Anthropologie

La paysannerie comme voie spirituelle

Philippe Sainte-Beuve est né au sortir de la dernière grande guerre civile européenne, dans une ferme qui fonctionnait encore à l’ancienne : des animaux à la place des tracteurs, plusieurs familles qui travaillent sur place, des arbres et des bêtes partout. Petit à petit, il voit son père suivre le mouvement du « progrès » : mécanisation, spécialisation, standardisation. La ferme meurt à petit feu, avec l’arrêt de l’élevage, l’arrachage des haies, le licenciement des ouvriers. Evidemment, dans un premier temps, les bénéfices suivent, grâce à des aides massives de la part de l’Etat et des banques, pour « faire tourner l’industrie » et « relancer la croissance ».

Philippe quitte la ferme pour des études d’agronomie, devient enseignant-chercheur. Une rencontre en Belgique dans les années 70 change sa vie : celle d’un agriculteur qui, suite à une grave intoxication à l’insecticide, est devenu un pionnier de l’agriculture biodynamique, respectueuse des cycles de la vie et du cosmos. Il devient le tuteur de Philippe quand celui-ci rachète, en 1981, la ferme de Coulemognes en Picardie. Celle-ci est une ancienne ferme d’abbaye, qui avait elle aussi subi les ravages du « progrès » industriel pour devenir une morne étendue de betterave et de blé.Sylvie Sainte-Beuve Avec sa femme Sylvie, il la convertit en bio, réinstalle des vaches d’une race rustique (la Salers) dont il conserve les cornes majestueuses. Leur fumier permet de fertiliser les champs et de se passer d’engrais chimiques achetés à l’extérieur : l’exploitation redevient autonome. De même, les semences sont produites à la ferme, loin des variétés de laboratoire et des OGM.

Les débuts sont difficiles, mais avec la crise de la vache folle et la surproduction qui fait chuter les cours en non-bio, ce modèle montre sa viabilité. Même le père de Philippe, après vingt ans de rejet, finit par reconnaître ses torts et participer à l’installation d’une porcherie où les antibiotiques sont remplacés par des plantes médicinales. Petit à petit, la vie revient dans la ferme, avec une meunerie et une huilerie, et même depuis peu un poulailler, géré par leur fils Jasmin qui s’apprête à succéder à son père. Les haies sont aussi replantées pour protéger les bâtiments des tempêtes, que plus rien n’arrêtait sur ce plateau déserté. Un verger de variétés anciennes fournit aussi des jus savoureux, dont profitent les visiteurs lors des portes ouvertes, ou les adhérents des nombreuses AMAP que la ferme fournit. Ce qui guide toutes les décisions, c’est la quête d’une ferme autonome, en harmonie avec la puissance cosmique du ciel et de la terre, et qui produise une nourriture vivante, chargée en énergie.

En se réappropriant le contrôle de son destin, ainsi que la totalité du métier de paysan (semences, cultures et élevage, transformation, vente), la famille Sainte-Beuve a aussi fait de la ferme un organisme vivant, à l’image du cosmos. Au printemps, c’est au lever du soleil que sont apportées les préparations qui doivent réveiller la terre, pour que les cycles du jour, de l’année et de la vie soient accordés. La paysannerie redevient ce qu’elle n’aurait jamais du cesser d’être, conformément à nos traditions ancestrales : une authentique voie de réalisation spirituelle.

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COP21 : Les peuples indigènes ont un rôle primordial à jouer dans la lutte contre le changement climatique

Source : Survival France

Alors que les peuples indigènes font partie des populations les plus affectées par le changement climatique, ils ont largement été exclus des contributions nationales présentées par les Etats participant à la 21e Conférence sur le Climat (COP21). Pourtant, ils sont les meilleurs gardiens de leur environnement naturel et peuvent contribuer à lutter contre le changement climatique grâce à leurs savoirs traditionnels.

La COP21, qui aura lieu à Paris du 30 novembre au 11 décembre, rassemblera 40 000 personnes représentant 195 États. Elle vise à parvenir à un nouvel accord universel pour limiter le réchauffement climatique à 2° d’ici 2100 impliquant l’engagement des États à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et à trouver un accord sur le financement des politiques climatiques.

