatif, plutôt que de confrontation. Les Bulgares ont une tradition similaire, où le bouleau remplace la grand-mère, faisant ainsi écho au symbolisme de cet arbre sacré.

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