Schieweschlawe : rite carnavalesque

Il s’agit d’une coutume alémanique très ancienne, qui se déroule le dimanche suivant le carnaval de Mardi Gras.

  • Une arabesque lumineuse

La fête du lancement des disques est restée extrêmement vivante à Offwiller à travers les siècles. Plusieurs semaines avant le carnaval, les préparatifs commencent. Jeunes gens, associations, villageois et conseillers municipaux ramassent du bois mort dans la forêt communale et le déposent dans une clairière qui domine le village (le «Schiewebarri»). Là, sept grandes pierres plates sont dressées de manière à former autant de tremplins dirigés vers la vallée.

Le jour venu, un grand feu est allumé dès l’après-midi. Au village, une atmosphère étrange, feutrée par la neige qui persiste encore en ce mois de février, indique que derrière les petits carreaux des fenêtres se réjouissent des personnes qui se livrent aux ultimes préparatifs de la fête.

A la tombée de la nuit, le ciel rougeoyant annonce le début des festivités. Les habitants sortent un à un des maisons. Tous se rendent à travers la forêt au Schiewebarri, en empruntant la rue de l’Eglise ou le sentier du « Monnesepel ». Les lanceurs portent en bandoulière des chapelets de disques. A la main, ils tiennent des bâtons flexibles de noisetier ou de châtaignier de 1,50 m de long environ.

Les disques en bois de hêtre d’un diamètre de 10 à 12 cm et percés au centre d’un trou de 1 cm, ont été achetés chez le menuisier du village. Mais il y a quelques années encore, chaque famille taillait ses propres disques dans des rondelles de bois de hêtres dont on amincissait les bords à coups de hachette. Le trou du centre était percé soit à la tarière, soit au fer rouge.

                   

Les disques, fixés solidement sur les bâtons, sont ensuite placés dans l’énorme bûcher. Le bord aminci s’enflamme. Le lanceur brandit ensuite le disque rougeoyant en le faisant tournoyer au-dessus de sa tête. Il s’approche d’une de ces tables de pierre. Après plusieurs moulinets, le disque est frappé avec dextérité contre la pierre : il rebondit en lançant des étincelles et le voilà parti dans l’air comme une étoile filante qui décrit une gracieuse courbe lumineuse vers la vallée. De nos jours, tous les villageois, sans distinction d’âge, participent à la fête. Quant aux visiteurs, ils ne se contentent pas de stimuler les autochtones mais cherchent eux aussi à éprouver leur talent. Car, bien entendu, il s’agit de lancer son disque avec adresse haut et loin et de lui faire suivre une trajectoire harmonieuse.

Les femmes restent pour la plupart spectatrices, mais n’en encouragent pas moins leurs compagnons par de joyeuses acclamations. Il y a les virtuoses qui envoient leurs disques avec une aisance nonchalante et recueillent des cris et des sifflements d’admiration. ais il y a aussi les maladroits qui expédient leur disque dans le mauvais sens, au beau milieu de la foule, et dont la malencontreuse performance est saluée par des huées et des rires.

Toute la veillée est ainsi rythmée par de petites émotions. Des étincelles voltigent sans cesse autour des gens, et quand une rafale de vent soulève les braises, c’est la fuite générale sous les arbres. La conscience d’un certain danger, ce brin d’excitation qui anime la fête, lui confère un charme saisissant. Cette fête offre souvent l’occasion de réunir la famille et d’inviter au spectacle les amateurs de folklore vivant. C’est aussi à cette occasion que sont dégustés dans chaque foyer les traditionnels beignets qui, par leur forme, rappellent les disques du Schieweschlawe.
  • Le Carnaval des paysans

Quel que soit le lieu où le lancement des disques était pratiqué, la date des festivités était toujours la même. Il s’agit du premier dimanche de Carême, appelé Carnaval des paysans ou Vieux carnaval. Il semble que ce fait soit en relation avec l’introduction du carême de quarante jours au Vème siècle. A partir du milieu du IVème siècle, on ne jeûnait plus les dimanches. Pour compléter le nombre de jours de jeûne, on avança alors le carême au mercredi des cendres. Les fêtes de printemps ou de Carnaval cessèrent donc à partir du dimanche Estomihi qui obtint le nom de « Herrenfâssenacht ». Mais la population tint ferme au dimanche Invocavit, sans doute parce que l’origine en était une fête païenne plus ancienne.

