Mars chez les Gallo-Roumains

Les Romains ont nommé le premier mois du printemps, celui qui commence leur année, d’après le dieu Mars, né le premier du mois (dies natalis Marti / Feriae Martis). On l’honorait donc de diverses manières, principalement par une danse processionnelle en habits pourpres, puis en organisant un festin à base de viande de coq, l’animal qui salue l’aurore et le printemps.

Cela peut sembler étrange d’invoquer un dieu guerrier pour fêter l’arrivée du printemps… mais il faut se souvenir que Mars est aussi le patron des jeunes hommes, et le père des jumeaux fondateurs de Rome, Romulus et Remus. De même, en Gaule, Mars est souvent honoré sous le nom de Mars Toutatis, le Père de la Tribu. César disait que chez les Gaulois,  « Mars tient l’empire de la guerre ; c’est à lui, quand ils ont résolu de combattre, qu’ils font voeu d’ordinaire de consacrer les dépouilles de l’ennemi. Ils lui sacrifient ce qui leur reste du bétail qu’ils ont pris, le surplus du butin est placé dans un dépôt public ; et on peut voir, en beaucoup de villes de ces monceaux de dépouilles, entassées en des lieux consacrés ». On peut donc lui dire, dans la Gaule aujourd’hui de langue romane, : « Dépose pour un moment ta lance et ton bouclier, puissant Dieu des Combats, dégage ta brillante chevelure du casque qui te couvre, et viens ! » (Ovide, les Fastes, Livre III).

Le dieu Mars, avec son fils (Cupidon ?)

Les entités plus féminines et champêtres n’étaient pas en reste, puisque c’était aussi celle de la fête de Matronalia. On honorait Juno Lucina (la mère de Mars) et les mères de famille qu’elle protège, auxquelles on offrait des couronnes de fleur. La formule consacrée était « Tu nous donnas la lumière, Mère Lucine ! », ou « viens, et exauce le vœu des parturientes » si une femme était proche d’accoucher dans la maisonnée.

Enfin, on invoquait la nymphe Egeria, épouse du successeur de Romulus, qu’elle conseilla avec sagesse dans la mise en place de bon nombre de coutumes romaines : « Nymphe qui es au service de Diane dans les bois et les lacs, instruis-moi ! Nymphe, épouse de Numa, viens m’aider à célébrer ton action ».

Mon frère de sang m’a appris que chez lui, en Roumanie, il existe aussi toutes sortes de coutumes pour le 1er mars. En particulier, on fabrique des talismans nommés mărțișor, à partir de deux cordelettes de couleur entrelacées (l’une blanche ; et l’autre rouge, bleue ou noire selon les villages), nouées autour d’un objet porte-bonheur : pièce, ail séché, coquille d’escargot, perles de verre, … La fête elle-même s’appelle Baba Marta, le mars de Mère-Grand, où un personnage du même nom parcourt le pays de fort mauvaise humeur. Chaque mărțișor est censé la mettre de meilleure humeur : on est donc bien en présence d’un rite d’apaisement de ce qui est potentiellement négatif, plutôt que de confrontation. Les Bulgares ont une tradition similaire, où le bouleau remplace la grand-mère, faisant ainsi écho au symbolisme de cet arbre sacré.

Le talisman ainsi fabriqué est offert aux femmes comme bracelet porte-bonheur. Il est aussi accroché autour du cou ou des cornes des animaux nés pendant l’année, ainsi qu’aux branches des arbres fruitiers. Les portes des maisons en sont aussi ornées, afin d’attirer la prospérité et de calmer les mauvais esprits de l’hiver qui finit.

On peut aussi s’en servir pour une pratique divinatoire : on le place sous une pierre, et, deux semaines plus tard (un demi cycle lunaire), on retourne la pierre. Si on y trouve une larve ou un ver, c’est signe de chance ou de prospérité pour l’année à venir. L’araignée, elle, est un mauvais présage. Quant à la fourmi, c’est que le succès sera au rendez-vous uniquement si les efforts sont à la hauteur.

En parlant d’efforts, vous remarquerez que les températures recommencent à devenir un peu plus clémentes… et qu’il est éventuellement temps d’envisager de se remettre à courir dehors si vous vous étiez tenus à l’abri du froid de l’hiver pendant les mois noirs. Vous comprendrez peut-être mieux le lien entre Mars et le dieu du même nom, haha.

COMME LA FEUILLE POUR POUSSER
DE VERTE SÈVE EST IRRIGUÉE
QUE LA JEUNE HERBE DU PRINTEMPS
SOIT ABREUVÉE PAR NOTRE SANG

Ainsi chantait le chaton Poron pour déclarer la ré-ouverture du club de pancrace dans la clairière proche de son lycée (parce que torse nu et sans chaussures, à part une fois dans la neige pour s’amuser, c’est comme la bière : sous la barre des dix degrés, c’est moins intéressant).

Pour aller plus loin :

Page Facebook de l’association Pharia, consacrée aux religions et philosophies de la Méditerrannée antique : https://www.facebook.com/assopharia

Site The World Reporter sur la tradition roumaine évoquée : http://www.theworldreporter.com/2012/03/romania-welcomes-spring-with-martisor.html

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