Indigène et européen : une absurdité ?

D’après la définition donnée par le Groupe de Travail sur les Populations Indigènes (WGIP), un « indigène » est un membre d’une communauté qui non seulement se considère comme distincte de la société coloniale qui prévaut sur ses territoires historiques, mais qui est aussi déterminée à préserver, développer et transmettre aux générations futures son héritage ancestral (incluant son patrimoine culturel, son identité ethnique et ses ressources naturelles) via ses institutions propres. L’appartenance à cette communauté est effective même en l’absence de reconnaissance par un système légal extérieur : elle se base uniquement sur sa revendication par l’individu et son acceptation par la communauté en question.

Peuples d'Europe

A l’heure actuelle, on ne peut pas dire que l’Union Européenne remplisse ces critères : il s’agit d’une institution juridique et économique, mise en place sans réelle volonté de la part des citoyens qu’elle régit, qui n’est finalement qu’une version miniature de l’Organisation des Nations Unies. La République française, sa sous-unité locale, ne les remplit guère plus, car elle n’est qu’une entité légale, dont la réglementation est à «harmoniser» au plus vite avec le reste du monde dans le sens du libéralisme, au mépris de tout particularisme saufs quelques éléments muséifiés dont la seule valeur serait touristique, c’est-à-dire attribuée de l’extérieur.

Longtemps considérés comme colonisateurs, les peuples européens (à la fois divers mais apparentés culturellement, ethniquement et géographiquement) sont en fait colonisés par la société post-industrielle et sa mondialisation néolibérale. Les revendications des autochtones, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et les luttes de libération nationale ont souvent bonne presse (tribus amazoniennes, autonomie tibétaine, « négritude » anticoloniale), à juste titre d’ailleurs. Hélas, les mouvements européens similaires se voient souvent condamnés, a priori et sans justification possible, comme racistes, fascistes ou passéistes. Et si c’était ça, la véritable absurdité ?

Extrait de la déclaration 2014 du Congrès Européen des Religions Traditionnelles (traduction perso) :

« Nous exprimons notre solidarité et notre soutien à ceux d’autres nations, ethnies et religions indigènes qui sont aussi engagés dans la lutte pour la préservation de leur propre héritage ancestral.

Nos religions traditionnelles sont le produit de l’Histoire de ce continent ; elles sont les expressions vivantes, ancrées dans le présent, de nos plus anciennes traditions et identités. A une époque où le monde est en équilibre précaire au bord de bouleversements écologiques et économiques, pour beaucoup à cause d’un individualisme sans limite et d’une avidité effrénée, nos religions promeuvent des modèles spirituels et sociaux très différents : la vie en harmonie, équilibre et modération avec la Terre ; l’importance de la famille et de la coopération collective ; le respect et les hommages rendus à toute forme de vie.

[…]

Nous nous opposons à l’usage du terme « païen » par les groupes politiques extrémistes de toutes sortes, qui nuisent à notre réputation.

Pour conclure, nous poussons tous les peuples et toutes les nations à placer le bien-être de la Terre – qui est, littéralement, notre Vivante Mère – au-dessus de toutes les autres priorités.

Nous envoyons ce message en toute fraternité, amour, et respect. »

Liens externes :

Déclaration du Congrès Européen des Religions Traditionnelles

Site EuroMinority, dédié aux peuples sans Etat

Carte du collectif StopTAFTA des collectivités territoriales opposées au traité de création d’un Grand Marché Transatlantique

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Catégories : Anthropologie, Savoirs | Étiquettes : , , , , , , , | 4 Commentaires

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4 réflexions sur “Indigène et européen : une absurdité ?

  1. Si l’on est d’accord pour protéger notre patrimoine millénaire du carnage néo-libéral, je suis pour me revendiquer un indigène ! J’ai évidemment peur des gens qui peuvent revendiquer ce statut et de leurs idées parfois xénophobes, racistes ou toute autre moralité que je qualifie de rétrograde. Mais après tout, pourquoi ne pas avoir l’audace de revendiquer cela tout en essayant d’être exemplaire pour montrer que vouloir préserver ce qu’il y a de beau dans la culture humaine n’est en rien le privilège de l’extrême droite.

    J’irais même plus loin en disant que s’intéresser à nos cultures ancestrales peut tout à fait aujourd’hui s’accommoder d’idées anarchistes telles que celles de Kropotkine ! Et refuser que des entreprises, locales ou étrangères ne saccagent tout ce qui est sacré, peut très bien se faire en étant solidaire et accueillant avec tous les autres indigènes du monde qui partagent ce combat !

    Merci pour ton audace qui fait encore sauter quelques barrières mentales.

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  2. Lu dans Sciences & Vie ce matin : des primatologues ont observé que les chimpanzés, nés en captivité ou élevés par des humains, ne risquaient pas seulement de ne pas pouvoir survivre une fois relâchés en milieu naturel. En fait, ils pouvaient aussi influer sur la culture des groupes autochtones dans un sens qui la rende moins performante dans l’adaptation des comportements à l’écosystème, ou même ne pas pouvoir s’intégrer et donc fonder un groupe concurrent qui leur disputerait leur territoire. En bref, que la préservation des cultures traditionnelles par rapport à la domination des comportements artificiels induits par les élites de la techno-science est un enjeu social et écologique majeur.

    Et j’approuve ton deuxième paragraphe aussi, l’intérêt d’avoir des « institutions propres » est justement de pouvoir mettre en place l’économie du don et les traditions d’hospitalité inhérentes à nos racines (sinon, quel intérêt ? le seul avantage du pollueur local par rapport au pollueur chinois, c’est qu’on sait où est son porte-monnaie pour pouvoir taper dedans si besoin). Au passage, l’Etat, c’est-à-dire la milice du capital financée par les sommes extorquées aux travailleurs tout en se parant des attributs de la nation et prétendant défendre ses intérêts, est arrivé assez tardivement en Europe, et encore plus tardivement dans le nord au fur et à mesure qu’on s’éloigne des grands circuits commerciaux la Méditerranée (zones montagneuses ou peu fertiles, îles, …). Que ce soit chez les Islandais, les Celtes, les Athéniens ou même les anciens Perses, la liberté et le droit de vote s’opposent assez formellement à la soumission au souverain suprême que certains régimes des années 30 ont tenté de faire passer pour ancestrale.

    J’aborde d’ailleurs succinctement le concept traditionnel de propriété collective ici : https://1tierschemin.wordpress.com/2015/02/18/150/

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  3. Mince, impossible d’éditer mon commentaire, le lien en question : http://cramazouk.tumblr.com/post/111783624567/proteger-la-terre-que-lon-foule

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