  • Une célébration de l’équinoxe du printemps

Cette tradition qui se pratiquait autrefois dans tous les villages situés sur la ligne des collines pré-vosgiennes, dans le Kochersberg et en Forêt Noire, s’était fixée précisément là où une éminence naturelle permettait à l’arabesque rougeoyante de rendre son plus bel effet.

Le document le plus ancien concernant le lancement de disque date du 4 mars 1090 et relate qu’un couvent a été incendié à Lorsch (Allemagne) par un disque enflammé lancé lors d’une fête d’équinoxe de printemps. Mais ses origines sont plus anciennes encore puisqu’un capitulaire de Charlemagne de 742 interdisait déjà de tels feux en raison des dangers qu’ils présentaient pour les habitations.

Certains admettent que la fête du lancement de disques enflammés correspond à une invention autonome remontant au Moyen-Age. D’autres voient dans cette coutume un reste de culte solaire de la Gaule antique où le Dieu soleil Vichnon était profondément vénéré. D’autres enfin pensent qu’il pourrait s’agir de survivances d’anciens rites. Nos ancêtres, dans leur vision du monde, voyaient deux forces qui s’affrontaient : le monde favorable de l’été et le monde hostile de l’hiver. Pour eux, c’était un éternel combat entre lumière et ténèbres, entre la vie et la mort. Les rites qu’ils pratiquaient tel le Schiewesclawe devaient favoriser les forces magiques ainsi que le réveil de la nature. Bien plus, les disques enflammés projetés dans la nuit devaient également chasser le froid de l’hiver et les mauvais esprits. Chaque lanceur formulait des vœux de prospérité pour la saison à venir.

En réussissant à lancer son disque haut et loin, on pensait s’attirer les faveurs des Dieux. La fête du lancement de disques enflammés célèbre l’équinoxe de printemps. A partir de cette date les journées commencent à être plus longues que les nuits. Dans la préhistoire, les Européens appelaient déjà la renaissance du soleil par toutes sortes de manifestations visuelles. Les villageois perpétuent ainsi une pratique issue de la nuit des temps. Comme leurs ancêtres, ils lancent vers la coupole céleste des centaines de petits soleils qui sont autant de lueurs d’espoirs, autant de prières pour un retour rapide du printemps.

  • Authenticité


L’originalité du lancement de disques enflammés aurait pu pousser la municipalité à donner une envergure commerciale à la fête. Mais sur ce point, les villageois sont unanimes : le Schieweschlawe doit rester authentique ! Aussi, les festivités ne sont entourées d’aucune publicité, d’aucun commerce, d’aucune attraction particulière. Le lancement des disques est pratiquée à la manière d’antan. Ainsi, c’est toujours dans le noir le plus total que les lanceurs montent à la clairière. Sur place, aucune boisson n’est vendue malgré la forte chaleur dégagée par le bûcher. C’est qu’autrefois, les familles venaient sur les lieux munies de torches et d’eau fraîche.

En réalité, seule l’Amicale des Sapeurs-Pompiers organise tous les ans sur autorisation de la municipalité une buvette et un buffet dans la rue de l’Eglise, au départ du chemin de terre menant à la clairière. Il est possible d’y acquérir bâton et disques. Les sapeurs proposent également aux hôtes du vin chaud et des beignets artisanaux.

Enfin, dès l’après-midi, des démonstrations de fabrication de disques sont faites au Musée d’Arts et Traditions populaires du village. Les spectateurs pourront également se familiariser avec le Schieweschlawe avant de s’y adonner personnellement.

Bien évidemment, la municipalité procède à la sécurisation de la clairière afin que soient évités les risques d’incendie et d’accident.Le Schieweschlawe connaît tous les ans un vif succès. Les spectateurs viennent de toute la région pour y assister. Nombreuses sont les chaînes de télévisions et les radios qui viennent couvrir les festivités qui, parce qu’elles ont su rester authentiques à Offwiller, méritent d’être signalées.

  • Recommandations

Il est conseillé aux visiteurs de s’équiper de bonnes chaussures, de vieux vêtements (retombées de braises, fumées) et d’une lampe de poche pour accéder à la clairière.

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