Un rapport récemment publié par l’ONG Rights and Resources Initiative (RRI) a révélé que parmi les gouvernements présents lors de la COP21, peu ont déjà mentionné les droits des peuples indigènes dans leurs politiques environnementales ou de conservation de la nature. De plus, dans leurs contributions pour la Conférence, 26 des 47 pays étudiés n’ont fait aucune référence aux pratiques des peuples indigènes liées à la gestion des terres.

Davi Yanomami et Mauricio Yekuana seront présents à Paris lors de la COP21.

Davi Yanomami et Raoni Kayapo, militants indigénistes. (C) Camilida Almeida/ Survival

Malgré leur exclusion des principales discussions, des centaines de représentants indigènes du monde entier, tels que les activistes Davi Yanomami, Mauricio Yekuana et Raoni Kayapó seront présents tout au long de la COP21 pour faire entendre leurs voix.

Davi Yanomami a déclaré: ‘Le climat change. C’est à cause du réchauffement climatique, comme vous l’appelez. Nous nous l’appelons motokari. A cause de lui, les poumons de la terre sont malades. Nous devons respecter ce monde, nous ne pouvons pas continuer à détruire la nature, la terre, les rivières. Vous ne pouvez pas continuer à détruire nos vies. Nous les Indiens nous savons comment protéger nos forêts’.

Parce qu’ils vivent dans des endroits du monde où son impact est le plus marqué et que leurs vies dépendent largement ou exclusivement de leur environnement naturel, les peuples indigènes sont davantage affectés par le changement climatique. Leurs territoires, riches en ressources naturelles, sont également menacés par de nombreux projets de développement tels que l’exploitation minière et forestière ou encore l’élevage intensif.

De telles opérations détruisent l’habitat des peuples indigènes et la déforestation engendrée accroît les émissions de dioxyde de carbone, l’une des principales causes du changement climatique.

Partout dans le monde, les peuples indigènes se battent contre des compagnies, des individus et des gouvernements qui spolient leurs terres et leurs ressources et dont les activités menacent leur environnement. En Amazonie brésilienne, les Indiens guajajara protègent ainsi le territoire des Indiens awá isolés contre des gangs de bûcherons armés qui envahissent leur territoire et avaient incendié leur forêt en octobre dernier.

Mais le plus dérangeant est que les peuples indigènes voient maintenant leurs droits violés et leurs territoires dévastés au nom des efforts déployés pour atténuer les effets du changement climatique.

La construction de barrages hydroélectriques ou encore la production de agrocarburants visant à obtenir une énergie plus verte permettent plus facilement de s’approprier, d’exploiter et, dans certains cas, de détruire le territoire des peuples indigènes. Les terres des Guarani du Brésil, autrefois gardiens de 350 000 km2, leur ont par exemple été spoliées pour laisser place aux plantations de canne à sucre utilisée pour produire de l’éthanol. Les Guarani se retrouvent désormais à vivre dans des campements de fortune au bord des routes ou sur de petites parcelles cernées par les plantations où maladies, malnutrition et dépression sont monnaie courante.

Plantation de palmiers à huile, Pérou. Les territoires ancestraux des peuples indigènes sont fréquemment utilisés pour produire des biocarburants.

Plantation de palmiers à huile, Pérou. (C) Thomas Quirnyen / Survival

Les peuples indigènes sont pourtant les meilleurs gardiens du monde naturel. Ils ont une connaissance approfondie de leur territoire et de leur environnement car ils les gèrent et en prennent soin depuis des générations. Ainsi, 80% des régions les plus riches en biodiversité au monde sont habitées par des communautés indigènes.

Les communautés indigènes doivent être consultées sur tout projet affectant leurs territoires. Il est aujourd’hui essentiel que les États prennent en compte les droits des peuples indigènes dans l’élaboration de leurs politiques environnementales et reconnaissent leur rôle primordial dans la lutte contre le changement climatique. Selon le Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD), assurer les droits territoriaux des communautés indigènes permet de lutter contre la déforestation.

