Hervé Juvin : « La fin de la mondialisation et le retour des identités »

Il est rare que je relaye une information parue sur des journaux d’occupation (le Figaro, le Monde, etc), mais il faut bien admettre qu’entre deux bourgeoiseries et soumissions à la finance qui leur colle le flingue sur la tempe, ils ont parfois un sursaut d’intelligence, sans doute un effet secondaire bienvenu de leur prétention élitiste – alors profitons des dernières années de la vieille garde avant que la nouvelle génération de formatés qui sort des écoles de web-journalisme ne mette fin à tout ça.

http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2014/07/04/31002-20140704ARTFIG00159-herve-juvin-la-fin-de-la-mondialisation-et-le-retour-des-identites-12.php

Depuis une trentaine d’années, on assiste à un phénomène nouveau, une forme de transgression qui se traduit par le «tout est possible» ou «le monde est à nous». Tout cela est en train de faire naitre une nouvelle séparation qui bouleverse radicalement tout ce qui faisait le vivre-ensemble et le faire société. Ce que j’appelle «grande séparation», c’est cet espoir un peu fou, très largement dominant aux Etats-Unis, notamment à travers le transhumanisme, de s’affranchir totalement de la condition humaine. L’ultra-libéralisme, l’hypertrophie du capitalisme financier, le retour du scientisme sont l’une des faces d’un visage dont le transhumanisme, la transexualité, le transfrontiérisme sont l’autre face. Il faut en finir avec toutes les limites, toutes les déterminations de la nature. Ainsi Google a pour objectif affiché de lutter contre la mort à travers sa filiale Calico. L’idéologie transgenre veut que chaque homme et chaque femme puisse choisir leur sexe. Des entreprises très «humanistes» comme Goldman Sachs remboursent les opérations de changement de sexe de leurs employés!

Cette idéologie des «trans» vise à construire un homme hors-sol, délié de toute origine, et déterminé uniquement par sa propre volonté. C’est le retour du mythe de l’homme nouveau appuyé sur un délire scientiste qui voudrait que chacun soit à lui-même son petit Dieu autocréateur, pur produit de son désir, de ses intérêts ou de sa volonté propre. C’est cela, la grande séparation: la fabrique d’un homme sans origines, sans liens et sans foi, mais qui a chaque instant se choisit lui-même et choisit qui il est.

[…]

Oui, mais nier l’universel, n’est-ce pas nier le propre de la culture européenne?

Hervé Juvin : C’est le grand débat des Lumières et de la prétention au règne universel de la raison. L’idée que nous, Occidentaux, Européens, Français, Américains, aurions mis en place depuis les Lumières un modèle idéal de vie pour l’humanité, entre la croissance économique et la révolution industrielle, la démocratie et les droits de l’homme. Je ne le crois absolument pas. Je crois que d’autres sociétés qui vivent avec d’autres lois, d’autres mœurs, selon d’autres règles, ont su offrir les conditions du bonheur à leurs habitants. Je ne souscris pas à l’idée selon laquelle notre régime politique, notre musique, notre art, notre culture seraient le point d’aboutissement de l’humanité vers lequel tous les autres peuples devraient converger. Il y a une voie chinoise, une voie hindoue, des voies africaines, qui feront des sociétés équilibrées et heureuses, sûres de leurs identités, différentes de la voie américaine ou de la voie européenne.

Publicités
Catégories : Chroniques de l'Âge de Fer | Étiquettes : , , , , , , | 2 Commentaires

Navigation des articles

2 réflexions sur “Hervé Juvin : « La fin de la mondialisation et le retour des identités »

  1. Cet article me fait du bien à lire au sujet de la transsexualité notamment, ainsi que de l’idée plus globale de cet humain déconnecté de la Nature. Non pas que ça me choque ou quoi que ce soit qu’un être humain ne sente pas correspondre à son genre (j’en suis un bon exemple)… mais qu’en effet, la Nature soit niée.

    Au sujet de la transsexualité, justement, je fais personnellement bien la différence entre sexe et genre. Biologiquement, je suis née femme, et ce serait assez bête de me révolter contre cela. Tout comme me révolter contre le fait d’être petite ou grande, rousse ou brune, bref d’avoir tel ou tel gène (je ne parle donc pas de la révolte contre la condition humaine, par exemple la lutte contre la pauvreté). En revanche, je peux faire ce que je veux de mon genre. Si mon utérus ne va pas, à mon goût, avec le maquillage, la délicatesse et la couleur rose (pour prendre les clichés), je n’ai pas à les adopter. Je peux remettre ces choses-là en question, mais pas mon utérus et le reste de mes caractéristiques génétiques femelles.

    Je m’embrouille un peu mais en gros je pense qu’on devrait juste prendre ce que la Nature nous a donné (par exemple notre sexe), et ensuite avec tout le reste on fait bien ce qu’on veut ! Pour tenter de revenir aux traditions : je suis une personne sans racines, ma famille a été brinquebalée de-ci delà jusqu’à perdre quasiment toute histoire propre. Je suis donc libre de plonger mes racines dans la terre que je veux. Mais si j’avais une histoire familiale, j’apprendrais à la connaître d’abord…

    J'aime

    • La nature humaine est d’avoir une culture (plus autres animaux en ont : oiseaux, chimpanzés, etc). Cette culture, entres autres, comporte une certaine interprétation de la sexualité : certaines ont deux genres, d’autres trois, mais je ne connais aucune qui n’en ait pas.

      Après, ces différences sont plus ou moins rigides, et comportent des jugements de valeur plus ou moins marqués. Chez les Germains, la femme, en tant que maîtresse absolue du foyer, en tant qu’incarnation des traditions et de l’honneur du clan, en tant que celle qui transmet la chance (hamingja), est de plus habilitée à l’usage de la magie performative ainsi qu’à la voyance. Chez les Celtes, peut-être en souvenir d’une tradition matrilinéaire plus ancienne, le garçon était fréquemment éduqué par un oncle maternel. Dans les deux cas, le fait qu’un mari soit incapable, lâche, impuissant, ou violent, était une raison valable d’annulation du mariage et de récupération de la dot.

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :