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Génération Kali Yuga

Lu sur le site du Nouvel Obs’ : le témoignage édifiant d’une prof de la génération 68.

« Eleusie de Mortagne est enseignante dans un collège du nord de la France. Tout le week-end, alors que les attentats ont secoué Paris et tué au moins 129 personnes, elle a pensé à ce qu’elle dirait à ses élèves ce lundi matin. Comment faire face aux questions des enfants ?

Plus ça va, moins ça va. C’est comme ça que j’ai vécu mon week-end. À mesure que les minutes passaient, les tweets et les textos défilaient, je me suis demandé comment on allait réagir ce lundi matin au collège. Aux e-mails du rectorat, du ministère, de mon chef d’établissement se sont ajoutés ceux de mes collègues. Au total il y en a eu plus d’une dizaine. Le ton était le même partout : « On attaque par quel bout ? » Tout le monde semblait dans le potage, même nos référents institutionnels. Je dois dire que ça ne m’a pas rassurée. […]

Et puis ce lundi matin est arrivé. J’avais très peur de la réaction des enfants, mais ça s’est bien passé. Beaucoup mieux qu’en janvier. Ce que je vais dire est terrifiant, et j’en ai conscience, mais j’ai le sentiment que ces ados de treize ou quatorze ans se sont habitués à ce climat post-attentats. […]

En revanche, pendant qu’un élève s’inquiétait que l’État islamique ne possède un jour la bombe atomique, d’autres se demandaient pourquoi on n’allait pas « leur péter la gueule » ? « Madame, en histoire [sic] on a vu l’armée rouge, on a vu la puissance de la Russie. Si on s’y met avec eux, avec les Anglais et les Américains, on les écrase en trois jours. » […]

J’ai essayé de répondre, dans la mesure du possible. Après, sur le fond des attentats, je n’en sais pas plus que tout le monde. […] Je suis enseignante certes, mais je suis aussi une maman de deux enfants, qui essaie de ne pas pleurer à l’idée qu’ils soient loin. Je suis une femme qui a la trouille et qui fait tout pour la tenir en bride.

Il ne faut pas se faire d’illusion. Ce n’est que la première journée. Nous mettrons bien plus de 24 heures pour gérer toute cette tension, prégnante chez les enfants mais surtout chez les enseignants. À treize ou quatorze ans, ils ont encore une part d’inconscience. Heureusement.

Nous, on le sent bien ce nuage noir au loin. Dans le collège, on a la gueule de bois. Aucun des adultes n’était préparé à devoir faire face à une telle situation. Quand les parents nous regardent et nous traitent en êtres infaillibles, parfaits, je me dis que j’ai grandi, tout comme eux, dans un pays en paix. Et que rien ne nous a préparés à réagir à un tel drame, tout profs que nous sommes. »

Ephèbe désignant les armes, vase attique du Ve siècle av. JC

Éphèbe désignant ses armes, vase attique du Ve siècle av. JC

La génération née après 1945 restera dans les annales pour avoir été la première à croire en une Pax Europaea sans fin. Son héritière directe, la génération post-68, comme la dernière à avoir pris ce fantasme pour une réalité.

Générations du Progrès qui entrez à présent dans le passé, nous vous rendons les honneurs funèbres qui vous sont dus, conformément à l’Antique Coutume. Pour nous avoir engendré, et nous avoir illustré avec brio cette maxime : si vis pacem, para bellum.

Ce « nuage noir au loin » vous chagrine comme des retraités cuvant leur ultime gueule de bois dans une chaise longue, et qui auraient voulu profiter encore un peu des derniers rayons du crépuscule. Mais pour nous, c’est le visage de l’avenir. Voilà pourquoi nous l’accueillons, tout naturellement, avec ce sang-froid que nous prenez pour de l’insouciance. L’insouciance, c’était votre vertu cardinale. La nôtre sera le stoïcisme.

Car nous sommes la génération Kali Yuga ; et, tournant le dos aux lueurs rouge-rose de l’occident, nous savons que c’est seulement par un long voyage au bout de la nuit que nous atteindrons notre aube dorée.

« Madame, en Histoire on a vu l’armée rouge, on a vu la puissance de la Russie. Si on s’y met avec eux, avec les Anglais et les Américains, on les écrase en trois jours. » Pense-bête pour l’avenir : veiller à ne jamais guérir de sa jeunesse.

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Bénédiction matinale dans la tradition germano-scandinave

Note : ceci est un extrait d’un fascicule en cours de rédaction sur une manière de pratiquer au quotidien la tradition germano-scandinave. L’impératif est utilisé par soucis de concision.

Benediction matinale

IL EST NATUREL DE SALUER LE SOLEIL AU MATIN. Dans notre tradition, c’est la déesse Sunna qui conduit le char solaire. Celui-ci, comme la lune, est poursuivi par un loup géant qui l’attrapera au Ragnarök. Chaque jour qui nous en sépare est béni par un court hymne, afin qu’il soit utilisé pour nous préparer au mieux.