Stephen Corry, directeur de Survival International, le mouvement mondial pour les droits des peuples indigènes, a déclaré : ‘Nos sociétés industrielles sont responsables de la destruction du monde naturel et de la pollution de l’atmosphère. Les peuples indigènes, en revanche, ont prouvé qu’ils savaient mieux que quiconque prendre soin de leur environnement. L’arrogance dont nous faisons preuve en assurant que ‘nous’, sociétés industrialisées, détenons toutes les réponses et en marginalisant les peuples indigènes est scandaleuse. Il est temps d’écouter les voix de ces peuples et de reconnaître que nous ne sommes que des partenaires secondaires dans la lutte pour protéger l’environnement’.

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La propriété collective originelle de la terre en Irlande (P. W. Joyce)

Ce texte traite des anciennes lois terriennes irlandaises. Il se base principalement sur les Lois de Brehon [basées sur la Senchas Már, la Grande Tradition, assez similaire à la Coutume de Bretagne ainsi qu’aux lois galloises et mannoises, mise par écrit vers le VIIIe siècle et née d’un consensus entre les différentes lois orales des tribus d’Irlande qui ne contredisaient pas la Bible], mais prend en compte des sources secondaires, principalement des auteurs anglais qui ont mis par écrit leurs observations personnelles sur les coutumes indigènes des Irlandais. Ceci apporte un point de vue intéressant sur la question de la propriété terrienne à notre époque.

En théorie, donc, la terre n’appartenait pas aux individus, mais à la tribu. Le roi, ou le chef, avait une terre nourricière (« mensal land ») qui lui était attribuée. Le reste était occupé par les membres de la tribu. Le chef, même s’il exerçait une forme de supervision sur la totalité du territoire, n’avait aucun droit de propriété hors de ses terres propres (dans le cas où il en avait), et encore, ces droits cessaient s’il n’y résidait plus en personne [NdT : clin d’œil à nos évadés fiscaux, élus parachutés, et autres collaborateurs du FMI à Washington]. Il semble qu’originellement, aux temps protohistoriques (c’est-à-dire avant le VIIe siècle), l’ensemble des terres était en propriété collective, et que les terres attribuées à chacun, y compris au chef, pouvaient être redistribuées annuellement. Mais, au fur et à mesure, cette coutume s’affaiblit, et une forme de propriété privée se mit en place – à condition d’habiter la terre depuis longtemps et de continuer à respecter la propriété collective des autres terres de la tribu. C’est pourquoi toutes nos sources écrites, y compris les Lois de Brehon, admettent l’existence de propriétés privées (Br. III, 53 ; IV, 69-159), mais non leur généralisation, et les règles qui s’y appliquent restent différentes des nôtres.  Ainsi, l’idée originelle de la propriété collective ne fut jamais tout à fait oubliée, car, bien que des gens puissent posséder des terres, cette propriété n’était jamais absolue. Personne ne pouvait, par exemple, vendre ses terres en-dehors de la tribu [NdT : bisous les rois du pétrole et autres multinationales qui « investissent dans le foncier » par chez nous], et on devait se plier aux obligations tribales concernant la bonne gestion des terres (Br. II 283 ; II 53, 55), qui étaient des vestiges des règles de propriété collective [NdT : et des précurseurs en matière de réglementation environnementale]. A l’intérieur de ces limites, on restait libre de disposer de ses terres.

