L’importance de la réalité concrète dans la résurgence de la spiritualité germanique (B. Linzie)

Traduction de la partie 4.3 de l’essai « Germanic spirituality » de Bil Linzie, un des théoriciens et premiers pratiquants du reconstructionnisme germano-scandinave aux Etats-Unis. Vous pouvez trouver un résumé de cet essai de 50 pages, et un lien pour le télécharger en entier dans sa version originale en anglais, ici, la traduction de l’introduction , et la traduction des parties 4.1 et 4.2 en cliquant dessus.

On observe une sorte de hausse dans l’opinion qu’un groupe a de lui-même lorsqu’il commence à devenir son propre contexte culturel. C’est-à-dire que ce groupe ne sent plus le besoin de dépendre d’autres groupes pour savoir comment il faut s’habiller, comment se comporter, comment parler, quelle type de musique est acceptable, quel type de cuisine est de haute qualité gastronomique, qu’est-ce qui est beau et ne l’est pas, etc. Les anglophones désignent cela par le terme de pride (fierté) : black pride, gay pride, … Les premiers reconstructionnistes utilisèrent donc le terme white pride [NdT : l’immense majorité des Américains de couleur blanche sont des Anglo-saxons, des Allemands ou des Scandinaves, ou des Irlando-écossais dont les coutumes ancestrales sont très proches, d’où l’assimilation logique de ces cultures à la couleur blanche de ceux qui les portent]. Cela provoqua une levée de barricades et de références injurieuses au Ku Klux Klan, au nazisme, au racisme, au « suprémacisme blanc ». Le but initial était simplement le refus de veiller, en permanence, à cacher honteusement ses origines comme un juif dans les années 30 ; et ce pour la simple et bonne raison que la culture germanique était toute aussi riche et importante à préserver que les autres.

Avec cet objectif en tête, il fut évident que des adversaires se dressaient sur le chemin. Ceux-ci n’étaient pas, comme on aurait stupidement pu le croire, ceux d’une autre couleur de peau : c’étaient ceux qui soutenaient, activement ou passivement, l’homogénéisation totale des différentes cultures. Ceux-ci, arrivés au paganisme par les mouvements New Age en étant plus ou moins conscients de ces influences qui n’avaient rien à voir avec le paganisme, sortaient systématiquement les éléments qu’ils s’appropriaient de tout contexte original. C’était exactement le même processus que celui que subissaient les Amérindiens, et contre lequel ils commençaient à s’élever avec force, allant jusqu’à promulguer des lois tribales interdisant la présence de Blancs ou de Noirs pendant les cérémonies, ou même des mesures contre leurs membres qui révélaient des secrets aux étrangers.

Le reconstructionnisme germanique, lui, face aux accusations de racisme et aux mesures de rétorsion qui devenaient monnaie courante, finit par capituler dans une large mesure, et abandonna son projet originel d’un authentique retour aux sources. On en resta à de jolies cérémonies adaptées aux goûts de l’Occidental moderne, totalement coupées de sens et d’implication dans la vie au quotidien, ce qui par ailleurs poussa à multiplier les dates « sacrées » pour s’occuper, et profiter davantage de ce plaisant loisir.

Il y eut une sorte de scission dans le paganisme germanique, et bien malin celui qui sait si elle sera réparée un jour. Les « nouveaux convertis », souvent issu du New Age, commencèrent à développer des théories et des spéculations philosophiques avec un mode de raisonnement et des prémisses qui n’avaient absolument rien à voir avec la culture germanique. Ils étaient souvent pratiquants de la Wicca, à la recherche d’une « nouvelle culture à explorer ». Souvent assez bien éduqués, ils préféraient vivre dans un monde de modèles abstraits ou de théories, tout à fait coupés des réalités de la vie communautaire ou rurale. D’autres, nettement moins nombreux mais assez bruyants, et souvent incroyablement moins éduqués, menèrent de vastes campagnes visant à une « purification ethnique » de l’Asatru, prenant mouche des quelques non-Européens qui participaient à ces cérémonies wiccannes parées de sonorités germaniques. Bien qu’ils soient globalement peu versés dans l’étude de l’ancien mode de pensée germanique, ils ont souvent le mérite de garder davantage les pieds sur terre [NdT : quand les rares livres qu’ils ont lu ne sont pas les fariboles de Guido von List et ses « runes armaniques », voire même les OVNI ou la cachette d’Hitler sous l’Atlantide, ce qui a l’air de devenir de plus en plus courant]. Certains sont même globalement sur la bonne voie, mis à part leur acharnement aux critères de classification raciale et de « race supérieure ». Comment est-ce qu’une idée plutôt saine à la base a pu dériver ainsi ?

