Le Cycle de Mai – partie 1

Scène de quête du 1er Mai en Lorraine (Trimazo)

   Sur les terres de France, le Cycle de Mai s’ouvre dans la nuit qui mène au 1er Mai. Ce n’est pas sous le nom de Beltane qu’on le célèbre. On le nomme généralement, tout simplement, Le Mai. En Bretagne c’est plutôt Kala-Hañv, Moselle germanique Hexenaat, et Walpurgisnacht en Alsace.

   Au petit matin, il était courant d’aller cueillir la rosée sur l’herbe fraiche avant la levée du jour à l’aide d’un torchon propre. Cette eau de Mai, a pour vertu, disait-on, d’adoucir la peau et donner un teint frais. Nettoyer les pis des vaches et chèvres avec donnerait davantage de lait. Marcher nu-pieds dans la rosée rendrait plus endurant au longues marches, c’est pour ça que certain éleveurs y faisaient marcher leurs bête très tôt ce matin là, pour les préparer à l’estivage. Et s’y rouler entièrement nu permettrait d’attirer de potentiels partenaires… En tout cas on ne peut pas nier l’aspect vivifiant de cette pratique.
   Jusque là, au grand damne des néo-païens, à part de manière trop sporadique, il n’a pas été répertorié en France de feu de joie ni de « sabbat de sorcières » cette nuit là (pratiques et croyances plutôt germanique, et très christianisé). Tout au plus quelques pratiques magique, souvent infructueuse, de paysans désespéré. Comme le fait d’aller couper une poignet de l’herbe des prés du voisin à la serpe, et la déposer dans son propre fumier pour s’approprier son abondance.

J’ai omis de dire que les jeunes gens, la veille du Mai, nettoyaient, et apprêtaient les puis et les fontaines d’un Mât de Mai (généralement un épicéa), de rubans et de guirlandes de fleures de branche et mobiles de coquilles d’œufs. Le lendemain on venait y cueillir l’eau pour la boire et en donner aux animaux domestiques. Elle avait pour vertu de prévenir des maladies. Il était bon de se nettoyer les yeux avec. On aspergeait les maisons, les étables et écuries avec pour les protéger de la foudre et des incendies. Par contre, hormis dans les territoires germanique, on ne se baignait pas dans les fontaines.

Mât de Mai sur fontaine de village

Autre fait important du Mai, c’est la quête de la Reine de Mai (Trimazo en Lorraine). Assez généralisé en France, cette tradition revêt un grand nombre de noms et de formes différentes. La Reine est tantôt immobile sur une chaise, tantôt ambulante, parfois en couple, portant un Mai on non, etc… Mais invariablement c’est une enfant (moins de 15 ans), vêtue de blanc, parait et couronnée de fleures, le visage caché, accompagné de servantes avec qui elle va, en chantant et dansant, quêter quelques menus sous et friandises pour finir en collation en fin de tournée.

Exemple anglais de Reine de Mai immobile et ses servantes, à Great Rollright, 1938

Ainsi s’achève le 1er jour de Mai.

(Ceci est une description générale à ne pas prendre au pied de la lettre. Il existe un bon tier du territoire français si ce n’est plus, où le Mai n’est pas célébré, ou pas de cette manière. Le mieux est de se renseigner au niveau local pour prendre connaissance des pratiques spécifique au territoire. Ce genre de source est facilement accessible sur des blogs de reconstitution folklorique local, ou en médiathèque. Le rayon « régionalisme » y est souvent bien rempli. Le site gallica.bnf.fr offre aussi de nombreux documents folklorique régionaux)

En Résumé

Nettoyage et décoration des points d’eau publique importants la veille par la jeunesse.
Offrande de Mai par les jeunes hommes dans la nuit.
Cueillette de la rosée pour se vivifier.
Cueillette des eaux vives pour prévenir des maux et soigner les yeux.
Quête de la Reine de Mai par les enfants.

Analyse

   Comme on peut le voir, c’est la jeunesse qui est mise à l’honneur dans cette fête. Et la nature bien entendu. Les chants de quête nous informent sur l’égard apporté aux plantes fleurissante et aux céréales si grande. Ce ne serait pas une surinterprétation que de considérer ces chants comme des formules magiques pour faire fructifier la nature, et surtout les récoltes. La quête serait un rite d’abondance où les habitants du village serait mis à contribution. S’ils n’offraient rien, ils recevaient des formules comminatoire, mais s’ils offraient des friandises, alors c’était des louages.
   Les rites lié à l’eau et au fontaines ne sont pas une composante exclusive au Mai, ils soulignent simplement l’importance et la puissance de ce jour. Le fait d’y ériger un Mai est une pratique sociale, et non spirituelle. Cela dit, dans le pays messin, le Mai a « vertu de provoquer des rêves annonciateur ». Peut-on lié cela avec l’eau et aux pratiques magique gallo-romaine de divination dans les sanctuaires dédié aux fontaines sacrées et à Lugus, dieu (d’apparence jeune) bien connu pour son rapport aux sources, au soin des yeux et à la divination? L’idée me plait beaucoup, mais sans élément suffisant on ne peut rien affirmer.
   Quant aux offrandes de Mai des jeunes hommes dans la nuit, comme le dit Van Gennep en singeant Freud : « Le Mai aux filles, [serait] l’explosion temporaire périodique des sentiments refoulés en période normal ». C’est la meilleure explication que j’ai pu trouver. Pourquoi à cette date en particulier? Pas la moindre idée. Il serait un peu trop facile de l’associer directement à une ancienne tradition celtique ou romaine hypothétique. Néanmoins je pense que c’est simplement parce que le moment y est propice. Ces nuits raccourcissent, se réchauffent, les travaux à la ferme ne sont pas encore laborieux, et les arbres et les plantes sont en frondaison et floraison. Le tout à l’entré d’un nouveau mois, toutes les conditions sont réunis pour en faire une jour particulier!
   Je n’ai pas parlé des bûchers, car comme dit, ils n’y en a pas en France en cette période. Sauf en Bretagne, héritière des traditions brittonique des Cornouailles. Ces bûchers sont généralement pratiqué durant les cycles de carnaval, de pâque, et de la saint Jean. Nous en parlerons donc au moment venu.