Carte IrlandeEn-dehors des Lois de Brehon, on trouve peu d’autres références à l’ancienne occupation collective des terres. Toutefois, il y a au moins deux passages notés par Sir Henry Maine qui font état de l’ancienne coutume. Tout d’abord, il y a une ancienne préface du Livre des Hymnes : « Il y avait de nombreux habitants en Erin [NdT : un des noms sacrés de l’Irlande] à cette époque (durant le règne de Aed Slaine, de l’an 656 à l’an 664 de l’ère commune), tellement nombreux que la terre ne pouvait leur accorder à chacun qu’une surface égale et déterminée de tourbières, de champs, et de forêts ». L’autre passage est une vieille légende, celle de la naissance de Cuchulainn dans le livre de Dun Cow (copié au XIIe siècle à partir d’un manuscrit plus ancien, lui-même ayant sauvegardé une tradition orale antérieure). Cette histoire raconte comment un groupe de chevaliers de la Branche Rouge partit d’Emain [NdT : la résidence du roi d’Ulster] en direction du sud-ouest,  à la poursuite d’oiseaux magiques, et ils progressèrent vite, dit l’histoire, « car à cette époque il n’y avaient ni fossés, ni grillages, ni murs de pierre qui enserraient les terres, mais seulement des champs indifférenciés, et cela jusqu’à ce que vienne le temps des fils de Aed Slaine [NdT : donc, après l’an 664]. A cause du grand nombre de foyers qu’il y eut en leur temps, donc, il se trouva qu’ils créèrent des frontières à l’intérieur de l’Irlande ». Comme ces exemples précisent que cela est lié à une augmentation de la population, et donnent des dates similaires ainsi qu’une mise en place progressive, on peut considérer qu’il s’agit effectivement d’un fait historique. La propriété collective des terres est aussi abordée dans les anciennes « Mémoires de Saint Patrick ».

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Déclaration de l’Organisation pour une Papouasie Libre

Les tribus papoues, indigènes de l’île de Nouvelle-Guinée, sont sous domination indonésienne depuis 1963. Ils représentaient 94% de la population dans les années 70, mais d’après les courbes actuelles, ils ne seront plus que 15% en 2030. Cela est dû à une politique de remplacement ethnique mise en place par le gouvernement indonésien, à des programmes d’acculturation sous couvert de « modernisation », à la destruction des écosystèmes pour des raisons financières, à des conversions forcées à l’Islam (l’Indonésie est le plus grand pays musulman au monde) à la place de leurs religions traditionnelles, et à la répression gouvernementale (criminalisations d’actes « troublant l’ordre public », comme le fait de brandir un drapeau papou). Vous pouvez signer la principale pétition de soutien ici : http://www.thepetitionsite.com/fr-fr/takeaction/109/791/582/

Déclaration de l’Organisation pour une Papouasie Libre (Free Papua Movement / OPM)
Nous ne sommes pas des terroristes !
Nous refusons la vie moderne.
Nous refusons toute sorte « d’aide au développement » :  groupes religieux, organismes humanitaires, et organisations gouvernementales.
Contentez-vous de nous laisser tranquilles, s’il vous plaît !

Les raisons historiques et politiques de notre combat
Nous avons été envahis de manière violente et manipulatrice par l’Etat indonésien, sous la supervision de l’ONU et des Etats-Unis dont il servait les intérêts de manière opaque.
Nous avons été traités comme si nous n’avions aucune valeur : assassinés, torturés, oppressés d’une multitude de manières.

Nous avons été déplacés par les migrations forcées, l’urbanisation, et toutes sortes de processus d’ingénierie sociale, appliquées par le gouvernement indonésien avec l’aide de la Banque Mondiale, des organismes humanitaires internationaux comme la Croix Rouge, et même des organisations écologistes comme WWF.
Nous sommes considérés comme une menace pour la sécurité nationale et comme des terroristes alors que nous nous battons pour notre propre environnement, nos propres droits, notre propre peuple ;
Nos voix sont toujours négligées et ignorées.

Notre riposte est un choix logique

Notre riposte est la manière la plus naturelle de faire face à la destruction et l’exploitation délibérée de nos vies et de notre environnement.
Notre riposte est la réaction la plus naturelle aux intolérables massacres, disparitions, tortures, oppressions et intimidations causés par le gouvernement indonésien.
Notre riposte est une nécessité absolue face à ce régime brutal, inhumain, destructeur, exploiteur, ignorant et terrifiant.
Notre riposte est primordiale pour la simple survie de notre peuple tribal sur cette planète. Pas le lobbying, pas la persuasion, pas la diplomatie, pas la démocratie.
Notre riposte est ce qui est juste face à l’armée indonésienne, fermement soutenue par les pays dits « démocratiques », formule vide et absurde.
Nous ne serons plus ignorés.

Solidarité avec l’OPM !
Nous devons mettre fin à l’exploitation des ressources naturelles par les entreprises multinationales. Nous devons faire cesser l’exploitation des peuples tribaux de Papouasie Occidentale. Nous devons stopper les organisations religieuses, les gouvernements, les ONG, qui détruisent la culture des peuples de Papouasie Occidentale.
Nous nous adressons à « l’Occident » comme à des personnes. Pas comme à des représentants gouvernementaux, ou à des employés. Nous voulons que la civilisation moderne regarde en face la lutte des peuples de Papouasie Occidentale pour survivre en tant que peuples.    
1.    Faites pressions sur les gouvernements qui prétendent appliquer une politique étrangère éthique, mais vendent des armes à l’Indonésie
2.    Faites pressions sur le régime indonésien
3.    Faites pressions sur les entreprises qui détruisent notre terre et notre peuple
4.    Soutenez les peuples qui ont pris les armes dans la jungle
5.    Nous devons tous faire front contre notre Ennemi Commun

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Conclusion : l’avenir de la spiritualité germanique (B. Linzie)

Dernière partie de la traduction de l’essai Germanic spirituality de Bil Linzie, un des acteurs principaux du reconstructionnisme germano-scandinave aux Etats-Unis. Vous pouvez reprendre au début ici.

Il y a assez de pratiquants de l’Asatru pour que cette religion et ce mode de vie se maintiennent et même croissent encore pendant plusieurs décennies. De plus, d’autres processus de résurgence sont en cours : la Romuva chez les Baltes, l’Héllénisme chez les Grecs, les Kémites ou Netjéristes basés sur la religion égyptienne, de nombreux groupes et variantes du paganisme slave (Watra en Pologne, par exemple), les religions amérindiennes et sud-américaines, etc [NdT : également la Religio Romana, qui a un certain potentiel de développement en France]. L’existence de ces autres initiatives est absolument nécessaire, car un des principaux obstacles à la reconstruction vient des milieux éclectiques. L’Asatru, pour que la reconstruction soit réussie, doit parvenir à maintenir l’intégrité de sa vision du monde jusqu’à ce que la reconstruction soit parvenue à un certain degré de stabilité. A cause de cela, l’opinion générale dans les milieux éclectiques à propos de l’Asatru sera certainement que celui-ci pratique activement une politique d’exclusion – ceci est faux, bien entendu, puisque l’Asatru demeure ouvert, mais cette impression se maintiendra et en offensera certains.

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L’importance de la réalité concrète dans la résurgence de la spiritualité germanique (B. Linzie)

Traduction de la partie 4.3 de l’essai « Germanic spirituality » de Bil Linzie, un des théoriciens et premiers pratiquants du reconstructionnisme germano-scandinave aux Etats-Unis. Vous pouvez trouver un résumé de cet essai de 50 pages, et un lien pour le télécharger en entier dans sa version originale en anglais, ici, la traduction de l’introduction , et la traduction des parties 4.1 et 4.2 en cliquant dessus.

On observe une sorte de hausse dans l’opinion qu’un groupe a de lui-même lorsqu’il commence à devenir son propre contexte culturel. C’est-à-dire que ce groupe ne sent plus le besoin de dépendre d’autres groupes pour savoir comment il faut s’habiller, comment se comporter, comment parler, quelle type de musique est acceptable, quel type de cuisine est de haute qualité gastronomique, qu’est-ce qui est beau et ne l’est pas, etc. Les anglophones désignent cela par le terme de pride (fierté) : black pride, gay pride, … Les premiers reconstructionnistes utilisèrent donc le terme white pride [NdT : l’immense majorité des Américains de couleur blanche sont des Anglo-saxons, des Allemands ou des Scandinaves, ou des Irlando-écossais dont les coutumes ancestrales sont très proches, d’où l’assimilation logique de ces cultures à la couleur blanche de ceux qui les portent]. Cela provoqua une levée de barricades et de références injurieuses au Ku Klux Klan, au nazisme, au racisme, au « suprémacisme blanc ». Le but initial était simplement le refus de veiller, en permanence, à cacher honteusement ses origines comme un juif dans les années 30 ; et ce pour la simple et bonne raison que la culture germanique était toute aussi riche et importante à préserver que les autres.