« The Wolves Pursuing Sol and Mani » par John Charles Dollman (1909)

CETTE PRIÈRE PROVIENT DU SIGRDRIFUMAL, UN CHANT TIRÉ DE L’EDDA POÉTIQUE. La valkyrie Brunehilde a été endormie par la piqûre d’une épine magique. Après avoir vaincu le dragon Fafnir, le héros Siegfried la délivre de son sommeil. Lorsqu’elle se réveille, elle lui chante ces deux strophes en lui tendant une corne à boire pleine d’hydromel, la boisson de l’inspiration :

SALUT AU JOUR !

SALUT AUX FILS DU JOUR !

SALUT À LA NUIT ET SES FILLES.

REGARDEZ-NOUS AVEC DES YEUX BIENVEILLANTS, ET ACCORDEZ-NOUS LA VICTOIRE !

SALUT AUX dieux !

SALUT AUX déesses !

SALUT À LA TERRE GÉNÉREUSE.

DONNEZ-NOUS LE BON SENS, L’ÉLOQUENCE ET DES MAINS HABILES À FAIRE LE BIEN !

DÉBUTER AINSI SA JOURNÉE, C’EST S’INSCRIRE DANS NOTRE TRADITION POUR BÉNÉFICIER D’UNE SAGESSE ANTIQUE QUI EST TOUJOURS D’ACTUALITÉ. En effet, la suite du poème contient de précieux conseils révélés à Siegfried. Ils ne sont pas des dogmes, mais des condensés de millénaires d’expérience, issus de temps où la stupidité était synonyme de mort rapide. Alors que nous sommes bombardés de messages publicitaires, c’est un moyen de nous reconnecter à la nature, et à notre propre nature humaine.

NOUS CONSERVONS ENTIÈREMENT NOTRE LIBRE-ARBITRE, NOTRE « VOLONTÉ DE PUISSANCE ». C’est à nous de faire les choix nécessaires pour se forger un destin héroïque. En quelques vers, ce poème nous rappelle que, même sous le regard bienveillant des astres, le succès dépend de nos propres capacités : bon sens, éloquence, habilité. Un journée vécue dans notre tradition consiste donc à les entretenir, à les développer, et à accompagner les siens dans cette voie.

Tiré de « Jour après Nuit – vivre au quotidien dans la tradition germano-scandinave », un fascicule du clan Ostara à paraître cette année. Vous pouvez retrouver ici le fascicule sur Les Douze Nuits de Yule concernant les festivités du solstice d’hiver.

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Jare Gody : équinoxe & musique polak

Trois morceaux de musique traditionnelle pour accompagner Jare Gody, la célébration polonaise de l’équinoxe de printemps.

Plus de détails sur les rites de Jare Gody dans un prochain article, n’hésitez pas à vous abonner par mail (en haut à gauche) ou par la page Facebook du Chat Poron !

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« Flamme de l’horizon, éclair du matin … »

Norvège, Jørn Allan Pedersen (C)

Norvège, Jørn Allan Pedersen (C)

Flamme de l’horizon, éclair du matin,
Nuit et Jour entremêlés, jumelle du crépuscule,
Étoile immense qui es la fortune des bergers,
Liqueur écarlate, nous t’invoquerons, Aurore !

Nous invoquerons ta puissance, ô toi
Qui éclipses même les astres protecteurs,
A laquelle les pauvres, les riches, les forts,
Et les rois eux-mêmes disent : porte-moi bonheur !

Fortune qui nous guide, bonne fortune,
Sois fidèle et favorable à cette chanson.
Ô Fortune, accrois la vigueur de notre clan,
Notre noblesse et l’héroïsme de nos proches !

Que la chance soit de notre côté, maintenant,
A l’aube, au grand midi, ô très généreuse,
Et le soit encore au moment du crépuscule
Quand nous serons en compagnie des Dieux.

Puisse la Fortune nous prodiguer la joie,
Ô Dieux, et le bonheur nous attendre ;
Nous t’invoquons, étendard de lumière,
Afin d’avoir tous une heureuse journée.

Ensemble, nous saluons chaque aube
Qui s’élance dans les cieux sur sa monture,
Ce cheval ailé qui traîne un chariot d’or
Où s’entassent des trésors de bonheur.

Que l’Aurore bénie se lève sur nous pour toujours,
Porteuse de courage et d’amitiés renouvelées,
Luisante comme un torrent de beurre fondu.
Que les Dieux nous bénissent à jamais !

(adapté du Rig-Veda, 7.41)

Une proposition d’hymne rituel à la déesse de l’Aurore, présente dans de nombreux panthéons indo-européens (racine *h₂éwsōs) :

  • Ushas dans l’hindouïsme védique,
  • Aurora à Roma,
  • Êôs en Grèce,
  • Ôstara chez les Germains continentaux,
  • et, dans les langues celtiques, la racine *uâris a donné fáir en vieil irlandais et gwawr en gallois, avec le sens de « aube, aurore », et gweur (adjectif signifiant « brillant ») en breton.
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