Conclusion : l’avenir de la spiritualité germanique (B. Linzie)

Dernière partie de la traduction de l’essai Germanic spirituality de Bil Linzie, un des acteurs principaux du reconstructionnisme germano-scandinave aux Etats-Unis. Vous pouvez reprendre au début ici.

Il y a assez de pratiquants de l’Asatru pour que cette religion et ce mode de vie se maintiennent et même croissent encore pendant plusieurs décennies. De plus, d’autres processus de résurgence sont en cours : la Romuva chez les Baltes, l’Héllénisme chez les Grecs, les Kémites ou Netjéristes basés sur la religion égyptienne, de nombreux groupes et variantes du paganisme slave (Watra en Pologne, par exemple), les religions amérindiennes et sud-américaines, etc [NdT : également la Religio Romana, qui a un certain potentiel de développement en France]. L’existence de ces autres initiatives est absolument nécessaire, car un des principaux obstacles à la reconstruction vient des milieux éclectiques. L’Asatru, pour que la reconstruction soit réussie, doit parvenir à maintenir l’intégrité de sa vision du monde jusqu’à ce que la reconstruction soit parvenue à un certain degré de stabilité. A cause de cela, l’opinion générale dans les milieux éclectiques à propos de l’Asatru sera certainement que celui-ci pratique activement une politique d’exclusion – ceci est faux, bien entendu, puisque l’Asatru demeure ouvert, mais cette impression se maintiendra et en offensera certains.

L’Asatru est généralement défini comme « la religion reconstruite des Scandinaves païens de l’ère viking » [NdT : ce qui n’est pas sans poser divers problèmes concernant les Germains continentaux, les zones de fusion culturelle comme les Orcades majoritairement gaéliques, les périodes antérieures comme l’Age du Bronze ou la période dite des Grandes Invasions, etc]. Ce qui est certain, c’est que cette religion est, dans son essence-même, une expression de la vision du monde qui la fonde. Se convertir à une religion est relativement simple, mais adopter une autre vision du monde peut être extrêmement difficile – ce qui ne veut pas dire impossible, car cela peut se faire en s’en donnant personnellement les moyens par des efforts durables. L’essentiel de cet article a été d’expliquer comment des intrusions (volontaires ou involontaires) de visions du monde divergentes ont été à deux doigts de changer totalement la vision du monde qui sous-tend ce processus de résurgence. Pour que cette résurgence continue, il est nécessaire d’être parfaitement honnête à propos du bagage culturel qu’on apporter avec soi lorsqu’on adopte l’Asatru comme religion. Il sera encore longtemps nécessaire de remettre en question toutes les interprétations qui sont faites à propos des sagas, des Eddas ou du folklore collecté.

A l’heure actuelle, ce questionnement a été plutôt rare. Certains groupes ont clairement choisi de considérer la religion comme l’expression d’une vision du monde, par exemple Northvegr [NdT : un centre de ressource numérique dédié à la religion scandinave dont l’adresse est www.northvegr.org] ou le Theod [NdT : le Theod, organisation qui exista sous différents noms de 1976 à 1996, donna naissance au théodisme, qui est un courant du reconstructionnisme germanique qui se concentre en tout premier lieu sur la mise en place de clans et de tribus, souvent basés sur les coutumes des Anglo-Saxons ou d’un autre peuple bien précis], mais ils ont eu assez peu d’audience, malgré (ou à cause de) leur approche rigoureuse. Même si cela peut sembler dommage, l’auteur pense qu’il était probablement nécessaire d’explorer toutes les pistes, afin de mesurer leur succès et leurs défauts, et de pouvoir prendre du recul sur les dommages que l’éclectisme peut causer à l’Asatru.

Une des principaux reproches faits aux reconstructionnistes est que la fidélité à la vision du monde présentée dans les sagas, les eddas, et autres sources littéraires, amènerait l’Asatru à se montrer dogmatique, et à manquer de la flexibilité nécessaire pour s’adapter au XXIe siècle. Cette plainte, toutefois, n’a aucun fondement solide. L’ancienne religion que l’Asatru vise à perpétuer n’a jamais été codifiée à la manière du catholicisme, par exemple. Parce que les variations régionales et temporelles font partie de son essence-même, et que l’Asatru entend y rester fidèle, la flexibilité est une caractéristique innée du système. Ca ne signifie pas que l’Asatru ne peut pas devenir dogmatique dans une certaine mesure, mais juste que la fidélité à notre héritage n’est certainement pas dogmatique en elle-même.

Un autre reproche est que la vision du monde germanique, telle que présentée dans les sagas et les eddas, serait incomplète. Cela peut s’avérer vrai ou non, mais d’ici à ce que des recherches exhaustives aient pu être menées à bien sans interférence, cette théorie n’a aucun fondement, et affirmer ceci est tout à fait prématuré. Beaucoup de nouvelles informations ont pu être dégagées dans les dernières décennies en matière d’interprétation des textes [NdT : en revenant au texte original plutôt qu’à des traductions biaisées, en les recoupant entre eux, en s’appuyant sur des découvertes archéologique qui profitent elles-mêmes des progrès de la génétique ou de la détection par satellite, etc]. Au contraire, les comparaisons injustifiées qui amènent à interpréter les sources d’un point de vue judéo-chrétien, bouddhiste, ou New Age, bloquent ces avancées dans la compréhension de notre vision du monde. L’anthropologie expérimentale, au contraire, c’est-à-dire le fait d’émettre ou de valider des théories en recréant les conditions de vie de l’époque pré-chrétienne, est aussi une approche très prometteuse… surtout si les participants s’efforcent de mettre de côté les influences d’autres visions du monde lors du déroulement.

Si, comme c’est le but de cet essai, l’Asatru veut rester fidèle à sa vocation d’être le mode de vie des Germains pré-chrétiens au XXIe siècle, plutôt que de simplement imiter des néopaïens du XXe siècle qui cherchaient à apposer un vernis culturel sur leur vision du monde, nous pouvons prendre exemple sur les conversos, les « crypto-juifs » d’Amérique du sud : ils sont parvenus à conserver leur propre vision du monde et leur spiritualité, tout en s’intégrant parfaitement dans leurs communautés locales. Bien entendu, le fait de se « cacher » était pour eux une nécessité absolue car ils devaient à la fois se protéger d’influences culturelles extérieures et d’une menace physique très concrète, mais ce qui importe surtout est de s’intégrer dans nos communautés locales. Ce phénomène d’intégration fait partie intégrante de l’antique vision germanique du monde. Protéger notre vision du monde se fait aussi bien par la connaissance de la vision du monde elle-même, que par le fait d’en informer les autres.

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