Ravivement Païen

   (C’est toujours très délicat de donner des pistes de « repaganisation » de nos traditions, parce que chaque individualité a son propre ressenti et ses propres convictions, ce qui entraine fatalement des désaccords. Mais une chose est certaine, c’est que le paganisme est, à la base, une pratique sociale, particulière a un territoire, et non individuelle. Donc si on veut repopulariser le paganisme, il va falloir mettre nos égos de côté et commencer à penser à l’échelle de nos communauté, de nos villes et villages, voire de nos cantons, à minima. Le but étant de reprendre le fil là où il a été brisé, il serait donc malvenu de falsifier nos traditions par des ajouts extérieurs simplement parce qu’ils nous plaisent (type beltane, dieux nordiques et consort). Là où il y aura matière à débat, c’est quels dieux honorer, où quand comment, et quel mythe rattacher à quel rite.)

   Déjà, la veille du 1er Mai, commencer par se remparer de l’espace publique, et ne pas avoir honte d’aller entretenir et décorer les fontaines. Parler longtemps à l’avance de cet événement à son entourage, y aller entre amis, en faire un moment partagé aussi conviviale que la décoration du sapin de noël en famille. Le but est de donner envie aux jeunes de nous imiter et refaire ça les années suivantes. Rajouter des effigies de Grannos et Sirona (ou nom équivalent selon la région), statuettes ou simple planches avec leur nom au sommet des fontaines serait une belle initiative! Un premier pas vers la matérialisation du paganisme.

Enfants décorant la fontaine d’un Mai

Dans la nuit du 30 avril, inciter les jeunes hommes et femmes célibataires à aller déposer un rameau décoré avec un mot ou un bouquet de fleure confectionné par leurs soins sur le rebord de la fenêtre ou au pied de la porte de la personne convoitée. Bien leur faire comprendre que la saint valentin c’est une tradition récente en France, répandu par le capitalisme, comme pour le muguet, et qui nous vient de Grande Bretagne!
Le rite de cueillette de la rosée, et se rincer le visage avec, a ça d’important qu’elle permet avant tout de marquer ce jour comme particulier, et par ce geste d’ablution nous fait entrer dans un jour sacré. S’il n’est pas possible d’avoir accès à la rosée, on peut faire un macérat léger de plantes médicinales de saison cueilli la veille, simple suggestion. Le plus important me semble être de se réveiller avant le lever du soleil, et faire ses ablutions (pour les plus scrupuleux dans l’observance des rites).
Pour la Reine de Mai, simplement s’y prendre comme décrit dans les livres de folklore locaux (trouvable en librairie et facilement en médiathèque), et juste changer un peu les paroles des chansons de quête, parce qu’on ne quête pas pour la vierge marie… Mais plutôt pour la Bonne Mère, la Bonne Déesse par exemple. En tout cas une divinité régionale qui fait fructifier les récoltes, qui apporte l’abondance.
Perpétuer l’aspersion des maisons (la sienne et celle des voisins si vous êtes sympa hahaa) avec l’eau des fontaines, pour créer de l’animation dans les rues et donc faire vivre l’événement, et rassurer les habitants aussi. Quant à la consommation de l’eau des fontaines, aujourd’hui je la déconseille, à part filtré et bouilli… Se laver les bras et les yeux avec serait une idée. Et tout ça au nom de Grannos (borvo, etc… selon la localité), ou même Lugus? Belenos n’est pas un dieu jeune, contrairement à Grannos, toujours représenté imberbe. En tout cas les Dieux honoré, et la manière de faire en ce jour doivent être débattu. Ce ne sont que des pistes, il faudrait ouvrir un forum pour ces sujets là. Il est important de savoir clairement quoi faire et de savoir en parler correctement.
Terminer la journée par un bal, une soirée au bar ou chez des amis, en se parant et couronnant de fleures pourquoi pas, et retrouver la personne convoitée. Et déguster quelques mets locaux traditionnel, tel que le waldi en Moselle, ou maitrank!

Bal dans une grange de Rupt sur Moselle, Charles Pinot

Sources :
« Le Folklore Français », Arnold Van Gennep
« Le Folklore de France », Paul Sébillot
« Folklore des hautes Vosges », Léopold-François Sauvé

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