Une prière d’offrande aryenne

Le zoroastrisme est une religion monothéiste issue d’une réforme du paganisme originel des anciens iraniens, ou Âryas (les nobles) dans leur propre langue. Son texte liturgique, le Yasna (« rituel ») comporte des parties écrites dans une langue plus ancienne, le vieil avestique, qui présente de nombreuses similitudes avec le sanskrit, mais aussi d’autres langues indo-européennes anciennes (grec ancien, latin, et ce qu’on peut reconstituer du proto-germanique, proto-celtique, et proto-balto-slave).

Zoroastrisme

L’une de ces parties est le Yasna Haptanghaiti, ou « rite des sept chapitres », qui semble être le noyau primitif du rite zoroastrien, et incorporer des formules en usage avant la réforme monothéiste. En voici une adaptation en français, qui s’applique finalement très bien aux paganismes européens dont les textes liturgiques n’ont pas été conservés :

Nous vous honorons, Généreux Immortels,
Par l’ensemble de ces paroles sacrées,
Et nous sacrifions aux sources,
Ainsi qu’aux gués des rivières,
Aux embranchements des routes,
Et aux croisées des chemins.

Et nous sacrifions aux collines
D’où s’élancent les torrents,
Et aux lacs qui débordent d’eau,
Et au blé qui emplit les champs.
Nous sacrifions aux sages d’antan,
Et aux Dieux qui les ont instruit.

Nous sacrifions à la Terre et au Ciel,
Au vent tumultueux né des Dieux,
Au sommet de la montagne sacrée,
A ce pays et à tout ce qui est bon,
Et nous adorons les âmes des héros,
Qui festoient avec le Roi des Dieux.

Nous sacrifions la boisson divine,
Cet or liquide qui chasse la mort,
Au torrent des eaux primordiales,
Au vol prophétique des oiseaux,
Au crépitement du feu rituel,
Et à tous les Généreux Immortels !

Ce qui n’est pas sans évoquer un témoignage d’un historien byzantin du VIe siècle concernant le peuple germanique des Alamans avant leur christianisation :

« Ils adorent certains arbres, l’eau des rivières ou des fleuves, les collines, les montagnes et les vallées. […] Ils s’imaginent ainsi faire acte de piété. » (Agathias de Myrina, Histoires, livre I)

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7 réflexions sur “Une prière d’offrande aryenne

  1. Pourquoi c’est une prière « aryenne » ? Tu le mentionnes dans le titre puis plus dans l’article. C’est peut-être juste de l’inculture mais aryen ça me fait fatalement penser aux nazis avant de me faire penser à une culture préalable à la société moderne.

    En recherchant deux secondes je comprends que tu veux peut-être parler des indo-iraniens. C’est curieux car d’après Wikipedia, il y avait une notion de classe dans ce titre puisque visiblement il s’agissait de nobles et sans doute pas de roturiers. Du coup c’est pas tant un peuple ou une culture qu’une vision d’un peuple ou d’une culture par le biais d’une classe dominante, de ce que j’en comprends.

    Puis au 19e siècle ce terme a servi à construire des théories racistes (avec l’idée d’un peuple qui se serait « dégradé » au contact des autres populations).

    Sans plus de précisions, ça me donne une impression confuse.

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    • Clairement, tu n’as pas tort : il y avait matière et intérêt à moult développements, et je te remercie d’y avoir contribué. Au vu des changements dans ma vie depuis plus ou moins un an, le rythme et la quantité de travail de chaque publication a très fortement diminué (question de priorité : le réel avant le virtuel). Après près de deux mois à croupir dans un coin de mon disque dur et trois essais de publication reportés (« non mais il faut une introduction plus développée », « est-ce que je mets aryen / perse / zoroastrien / mazdéen / indo-européen / … », etc), j’ai tout simplement décidé de sauter le pas et de faire en sorte que cet hymne puisse être lu par tous, pour sa beauté, et pour les interrogations qu’il peut susciter, sur notre culture et sur une autre. En ce sens « aryen » m’avait semblé être une solution acceptable, d’une part parce qu’il éveille chez le lecteur européen l’idée d’une parenté entre cette culture et la sienne, d’autre part parce que c’est ainsi que les primoconcernés se nommaient (et que, si je n’ai pas le temps de faire une mise en perspective valable, il vaut mieux présenter le plus possible les documents « bruts », donc avec l’auto-ethnonyme).

      J’espère que ta vie et tes projets se déroulent bien, par ailleurs !

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  2. Tu vas me dire que c’est explicite ensuite (« anciens iraniens, ou Âryas (les nobles) dans leur propre langue »), mais le fait d’utiliser ce terme au préalable me semble discutable vu l’imaginaire collectif.

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  3. Je veux dire que si je l’avais utilisé, j’aurais commencé par expliciter pourquoi j’utilise ce terme : le réhabiliter (contrer son dévoiement) par exemple. Et j’aurais forcément digressé à un moment sur la réappropriation culturelle du terme par les idéologues à l’origine du nazisme.

    Et je crois que la question de ces indo-européens qui s’appelaient « nobles » m’aurait aussi interrogé, et j’aurais parlé de ça avant de relayer leurs prières. Mais je dois être vraiment trop omnibulé par la question politique. En fait je crois que ce qui m’intéresse le plus, c’est pas tant ces cultures avec lesquelles j’ai absolument aucune attache, que la démarche de la personne qui vient les déterrer, ce que ça permet de secouer dans l’imaginaire et ce que ça peut offrir comme perspectives intellectuelles.

    Par exemple, découvrir une autre culture c’est toujours le moyen de « dénaturaliser » ou « d’historiser » notre culture pour mieux pouvoir la remettre en question et créer la nôtre. Je sais pas si les termes que j’emploie sont clairs. Je veux dire « retirer l’impression que des choses sont normales, naturelles », « bien montrer que c’est juste lié à l’histoire et pas à la nature des choses ». Car un des processus politiques réactionnaires est bien de montrer que les choses fonctionnent comme ça parce qu’elles l’ont toujours été (dés-historiser). Par exemple, laisser à entendre que l’Etat a toujours été la forme normale d’organisation des sociétés, ou que le « marché » est aussi l’outil normal d’organisation sociale. Alors que juste en voyant qu’il a existé d’autres formes, ça rompt ce mythe et ouvre des perspectives en terme d’imaginaire, et donc des perspectives politiques (inventer ses propres formes d’organisation sociale).

    Ouais, je suis omnibulé par la question politique. ^^

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  4. Bonjour,

    Mes recherches sur les pierres gravées du néolithique au moyen âge recoupent beaucoup de vos analyses et recherches sur les rites ancestraux. Vous y trouverez matière à compléter vos infos.

    http://oldmaps.free.fr/cupules/pierres_des_ames.php

    http://oldmaps.free.fr/cupules/croix.php

    http://oldmaps.free.fr/cupules/cruciforme.php

    http://oldmaps.free.fr/cupules/evolution.php

    Pascal

    Aimé par 1 personne

  5. Veigsidhe Karvgwenn

    Il est très bien ce site je le consulta assez souvent. Il y a pleins de sujets intéressent et qui nous pousse plus loin dans nos recherches ou réflexions.
    Bonne lecture Chatporon.

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