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L’importance des faits historiques dans la résurgence de la spiritualité germanique (B. Linzie)

Traduction de la partie 4.2 de l’essai « Germanic spirituality » de Bil Linzie, un des théoriciens et premiers pratiquants du reconstructionnisme germano-scandinave aux Etats-Unis. Vous pouvez trouver un résumé de cet essai de 50 pages, et un lien pour le télécharger en entier dans sa version originale en anglais, là-bas, la traduction de l’introduction , et la traduction de la partie 4.1 ici

Tout d’abord, puisque le titre de cette partie est « la résurgence de la spiritualité germanique », définissons ce qu’on entend ici par « spiritualité », car la plupart des nouveaux convertis recherchent en fait du mystérieux ou du mystique plus que du spirituel : la spiritualité est l’ensemble des pratiques qui alignent le mieux possible l’individu avec ses divinités, sa communauté, et sa famille, augmentant ainsi sa valeur (weorth en anglo-saxon, d’où le mot worship en anglais moderne, qui se traduit par « culte » mais qui signifie les honneurs rendus à une divinité aussi bien qu’à une personne), et sa chance.

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L’importance du contexte dans la résurgence de la spiritualité germanique (par Bil Lizie)

Traduction de la partie 4.1 de l’essai « Germanic spirituality » de Bil Linzie, un des théoriciens et premiers pratiquants du reconstructionnisme germano-scandinave aux Etats-Unis. Vous pouvez trouver un résumé de cet essai de 50 pages, et un lien pour le télécharger en entier dans sa version originale en anglais, ici et la traduction de l’introduction .

Quand on pense à l’Asatru, en général, on pense aux oracles runiques, aux blots, aux costumes traditionnels (généralement de l’ère viking) avec épées et bijoux d’ambre, au seidr, à des rites dans des langues étrangères et anciennes. En réalité, ce qu’on en sait par les sources qui nous sont parvenues est beaucoup plus subtil et moins mystique que l’idée qu’on s’en fait. La plupart des nouveaux arrivants, mais aussi de la plupart des anciens, veulent que l’Asatru soit une religion à part entière. C’est sans doute vrai, mais l’Asatru a sans doute plus à voir avec la subtilité du taoïsme ou du zen qu’avec la pompe de l’Eglise catholique ou la théâtralité de la Wicca.

Ces dernières décennies, l’approche de la spiritualité germanique s’est surtout faite via des aspects accessoires : les runes, les blots, et maintenant le seidr. Si certaines religions modernes fonctionnent très bien ainsi, la plupart des religions traditionnelles marchent autrement. Les Amérindiens en ont fait la cruelle expérience. Ainsi, depuis les années 60, de plus en plus de gens se sont intéressés à leurs spiritualités. Beaucoup d’Américains blancs, ayant séparé leur spiritualité de leur culture et ayant au passage bien souvent perdu les deux, furent fascinés par les cérémonies amérindiennes et commencèrent à les imiter : loges de sudation, cérémonie du calumet, danse du soleil, cérémonie du peyotl, … Au début, beaucoup d’Amérindiens en furent très contents : des gens s’intéressaient enfin à leur mode de vie. Très rapidement, il devint évident que ce n’était pas leur « mode de vie » qui les intéressait. C’était le charme et le glamour des plumes dans les cheveux, des herbes et des calumets achetés par correspondance plutôt que ramassés ou faits soi-même. Ce n’était pas leur mode de vie, avec tout ce qu’il comprend de difficile et de douloureux, c’était le fait de porter des noms cools comme Loup Solaire ou Arbre-Dragon. Changer réellement son mode de vie, c’était trop dur et pas assez gratifiant socialement. Alors, les sages des Amérindiens ont commencé à refuser cela, car leurs cérémonies étaient des expressions de leur culture et que les Blancs continuaient à considérer cette même culture comme un vieux machin inutile et barbare.

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La spiritualité germanique : introduction (par Bil Linzie)

Début de la traduction de l’essai « Germanic spirituality » de Bil Linzie, un des théoriciens et premiers pratiquants du reconstructionnisme germano-scandinave aux Etats-Unis. Vous pouvez trouver un résumé de cet essai de 50 pages, et un lien pour le télécharger en entier dans sa version originale en anglais, ici.

