Croire au village

Croire au village, c’est donner un sens à sa vie ; c’est croire que les limites n’en ont pas, et elles en ont. C’est un peu sot de s’imaginer que nous n’avons aucune raison d’être ici plutôt qu’ailleurs. Continuer nos pères, pour quoi faire ? Nous le savons très bien. Le cerveau comme la feuille a besoin d’être rattachée à l’arbre, et l’arbre à ses racines. Un chez-soi bien assez vaste pour n’en jamais découvrir toutes les richesses. Pas de fuite en avant. Être à notre place, consentir à se fixer afin de ne pas faire comme si tout l’Univers nous était réservé. Soyons fiers de la vie que nous vivons ! Lucides en permanence sur nos droits et nos devoirs, n’ayons aucune pitié pour nous-mêmes si nous y manquons.

Refusons de nous éparpiller en colons envahissants.

Être des hommes qui regardent leur village avec une loupe pour en saisir la complexité infinie.

Rappelons-nous que ce monde a un sens.

(Chat Poron, parodié de Jules Renard)

Comme on dit en breton, « Kant bro, kant giz, da bep labous e gan, da bep pobl e frankiz ! » (cent terroirs, cent coutumes, à chaque oiseau son chant, à chaque peuple sa liberté). Chaque lopin de terre contient en lui tous les secrets de la nature pour peu de l’étudier assez, chaque langue et chaque culture permet d’exprimer son humanité pour peu de s’y plonger suffisamment, et chaque tradition religieuse contient en elle-même tout ce qui est nécessaire pour trouver sa place dans le cosmos.

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4 réflexions sur “Croire au village

  1. Oui, les croyances et la religion prenaient beaucoup de place dans la vie de nos prédécesseurs jusqu’à parfois empoisonner leur vie ou celle de leurs voisins. Croyances & religions qui depuis la nuit des temps se succèdent les unes aux autres, avec pour seul lien le culte des morts qu’il faille honorer. Les emprunts sont si nombreux et à tant de cultures & philosophies diverses, qu’il devient impossible de rendre à César ce qui lui appartient.

    Croire donne un sens à la mort, mais ne serait-ce pas plutôt l’amour qui donne un sens à la vie?

    En tout les cas, c’est bien le clergé qui menait la danse des obligations spirituelles, morales & matérielles qui ne laissaient pas beaucoup de libertés collectives ou individuelles.

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    • Quand la nouvelle religion n’est pas trop totalitaire, le lien se fait aussi par les lieux sacrés : sources (comme à l’Odilienberg), grottes, sommets des collines, croisées des chemins, voire même certains arbres (exemple de certaines vierges noires que je connais en Alsace) ou pierres levées, … ainsi même que certaines coutumes comme des processions (cas des troménies bretonnes), des fêtes (Noël, tout particulièrement, mais aussi la Saint-Jean par exemple), et ainsi de suite.

      Mais, oui, vous avez raison. Pour ma part, c’est le fait de croire au terroir en lui-même qui permet dans une bonne mesure de se prémunir contre les idéologies négatrices de la vie, détachées de la réalité de notre Terre, et à tendance missionnaire (qu’il s’agisse des fanatiques des religions abrahamiques, des impérialismes assumés, ou des missionnaires du « Progrès » et de la « liberté » parmi lesquels on trouve pêle-mèle Robespierre et Turreau, Staline et Pol-Pot, ou encore BHL et Monsanto). Celles qui apprennent au petit peuple à bien penser et veillent au grain si ses coutumes ne se conforment pas à leur vérité universelle, ou si des gens s’avisent d’avoir une vérité universelle légèrement différente.

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  2. J’approuve, notamment pour le passage sur « ne pas devenir des colons envahissants » (je ne comprendrai et ne pardonnerai jamais l’Amérique, jamais).

    Mais quand on n’a pas de racines ? Quand elles ont été coupées par suite de transplantations successives, par secret, par peur, par persécution, par dédain, par souci d’intégration rapide, pour tout un tas de raisons peut-être bonnes en leur temps mais qui aujourd’hui arrivent au résultat de ne plus savoir d’où l’on vient ?

    Je n’ai pas de racines claires. Je viens d’un peu partout, et je ne suis de nulle part. Mon pays est la Suisse, c’est là que j’ai grandi, c’est là que j’ai les larmes aux yeux en revenant de vadrouille et en revoyant ces montagnes-là, ce lac-là. Mais pas mes parents. Elle et il sont d’ailleurs. Et leurs parents étaient d’ailleurs encore. Nous ne partageons pas ce sentiment de patrie. Je suis ma propre famille, dans ce domaine-là.
    Alors j’ai choisi d’en faire une force, une liberté : ne pas avoir de racines prédéfinies me permet de choisir où je veux les planter. Je peux le faire consciemment, par choix, ce qui est d’une liberté incroyable. Je n’ai pas plus de légitimité à habiter en Normandie, dans les Pyrénées, à Cracovie, en Ile Maurice, en Berry ou sur la frontière actuelle germano-polonaise. Peut-être pas non plus à habiter en Suisse, finalement. Alors je peux aller partout et choisir… avec discernement et respect.
    Et je crois que j’ai choisi la Scandinavie.

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    • J’ai quelques proches qui ont une situation similaire. Le petit poème est surtout une parodie de l’original de Jules Renard (qui disait quasiment mot pour mot que seul le nomadisme le plus effréné permet la moindre forme de liberté), et heureusement pas un credo à prendre mot pour mot. L’amour de la terre qui nous a vu grandir est quelque chose de fort, et les « ancêtres de pierre » ne comptent pas pour rien dans l’équation. De même, on peut tout à fait se fixer à un endroit où on a pas nécessairement de racines. Il suffit que les conditions soient bonnes, qu’on soit compatible pour la greffe et que le pédoclimat convienne. En bref, que le respect de la Terre s’accompagne de celui de la terre à laquelle on choisit de lier son destin, ce qui s’appelle généralement du simple bon sens – mais dans l’Occident moderne, le bon sens semble devenu fort rare.

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