En fait, les dérives viennent de deux côtés à la fois. Du côté New Age, la dérive la plus courante est de systématiquement sortir les éléments de leur contexte, en ne prêtant attention qu’au côté cérémoniel et à ce qui est attrayant d’un point de vue moderne et occidental. Parce que le contexte culturel n’est plus là pour donner du sens, cette fraction de l’Asatru est obligée de mettre sur pied des cérémonies grandiloquentes et des rituels basés sur la « philosophie de l’Asatru » – mais, comme dans un morceau de jazz, une variation de la mélodie originale succède à l’autre, et ainsi de suite jusqu’à ce que le résultat final n’ait absolument plus rien en commun avec la mélodie originale mais reflète uniquement la mode du moment. Ces variations, systématiquement réalisées sans se référer à la mélodie originelle de la culture germanique, mènent progressivement l’Asatru à une homogénéisation totale qui le rend sur le fond absolument impossible à distinguer des autres « religions alternatives », qu’elles soient pseudo-asiatiques, néo-chrétiennes ou extraterrestres. Du côté des « identitaires » [NdT : folkish chez les Anglo-saxons], des problèmes similaires se posent souvent en matière de cohérence historique. Ces fantasmes suprémacistes passent à côté du fait que la plupart des serfs (thrall) des peuples germaniques de l’Antiquité parlaient aussi des langues germaniques, en d’autres termes qu’ils étaient des « compatriotes ». Les différences ethniques ou culturelles ne posaient pas de vrai problème, et dans la période précédant la christianisation, il n’était pas rare qu’une communauté comporte à la fois des païens et des chrétiens [NdT : voire des gens qui étaient les deux]. Même s’il est vrai que les communautés géographiques modernes sont clairement plus métissées que celles de nos ancêtres païens, ceux-ci n’avaient jamais considéré cela comme un vrai problème. Par contre, ils n’auraient rien compris de ce que la plupart des Occidentaux modernes nomment « Asatru », c’est-à-dire un contexte culturel totalement différent où les pratiquants sont davantage préoccupés par leurs fantasmes mystiques ou raciaux que par les vrais problèmes de leur famille.

Recréer cette notion de « communauté géographique » est certainement ce qui aidera le plus à orienter l’Asatru vers le monde réel. Même s’il est difficile de comprendre parfaitement une autre culture, ce n’est pas si compliqué de comprendre que d’autres cultures existent, ni de coopérer avec elles pour vivre en harmonie afin d’assurer l’avenir de la communauté (à la fois contre des facteurs de dissolution extérieurs et intérieurs). Prendre soin de sa famille, et prendre soin de sa communauté, sont deux fondamentaux de la culture germanique. Et, mieux encore, cela peut tout à fait se faire dans le monde moderne sans qu’on ait sans cesse à imaginer des « adaptations », des « hypothèses » ou des « emprunts » – ni même à utiliser des méthodes de méditation exotiques pour recevoir des messages divins censés nous guider. Centrer son attention sur sa communauté géographique, plutôt que sur une « communauté Asatru » numérique [NdT : surtout à l’époque où ce document est rédigé, les Asatrus américains étaient clairsemés sur un territoire plus grand que l’Europe entière et pouvaient donc très peu se rencontrer, beaucoup n’ayant de toute façon qu’une ou deux semaines de congés par an], c’est le meilleur moyen de se mettre en position de trouver des vraies solutions à de vrais problèmes. Et ce serait là un engagement spirituel immensément plus grand que de se préoccuper de discussions plus ou moins imaginaires avec les dieux, ou de lutte imaginaire contre des ennemis raciaux.

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