Le paganisme germanique a connu une forte croissance au cours des dernières décennies. Les nouveaux arrivants proviennent de milieux philosophiques et religieux très différents : athéisme, bouddhisme, différents mouvements New-Age (dont principalement la Wicca), et toutes sortes de variantes du christianisme. Chacun d’entre eux, évidemment, vient au paganisme pour différentes raisons, mais la plus commune est de « vouloir retrouver ses racines ». De plus, une part grandissante de la population ressent une sorte de mal-être ou d’insatisfaction qui les pousse à chercher le « petit quelque chose » qui donnera du sens à leur existence. Les cours de yoga et autres stages de méditation voient leurs prix s’envoler face à la demande. Certaines familles dépensent jusqu’à mille euros de livres sur le bien-être et le développement personnel, dans l’espoir de trouver une certaine sérénité mentale. D’autres sont prêts à abandonner le cadre religieux où ils ont été éduqués pour n’importe quel autre système qui leur apportera davantage de satisfaction personnelle. Rien de tout cela n’est pointé du doigt avec la moindre méchanceté : le besoin d’une vie spirituelle cohérente est si important que ceux qui sont engagés dans ce type de démarche sont souvent prêts à tout pour y parvenir.

Le reconstructionnisme germanique provient du même type de recherche. Ses débuts furent tout à fait humbles. A la fin des années 60, à « l’Aube de l’Ere du Verseau », une pléthore de petites religions alternatives et de voies spirituelles se sont développées dans les traces de gurus médiatisés. Mahareeshi Yogi Mahesh avait converti assez de gens à la « Méditation Transcendantale » pour créer une micro-nation (avec des célébrités comme John Lennon, George Harrison ou Carlos Santana) qui possédait de petits bureaux où on pouvait acquérir son mantra personnel, une robe jaune safran standardisée et un bol à offrandes. Carlos Castaneda venait juste de publier son très populaire et controversé livre sur Don Juan, et ceux qui n’étaient pas adeptes de gurus asiatiques préféraient jouer aux Amérindiens. En fait, à cette époque, on avait l’impression que chaque culture sur notre planète avait un héritage spirituel, à l’exception des Européens, ceux-ci ayant cédé leurs droits spirituels en échange d’une société industrielle qui ne rendait des dividendes qu’en pièces et en billets.

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La spiritualité germanique selon B. Linzie : un résumé

Un post de Hund-heidinn sur le forum de l’association Les Enfants d’Yggdrasill.

Votre serviteur a depuis pas loin d’un an, dans un coin de son crâne, le projet d’en faire une traduction exhaustive, tant l’essai lui semble pertinent et important pour toute personne engagée dans une démarche spirituelle germanique (voire celtique, également, tant les convergences sont nombreuses). En attendant, ce court résumé fait plutôt bien l’affaire.

Un résumé des 55 pages de ‘Germanic Spirituality’ par Bil Linzie

Bil Linzie (‘il’ dans la suite) désire nous montrer l’importance de facteurs méconnus dans le processus d’adoption d’une religion, en particulier pour les reconstructionnistes Ásatrú (en passant : il utilise une forme correcte ‘ásatrúarmenn’ pour les désigner). Pour ceci, il introduit et différencie deux types de connaissances.
Il appelle « body of knowledge (corps de connaissances) » religieuse toute la connaissance descriptive qui permet de caractériser la pratique d’une religion. Typiquement, les trois ‘haill’ pendant un blót font partie d’une connaissance descriptive.
Il oppose à ces connaissances descriptives celles sur les actions à accomplir qu’il appelle « world view (vision du monde) ». Classiquement, les dictionnaires définissent en effet une ‘vision du monde’ comme une collection de croyances qui décrivent comment il est possible d’observer et d’interpréter le monde qui nous entoure (‘univers’). Il utilise une définition un peu plus précise que celle des dictionnaires : ce sont les façons d’agir qui nous sont dictées par notre environnement social. Ainsi, l’univers dont il parle est celui de la société germanique ancienne et les actions sont celles qui assurent la cohérence de cette société telle que nous la connaissons par toutes les sources ethnologiques, poétiques, littéraires (les sagas), mythiques et ethnologiques (comportements et légendes anciens).
Il développe alors, de la page 9 à la 41, une argumentation complexe pour arriver à une nouvelle définition de la spiritualité, qui est en fait inspirée son idée de vision de monde spirituel germanique. La voici : « spiritualité : elle devrait être considérée comme l’ensemble des actions qui accordent (il dit : « align ») au mieux l’individu avec ses dieux, sa communauté et sa famille, accroissant ainsi sa valeur (weorþ) [Anglo-saxon pour ‘valeur’] et sa chance ».

Cette argumentation complexe consiste en une analyse de la façon dont les religions New Age se construites en accolant des pièces de religions anciennes sans respecter la civilisation ancienne qui les a engendrées. Prenons l’exemple de la notion disputée de classe. Dans notre société, la notion de classe existe mais « elle est reliée au revenu financier de l’individu ». Dans les religions New Age, on rejette la notion de classe, sans doute parce qu’elles « confondent le concept de classe sociale avec la discrimination par la race ou le genre ». Dans la religion germanique ancienne, elle existe sous une forme très différente de celle de notre société. Ce ‘classement’ se fait en utilisant trois critères principaux.

Le premier critère est celui des « nobles vertus » comme, par exemple, celles construites par McNallen. Bien entendu, il faut qu’elles soient reliées de façon étroite à notre tradition. Il propose une autre suite des neuf qualités, une première version de 1970 qui est plus proche du Hávamál et du Sigdrífumál [Je vais la traduire et l’introduire dans le fil de discussion Les neuf vertus odinistes ].
Le deuxième critère est celui de la division entre ceux qui sont ‘à l’intérieur’ et ceux de l’extérieur’. La cellule élémentaire insécable est constituée par la famille (et non pas par l’individu). Elle constitue le premier des ‘intérieurs’. Cette famille se réunit au sein de communautés. [Je rajoute ici mon grain de sel. Plus encore que sa description de la communauté, le Hávamál définit très bien ce que sont les ‘amis’ avec qui on est lié par contrat (l’intérieur de la communauté) et les non-amis (l’extérieur de la communauté).]
Le troisième critère est celui des relations avec les dieux. La forme moderne consiste à s’adresser directement aux dieux, sans prendre en compte l’existence de la communauté qui a ses propres règles. La forme germanique ancienne consiste à s’adresser d’abord à ses ancêtres et aux entités intermédiaires comme les landvættir, la Fylgja familiale, autres ‘esprits’ familiers. S’adresser aux dieux demande une forme d’esprit particulière que tout le monde ne possède pas.

Il conclut en donnant 9 règles qui devraient être respectées pour la reconstruction de l’ásatrú. Elles condensent l’argumentation dont je viens de donner un exemple résumé.

1. Accepter que l’Ásatrú en tant que vision du monde est probablement complète (même si pas encore totalement bien interprétée) et se tient à elle seule.
2. Accepter que l’Ásatrú en tant que religion est l’expression de la culture sous-jacente.
3. La spiritualité Ásatrú est fondée sur une interaction avec le monde réel d’une façon qui conforte le bien-être de la famille et de la communauté.
4. « La récompense finale » [après la mort] est directement liée aux souvenirs qu’on laisse derrière soi après sa mort.
5. La famille est la plus petite unité définie dans l’Ásatrú. L’individualisme robuste est un concept à la fois étranger et moderne.
6. La communauté géographique est la dernière ligne de défense pour la famille et, même si elle est ‘mélangée’ [composée de population culturellement hétérogènes], elle toujours être traitée avec respect.
7. La terre sur laquelle repose la communauté géographique est sacrée.
8. La communauté est naturellement divisée en trois classes et chacune des classes doit honorer (‘worship’ ) de façon appropriée – la prière individuelle adressée directement aux dieux est un emprunt à la chrétienté fait il y a mille ans.
9. Il faut développer de nouvelles ‘acquisitions’ [quant à la religion]
– qui ont une signification locale
– qui ne sont pas empruntées [à une autre vision du monde]
– qui sont cohérentes avec la vision germanique du monde.

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